DÉCOUVERTE : KLÔ PELGAG

Chloé Pelletier-Gagnon est originaire de Rivière-Ouelle, en Gaspésie (Canada). Son premier album, L’alchimie des monstres, surprend d’emblée. C’est gonflé, exigent, coloré, imagé, poétique, exalté, foisonnant, cruel, violent. Klô Pelgag raconte la perte d’un être cher avec fantaisie et humour, sensibilité au fond. Rencontre avec cette jeune artiste à l’univers décalé et au talent certain.

 
Paulette : Vous collectionnez les récompenses depuis 2009. Votre premier album est sorti en septembre 2013 au Canada. Et vous vous attaquez aujourd’hui au marché français. C’est assez bluffant à seulement 24 ans. Est-ce que vous réalisez ce qui vous arrive ?
Klô Pelgag : C’est drôle mais c’est arrivé assez naturellement. J’ai rencontré mon équipe l’an passé au Québec. C’est eux qui m’ont proposé de sortir mon album en Belgique et en France. J’ai dit : “Oui pourquoi pas ! J’aime les aventures !” Tout ça s’enchaîne de manière assez logique. J’ai travaillé longtemps pour sortir cet album, j’ai fait beaucoup de scène. C’est un bon résultat de mes efforts.
 
Pourtant, vous ne vous rêviez pas chanteuse. Vos parents ne sont ni musiciens, ni artistes. Vous n’avez suivi aucune formation musicale, à part quelques cours de piano étant jeune…
Pendant longtemps quand même. Mais je n’ai jamais appris à lire la musique parce que j’avais trop d’oreille. Et ma professeur était tellement gentille qu’elle me laissait faire ce que je voulais (rires). Ça n’a pas été une formation classique, mais ça m’a appris à aimer la musique, quand même.
 

Comment tout ça est né ?
A l’âge de 17-18 ans, j’ai commencé à écrire des chansons. Ensuite, je suis partie à Montréal. J’ai suivi des cours de cinéma à l’université. Pas par vocation, mais plus pour ma culture personnelle, parce que je suis curieuse, parce que j’ai envie d’apprendre des choses. A l’approche des examens, je me suis rendu compte que j’avais vraiment envie de faire de la musique. J’ai arrêté mes études et j’ai commencé à faire ça plus sérieusement. J’ai trouvé des musiciens et j’ai commencé à faire des petits spectacles. Tout s’est enchaîné assez rapidement. J’ai participé à tous ces concours pour avoir des objectifs ! Ca m’encourageait à me surpasser. C’est un bon moyen de faire quelque chose de fun dans un cours laps de temps. Et puis de s’imposer aussi !
“Si je n’avais pas été chanteuse j’aurais été stagiaire, dans n’importe quoi”
 
Qu’est-ce que vous seriez devenue si vous n’aviez pas embrassé une carrière de chanteuse ?
Je voulais être beaucoup de choses. Je voulais être poète, brigadière, stagiaire dans n’importe quoi. Je voulais être aussi travailleuse sociale, comme mes parents. Mais je pense que le métier d’artiste m’aurait manqué. Et puis, je n’aurai pas développé autant ma personnalité. La musique m’a permis de m’épanouir, de me connaître, de développer des idées qui sont plus grandes que moi.
 
Les paroles de vos chansons sont souvent graves, parfois cruelles, malgré un environnement sonore plus enjoué. La mort en est le thème récurrent. D’où vous vient ce besoin de mettre en chanson l’irracontable ?
Je fais une fixation sur tout ce qui a trait au corps. La mort, les choses graves. Je pense que je suis interpellée par les choses violentes, les choses directes qui percutent l’imaginaire. C’est ce qui provoque chez moi des émotions violentes. Toutes mes chansons partent de sentiments réels et naissent dans des moments d’ennui, de déprime, d’angoisse. Elles ne portent pas sur les moments joyeux de ma vie, parce que j’écris pour me faire du bien. J’ai appris à écrire de cette façon-là… pour cet album en tout cas. Et puis je n’ai jamais voulu castrer mes envies, de peur que le thème devienne récurrent. Tous les artistes ont un thème de prédilection, et c’est souvent l’amour. Moi c’est autre chose ! Et c’est ce qui fait qu’on me remarque plus aussi. Je trouve que c’est un sujet infini qui laisse beaucoup de place à l’imaginaire.
 
Les monstres représentent vos angoisses ?
Oui, c’est mes rêves, mes angoisses, mes sentiments, mes émotions. Le monstre c’est soi-même. La chose la plus dangereuse, violente, c’est soi-même. C’est nous qui portons le regard le plus sévère sur nous-mêmes. C’est aussi le reflet de ce qu’on aime, de ce qu’on déteste.
 

L’écriture est-elle un acte violent ?
Oui quand même ! J’écris pour me faire du bien, sortir de la réalité aussi. J’essaie de la sublimer, en quelque sorte. Et c’est difficile d’aller puiser au fond de soi les choses les plus sincères, de trouver la meilleure façon d’exprimer une émotion. C’est dur de trouver son style, sa propre façon d’écrire et de s’exprimer. L’écriture est une thérapie dans le sens où ça m’aide à vivre ! La musique m’a, en quelque sorte, sauvée la vie. C’est quelque chose d’hyper important pour moi. Écrire m’aide à faire ressortir des choses en moi que je n’aurais jamais découvertes sans ça. Un peu comme lorsqu’on est inconscient, que l’on rêve. C’est dans ces moments-là qu’on est le plus sincère.
 
Comment définiriez-vous votre musique ? Sur votre page Facebook, vous utilisez la formule “chanson poético orchestré rock’n’roll pas d’casque”.
J’aimerais dire que c’est du rock’n’roll. Au moment d’enregistrer l’album, je voulais que ça sonne rock, que ça soit violent, que ça rentre dans le poste, que tu ressentes les basses et que les gens soient happés par la musique. Je ne voulais pas qu’ils aient à tendre l’oreille, je voulais que ça leur rentre directement. Dans ce sens-là, je trouve que c’est rock’n’roll. Dans l’esprit du live aussi, il y a un côté très désinvolte. Donc c’est rock même s’il n’y a pas de guitares.
 
Justement, parlons de la scène. C’est vraiment loin d’être conventionnel. Vos musiciens, le Câline de Bine Band, sont déguisés, vous êtes tous entourés d’objets en tout genre et vous soignez tout particulièrement vos entrées…
C’est quelque chose que j’adore faire, qui me stimule au maximum. Je prends ça comme un défi à chaque fois, en proposant toujours quelque chose que je n’ai jamais fait avant. J’aime créer des petits malaises, provoquer les gens, les faire rire. J’aime imaginer des choses où il n’y a plus de contrôle. Mes spectacles sont loin d’être formatés ! Par exemple, les musiciens n’ont pas de solo pendant que je les présente (rires). Je veux que ce soit un spectacle unique, réel et vivant à chaque fois. Surprenant aussi ! Comme cette fois où j’ai fait du jus sur scène, pendant une chanson. Je trouvais ça vraiment fun ! Il y avait toute une installation avec un tuyau qui partait dans la salle jusqu’à quelqu’un qui tenait un verre devant lui. Le jus coulait dans son verre. Et ensuite, on a partagé le jus. C’était un peu comme Jésus, comme on partage le pain. C’était drôle ! Une autre fois, je suis arrivée sur scène en vélo. Ce n’était pas prévu, mais il y en avait dans les coulisses. Le bassiste et le percussionniste se sont fait pousser la moustache pour une tournée et au cours du dernier spectacle, je leur ai rasé la moustache. Comme dans un vaudeville ! (rires).
 
Une dédicace aux Paulette ?
“Savez-vous comment s’appelle la sœur de Brel ? Francisca Brel… C’est la seule blague que je connaisse sur un chanteur français (sourire).”
 

 
KLÔ PELGAG :: L’ALCHIMIE DES MONSTRES
Abuzive Muzik inc / Coyote Records
 
Concert :
03 avril au Café de la Danse, Paris
24 avril au Printemps de Bourges
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *