DÉCOUVERTE : NIKKI YANOFSKY

L’artiste canadienne Nikki Yanofsky a seulement 20 ans et déjà un CV étourdissant. Elle donne son premier concert à l’âge de 12 ans sur la scène d’un des plus prestigieux festivals de jazz, se fait connaître avec une reprise d’Ella Fitzgerald deux ans plus tard, sort son premier album à 16 ans et collabore avec les plus grands. Nous avons rendez-vous à l’hôtel du Panthéon pour la promotion de son nouvel album, Little Secret, produit par Quincy Jones. Son assurance et son aisance frappent d’emblée. Nikki a la tête sur les épaules, elle sait ce qu’elle veut et va droit au but. Rencontre avec une artiste désarmante.

 
Paulette : Ton style est profondément enraciné dans la culture jazz. C’est rare pour une jeune fille de ton âge de choisir cette voie. Pourquoi ce choix ?
Nikki Yanofsky : C’est le jazz qui m’a choisi en quelque sorte. C’est très naturel pour moi de chanter cette musique parce que c’est ce que je fais depuis mon plus jeune âge. Faire un album jazzy n’était pas une décision consciente, mais c’est finalement ce qu’il en ressort parce que mes influences sont profondément enracinées dans cette culture.
 
Sur cet album, le jazz et la soul sixties se parent de sonorités plus actuelles comme le hip-hop, le r’n’b, la pop. C’était important pour toi d’arriver avec un son plus moderne ?
Oui c’était très important mais encore une fois, ce n’est que le reflet de mes influences. J’adore Ella Fitzgerald et Ray Charles, mais j’écoute aussi beaucoup de musiques actuelles. Donc, je pioche dans ces différents styles de musique et à l’arrivée, tout se mélange. Enregistrer avec Quincy Jones m’a encouragé dans cette voie. Je me retrouve dans ses influences, qui font le grand écart entre Franck Sinatra et Michael Jackson.
 
Etait-ce une manière d’éviter l’exigence liée au jazz ?
A vrai dire, j’ai l’impression de donner une couleur jazzy à tout ce que je chante. Même quand j’interprète des chansons d’autres répertoires, ça sonne jazz, sans doute à cause de ma voix. J’ai un vibrato rapide et c’est très commun chez les artistes de jazz. Donc même quand je chante une chanson pop, ça sonne jazz !


 
C’est un album très personnel. Tu dis n’avoir fait aucun compromis. Est-ce que c’était le cas dans le passé ?
Je pense qu’avant cet album je ne savais pas vraiment comment ça marchait, ce que ça impliquait de faire des compromis ou non. Je n’avais que 15 ans. C’est très facile d’orienter quelqu’un de cet âge. Mais à 20 ans, vous grandissez. Cet album m’a vraiment forcé à me demander qui j’étais en tant que chanteuse et qui je suis maintenant. Il m’a permis de me connaître mieux en tant que personne. Il y a une époque, c’est vrai, où les gens me disaient : tu devrais reprendre des standards de jazz ou faire de la pop pour passer à la radio. Mais j’ai dit non, parce que je savais que je ne serai pas heureuse si je me contentais de faire ça. Aujourd’hui, j’ai mon mot à dire ! C’est ce que j’entends par « ne pas faire de compromis », je suis moi-même !
 
“Le jazz n’est pas une musique effrayante ultra théorique jouée par des nerds”
 
Qu’est-ce qui te tenait à cœur sur ce nouvel album ?
Sur cet album, je voulais montrer aux gens que le jazz n’est pas une musique effrayante, ultra-théorique, jouée par des nerds. Le jazz est souvent stigmatisé comme un style de musique compliqué, intimidant, un peu vieillot. Pour moi, le jazz est synonyme de plaisir, de créativité et de liberté. Il suffit juste de se laisser traverser par la musique et rester à l’écoute de sa personnalité.
 
Ta voix est incroyable. Comment as-tu acquis cette technique ?
J’ai appris à chanter en écoutant les autres. A vrai dire, je chante depuis que je sais parler, j’ai toujours chanté. J’ai commencé à faire beaucoup de concerts à l’âge de 10 ans. Je n’arrêtais pas d’écouter Aretha Franklin, Stevie Wonder, les Beatles, Ella Fitzgerald. J’apprenais à interpréter chacune de leurs chansons, j’étais obsédée par tous ces artistes.  Je me suis forgée une identité vocale grâce à cette bibliothèque musicale. Je me suis familiarisée avec différentes techniques vocales. Chanter du Aretha Franklin demande de faire un gros effort sur sa voix. Et j’ai appris tout ça en écoutant les chansons, tout simplement. Plus tard j’ai fait appel à un coach vocal qui m’a aidé à comprendre et utiliser ce que j’avais appris. J’avais le feeling, il m’a apporté le savoir-faire.
 
Dans ton nouveau single, Necessary Evil, tu empruntes l’intro d’une vieille chanson de Charles Aznavour, Parce que tu crois. Tu écoutes beaucoup de chansons françaises ?
Pas autant que je le devrais, mais Aznavour bien sûr. J’aime aussi Stromae, Ben L’oncle Soul. Mais il est clair que j’écoute davantage de musiques anglo-saxonnes, parce que je suis très sensible aux paroles – c’est ce qu’il y a de plus important pour moi dans la musique. Je n’aime pas passer à côté du sens d’une chanson, j’aime en comprendre chaque mot. Et en français, c’est plus compliqué. Peut-être que ça m’aiderait d’écouter davantage de chansons en français ! (rires)


 
Tu dis : “La plénitude est l’ennemi de l’ambition”. Est-ce que c’est la recette du succès ?
Oui ! Dès l’instant où vous êtes satisfait, vous avez tendance à vous arrêter de travailler. C’est bien d’être fier de son travail, d’être satisfait d’une chanson – si quand elle est terminée, c’est exactement ce que vous vouliez. Mais si être satisfait signifie que vous vous reposez sur vos acquis, alors c’est la mort de la créativité. Vous devez continuer à travailler : Ok, j’ai fait ça, qu’est-ce que je peux faire d’autres maintenant ? C’est ma philosophie !
 
A l’âge de 12 ans, tu deviens la plus jeune participante du festival de jazz de Montréal. Comment te sentais-tu avant de monter sur scène ?
Je n’oublierai jamais ce sentiment. J’étais dans ma chambre d’hôtel qui se trouvait juste derrière la scène. On était dans les derniers étages. J’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu tous ces gens ! C’était complètement dingue ! 125 000 personnes qui grouillaient tout autour ! J’ai regardé ma mère et je lui ai dit : Oh mon dieu, regarde tous ces gens ! Elle ne savait pas vraiment comment réagir, c’était mon premier concert, mais elle a fait semblant de ne rien voir. Alors j’ai dit : Ok, c’est parti ! J’ai pris l’ascenseur et je suis montée sur scène. Je n’étais pas nerveuse. Peut-être parce que j’étais très jeune…  J’avais conscience de ce qui allait se passer mais j’étais insouciante. J’ai compris qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur et c’est en quelque sorte devenu mon état d’esprit !
 
Tu as peaufiné cet album pendant 4 ans, surtout les textes. Il y a quelques années, les thèmes des chansons n’étaient pas toujours adaptées aux préoccupations de tone âge. Aujourd’hui, tu as trouvé ton sujet de prédilection ?
J’écris habituellement des chansons qui racontent une histoire ou des chansons qui sont plus mystérieuses. J’aime de plus en plus ces chansons un peu hantées, terrifiantes. J’aime ce genre de titres comme Little Secret, Blessed With Your Curse, Jeepers Creepers, Necessary Evil… Je ne saurais pas l’expliquer mais j’aime les choses qui ont une portée cinématographique, voire dramatique.
 
J’ai l’impression que tu as déjà vécu plusieurs vies. Que peut-on te souhaiter de plus aujourd’hui ?
Honnêtement, je vis mon rêve un peu plus chaque jour. Je ne veux rien de plus et rien de moins. Juste continuer de chanter comme je suis supposée le faire.
 
Une dédicace pour Paulette ?
Merci beaucoup de ton soutien. J’espère qu’on pourra remettre ça très bientôt !


 
NIKKI YANOFSKY :: LITTLE SECRET
Universal Jazz
 
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