COUP DE COEUR : LOU DOILLON

Photo de Kate Barry

Fille de mais pas que… Avec Places, son 1er album somptueux et réalisé par Etienne Daho, Lou Doillon nous envoûte et nous prouve que le talent n’est pas qu’une question de patronyme. Rencontre, en toute sincérité.  
 

Paulette : Comment est née cette envie de musique ?
Lou : J’ai toujours eu une obsession de la musique, j’ai un côté groupie qui faisait flipper ma mère et ma sœur. Je vais toujours à des concerts et je n’ai pas un dixième de la curiosité que j’ai dans la musique dans le cinéma ou le théâtre. Dans la musique, je peux être une vraie spectatrice. J’aime voir des gens faire de la musique. J’ai toujours été entourée de musiciens, amoureuse de musiciens. Cette obsession de la musique me dépasse complètement. Comme j’ai toujours été entourée de gens extrêmement talentueux, la question ne s’était jamais posée. Le père de mon fils, avec qui j’ai vécu une dizaine d’années, Thomas John Mitchell, est quelqu’un de très talentueux, qui a une voix sublime. Puis à ma grande chance, dans les moments où ça n’allait pas bien, je prenais sa guitare. Jusqu’à ce que je parte aux Etats-Unis, rejoindre un pote Chris Brenner qui bosse aussi avec Milla Jovovich.

Arrivée chez lui, j’ai chanté un truc dans la salle de bain. Et là, j’ai commencé à écrire des chansons. Il voulait qu’on ait un groupe. Mais très vite, ça m’a gonflée.
C’était des grosses maisons de disques, j’avais l’impression de retomber dans la parodie de l’actrice qui joue une performance. Mais je n’étais pas assez douée pour le faire seule. Il l’a compris et m’a offert une guitare. J’ai pris 3/4 cours il y a 6 ans. À partir du moment où j’ai appris 2 notes je ne suis plus revenue ! J’ai commencé à écrire des chansons sur 2 notes et à partir de là, je n’ai plus arrêté. Mais ce n’était que pour moi ! J’avais plein de copines dans la même situation amoureuse que moi, j’écrivais des chansons… J’ai commencé à les chanter devant elles, devant mes potes puis devant ma mère et ma famille. Et puis, j’ai commencé à embarquer la guitare partout avec moi. Je prenais ça à la légère. Et ma mère m’a très aimablement dénoncée à Etienne Daho. Il a déboulé dans ma petite maison.

 
C’est comme ça que tu as franchi le cap du studio…
On a commencé très doucement, une demie journée au studio. J’enregistrais toutes mes chansons, juste guitare et voix. Mais je pensais toujours que ce n’était que pour moi. Très étrangement, ça a beaucoup plu à Etienne.
 
Justement, comment s’est passée la collaboration avec Etienne Daho ?
C’était magique ! C’était compliqué de travailler avec moi, il fallait d’un côté être là tout le temps, et de l’autre il fallait me rassurer profondément, presque me pousser pour que j’y aille. Et en même temps, dès que je sentais que je le faisais pour quelqu’un d’autre, je n’avais plus envie de le faire. Je n’aurais jamais pu faire cet album avec quelqu’un d’autre.
 
Pourquoi ne pas avoir fait un duo ?
La question ne s’est pas posée. Peut-être dans 10 ans ? C’est ma musique qui l’a rapproché de moi, je ne connaissais pas bien sa musique. Je la découvre aujourd’hui. J’adore le duo qu’il a fait avec Charlotte "If".
 
Chanter en anglais, une évidence ?
C’est toujours sorti en anglais, pour dire la vérité. C’est pour des raisons plus psychologiques je pense. Ma langue personnelle, ça a toujours été l’anglais, c’est ma langue maternelle. Dans le français, je redeviens la fille de, la sœur de, la petite-fille de. Il y a une sorte de chape de plomb qui se pose sur moi, et je n’ai pas envie de gêner. Je passe en français mon temps à m’excuser. Les gens aiment profondément ma mère, Serge et Charlotte. Moi j’essaye de prendre le moins de place possible. J’ai tellement entendu "mais tu te prends pour qui, ce n’est pas parce que tu es la fille de.. ". Mais dès que je rentre en anglais, tout ça n’existe plus.

Photo de Mathieu Zazzo

Tu as un timbre de voix très particulier. Tu as pris des cours ?
J’ai voulu en prendre avant de faire l’album. Mais tout le monde me l’a déconseillé. Mais je dois avoir un reste d’adolescence en moi, un peu rebelle, et je suis quand même allée voir une prof. On a fait quelques vocalises, j’ai pris 2/3 cours mais j’ai vite arrêté car j’ai bien compris que je faisais flipper tout le monde. La seule chose que je sais, c’est que quand je commence à chanter, ça me dépasse. Je prends beaucoup de plaisir, ça devient très organique et très étrange.
 
Ciné, musique, mannequinat… Tu es une vraie touche à tout, comment  l’expliques-tu ?
C’est peut-être anglais. J’ai été élevée en considérant que la curiosité ne peut pas s’arrêter sur un seul medium. Ma mère, par exemple, est à la fois actrice et chanteuse. Tout ça me paraît extrêmement normal ! Je suis assez choquée par le manque d’univers des gens. Ca me dépasse complètement. Petite, à 5 ans, quand j’ai compris que les habits s’achetaient comme du prêt à porter et que tout le monde pouvait avoir les mêmes habits, j’ai commencé à découper mes vêtements. J’ai besoin de m’exprimer, c’est pour ça que je touche à tout.

Est-ce qu’il a fallu passer par le mannequinat et par le cinéma, pour arriver aujourd’hui à la musique ? A t-il fallu que tu t’exprimes ailleurs avant ?
Oui. Si j’avais commencé par la musique, j’aurais sûrement été trop jeune. L’avantage que j’ai avec ce premier album est que je ne suis pas une jeune fille. J’ai beaucoup vécu, je suis quelqu’un d’heureux mais j’ai eu des sales moments de vie. Et finalement, ça, ça s’entend dans ta voix les kilomètres d’angoisse et les moments malheureux. J’ai commencé à être exposée à 14 ans, aujourd’hui j’ai 30 ans. En 16 ans, je n’ai jamais fait le film ni la pièce qui cartonnent. C’est pas très grave mais c’est 16 ans d’humilité, à faire et à refaire et que systématiquement ça se plante. Ça t’ancre les pieds dans le sol. Et ça aussi, ça s’entend dans la voix.
 
Une dédicace aux Paulette ?
J’adore Paulette. Revenons à cette mode de vieux prénoms, rebuvons de la tisane. Il y a quelque chose de très organique dans ce prénom !

LOU DOILLON : PLACES
Barclay / Universal Music
Sortie le 3 septembre
 
Concerts :
24-25/10 : La Flèche d’or, Paris

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