COUP DE COEUR : IDA, DE PAWEL PAWLIKOWSKI

Parmi tous les films qui sortent cette semaine, IDA a retenu notre attention. C’est un film polonais, à première vue difficile à voir. Une jeune femme, IDA, est dans un couvent avec d’autres filles de son âge, elle prie, mange, boit. Et un jour, elle retrouve sa tante, Wanda, son seul parent encore en vie dans ce pays dévasté des années 60.

Pourtant, IDA est un film exceptionnel. L’actrice est à la fois touchante et sensible, on suit son road trip polonais, amoureux et familial avec douceur et joie. Le film est signé Pawel Pawlikowski – La femme du Ve étage, My Summer of Love – qui tourne, pour la première fois, dans son pays natal. Nous l’avons rencontré au Lutetia lors de son passage à Paris.
 
Paulette : Comment est née cette jeune femme IDA, comment est né ce personnage dans votre esprit ?
Je voulais faire un film pour parler de la question de la Foi, de l’identité et ça me tentait le paradoxe d’une jeune novice catholique très croyante qui découvre qu’elle est juive. En Pologne, toutes ces questions sont compliquées. Au début, c’était une image, ça ne donnait pas l’histoire. Je me suis demandé, faut-il être catholique pour être Polonais ? Qu’est-ce que c’est la Foi ? Notre imaginaire ? Notre conditionnement ? Et c’est le point de départ. L’histoire m’est venue de ces deux femmes, surtout quand j’ai inventé le personnage de Wanda. Quand je l’ai mis en face de l’autre personnage, ça poussait les rapports, l’histoire, la narration et je suis allé vers un road movie assez classique avec deux personnages. Elles sont différentes, dans leur personnalité, l’une est très expressive, extravertie, l’autre est introvertie, elle pense avant de parler, Ida a un rythme très lent mais très fort, tout ce qu’il se passe est nécessaire. Wanda au contraire est plus comme tout le monde, elle est aussi idéaliste, fanatique, méchante, chaleureuse, elle a toutes ces qualités. Alors les deux, ensemble, ça a donné une force. Toutes les deux sont surtout des femmes fortes, ce qui m’intéresse toujours pour réaliser.
 
“Je trouve les femmes plus intéressantes dramatiquement”

Le duo est fort à l’écran, pourquoi avoir fait un film sur deux femmes et non sur deux hommes ?
Je trouve les femmes plus intéressantes dramatiquement et en général (rires). Elles sont à découvrir pour moi. Quand je pense à un homme, surtout un homme comme moi, ça m’ennuie mortellement. Par contre, une femme, avec laquelle je peux m’identifier à un certain degré, il y a toujours des choses à découvrir et qui stimule l’écriture. Les femmes sont un champ de bataille intéressant. Aujourd’hui, les femmes sont protagonistes, dans le 20ème siècle déjà mais surtout dans le 21ème siècle. Une femme comme Wanda, avec le communisme en Pologne qui a libéré les femmes – malgré la terreur et les crimes, elle est séduisante. Et aussi, il y a ce problème des acteurs au cinéma, aujourd’hui, les personnages masculins sont en train de disparaître. Quand j’imagine une histoire avec des hommes, c’est soit des petits garçons jolis ou des brutes, mais un type d’homme à la fois masculin et sensible, ça n’existe pas. Un homme qui est dans l’Histoire, qui lutte, qui pourrait être protagoniste. Maintenant, c’est soit des jolis hommes, soit des “action heroes” sans cerveau.
 

Je crois que pour trouver Ida, l’actrice, ça a été assez original, Agata Trzebuchowska ne voulait pas spécialement faire du cinéma…
Oui ! ()Rires. J’ai passé beaucoup de temps à chercher, j’étais désespéré, j’allais vers les étudiantes en théâtre. Et puis j’ai demandé à tous mes amis de Varsovie, si vous voyez une jeune femme de 18-20 ans, qui est intéressante, arrêtez là ! Et une de mes amies a vu Agata dans un café à Varsovie, elle m’a envoyé un texto en me disant qu’elle était bien. Je lui ai demandé de m’envoyer une photo en secret. Mais ce n’était pas le personnage que je cherchais, elle était trop maquillée, elle avait les cheveux baroques et c’était une hipster totale ! C’était une fille de boite de nuit ! Mais elle avait une aura. Je l’ai quand même contacté. Et quand elle est arrivée au casting, j’ai parlé avec elle, elle n’était pas comme son image, elle était très sérieuse, cohérente, athée à fond et c’était bien. Par rapport aux autres actrices, elle n’était pas croyante alors que les autres rêvaient de jouer une nonne, “oh c’est mon rêve !”, blabla. Agata, elle, était très forte, son visage ne cherchait pas à me séduire ou exprimer des émotions, elle n’était pas cheap. Elle pensait avant de parler, elle réfléchissait, elle avait une forte personnalité ! Avec son visage enfantin et son âme sage. C’est tous ces paradoxes que je voulais en Ida. J’ai fait des essais et ça a été parfait. L’autre actrice, pour Wanda, je l’ai vu au théâtre, c’est une virtuose. J’ai pensé que le clash de ces deux types d’actrices me servirait. Pour Ida, elle est au couvent, elle ne s’exprime pas par la colère ou l’énervement, la fraicheur était chez Agata. Alors que Wanda a une très forte personnalité, Agata Kulesza était parfaite.
 
IDA est un film polonais, en noir & blanc, sur la religion, l’Histoire, l’amour… Vous vous êtes un peu mis des épines dans le pied !
Oui mais je m’en foutais en fait ! Je savais que ça n’avait aucune chance, je n’ai jamais fait de film commercial ou je n’ai jamais cherché à séduire les masses. Ce n’était pas un problème. Et faire un film en polonais, on a peu de chances, la langue est parlée par seulement les Polonais… Et il n’y a pas de mode comme pour les films roumains ou iraniens. Alors quand j’ai décidé de filmer en Pologne, mon pays, c’était sans idée que ça allait marché mais c’était un film pour les Polonais et ceux qui aime ce genre de cinéma, j’ai tout fait pour éviter le public en fait ! (Rires).

 
Malgré tout ça, on s’identifie très bien en tant que Française au personnage de IDA… Comment avez-vous travaillé cela ?
Je crois que le film parle quand même de choses universelles, la Foi, l’Amour, la Famille, l’identité et je l’ai fait de manière honnête. Je n’ai pas fait un film grand public donc j’étais libre de tourner comme je voulais, de caster qui je voulais. Une grande liberté donc, pas de pression pour que le film fasse du fric ou que ma carrière bascule, je n’ai pas vraiment de carrière, je vis d’un film à l’autre, je le fais car j’aime ça.
 
Maintenant que IDA est sur pellicule, quel regard vous avez sur ce personnage, sur elle ?
Je suis jaloux d’elle ! Elle a une âme si cohérente, elle sait ce qu’elle veut après quelques tremblements. Le film s’appelle IDA mais ce n’est pas qu’un film sur elle, c’est un film sur tout un monde, c’est aussi Wanda la protagoniste. La Pologne de l’année 62 est aussi protagoniste. Pour moi, ce n’est pas que l’histoire de IDA mais toutes ces choses réunies.
 
“Paulette me fait penser à une fille cocasse”

Si je vous dis Paulette, ça vous fait penser à quoi ?
Ça me fait penser à une fille cocasse ! (Rires). De Montmartre, dans les années 40. Je ne connais pas toutes les connotations de Paulette mais pour moi, c’est ça.
 

>IDA, de Pawel Pawlikowski
Sortie en salle le 12 février 2014
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