DÉCOUVERTE : NACH


Photo de Sarah Gruson pour Paulette Magazine

Pour se lancer dans la musique, Anna, la cadette des enfants Chédid, a choisi un pseudonyme, NACH. Non pas qu’elle n’assume pas son héritage, au contraire, mais ce personnage qu’elle s’est créé la désinhibe. Sa famille, elle en est fière !

Son père, Louis, star discrète de la chanson, son frère, Matthieu, bête de scène, lui ont ouvert la voix. Mais la jeune femme a su inventer son univers, son identité musicale, entre pop, électro et chanson à textes. “Je suis moi, rien que moi” clame-t-elle dans son premier album, à paraître au premier trimestre 2015. Rencontre avec une artiste née, des étoiles dans les yeux !
 
Paulette : NACH, c’est la contraction de ton prénom et de ton nom. Pourquoi avoir adopté ce nom d’artiste ?
NACH : Parce qu’on m’a toujours appelé comme ça, c’est mon surnom. Je voulais trouver quelque chose qui me ressemble vraiment, qui soit à la fois intime et qui représente aussi un personnage. En plus, ce pseudo fait le pont entre mon prénom et mes racines, entre ma personnalité, qui je suis, et d’où je viens.
 
Pour te cacher ou te permettre plus de liberté ?
Plus de liberté ! C’est grâce à ce personnage, à ce costume entre guillemets, que tu peux explorer, oser des choses que tu ne ferais pas en tant qu’Anna. Là, il y a beaucoup plus d’inhibition et d’intimidation, comme tous les êtres humains je pense.
 
Tu as déjà une bonne dizaine d’années de métier. Pourtant, tu sors seulement ton premier album. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?
Parce que je sentais qu’il fallait que je prenne le temps. Artistiquement, ce n’était pas encore ça exactement. Je devais affiner mon style. J’écris, je compose, j’arrange, je fais tout dans ma musique donc je voulais trouver mon son, ma patte, ma personnalité. Un jour, j’ai su que c’était le moment de faire mon disque donc je l’ai fait !

« Quand on est issu d’une famille comme la mienne, ça fout quand même un peu la pression »

 
En dix ans, qu’est-ce qui a changé ?
Beaucoup de choses, la scène m’a beaucoup appris. J’ai appris à me poser, à prendre le temps, à m’accepter aussi. Quand on est issu d’une famille comme la mienne, ça fout quand même un peu la pression (rires) ! Mais, il faut être doux avec soi-même, se poser dans son univers. Et puis, j’étais fière de ce que je faisais, c’était ce que je voulais, alors j’étais invincible. C’est moi ! Même si les gens n’aiment pas, je suis fière de moi donc je suis protégée et je peux affronter le truc !
 
Tu qualifies ce premier enregistrement en studio de laborieux. Quelles difficultés as-tu rencontré ?
C’est laborieux parce que c’est maintenant que tu dois l’enregistrer ! Tu as envie que ce soit parfait et que ça ressemble exactement à ce que tu imagines. C’est laborieux parce qu’il y a un côté instantané et beaucoup de remise en question. C’est laborieux parce que c’est exaltant dans tous les sens du terme. Y a beaucoup de magie, mais aussi beaucoup de pression et de retournements de situation ! Mais j’ai appris avec ce disque quelque chose de fondamental, qui me servira toute ma vie : rien n’est parfait, jamais ! Il faut simplement l’accepter et donner le meilleur de soi-même !
 
Est-ce que tu avais une ligne de conduite en tête avant d’entrer en studio ?
Oui. J’avais mes maquettes, qui étaient assez proches des versions de l’album – je fais tout sur mon petit ordinateur avec des sons beaucoup plus pourris. J’avais déjà cette esthétique électro avec des claviers, mais je voulais aussi qu’il y ait un piano à queue, des cordes, un truc un peu classique. J’ai pu le faire grâce à Marlon avec qui j’ai coréalisé le disque. On était presque tout le temps tous les deux en studio, il a compris exactement ce que je voulais faire et l’association a bien fonctionné.
 
C’était important pour toi de tester tes chansons sur scène avant de les enregistrer ?
Oui parce que c’est souvent dans ces moments-là que je peux avoir des certitudes sur un morceau. Quand je le chante en scène, je ressens exactement ce que j’ai envie de dire, je me rends compte si j’aime le chanter, s’il me touche, si j’ai envie de le défendre ou pas. La scène, c’est un vrai casting de chansons !
 
Devenir auteur-compositeur. Quel a été le déclic ?
Je ne voulais pas du tout faire ça au départ, pour ne pas faire comme ma famille justement. Même si j’écrivais beaucoup de poèmes, des petites nouvelles, que je chantais pour m’accompagner au piano. Chez nous, c’était un peu comme boire de l’eau. On savait chanter, jouer d’un instrument, parce qu’on baignait là-dedans. Mais je ne voulais pas en faire mon métier. Un jour, on m’a demandé d’écrire une chanson pour quelqu’un, un texte, et j’ai pris pas mal de plaisir à le faire. A côté de ça, je faisais du théâtre, mais aussi des claquettes. J’étais fan des comédies musicales avec Fred Astaire. Et puis,  je me suis rendu compte que chanter, composer, écrire, jouer, me mouvoir sur scène, faire ce que je fais aujourd’hui, c’était le lien parfait entre toutes ces choses que j’aimais faire alors c’est devenu mon métier, ma passion ! Aujourd’hui, je suis persuadée que c’est l’endroit où je me sens le mieux.
 
Quel est ton premier souvenir musical marquant ?
A 8 ans, j’ai fait les chœurs sur le premier disque de mon frère (Le Baptême, 1997, ndlr). J’ai pris un plaisir monstrueux ! Je chantais, j’écoutais ma voix et je faisais ma chanteuse (rires). C’était ma première expérience semi-professionnelle. C’était jubilatoire !
 
Comment as-tu découvert ta voix ?
Avec le chant lyrique. Je voulais explorer ma voix. J’ai chanté des airs incroyables. C’est une autre dimension, vocale et musicale. C’est plus technique, plus riche, plus libre, plus vaste que la pop ou la chanson. C’est vraiment un gros machin ! Je me sentais toute petite, presque un peu ridicule mais j’avais du coffre donc ma prof m’encourageait vachement. C’est ce qui m’a mis en connexion avec ma voix forte !

« Quand je vois une bombasse, je n’ai pas forcément envie de la tuer »

 
Pour toi, quelle vocation a l’écriture ?
Provoquer des émotions, des sensations, mettre en mots des sentiments, des idées, des profondeurs. C’est le reflet de l’âme, mais de l’âme à un instant donné. Par exemple, dans Je suis moi, j’ai dans ma ligne de mire toutes celles que je ne suis pas et j’ai envie d’atomiser toutes les bombasses qui m’énervent. Mais c’est pas un sentiment que j’ai toute la journée. Quand je vois une bombasse, j’ai pas forcément envie de la tuer (rires) ! L’écriture, c’est aussi un moyen d’exagérer les choses ou de les sublimer, surtout quand il est question d’amour !
 
Quels sont tes thèmes de prédilection ?
L’amour bien sûr, l’abandon et l’espoir. Dans mes chansons, même si je parle de choses émouvantes ou tristes, j’ai toujours envie qu’il y ait une petite part de positif ou de soleil. A l’image du titre  Juste là, où je dis : le bonheur est par ici, le bonheur est juste là, où la chaleur de la vie éclaire chacun de tes pas. Même s’il t’arrive toutes les galères, c’est la vie ! Et y a vraiment de l’espoir dans tout ça, beaucoup !
 
Chanter en français, ça a toujours été une évidence ?
Oui et c’est marrant parce que j’écoute que des trucs anglo-saxons, du jazz, du Grizzly Bear, du James Blake. J’écoutais un peu Camille quand j’étais plus jeune. Catherine Ringer, j’aime bien, Barbara je trouve ça très beau, Babx et Arthur H, aussi, mais c’est des exemples précis. Je m’exprime en français donc j’écris en français. Et c’est parce que j’aime écrire que je chante en français, je pense. Je n’ai aucune pudeur. J’ai besoin de me sentir super libre dans l’expression de mes sentiments, donc je le fais dans ma langue, dans mon vocabulaire. En anglais, comme je ne suis pas bilingue, je suis moins précise et ça me gêne !
 
Cœur de Pierre est ton premier single. Comment est née cette chanson ?
C’est la première chanson qu’on a enregistrée, un mois avant d’entrer en studio. C’était un peu notre chanson test ! Je l’avais écrite et composée deux semaines avant. La maquette ressemblait beaucoup à la version du disque. Avec cette chanson, ma devise, c’était : transformer le plomb en or. Quand quelque chose me ruine, en l’occurrence une séparation violente, c’est ce qui m’aide à prendre le dessus. Dans Cœur de Pierre, j’écris : j’entends se briser mon cœur de pierre / dans la voie lactée, un autre amour peut naître. C’était ce que je ressentais à ce moment-là avec ces mots durs, lourds de sens, et en même temps, je voulais un truc entraînant.
 
Le fait d’appartenir à une famille de musicien permet-il de se construire plus vite ?
Peut-être oui… surtout au niveau de l’éducation. J’ai un frère et un père qui sont passés par là avant moi donc ils me rassurent sur ce que je vis, mes questionnements. Tout de suite ça me fait du bien, je comprends ce qui ne va pas et ça me permet d’avancer. Parce que c’est compliqué de faire ce métier : un jour t’es génial, le lendemain t’es une merde ! C’est assez costaud à des moments. Ils m’ont appris à me protéger, et c’est sans doute pour cette raison que c’est plus rapide.
 
Est-ce que cet héritage est lourd à porter au quotidien ?
Non ! Je suis super fière de ma famille. Je les trouve fabuleux humainement et artistiquement. J’ai pas du tout de problème avec ça, au contraire. Je suis super contente que mon frère soit un mec, déjà, génial mais aussi très talentueux. Je serai conne d’être déprimée à cause de ça ! Mais ça peut souvent me desservir auprès des pros bizarrement. Y en a même qui pensent que c’est mon frère qui m’écrit mes textes et me fait mes musiques. Mais non ! (rires). Y a ce côté un peu rébarbatif : c’est “la sœur de”… Mais j’ai beaucoup de chance donc je ne me plains pas trop (sourire).
 
 
La musique, c’est une histoire de famille. Vous intervenez régulièrement dans le projet des uns et des autres. Qui vous a inculqué ces valeurs, le partage, l’entraide ?
C’est Matthieu. C’est un truc de générations je pense. Mon père fait son truc dans son coin. Quand on travaille avec lui, on s’aperçoit que ce n’est pas du tout la même façon de faire. Et Matthieu a vraiment été le pont entre ces deux générations, entre mon père et nous, Josef (aka Selim, ndlr) et moi. Il est dans l’échange, il a envie que ça circule, qu’il se passe des choses et il a raison ! Il nous l’a transmis à nous et à mon père. Matthieu est très fédérateur, dans tous les sens du terme, dans sa famille aussi. C’est grâce à lui qu’on fait toutes ses expériences musicales, familiales.
 
Tu l’as accompagné pendant trois ans en tournée. Qu’est-ce que tu retiens ?
Ça m’a appris énormément de choses ! C’est la meilleure école qu’on puisse faire, la plus folle aussi, quand on veut faire ce métier. On a fait des salles incroyables. J’ai regardé Matthieu faire et j’ai compris beaucoup de choses. Et puis surtout, il fallait déchirer ! Je ne voulais pas être la plante verte. Je voulais être là parce que j’avais vraiment quelque chose à apporter, sinon je ne pouvais pas bien le vivre. Donc j’ai bossé comme une ouf, j’ai chanté tous les soirs, je faisais des solos de voix, j’ai vraiment travaillé et ça m’a fait grandir et évoluer super vite. Quand je suis sortie de là, j’étais reboostée pour mon projet solo.
 
Nach sur scène en trois mots ?
Energie, voix et folie !
 
Tu as limite une attitude rock, qui contraste avec un univers musical plus pop…
Quand je suis sur scène, j’ai envie de danser, j’ai envie de bouger, j’ai envie de tout donner. J’ai de l’énergie donc j’ai besoin de l’exprimer. Je suis au clavier, mais je veux jouer des percus, je veux jouer de la basse, je veux que ce soit du spectacle, je veux que ce soit fou, je veux oser des trucs, je veux faire marrer les gens, je veux faire kiffer les gens. J’ai envie que ce soit un moment ludique et sympathique.
 
Une dédicace aux Paulette ?
J’espère que ces quelques mots vont vous donner envie d’écouter ma musique !

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> Concert : Première partie d’Arthur H le 17 décembre à Paris
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