DÉCOUVERTE : BIRDS ON A WIRE

La Franco-américaine Rosemary Standley (Moriarty) et la Brésilienne Dom La Nena (Etienne Daho, Jane Birkin) sont deux oiseaux sur un fil, le temps d’un projet délicat et audacieux, en duo.

Après une tournée intime, Birds On A Wire sort un disque de ses reprises empruntées à différents répertoires et différentes époques. Elles ont choisi d’emmener ces chansons vers quelque chose de très épuré, pour n’en conserver que leur essence. Les arrangements violoncelle-voix donnent une unité et une cohérence à l’ensemble. Rencontre avec ces deux virtuoses d’exception, l’occasion d’évoquer leurs projets à venir.
                                                                                                
Paulette : Le projet est né sur scène. Pourquoi avoir ressenti le besoin d’enregistrer ces chansons sur disque ?
Rosemary Standley : Parce qu’elles étaient prêtes ! Ce n’était pas du tout prévu au départ, pas du tout prémédité. A un moment, on  s’est demandées ce qu’on allait faire de ce répertoire. C’est tellement intemporel, tellement hors du temps et de l’espace. Donc il n’y avait aucune urgence, on n’était pas du tout pressées. Ça s’est fait très simplement : les arrangements étaient déjà faits, les chansons aussi !
Dom La Nena : Et puis, on s’est vraiment attachées à ces morceaux. C’est quasiment que des reprises, mais on se les ait appropriées, comme si elles devenaient des chansons à nous. On avait envie d’avoir un objet, de garder une trace de ces morceaux qu’on aime tant. Mais aussi, parce que c’est un projet qui peut évoluer n’importe quand et n’importe comment. On est très libres et on n’est pas sûres de continuer à jouer toujours les mêmes titres.
 
Rosemary, vous créez ce projet en 2011, sous l’intitulé Rosemary’s Songbook. Vous étiez accompagnée d’une autre violoncelliste mais vous appeliez ça votre “projet solo accompagné”. Désormais on peut parler de duo ?
Rosemary : Oui c’est un duo !
 
Pourquoi avoir choisi Dom La Nena pour continuer l’aventure ?
Rosemary : C’est Sonia Bester, “Madame Lune”, la productrice du spectacle, qui nous a présenté. Elle a eu le sentiment qu’on pouvait s’entendre musicalement et humainement, et ça a fonctionné effectivement !
Dom La Nena : C’est une productrice qui fait beaucoup de rencontres, beaucoup de créations sur des projets un peu spéciaux. Je connaissais Rose de vue, on s’était croisées quelque fois. Mais c’est Madame Lune qui nous a mis en contact. Et voilà, c’était très immédiat. Il a suffi d’une seule répétition. C’était évident que ce projet nous plaisait à toutes les deux. On s’est tout de suite entendues musicalement et humainement.

 
C’est un album de reprises, peu connues du grand public pour la plupart. Elles sont issues de plusieurs répertoires qui viennent des quatre coins du monde : folk, musique baroque, traditionnels argentin-colombien/catalan/chilien/libanais, country, pop, bossa nova… C’était une vraie volonté d’avoir un éventail de styles aussi large ?
Dom La Nena : Non pas du tout. La seule volonté, c’était de ne pas se mettre de limites, de faire des morceaux qu’on aimait, quelque soit leur genre. On ne s’est pas donné un thème, une langue ou une période, comme souvent c’est le cas dans les albums de reprises. L’idée, c’était de faire un chansonnier. Et c’est presque un album de souvenirs finalement, puisque ce sont des chansons auxquelles on est très liées l’une et l’autre pour différentes raisons. On a construit tout le répertoire de manière assez inconsciente comme ça, juste en échangeant des morceaux, en papotant, en essayant des arrangements au violoncelle. On voulait quelque chose de pétillant avec un fil conducteur, le violoncelle et nos voix.
Rosemary : Ce n’était pas prémédité encore une fois. On y est allé en tâtonnant. Je savais que Dom avait une culture classique. Donc de mon côté, j’avais une réelle envie de me frotter au classique, même si je ne viens pas de là. Je voulais voir comment on pouvait appréhender cette musique là de manière assez différente, en restant très minimal. Ce n’est pas simple l’arrangement violoncelle-voix, c’est comme si on avait deux voix. Le violoncelle c’est l’équivalent d’une voix humaine. C’est ça qui est beau : cette fragilité !
Dom La Nena : Ce qui est un peu compliqué avec le violoncelle, c’est que ce n’est pas un instrument d’accompagnement. Il a d’abord un rôle d’accompagnement mélodique dans les formations standards. Là, il fait tout, les harmonies, les mélodies, c’est un peu une deuxième voix aussi, ou une troisième, même, quand je chante. On est sur le fil ! Donc, il y a certains morceaux qui ne marchaient pas et qu’on a laissés de côté. Mais j’étais quand même très étonnée de tout ce qu’on pouvait faire. J’ai l’habitude des arrangements violoncelle-voix sur mon projet solo, mais c’est des morceaux que j’ai écrit pour ça. Les morceaux qu’on a choisis n’étaient pas faits pour ce genre d’arrangement au départ. Il a fallu les épurer harmoniquement et ce n’était pas gagné ! Mais j’étais très surprise car la plupart des morceaux qu’on a essayés marchait !
 
Ces chansons parlent toutes d’amour. Est-ce que ça a dicté votre choix ?
Dom La Nena : Non, ce n’était pas intentionnel ! On s’est aperçu après qu’on était des grandes romantiques (rires) !
Rosemary : On s’est aussi rendu compte que la plupart de ces chansons ont été écrites par des hommes pour des femmes. C’était des chansons d’excuses, d’amour, de repentance. Et moi j’aime bien interpréter des chansons d’hommes. C’est émouvant parce que c’est rare.  Et puis, on a trop vu des femmes éplorées, à genoux. Moi j’en ai marre (rires). Au moins ici, on ne peut pas être taxé de « cucuterie » vu que ces chansons ont été écrites par des hommes ! Et c’est vrai que le thème de l’amour est commun à toutes ces reprises. Mais on l’a découvert après.
 
En live, vous aimez présenter ces chansons dans des lieux exceptionnels. L’environnement est-il important pour vous ?
Rosemary : Oui on s’imprègne toujours de l’esprit du lieu. Les morceaux prennent vie autrement. Ils ont une résonance différente à chaque fois. Je préfère les petits théâtres, comme la Maison de la poésie, parce que c’est vraiment intimiste. Vous avez l’impression de pouvoir chanter pour chacun et je crois que le public le ressent vraiment comme ça aussi. Mais ça a marché dans des très grands lieux aussi, comme au TAP à Poitiers, une très grande salle toute en bois, devant 1 200 personnes je crois. Je n’étais pas convaincue mais ça a marché quand même. Tant mieux (rires). C’est grâce au répertoire, c’est lui qui encourage ce rapprochement avec le public. Tout à coup, ce qui est grand redevient petit !
Dom La Nena : Ce n’est pas pareil lorsqu’on joue dans un club debout ou dans un théâtre assis. Ca prédispose les gens évidemment. Mais ça reste un projet très flexible là-dessus. Plus on va dans l’épure, plus on aura l’attention du public !
 

Si vous deviez choisir l’endroit idéal, ce serait où ?
Dom La Nena : On a joué aux Bouffes du Nord, c’était vraiment génial ! Je dirais que c’était assez idéal pour nous et on l’a fait ! (rires)
Rosemary : Moi je rêve de jouer dans un tout petit théâtre à côté de chez ma grand-mère à Quimper… j’adorerais jouer là-bas (sourire).
 
Dans quelles conditions conseillez-vous d’écouter ce disque ?
Rosemary : C’est marrant parce que c’est une question que je pose souvent aux gens. On n’écoute pas religieusement la musique. On est plus ou moins toujours en train de faire autre chose. J’aime bien l’idée de prendre un bain et de mettre de la musique. Il n’y a pas de règle avec ce disque-là parce qu’il y a des morceaux de toutes les heures. Il y a des morceaux du matin, des morceaux du soir, des morceaux de la nuit aussi… ça peut être un disque d’insomnie.
Dom La Nena : C’est quelque chose de très relatif mais on se le demande souvent c’est vrai. Nous on est assez mal placé pour le dire. Avec cet album, on peut s’endormir, on peut se réveiller, on peut conduire, on peut faire beaucoup de choses… tout dépend de l’humeur de la personne (rires)
 
Rosemary, vous préparez un nouvel album, un mélange de baroque et de folk anglais. Est-ce toujours d’actualité ?
Rosemary : De folk anglo-américain ! C’est un projet de reprises, entre le classique et le folk, avec des musiciens anciens.

Vous avez récemment déclaré être à un tournant et vouloir vous concentrer davantage sur l’interprétation. En quoi est-ce plus intéressant pour vous ? Rosemary : Je m’amuse vraiment dans l’interprétation. Il y a une grande liberté à pouvoir interpréter les textes des autres, plus que les siens je trouve. Il y a une distance entre le texte et vous. Vous pouvez y voir ce que vous voulez, l’analysez sous un certain angle. Lorsque vous chantez vos propres textes, c’est plus difficile parce que vous savez exactement ce que vous y avez mis et pourquoi. On a plus peur de se livrer quelque part – c’est aussi le but peut-être… Alors que lorsqu’on est derrière un texte qui ne nous appartient pas, comme il y a de la distance, on est plus soi finalement !

Dom La Nena, vous êtes en train  d’enregistrer votre deuxième album au Portugal. Pouvez-vous nous en dire un petit mot ?
Dom La Nena : Mon premier album, Ela, était très intimiste, très acoustique, très épuré aussi. C’est un album qui donnait le sentiment d’être dans un salon, très velours, très fenêtres fermées. Là, j’essaie de mettre un peu plus de soleil là-dedans, d’avoir quelque chose de plus ouvert, plus rythmé, plus joyeux. J’avais envie d’explorer des sons nouveaux, de ne pas me répéter.
 
Une dédicace aux Paulette
Rosemary : Longue vie à Paulette !
Dom La Nena : Les oiseaux vous embrassent !
BIRDS ON A WIRE ::
Rosemary Standley et Dom La Nena
Air Rytmo
31 mars 2014

Concerts : Les 07 et 08 mai, à la Maison de la Poésie, Paris
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