COURSE À LA PERFORMANCE : LE TABOU AUTOUR DU MENTAL DES SPORTIF·VE·S

Lucas Pouille, Florent Manaudou, Naomi Osaka, Nick Kyrgios, Martin Fourcade et plus récemment Simone Biles ont tous et toutes subi la pression de la course à la performance. Certain·e·s, au dépit de leur carrière de grand·e·s sportif·ve·s, d’autre en prenant le recul nécessaire avant que leur mental n’en subisse trop les conséquences. Un sujet sensible et encore très tabou, que les médias commencent timidement à aborder.

La santé mentale gagne des places et remportera peut-être, un jour, la médaille d’or. Et cela, en partie grâce au courage de Simone Biles ce 23 juillet 2021, aux Jeux Olympiques de Tokyo. Tout comme Naomi Osaka en mai dernier, la gymnaste a déclaré forfait pour “protéger sa santé mentale.”

L’humain·e derrière l’athlète

“Nous ne sommes pas juste des athlètes. Au bout du compte, nous sommes des êtres humains et, parfois, il faut savoir se mettre en retrait.” La jeune championne annonce qu’elle se retire pour prendre soin d’elle, gérer ses vieux démons et prendre du recul face à la pression qui pèse sur ses épaules. En effet, la notion de vitesse est omniprésente dans le milieu sportif. C’est pour cela que l’on parle ici de “course” à la performance. Qu’elle soit liée à la pratique du sport en lui-même, à la course à pied, à la natation, au skate.. Tout doit être fait le plus rapidement possible.

Et même lorsqu’une discipline ne demande “que” précision et puissance, vient s’y greffer la course à celui ou celle qui obtiendra le nouveau record. Comme l’explique au micro de RMC, le champion du monde de canoë et dirigeant sportif Tony Estanguet, en réaction à l’abandon de Biles : “elle devait incarner la réussite américaine à elle seule. Il arrive un moment où le corps dit stop. On n’est pas des machines ! C’est trop de pression, c’est trop difficile.”

Sport à haut niveau : pression à multiples facteurs

Pendant une conférence de presse, la jeune athlète a expliqué les raisons de son arrêt. Lors de l’épreuve qu’elle a disputée aux JO de Tokyo, elle a constaté elle-même une “absence de coordination entre son cerveau et son corps”. Ainsi, elle a su poser des mots sur ses maux et a permis de lever une barrière de tabous. En effet, les grand·e·s sportif·ve·s sont souvent perçu·e·s comme de vraies machines indestructibles, capables de tout encaisser. Iels représentent une force d’esprit, une réelle capacité de concentration et de résilience. Pourtant, face à la pression des États misant sur ces figures montantes, mais aussi celle des coachs, des familles, du public, des médias ou encore la pression personnelle qu’iels s’infligent, il est parfois difficile de tenir.

D’ailleurs, suite à l’annonce de Simone Biles, mais aussi face à celle de Naomi Osaka qui avait évoqué ses “énormes angoisses” et ses épisodes de dépression, les comités commencent à réagir. En France, un bilan psychologique annuel est prévu dans le suivi médical des sportif·ve·s (article A231-4). Et d’après un article du média Slate, l’INSEP (institut national du sport, de l’expertise et de la performance) serait en train de développer un outil pour détecter ou prévenir la détresse psychologique ou l’isolement de grand·e·s sportif·ve·s. Le sujet commence lentement à sortir de l’ombre, bien qu’il ne soit pas complètement considéré à sa juste valeur. 

Parmi toutes les disciplines sportives, la dépression, le burn-out, le stress et l’anxiété sont des sujets récurrents et trop peu évoqués. Nous espérons que les témoignages de Simone Biles et de ses confrères·sœurs sauront délier les langues et les tabous dans le sport de haut niveau. 

Article de Margot Hinry

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