COUP DE FOUDRE AU SALON DE THÉ

  Paulette désœuvrée, Paulette célibataire, Paulette pessimiste. Entends-moi bien, j’étais comme toi : à 8 ans, lorsqu’on m’a avoué l’affreuse vérité, j’ai su que le grand amour, ça ne tombe pas dans la cheminée chaque année. J’étais résignée à l’idée de me pencher sur mon moi profond, à 21 ans, en tête à tête dans mon 9m² d’étudiante avec Jaune Lemon, ma grosse peluche, condamnée à rêver du prince charmant, qui ne viendrait jamais…

Le 5 août dernier, chez la madre.  Je m’ennuie profondément, textote, mène ma vie virtuelle. Je suis à la limite de l’insignifiante désespérance. Je dois rencontrer un ami d’enfance. J’attends cinquante minutes, pas de batterie, un lapin, je perds patience. La révélation : le salon de thé intimiste à la musique classique et aux cupcakes du diable m’appelle à dix minutes, au château de Compiègne. J’y cours.

Je pénètre dans la roseraie, aperçois trois Georges à une table, sur la terrasse.  Agréable mise en bouche… Je fais le tour de la salle, établis une stratégie d’attaque. Je m’assieds près d’eux, seule, sous un palmier ensoleillé. Après dix regards, je dois me rendre à l’évidence. Ce Georges-ci n’a pas que des yeux à faire pâlir l’océan, il me magnétise, m’électrise.  Je me suis fait piéger. Je sais que cela ne durera que peu de temps, alors je me noie dans ses yeux, entre deux tentatives de manger ma glace d’un air un tant soit peu digne d’une Paulette qui se respecte.

Résignée d’une fin imminente du flirt, je replonge dans la contemplation de mon dessert. Une ombre s’approche, lève les yeux et surprise : Georges m’aborde, sous les yeux de son frère et d’un ami, geste courageux, auquel il ne manquait plus que le cheval blanc. Il me propose de lui faire découvrir la ville, de boire un café, j’accepte. Sans batterie, avec un nouveau numéro de téléphone, il croit que je le ménage. Je décide donc de lui donner mes coordonnées pour qu’il m’ajoute sur Facebook. « Wow, sommes-nous déjà si intimes? » Le Georges a de l’humour, la selle du cheval vient d’arriver.  Je lui dévoile mon prénom, Fleur, il me dévoile le sien, que j’oublie presque aussitôt, baignée dans ses yeux qui me rendent déjà folle.

Deux jours plus tard, valise prête, je dois rentrer à Amiens, mais nous avons rendez-vous, dans le même salon de thé. Il fait tomber la théière dans la minute, je le clashe à la Booba, ça ne lui déplaît pas. Nous rions, nous papotons, et, une heure après -autant dire une seconde- je dois partir. Il me propose alors de retarder mon départ…

Je n’ai jamais pris une aussi bonne décision. Quatre mois après, il me surprend encore chaque jour. Il se révèle que non seulement le Georges a des yeux à couper le souffle, mais aussi qu’il est l’homme le plus séduisant, sexy, drôle, intelligent, sensible, merveilleux de la planète, de l’univers, du cosmos. Nous le savons tous les deux, le coup de foudre ne se rencontre peut-être qu’une seule fois dans une vie. Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer. Que veux-tu Paulette, il y a quelque chose sur cette terre de plus fort que nous. L’amour ? Non, l’Évidence. A bon entendeuse…

>Retrouvez Fleur sur son blog  http://meetthekitten.blogspot.fr

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