DÉCOUVERTE : FLO MORRISSEY

 
Flo Morrissey a l’innocence de ses 20 ans mais une voix sans âge. Pour la jeune artiste londonienne (d’origine irlandaise), ce premier album est comme un journal intime. Elle y raconte ses expériences adolescentes, mais certains textes – écrits il y a cinq ans – sont désarmants de maturité, intemporels. Rencontre intime et délicate.
 
Paulette : Ton premier album s’inscrit dans la grande tradition des songwriters folks. L’enjeu est de taille !
Flo Morrissey : Je n’ai pas essayé de faire un album de folk seventies ou quelque chose qui s’en rapproche. C’est simplement le style de musique qui s’est imposé à moi. Je n’étais pas vraiment préparée à tout ça, j’ai juste fait ce qui me semblait juste pour servir les chansons. Ma musique sonne comme celle d’un disque suranné, mais je suis une fille de mon époque : je suis très active sur Instagram, Facebook. J’aime cet équilibre !
 
Tu as commencé la musique à 14 ans, en t’emparant d’une guitare. Quel est ton premier souvenir ?
Je jouais de la guitare depuis deux semaines quand j’ai écrit ma première chanson, intitulée Hush My Children. Je me souviens l’avoir tout de suite enregistrée sur Garage band et postée sur MySpace, quand cette plateforme avait encore de l’importance (sourire). J’ai commencé comme ça ! Ensuite, j’ai pris un réel plaisir à réaliser mes propres vidéos et mes reprises que je postais sur Vimeo et YouTube. Toutes ces vitrines m’ont ouvert la voie.
 
Tu écris ta première chanson à la guitare, seulement deux semaines après avoir commencé à jouer de cet instrument !
Oui mais cette chanson n’est plus sur Internet (rires) !


 
Est-ce que tu avais déjà un plan de carrière en tête à ce moment-là ?
Oui j’ai toujours su que je voulais être chanteuse. Je savais que je n’irai pas à l’université ! Quand j’étais plus jeune, j’étais surtout attirée par la musique classique, je m’imaginais faire de l’opéra parce que c’est ce qu’on nous apprenait – je chantais dans une chorale. A 13 ans, j’ai écouté des choses plus pop et un nouveau monde s’est ouvert à moi. J’ai eu de la chance d’avoir pu en faire mon métier !
 
Grâce à tes vidéos postées sur Internet, tu décroches un contrat avec Glassnote Records. Comment as-tu vécu ce changement ?
Mon manager m’a repérée sur un blog japonais, il y a deux ans. Et ensuite, ce fut au tour de Glassnote. Ça a tout de suite accroché entre nous. Je n’ai pas vécu les choses comme un changement radical. C’était la suite logique des événements. J’ai beaucoup de chance d’être aussi bien entourée, par des gens qui me comprennent, qui me laissent être aux commandes et qui me soutiennent.
 
Signer avec une maison de disques, c’était un accomplissement en soi ?
Oui ! J’en suis très heureuse. C’est une étape décisive. Je me sens plus adulte, même si je les ai rejoints alors que je n’avais que 18 ans. Je suis impatiente que les gens découvrent les chansons que j’ai écrites au cours des cinq dernières années.
 
Depuis tes débuts, tu sembles vouloir garder le contrôle sur ton image et sur la façon dont les gens perçoivent ton travail. C’est toujours le cas ?
Oui je gère moi-même mon Instagram, ma page Facebook, mon Twitter aussi. Et j’aimerais pouvoir le faire aussi longtemps que possible. Pour moi, c’est important de créer un univers autour de ma musique. C’est aussi un moyen de m’exprimer autrement, en partageant des photographies ou des chansons qui m’ont touchée. C’est ce que font les jeunes de mon âge et c’est ce que j’ai toujours fait. A 14 ans, j’envoyais ma musique sur des blogs. J’ai toujours eu le sens des affaires, si on peut dire, assez innocemment. Je le faisais parce que ça me plaisait, pas parce que je voulais créer une marque ou je ne sais quoi d’autre. J’ai besoin de tout contrôler, en particulier ce que je partage. C’est quelque chose qu’on a trop tendance à sous-estimer !
 

 
Est-ce qu’il est plus difficile d’imposer ses idées quand on est encore qu’une enfant ?
Quand j’étais à la recherche d’un manager, j’avais 17 ans. J’ai rencontré beaucoup de gens via Internet, mais ils n’ont pas bien compris d’où je venais. Pourtant, je suis le genre de fille qui sait où elle va et qui sait ce qu’elle veut. Faire la connaissance de mon manager actuel a été une vraie bouffée d’air. Il a très vite compris qui j’étais, comme mon label d’ailleurs. Ils m’ont tout de suite considérée comme une adulte. Rencontrer les bonnes personnes prend du temps ! Qui plus est quand on est une fille. Il y a plus de préjugés. On ne nous prend pas toujours au sérieux. Mais j’ai tenu bon ! Et j’ai bon espoir, les choses sont en train de changer, y compris dans l’industrie du disque. Le pouvoir des femmes est un enjeu majeur !
                                                                                                                       
Tu as enregistré cet album à Los Angeles. Qu’est-ce que tu attendais de la Californie ?
Je recherchais le soleil et il y en a eu… beaucoup ! J’ai ajouté un peu de cette chaleur dans mes chansons. Mais la Californie, en particulier Los Angeles, est aussi un endroit triste et isolé. Les gens se battent pour s’en sortir. J’ai un sentiment très mitigé, mais ça reste une expérience formidable, un moment privilégié. J’en ai bien profité !
 
Quand on t’écoute chanter, on n’imagine pas que tu sois si jeune. Des complexes vis-à-vis de ton âge ?
Oui j’en ai eu ! Je suis devenue nerveuse quand j’ai eu 20 ans. C’est très étrange, j’ai le sentiment que je devrais être plus âgée, mais en même temps, je n’ai pas envie de grandir et risquer de perdre mon innocence. Je pense que c’est important de trouver l’équilibre, même si aujourd’hui, vieillir ne me fait plus peur. C’est aussi ce qui ressort dans mes chansons. Même si elles ont été écrites par une jeune adolescente, j’aime penser qu’elles sont intemporelles et qu’elles peuvent parler à tout le monde, sans limite d’âge !
 
D’où vient cette maturité ?
Je ne sais pas ! C’est très naturel pour moi. Mes parents m’ont toujours traitée en adulte, m’encourageant à suivre ma propre voie. Cela signifiait voyager seule pour rencontrer des musiciens – ce n’est pas courant pour quelqu’un d’aussi jeune. C’est ce qui m’a aidé à grandir et m’a poussé à me dépasser. Partir à Los Angeles pour rejoindre mon producteur pendant deux mois et demi fait partie de ces expériences qui font grandir.


 
Qu’est-ce qui te pousse à écrire des chansons ?
C’est un exutoire ! Je m’y exprime comme dans un journal intime parfois. Et chacun peut y trouver une résonnance particulière avec sa propre histoire. Chanter, c’est ce que je dois faire aujourd’hui. J’en ai besoin. Ce n’est pas de la torture rassurez-vous (rires) !
 
Cet album est un instantané de ton adolescence, certaines chansons te suivent depuis 5 ans déjà. Est-ce qu’elles ont toujours un sens pour toi ?
Oui ! Sur une chanson comme Show Me, je ne savais pas vraiment ce que j’écrivais à l’époque. Je devais avoir une quinzaine d’années. Je parle de la mort : « Montre-moi l’endroit où nous sommes morts, montre-moi l’endroit où nous nous sommes cachés ». Elle résonne davantage en moi aujourd’hui, avec l’expérience. Et je pense que ce sera toujours le cas dans quelques années. Ce qui est frappant, c’est que j’ai écrit cette chanson alors que j’étais très jeune. J’ai encore du mal à comprendre comment !
 
Qui t’a transmis le goût de la chanson ?
Je me suis sensibilisée toute seule à la musique, mais mon père et mon grand-frère ont clairement orienté mes goûts musicaux quand j’étais plus jeune. On écoutait Devendra Banhart, Nick Drake, Bob Dylan, dans la voiture. Et ensuite, j’ai poursuivi ma quête dans cette direction-là pour découvrir ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas.
 
Est-ce que le travail de certaines de tes consœurs féminines t’a influencé ?
Beaucoup plus maintenant. Quand j’étais plus jeune, j’avais tendance à m’identifier aux hommes, parce que je trouvais que ce serait intéressant d’y apporter ma touche féminine. Mais aujourd’hui, je suis de plus en plus influencée par des femmes, comme Billie Holiday, Nina Simone, Joni Mitchell.
 
Par leur carrière ou leur philosophie ?
Les deux ! J’aime les femmes fortes qui ont du caractère, comme Kate Bush.
 
A seulement 20 ans, tu n’as déjà plus une vie normale. Est-ce que tu as peur des conséquences ?
(Rires) Il est clair que je ne fais pas les mêmes choses que mes amis. Mais l’essentiel, c’est de faire ce que j’aime le plus au monde. Encore une fois, c’est ce dont j’ai besoin. Ça m’a fait peur au début, mais j’ai appris à ne plus m’inquiéter pour l’avenir. Mais merci de me le rappeler (rires) !
 
Une dédicace aux Paulette ?
Demain sera beau ! C’est le titre de l’album (sourire).
 

FLO MORRISSEY :: TOMORROW WILL BE BEAUTIFUL
Glassnote Records
Sortie le 15 juin 2015
 
 
Concerts :
Le 12 mai à la Gaîté Lyrique, Paris
Le 24 juin au Point Éphémère, Paris
 
 
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