DELPHINE O, AMBASSADRICE DU FORUM GÉNÉRATION ÉGALITÉ : « LA SENSIBILISATION DOIT SE POURSUIVRE TOUTE LA VIE »

A l'occasion du Forum Génération Égalité, on vous a sondé·e·s au sujet de l'égalité femmes-hommes. Rôles-modèles, importance de ce combat à vos yeux, actions prioritaires pour l'atteindre... Delphine O, ambassadrice et secrétaire générale de l'événement, décrypte vos réponses.

2021 est une année historique pour l’activisme féministe. 25 ans après l’adoption du Programme de Pékin lors de la 4e conférence mondiale sur les femmes de l’ONU (une série d’objectifs visant à parvenir à l’autonomisation des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes), le Forum Génération Égalité redonne un élan international à la mobilisation gouvernementale autour de ces sujets urgents. 

Quels fléaux les discriminations basées sur le genre engendrent, par quels moyens les éradiquer, quelles actions pour (enfin) atteindre une réelle égalité : l’événement co-présidé par la France et le Mexique sous l’égide de l’ONU Femmes, et en partenariat avec les jeunes et la société civile, incarne à la fois une piqûre de rappel quant aux ravages que le sexisme provoque autour du globe, et un audit nécessaire de ce qui a été fait jusqu’alors.

Un rassemblement intergénérationnel d’acteurs et d’actrices œuvrant à un but salutaire pour tou·te·s : accélérer les progrès en la matière d’ici 2030, à l’aide d’engagements ambitieux. Pour que les décisions prises il y a un quart de siècle ne soient pas vaines, et se transforment en changements concrets irréversibles et surtout, immédiats. 

Un sondage révélateur

Lancé à Mexico le 29 mars dernier, le sommet s’achève à Paris du 30 juin au 2 juillet. Seront présent·e·s (à distance ou sur place) des milliers de délégué·e·s d’Etat et d’ONG, ainsi que des personnalités telles que le président de la République Emmanuel Macron, la vice-présidente des Etats-Unis Kamala Harris ou la femme politique Hillary Clinton.

A destination du public, une plateforme digitale accessible aux inscrit·e·s accueille 90 événements et pas moins de 500 intervenant·e·s. La programmation, qui s’annonce passionnante, s’articule autour de sept concepts, parmi lesquels « Génération Égalité : unir nos forces », « Covid-19 : une réponse féministe » et « les voix de la jeunesse féministe ». Les thématiques abordées, elles, incluent les violences envers les femmes, le droit à disposer de son corps, ou encore l’égalité économique et la justice climatique.

Pour recueillir et valoriser la vôtre, de voix féministe, on vous a donné la parole il y a quelques jours, vous demandant de répondre à plusieurs questions autour de cette conversation essentielle. Les résultats, prometteurs, nous permettent de dresser un bilan optimiste bien qu’attendu : l’égalité vous importe viscéralement, et cet engagement citoyen est l’ingrédient de bouleversements majeurs.

Ainsi, 99 % des participant·e·s ont affirmé que l’égalité des genres est un sujet important pour iels, 80 % que l’éducation complète à la sexualité, comme l’accès légal, médicalisé et sûr à l’IVG et à la planification familiale, correspondent aux priorités pour y arriver, et nombreux·se·s ont mentionné la sensibilisation et la correction des dysfonctionnements judiciaires comme mesures à entreprendre absolument en ce sens. 

Afin d’analyser ces données avec expertise, de les replacer dans le contexte actuel et de les mettre en perspective avec les engagements de l’événement, Delphine O, Ambassadrice et Secrétaire générale du Forum Génération Égalité, nous offre un éclairage détaillé. Entretien. 

Paulette : On constate qu’une nette majorité de personnes estiment que l’égalité des genres est un sujet important pour elles (99%). Diriez-vous qu’en 2021, les jeunes générations sont particulièrement engagées ? Est-ce révélateur de l’ampleur du fléau que représente le sexisme et ses dérives, et de l’urgence à l’adresser ?

Delphine O : Je suis ravie par le résultat de cette question, mais je ne suis pas surprise : durant les deux dernières années passées à organiser le Forum Génération Égalité, l’engagement des jeunes générations en faveur de l’égalité est l’un des constats qui m’a le plus frappée et enthousiasmée. Nous avons fait le choix d’inclure la jeunesse dans la gouvernance du Forum grâce à la Youth Task Force qui nous accompagne dans la prise de décision depuis le début. 

Ces jeunes du monde entier sont très actifs et j’ai été impressionnée par leur maturité sur ces sujets. Je dirais que c’est à la fois révélateur de l’ampleur du phénomène et de l’urgence, mais aussi des retombées positives de tout le travail de sensibilisation des mouvements féministes depuis des décennies et de la libération récente de la parole. Toute cette mobilisation me rend très optimiste pour la suite !

A la question : « quelles sont les figures emblématiques du féminisme ? », les internautes ont répondu en majorité des noms de femmes qui ont fait le féminisme dans les années 70 (Simone de Beauvoir, Simone Veil, Gisèle Halimi, Marguerite Duras…). Pourquoi, selon vous ? Cela démontre-t-il que la jeune génération s’inspire des combats des précédentes ?

D. O. : Les auteurs de référence étudiés à l’école et à l’université ont depuis toujours été en grande majorité des auteurs et non des autrices. Tout le travail d’éveil des consciences et la mobilisation que nous venons d’évoquer permet aujourd’hui de faire sortir les autrices du bois et nous (re)découvrons dans tous les domaines des arts et de la science des femmes qui ont fait le monde d’aujourd’hui.

Nous avons mis le dialogue intergénérationnel au cœur du Forum Génération Égalité car, malgré les divergences, nous avons beaucoup à apprendre les unes des autres. Les autrices citées par votre communauté sont des rôles modèles formidables pour accompagner les jeunes générations et leur donner le courage de poursuivre le combat. Nous leur devons beaucoup. 

Pour ce qui est des icônes d’aujourd’hui citées par les participant·e·s, on retrouve, entre autres, Lauren Bastide, Rokhaya Diallo, Adèle Haenel, Céline Sciamma, qui prônent un féminisme intersectionnel. Pourrait-on dire que la convergence des luttes est devenue un concept  indispensable au combat pour l’égalité ?

D. O. : Leur travail, qu’il soit universitaire, journalistique ou artistique, est passionnant et indispensable à mes yeux. Un des six concepts à partir desquels nous avons construit la programmation du Forum Génération Egalité s’appelle “unir nos forces”, pour se consacrer à cette convergence des luttes et aborder tous les enjeux transversaux qui complètent ceux de l’égalité femmes-hommes.

Il est essentiel pour comprendre et enrichir le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes, de s’intéresser à la lutte contre le racisme, aux droits de la communauté LGBTQIA+, aux discriminations liées au handicap, aux droits des peuples autochtones… C’est une approche qui intéresse tout particulièrement la jeune génération, et je pense que ce concept d’intersectionnalité va modeler la réflexion sur le genre durant les prochaines années.

A la question : « quelles actions prioritaires pour faire avancer l’égalité ? », on retrouve en majorité l’éducation et la sensibilisation, ainsi qu’agir pour un système judiciaire moins défaillant face aux violences sexuelles et sexistes. Sont-ils les piliers clés pour obtenir l’égalité des genres ? Est-ce la preuve qu’il s’agit d’un problème systémique ?

D. O. : L’éducation est bien au cœur de la lutte pour l’égalité car c’est par ce seul biais que les stéréotypes genrés pourront être déconstruits auprès des garçons et des filles, et que nous pourrons préparer le changement des futures mentalités. Cela commence très tôt à la fois à l’école et au sein des familles, mais ce travail d’éducation et de sensibilisation doit se poursuivre toute la vie. Les médias ont un rôle clef à jouer en ce sens.

Nous avons fait le choix de traiter l’éducation de façon transversale au sein des travaux du Forum Génération Égalité, mais des événements spécifiques seront consacrés à l’éducation des filles dans la programmation du Forum. C’est aussi l’une des priorités de la France qui va annoncer une contribution exceptionnelle pour l’éducation des filles dans le cadre de la reconstitution du Partenariat Mondial pour l’Education. 

Les violences basées sur le genre sont l’une des six coalitions d’action qui structurent le travail du Forum et les engagements pris seront annoncés dans le Plan mondial d’accélération pour l’égalité entre les femmes et les hommes lancé à Paris. La sanction des auteurs de violence est un maillon central de la chaîne d’actions à mener pour mettre fin aux violences, du bon traitement de la plainte par la police à la reconstruction physique et mentale de la victime. En France, des mesures ont été prises dans ce sens, notamment à l’issue du Grenelle contre les violences conjugales, et le travail doit se poursuivre. 

Les engagements qui auront été pris dans le cadre du Forum Génération Égalité seront annoncés la semaine prochaine : le Kenya, champion de la coalition d’actions dédiée à cette thématique avec le Royaume-Uni, l’Uruguay et l’Islande, prendra des engagements forts. D’autres champions, comme ONU Femmes, l’OMS, la Commission européenne, mais aussi des associations comme Abaad, la CLEF ou le secteur privé comme Kering, Accor et la fondation Ford feront des annonces.

Rendez-vous dès le 30 juin en ligne. Pour s’inscrire, c’est juste ici. Et pour plus d’informations, direction le site Internet du Forum Génération Égalité.

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