DÉCOUVERTE : GLASS ANIMALS

Le quartet d’Oxford Glass Animals fait partie de ces groupes à part qui ont su développer un son original mêlant organique et numérique : Django Django pour le côté tribal, Isaac Delusion pour l’univers onirique et Alt-J pour la mélancolie.

 
Dans ses textes, Dave Bayley, leader et chanteur du groupe, cultive son amour des livres pour enfants et se nourri de son expérience en psychiatrie pendant ses études de médecine. Résultat, un premier album charnel, lancinant, psychédélique, habité par des créatures étranges issues de l’imaginaire fertile et tordu de son auteur. Un voyage au cœur d’une jungle tropicale pour déconnecter de la réalité !

Paulette : Vous vous êtes tous rencontrés sur les bancs de l’école. Et vous affirmez que les choses se sont faites naturellement. Il y a quand même eu un déclic ?
Dave Bayley : A un moment donné, on a senti qu’il y avait suffisamment d’intérêt de la part des labels et du public, alors on s’est demandé si on ne pouvait pas en faire notre métier. Nous étions tous heureux de pouvoir faire de la musique le restant de nos jours. Donc, on s’est donné une chance, on a essayé pendant un an, on a donné des concerts et composé de nouvelles choses ensemble. Finalement, on a décidé qu’on devait continuer. C’était le déclic !

Dave, vous multipliez les casquettes. Vous êtes auteur, compositeur, interprète, producteur. Où avez-vous appris à faire tout ça ?
Dave : Pendant mon temps libre (rires). Je n’ai jamais pensé devenir musicien avant d’avoir 15 ans, quand mon cousin m’a offert ma première guitare. C’était une guitare acoustique. J’ai commencé à faire l’idiot, à composer quelques riffs, écrire des chansons sans prendre tout ça très au sérieux. Quand j’étais à l’université, mon père m’a donné son ordinateur portable et il y avait Garage Band, c’est avec ce logiciel que j’ai commencé à enregistrer mes premières chansons, à mes heures perdues (sourire). Tout a vraiment commencé quand j’avais 18-19 ans.


Paul Epworth est le producteur exécutif de votre premier album. Vous a-t-il donné des conseils ?
Dave : C’est exactement ce qu’il a fait, il est d’ailleurs extrêmement doué pour ça ! C’était sa principale contribution (rires). La première chose que j’ai apprise de lui est de croire en son instinct quand vous jouez de la musique, ne pas trop intellectualiser les choses. Il faut impérativement se faire confiance. Quand vous sentez que vous êtes sur la bonne voie, il faut y aller sans se poser de questions. Il ne faut pas non plus avoir peur d’aller au fond des choses, de faire des expériences, même si ça paraît dingue ou même ridicule. Vous devez tout essayer plutôt que de passer à côté de quelque chose !

Vous dites avoir eu peur de vous affirmer en studio. Qu’est-ce qui vous retenait ?
Joe Seaward (batteur, ndlr) : La peur de ne pas bien faire les choses.  Le plus dur c’est de prendre conscience qu’on peut se tromper. Une chose ne peut pas être soit bonne soit mauvaise, il y a juste des manières différentes d’obtenir ce qu’on veut. Ce qui compte, c’est d’apprendre à se faire confiance, sans arrogance aucune, et ne pas avoir peur de faire des erreurs. Il faut se dire qu’on est les meilleurs, même si c’est faux, parce que c’est ce qui nous encourage à avancer. Et si ça nous semble correct, il faut foncer sans penser au regard des autres.

Quelles différences y-a-t’il entre vos premiers EPs et cet album ?
Dave : On parlait de l’importance de s’affirmer, d’avoir confiance en soi. Sur nos premiers EPs, on est au contraire assez complexé. Je pense qu’on réfléchissait trop aux choses, on voulait que tout soit plus-que-parfait, trop propre, on s’inquiétait de ce que penseraient les gens en nous écoutant, de ce que penseraient nos familles. Forcément, le résultat était plus timide, plus craintif. Avec cet album, on a mis tout ça de côté. On avait juste envie de prendre du plaisir à faire la musique qu’on aime. On avait envie que ce soit plus bruyant !
Joe : Tout notre travail sonne différent !



Dave, vous avez écrit ces chansons pendant vos nuits d’insomnie. C’est en tout cas la légende qui entoure cet album. C’est quasi-mystique non ?
Dave : C’est très mystique en effet ! En général, les paroles viennent après la musique et après la production. La chanson dégage alors une ambiance et elle a déjà son propre environnement sonore. Donc je commence par écrire des textes qui vont coller au rythme du titre, puis vient l’histoire, qui correspond à l’ambiance qui s’en dégage. Si une chanson est effrayante, alors je vais écrire une histoire un peu flippante.

A cette époque, vous étudiez la médecine, et notamment la manière dont le cerveau fonctionne. La psychiatrie a-t-elle influencé votre écriture ?
Dave : Oui, beaucoup ! Les histoires des patients m’ont beaucoup inspiré. Elles ne sont pas telles que je les ai entendues dans mes textes, mais elles les traversent.

Cet album est un voyage dans la jungle tropicale. C’est aussi l’idée qui est développée dans le livre pour enfants, The Zabajaba Jungle, votre livre de chevet quand vous étiez enfant. Est-ce que l’enfance vous rend nostalgique ?
Dave : Je ne sais pas mais je ne crois pas. On aime ce que ça implique. On a commencé à travailler sur cet album quand je suis revenu m’installer à Oxford. J’étais ado et j’aimais le côté naturel de cette ville, entouré par les bois. On allait se perdre dans la forêt tous les jours. Je pense que ça me rappelait ma jeunesse. J’ai grandi en Amérique, tout près de Boston, au milieu de nulle part. Il y avait des arbres gigantesques et des forêts à perte de vue. Il m’a fallu retrouver un peu de cet endroit et le ramener jusqu’à nous.

Cet album est riche et foisonnant de textures multiples. C’est expérimental mais aussi diablement efficace. Est-ce que vous aviez cette exigence à l’esprit au moment de composer cet album ?
Dave : Non ce n’était pas conscient ! C’est vrai qu’il y a un côté très accrocheur, et c’est ce que j’aime, mais je ne l’explique pas et je ne sais pas non plus pourquoi tel ou tel riff réussi à capter l’attention du public. Il n’y a pas de recette miracle et ça me fascine ! Quand vous trouvez LE riff, un truc très entraînant, on se rapproche du format pop, un truc très efficace. Nous avons tous une grande expérience dans la musique, et je pense qu’on s’ennuierait si on se contentait d’écrire de simples chansons pop.



Vous aimez expérimentez les sons, les textures, les ambiances. Quel est votre processus créatif ?
Dave : Ça commence souvent avec moi, bidouillant une démo sur une vieille guitare acoustique qui m’a coûté 5 dollars sur le marché. Tout commence avec ça et une ligne de voix. Ensuite, tout le monde réfléchit à ce qu’on pourrait ajouter pour l’enrichir. Puis on entre en studio, Joe ajoute la batterie, Drew, la guitare et Edmund, la basse. Puis j’essaie d’y apporter une touche atmosphérique, je me munis de mes appareils, mes micros et j’enregistre tout ce qui m’entoure : Joe en train de rire  et je trafique ce son jusqu’à ce qu’on entende des cris de mouettes, Drew en train de manger des chips pour me rapprocher du bruit que ferait un castor ou un morse par exemple, j’enregistre aussi mes animaux, la nature, la mer…

Dans cet album, les animaux sont des métaphores pour décrire des sujets plus sombres, qui impliquent des humains. Pourquoi aviez-vous besoin de vous cacher derrière ces petits personnages ?
Dave : Il ne s’agit pas toujours de se cacher derrière eux, mais de décrire plus précisément quelqu’un grâce aux caractéristiques animales. Souvent les animaux sont utiles pour définir quelqu’un en un mot. S’il s’agit d’un renard, alors la personne dont vous parlez est  sournoise, rusé, maligne. Fantastique Maître Renard de Roald Dahl est un bon exemple.
Joe : En une chanson, vous n’avez pas vraiment le temps de décrire le caractère d’un individu. Si vous pouviez seulement le décrire en un mot, ça voudrait dire que vous avez des idées préconçues.

Est-ce que cet album vous a permis de dépasser certaines choses ? Y-a-t’il un côté thérapeutique ?
Dave : J’ai tendance à libérer beaucoup de la colère que j’ai en moi à travers la musique, toutes mes mauvaises pensées aussi… mais ça dépend des chansons. Je ne veux pas trop en dire sur moi. Je ne parle  jamais de moi dans mes chansons. Je préfère m’inspirer du vécu des gens qui m’entourent.

Comment êtes-vous passé des versions studios aux versions live ? Est-ce que c’était difficile ?
Joe : Non c’était vraiment amusant ! Ca permet de donner aux chansons une seconde vie. Ça laisse aussi plus de liberté. En studio, vous voulez ajouter ci ou ça mais ça ne fonctionne pas toujours. En live, c’est toujours possible. Vous pouvez accélérer le rythme ou au contraire le ralentir, rendre plus effrayante la version d’origine. Vous pouvez tout faire ! En tant que fan de musique, quand je vois des groupes qui jouent de manière différente leurs morceaux quand ils sont en live, je les trouve encore plus intéressants, plus dévoués à leur art. Si je veux écouter quelque chose de parfait, je me passe le CD mais en live, c’est comme si vous dévoiliez un peu de votre secret, ça n’appartient qu’à vous, personne n’a cette version de la chanson, c’est encore plus personnel ! Il y a quelque chose de très excitant à jouer nos morceaux en live et j’adore ça !



GLASS ANIMALS :: ZABA

Concerts :
01 Novembre: Palais des Sports, Paris (1ère partie de Metronomy)
03 Novembre: La Laiterie, Strasbourg (1ère partie de Metronomy)
06 Novembre: La Médoquine, Bordeaux (1ère partie de Metronomy)
07 Novembre: Le Silo, Marseille (1ère partie de Metronomy)
08 Novembre: La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand (1ère partie de Metronomy)
13 novembre: La Cigale, Paris (Festival Les InRocKs Philips 2014)

Site : http://glassanimals.eu/
Facebook : https://www.facebook.com/glassanimals

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