DÉCOUVERTE : NATAS LOVES YOU

Alain, Virgile, Joonas, Pierre-Hadrien se rencontrent au Luxembourg et décident naturellement de faire de la musique ensemble. Ils sortent un premier EP, dans une veine rock psyché, avant de s’établir à Paris, où il rencontre le cinquième du groupe, Jo. Natas Loves You est né !

L’an dernier, on vous les faisait découvrir en live au Dandy pour notre bal masqué. Ce mois ci sort leur troisième EP, Skip Stones, plus pop et dansant, qui annonce la sortie de leur premier album The 8th Continent. Retour avec le groupe sur la genèse de cet enregistrement.
 
Paulette : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qui fait quoi ?
Alain : Je chante, je m’occupe des percussions et aussi des samplers.
Virgile : Je fais de la basse et les chœurs.
Joonas : Moi, je joue de la batterie.
Pierre-Hadrien : Je fais les claviers et je chante. Et Jo (absent lors de l’interview, ndlr) joue de la guitare.

 
Vous êtes un groupe cosmopolite. En quoi cela vous distingue des autres groupes ?
Virgile : C’est un peu dicté par l’endroit où l’on s’est rencontré. C’était une coïncidence. Rien que le fait qu’on parle tous anglais et qu’on communique en anglais, vu qu’on porte une attention particulière aux textes, ça nous donne un certain avantage. Dans l’idée de nous exporter, bien sûr. Ce sera la prochaine étape.
 
Vous vous êtes rencontrés au Luxembourg, mais vous avez choisi la France pour vous lancer sérieusement dans la musique. Pourquoi ce choix ?
Alain : Ce n’est pas vraiment un choix conscient dans le sens où PH (Pierre-Hadrien, ndlr) et Virgile faisaient déjà leurs études à Paris.
Virgile : C’est aussi à Paris qu’on a rencontré Jo, notre guitariste (un an après leur formation, en 2008, ndlr).
Virgile : Le vrai choix, c’était de partir du Luxembourg. On savait qu’il fallait qu’on le fasse à un moment donné. Mais ce n’était pas un choix prémédité, Paris s’est imposé à nous.
 
Pourquoi ? Parce que la scène luxembourgeoise ne correspondait pas à vos attentes ?
Pierre-Hadrien : C’est pas que ça ne nous convenait pas ! Mais, l’industrie musicale au Luxembourg, en tout cas quand on est parti, était totalement inexistante. C’est comme un groupe de région qui monte à Paris finalement, que ce soit La Femme, Moodoïd… tous les groupes français finissent par monter à Paris. Nous, on a fait plus ou moins la même chose. Quelque part, le Luxembourg n’est pas vraiment notre pays. Moi j’étais dans un lycée français, Virgile et Joonas dans une école européenne. On a tous des racines parisiennes. C’est marrant mais pour nous c’est comme si on n’y était jamais allé, comme si on était de Paris à la base, parce que ça fait tellement partie de notre quotidien. Paris, c’est notre ville.

Votre troisième EP, Skip Stones, annonce la sortie de votre premier album, The 8th Continent, prévu pour l’été 2014. Vous évoquez un album-concept : le parcours d’un personnage qui s’interroge sur le monde qui l’entoure, son existence sur Terre. C’est une critique sociale ou politique ?
Alain : Ca ne se veut pas vraiment une critique sociale ou politique, mais il y a des éléments qui peuvent être interprétés dans ce sens. Ca se raconte plutôt comme un conte, comme une histoire, avec des moments qui peuvent prêter à une réflexion plus philosophique.
Pierre-Hadrien : Tout ce qui est sociologique et philosophique devient politique quelque part. On ne veut pas être un groupe politiquemais c’est important pour nous d’avoir une certaine profondeur, parler de ce qui se passe et de ce qui nous entoure, réfléchir à ce qu’on pourrait faire ensemble. C’est plus un essai aux allures de conte.
Virgile : Plutôt qu’une critique, je dirais que c’est davantage un point de vue idéaliste. Il y a beaucoup de grandes idées qui peuvent être interprétées comme une critique, mais ce n’est pas le fond de notre démarche.
 

Dans le titre Go Or Linger, vous décrivez l’humanité qui s’ignore. Vous parlez de créer de nouveaux repères pour mieux vivre ensemble. Lesquels ?
Pierre-Hadrien : Exister et ressentir le plus possible, sans être forcément dans la jouissance.
 
Le 8ème continent en fait partie ?
Pierre-Hadrien : Dans nos têtes oui, mais on n’est pas une secte (rires). C’est des conseils que tu te donnes à toi-même. C’est prendre conscience de ses erreurs, ne pas avoir peur de créer et de détruire.
Virgile : Je parlais d’idéalisme : c’est une envie d’ailleurs, de quelque chose de nouveau, sans pour autant faire table rase du passé, mais en essayant de lâcher prise sur les choses qui ne nous conviennent pas.
 
Dans cet album, il y a, selon vous, “beaucoup de choses issues de phases assez dures” : a-t-il été accouché dans la douleur ?
Virgile : Par moment, oui, c’est vrai ! Après, il y a eu plein de moments hyper forts et positifs, dont on se souvient tous. Mais, en effet, il y a eu des moments de blocage, des moments de doutes, des moments où l’on se sentait dans l’impasse… dans nos vies personnelles aussi. Et en tant que groupe, ça se reflétait dans la musique. On avait du mal à cerner ce qui n’allait pas. Ca nous est arrivé de passer des semaines entières sur un refrain, parce qu’on trouvait qui manquait LE truc. Oui, il y a eu des moments difficiles, mais aussi des moments très beaux.
Alain : Comme chaque naissance !
 

Trois ans ont été nécessaires pour mettre au point ce premier enregistrement. C’est une longue thérapie ?
Virgile : On a écrit beaucoup de chansons, on a enregistré pas mal de trucs et au final, on se retrouve avec le “haut du panier”. On se dit que c’est un album dont on peut être fier. C’est le fruit de tout un processus, ce n’est pas seulement des chansons qu’on a mises ensemble comme ça.
Pierre-Hadrien : Et c’est cool d’avoir fait ça avec des potes d’adolescence. Virgile, Joonas et moi, et même Alain, on se connaît depuis qu’on a 14-15 ans. On est vraiment passé à l’âge adulte ensemble.
 
Est-ce qu’il y a des événements concrets qui vous ont révolté et inspiré pour cet album ?
Pierre-Hadrien : Il y a des questionnements profonds qui sont propres à la condition humaine, du style la peur de la mort. C’est que des trucs comme ça, assez larges. Il y a plein de trucs qui me dérangent dans la vie de tous les jours, et surtout à Paris.
Alain : Le cynisme, surtout. Je ne vais pas dire que c’est un phénomène parisien, c’est plutôt un phénomène lié aux grandes villes. Parce qu’ils ont tout, les gens sont super blasés. C’est quelque chose qui nous a beaucoup marqués. On en a beaucoup parlé. Et ce qu’on ne voulait surtout pas faire, c’était de prendre de la hauteur vis-à-vis de l’auditeur, de ne pas l’inclure. Ce cynisme, c’est quelque chose qu’on voulait abolir de notre musique.
Pierre-Hadrien : Et ça a toujours été le but d’ailleurs. On s’est toujours dit qu’il fallait être le plus sincère possible dans nos textes et dans notre musique, mais aussi simplifier les choses pour inclure tout le monde. Quand tu écoutes Marvin Gaye ou les Beatles, tu sens que ces mecs-là sont en train de vivre un truc profond. Ils te disent un truc de ouf en trois mots tous cons et ça marche. C’est ce qu’on a essayé de faire dans cet album.
 
Depuis vos débuts, vous travaillez en autoproduction. Pour cet album, vous avez travaillé pour la première fois avec un réalisateur, Chris Zane, figure montante de la scène indie américaine. Pourquoi ce choix ?
Virgile : On l’a contacté et ce qui l’a entendu de nous lui a plu. On s’est entendus, compris. On a eu un bon feeling et au vue de ce qu’il avait déjà fait, on pensait que ça pouvait être intéressant.
Pierre-Hadrien : Il avait les épaules ! Je pense qu’on avait besoin d’être rassurés, que quelqu’un prenne vraiment le truc en main, et qu’on ne parte pas dans tous les sens. Il a pris le truc comme il était et l’a canalisé.
 
Une dédicace aux Paulette ?
Virgile : Genre cassedédi ? Je n’ai jamais fait ça, je suis nerveux (rires).
Pierre-Hadrien : Faut faire super gaffe avec ce genre de truc à la postérité, comme si tu allais mourir juste après. “Ne réfléchissez pas trop !” C’est pas mal ça ? (rires)
Alain : Shakez vos booties !
Pierre-Hadrien : Non, ça c’est super machiste mec ! Tu oublies que c’est la presse féminine (rires).
Virgile : Bon alors shakons nos booties tous ensemble… Et ne réfléchissons pas trop, mais un peu quand même !
Pierre-Hadrien : Shakons nos booties respectueusement ! (rires)
 

NATAS LOVES YOU :: SKIP STONES
3ème Bureau
Sortie le 10 mars
 
 
 
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