DJ : BRODINSKI


Paulette a rencontré le Dj et producteur Louis Brodinski, qui vient de rentrer de sa tournée US.
 
Paulette : Tu es très jeune, 23 ans, et l’on parle de toi comme d’un "natural born Dj". C’est une chose innée, être Dj ?
Louis Brodinski : Je dirais qu’à une époque ça s’apprenait mais la situation a bien changé. Il y a dix ans, on devait acheter des vinyles, une platine pour commencer à mixer. Moi, à 15 ans, j’ai découvert internet, j’ai acheté un logiciel, téléchargé des mp3 gratuitement, c’est ça qui m’a permis d’être là où j’en suis. On a une source d’infos infinie, tout avance beaucoup plus vite. Une culture musicale que j’aurais mis 15 ans à acquérir, je me la suis faite en 3 ans. C’est complètement dingue. Tout ça grâce au fait qu’on était au début d’une époque, celle de la musique gratuite : le début des blogs, des sites gratuits, on pouvait passer par autre chose que les sites Torrent, les sites pirates. C’est un cercle vertueux.

Au-delà de ce qu’a pu apporter internet, quelles sont tes prédispositions ?
S’il y a une qualité que je dois me reconnaître, sans me vanter, c’est la mémoire. Je suis toujours à la recherche de nouveautés, mais aussi de ce qui a été fait avant, j’aime bien remonter dans le temps… La musique c’est infini, on ne peut pas tout connaître, mais internet permet d’aller chercher dans plein de styles différents.

Tu viens de Reims, comme pas mal d’artistes qui marchent fort en ce moment, Yuksek, The Bewitched Hands, The Shoes… Comment l’expliques-tu ?
L’histoire est simple : Reims est une ville de 250 000 habitants où personne n’écoutait de musique électronique jusqu’à ce que Yuksek décide d’apporter quelque chose de nouveau en 2005. Au début c’était un cercle très privé dans lequel je suis arrivé à 16 ans. J’arrivais en soirée, je venais lui parler… On a commencé à travailler ensemble, à faire des soirées avec un autre mec qui s’appelle Cyril et qui s’occupe maintenant du Lieu Unique à Nantes. Pierre et Cyril ont créé le festival Elektricity, et la ville de Reims nous a confié la salle de La Cartonnerie. On y organisait les soirées Bonheur Binaire tous les mois, en marge du festival. On invitait tous les Djs les plus obscurs de l’époque, Pedro Winter, Justice, Erol Alkan… Aujourd’hui, on rassemble 4000 personnes sur le parvis de la cathédrale, on a fait venir des artistes comme Étienne de Crécy ou Laurent Garnier… C’est notre ville quoi, on en prend soin. On a un studio à dispo avec Yuksek, The Shoes et les Bewitched qui sont produits par Yuksek. Ce qui est bizarre, c’est qu’on est quinze personnes à faire de la musique à Reims et qu’on marche tous à l’international, c’est très étrange en fait !


Tu invoques des inspirations multiples, rap US, minimal, vieux tubes ringards… Quel est ton matériau musical de travail en ce moment ?
Si tu me posais la question demain, ça changerait ! J’ai sorti en juillet dernier une compil’ qui s’appelle The best of Everything, un titre très égocentrique, mais c’était en référence à l’egotrip du rap US que je voulais mettre en avant avec Dj Orgasmic. Le volume 2 est sorti le 16 janvier dernier. J’ai demandé à vingt producteurs de techno de remixer les morceaux de rap, Usher, Aaliyah, Ludacriss. Depuis un an, mon inspiration c’est le rap du début des années 2000. Après avec la musique, on peut partir dans n’importe quel style.

Le début des 00’s a aussi été marqué par l’avènement du Dj star. Penses-tu que cette nouvelle ère a une fin ? 
C’est un cercle vicieux. Avant, les gens allaient en club et ne regardaient pas le Dj. Il n’avait pas de visage, il n’existait pas ! Je ne peux pas te dire à quel moment ça a changé exactement, mais je dirais que ça a commencé avec tous les gros Djs américains comme Jeff Mills, Green Velvet, bref tous les gens de Détroit et de Chicago, qui ont apporté un visage au Dj. Avec l’avènement en 2005 de la French Touch 2.0, qui avait déjà commencé avant avec les Daft Punk, on donnait enfin au public une image. C’est ce que les gens veulent, une tête, des fringues, voir la vie de la personne. C’est la starification du Dj, c’est de l’Entertainment complet. Le Dj est là pour créer un buzz, c’est très internet, il doit révéler toutes ses facettes.


Trois mots pour définir ta vie de Dj ?
Euh Voyages, Essayer de dormir et puis la Musique quand même, ça reste la clé ! 


Quels sont tes projet pour 2011 ?
Je sors un maxi pour un label qui s’appelle Casual, le label de Green Velvet. C’est un plaisir de faire un truc pour eux. Je vais sortir aussi mon propre album cette année, c’est un projet assez spécial, je suis en studio en ce moment, je ne sais pas trop comment en parler… Avec Guillaume de The Shoes (à eux deux ils forment le duo Gucci Vump, ndlr), on a produit le dernier single de Shakira pour son dernier album, Loca. On veut essayer de continuer comme ça, travailler ensemble avec Pierre(Yuksek) et Guillaume, voilà !

 
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