COUP DE COEUR : ISAAC DELUSION

Une voix d’ange, haut perchée sur des mélodies rêveuses, telle est la signature du groupe Isaac Delusion. Après deux EPs prometteurs en 2012, le quatuor, autrefois duo, a su se faire désirer et créer l’attente dans l’esprit de son public. Pari gagné !

Leur premier album est un petit bijou pop en apesanteur qu’on écoute en boucle depuis sa sortie. Leurs nouveaux morceaux sont plus produits et plus rythmés, mais toujours aussi oniriques entre soul, funk, disco, dub, folk et électro.. Retour sur la genèse de ce nouvel enregistrement audacieux avec le noyau dur du groupe, Loïc Fleury (chant, guitare) et Jules Paco (machines).
 
Paulette : Vous avez sorti deux EPs en 2012 et vous avez attendu deux ans avant d’offrir un premier album à votre public. Qu’est-ce qui vous manquait ?
Jules : En fait, on a d’abord hésité à sortir l’album directement, à la place du deuxième EP, mais on a vite écarté cette éventualité. Il y avait déjà un petit peu d’attente, les gens voulaient entendre plus de morceaux, mais on manquait de temps. Il fallait composer de nouveaux titres et les enregistrer, avoir les moyens de le faire, s’acheter du matériel, travailler et ruminer tout ça pour faire quelque chose qui se rapproche de ce qui nous plaît le plus.
Loïc : On avait envie de mûrir notre musique pour être sûr de la direction dans laquelle on voulait aller. Il fallait qu’on soit plus posé et plus réfléchi pour avoir un regard plus objectif.
 


Au départ, vous étiez deux. Un bassiste vous a rejoint entre les deux EPs. Aujourd’hui, vous êtes quatre dans le groupe. Qu’est-ce que ça a changé ?
Loïc : Bah ça a tout changé en fait (rires).
Jules : Oui beaucoup de choses !
Loïc : Au niveau du son, ça nous a permis d’avoir une approche différente de la musique, moins centrée sur deux identités  mais sur quatre, pour faire quelque chose de plus multicolore et surtout de plus vivant en live et sur disque. Obtenir quelque chose de moins froid !
Jules : Oui c’est ça, on voulait de la chaleur et du jeu. A la base, on a recruté des musiciens pour le live et notre collaboration s’est développée naturellement sur disque.
 
Quelles différences y-a-t’ il entre les anciens et les nouveaux morceaux ?
Jules : Ils sont plus produits !
Loïc : Plus produits et plus humains ! Le côté minimaliste, on va sûrement y revenir par la suite.
Jules : C’est vrai que ça nous manque un peu. Au départ, on a recruté des musiciens pour le live et c’était un grand plaisir de les amener à s’investir dans la composition et dans le processus créatif parce qu’ils ont apporté plein de choses. On a vraiment commencé à faire de la scène après la sortie du deuxième EP. Sur l’album, il y a une vraie volonté d’intégrer l’expérience du live et de faire danser les gens. On voulait quelque chose d’énergique pour nous permettre de retravailler plus facilement les morceaux en live. Avec nos premiers morceaux, on avait un peu de mal à faire bouger les gens et avoir un vrai retour du public, donc assez naturellement on s’est mis à faire des morceaux qui bougent plus. Comme on a pu tester certains de nos nouveaux titres en concert, ils ont encore évolué dans ce sens et le live est devenu partie prenante du processus de création de l’album et du travail de composition.
 
Au sujet du premier album, vous dites : “C’est comme tirer sa première épingle du jeu, c’est super important, on ne peut pas se rater.” Etes-vous rentrés en studio avec une ligne de conduite ?
Loïc : Non justement. On est arrivé en studio avec des démos. On savait exactement quels morceaux on voulait approfondir, mais tout s’est mis en place au dernier moment. Cet album est le fruit de plusieurs mois d’expérimentations et de recherches sonores. Donc, non, on n’avait absolument pas de ligne directrice. C’est un album très spontané, pas réfléchi. On a bien évidemment construit les bases en amont mais c’est la première fois qu’on enregistrait les morceaux à quatre. C’était assez neuf au final, ce n’est pas quelque chose qui a été pensé plusieurs mois avant d’entrer en studio.


 
En studio, quelle est votre obsession ?
Jules : La cohérence ! Il y a beaucoup de pistes qu’on a réenregistré dix-quinze fois parce qu’on trouvait que le son de la prise ou le son de l’instrument n’était pas cohérent avec le morceau. Je crois que c’est vraiment là-dessus qu’on a buté le plus. Sur la cohérence sonore dans un même morceau, entre les différents éléments. Parce que c’est vraiment primordial dans un groupe d’avoir UN son et pour le trouver il faut éviter de partir dans tous les sens.
Loïc : La couleur et l’émotion aussi. On voulait vraiment charger tous les morceaux d’un fort contenu émotionnel,  on s’est interdit de faire des morceaux un peu vides ou fades. Ce disque, ce n’est pas juste deux tubes et du remplissage. C’est un truc qu’on entend souvent, il y a énormément d’albums qui sont uniquement basés sur trois titres forts. Nous, on a essayé de faire le contraire de ça.
 
Vous avez enregistré cet album l’été dernier et il sort près d’un an plus tard. Vous dites que si vous deviez refaire un album, il n’aurait aucun rapport avec celui-ci…
Jules : Oui parce qu’on a tous beaucoup évolué, de part nos goûts musicaux, nos coups de cœur. Comme Loïc disait tout à l’heure, on a fait un album assez produit et aujourd’hui, on a envie  de revenir à quelque chose de plus minimaliste… ce qu’on faisait avant. Si on repartait en studio cet été, comme on l’a fait l’année dernière, l’album n’aurait aucun rapport, c’est vrai.
Loïc : Et je pense que c’est bon signe ! On ne reste pas sur nos acquis et on essaiera toujours de surprendre le public, tout en gardant notre patte. Il y a un groupe qui me fascine un peu pour ça, c’est MGMT. Chaque fois qu’ils sortent un album, c’est toujours super différent mais ils arrivent à garder leur identité sonore. Il y a des groupes qui savent se renouveler et j’admire cette qualité. Je pense qu’on partage tous cet état d’esprit-là. On ne restera pas sur une recette…
Jules : Parce qu’on ne l’a pas encore trouvée en fait ! (rires)
 
Loïc, vous avez suivi une formation d’ingé son et vous avez rencontré, à cette occasion, un membre du collectif Cracki. Puis vous avez rejoint leur label. Vous êtes en quelque sorte nés ensemble. En quoi est-ce un plus dans votre carrière ?
Loïc : C’est aussi comme ça qu’on construit quelque chose de durable. Notre collaboration ne s’est pas faite du jour au lendemain. On n’a pas été parachuté, c’est le résultat d’un long travail d’approche et le fruit d’une longue amitié. J’ai connu un des membres du collectif Cracki, il y a quelques années, et il bosse aujourd’hui sur nos visuels. C’est comme une grande famille. Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir une autre formation avant, Lucky Lindy. J’ai écumé pas mal de bars sur Paris et pas mal de rads forcément, des trucs un peu miteux. Avec ce groupe-là, je n’ai jamais réussi à passer le niveau supérieur comme avec Isaac Delusion, donc j’ai vu l’envers du décor. Je sais ce que c’est que d’être un  musicien qui galère et de jouer dans des bars où personne ne t’écoute. Tu te retrouves face à des gens qui sont juste venus boire un coup et c’est horrible ! J’ai fait des dizaines de concerts comme ça. Donc, quand tu arrives dans des lieux comme la Gaïté Lyrique où il n’y a pas un bruit et le public est venu pour toi, tu te rends compte de l’honneur et de la chance incroyable qui s’offrent à toi.
 
Loïc, vous avez une voix particulière, capable de passer des aigues aux graves avec une facilité déconcertante. Est-ce le résultat de longues années de travail ?
Loïc : C’est le résultat de beaucoup d’expérimentations dans ma douche (rires) et en concert évidemment. J’ai commencé à voir ce que je pouvais faire avec ma voix et je me suis amusé avec. J’ai beaucoup écouté des artistes comme Jeff Buckley, qui chantent sur plein d’octaves, ou Freddy Mercury, qui est capable de monter super haut et redescendre aussitôt dans les graves. Ces chanteurs m’ont toujours fasciné. Donc je m’en suis inspiré, je l’ai pris comme un jeu et j’ai essayé de bosser sur ma voix,  sur les différences d’octaves et de tessitures. J’ai fini par trouver ma sonorité à moi, un truc très personnel. C’est vraiment ce que je cherchais et j’ai pas mal bossé au final mais…
Jules : Il y a une aisance naturelle assez évidente (sourire).
 
Une dédicace aux Paulette ?
Loïc : Salut les Paulette. J’espère que vous êtes toutes aussi jolies que LA “Paulette” et que vous avez toutes d’aussi jolies lunettes.
Jules : Je ne peux pas faire mieux ! (rires)


 
ISAAC DELUSION :: ISAAC DELUSION
Cracki Records / Parlophone
 
 
Concert :
2/10 :  Trianon
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