COUP DE CŒUR : FYFE

Paul Dixon alias David’s Lyre aka Fyfe a sans cesse besoin de se renouveler, et n’a pas honte de se remettre en question. Signé sur une major dès l’âge de 20 ans, il sort un premier EP sous le nom de David’s Lyre. Son contrat rompu 18 mois plus tard, le jeune musicien persévère et sort son premier album en autoproduction. Aujourd’hui, il tire un trait sur le passé et change radicalement de son avec Fyfe, un projet qu’il définit comme “plus libre et plus simple”. Il choisit la voie de l’indépendance et suit son instinct. Rencontre avec un artiste mature, qui ne sait pas rester inactif.

                               
Paulette : Toutes tes chansons ont ce point commun d’installer une tension pour finir dans une sorte d’apogée sonore, épique. Est-ce conscient ?
C’est ce que j’aime faire en tout cas ! Je veux que les gens voyagent en même temps que moi et souvent, les paroles vont dans le même sens, c’est une histoire. Ce n’est pas simplement pour créer une fin bouleversante, mais parce que j’ai envie que l’émotion grandisse au fur et à mesure, que les gens se l’approprie et qu’elle provoque quelque chose en eux. Donc c’est clairement voulu !
 
D’où vient cette recherche permanente de l’émotion ?
Parce que toute ma vie – j’ai 25 ans aujourd’hui – je pensais ne ressentir aucune émotion. J’en étais convaincu. Mais en fin de compte, je me suis rendu compte que je pouvais aussi être quelqu’un de sensible. Ce doit être la découverte de soi à l’adolescence, quelque chose comme ça. Je pense que c’est plus difficile pour un homme de laisser entrevoir cette part de lui-même, parce qu’on a peur des stéréotypes. En même temps, quand vous ne vous lamentez pas sans cesse sur tout, vous êtes perçu comme un cœur de pierre. On a l’impression qu’il y a quelque chose qui cloche dans votre tête, mais j’ai compris qu’en tant qu’être humain, on est forcément doué de sensibilité. C’est en faisant cette découverte que j’ai commencé à écrire des chansons là-dessus.  
 
Quelque chose à voir avec ta formation classique ?
Oui ! Mes parents m’ont forcé à apprendre le violon, la trompette, le piano, dès mon plus jeune âge. Je détestais ça ! A l’adolescence, j’ai commencé à jouer de la guitare et j’ai écrit ma première chanson à 15-16 ans… une horreur ! Mais c’était une bonne expérience (rires).
 
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le travail en studio, que tu préfères à la scène ?
J’aime cet environnement ! J’ai même installé un petit studio chez moi. Je ne sais pas pourquoi mais je m’y sens bien. J’aime passer du temps seul. Attention, j’ai des amis (rires) mais je n’éprouve pas le besoin de les avoir tout le temps auprès de moi. Passer mon temps en studio, 24h/24, c’est ce qui me plaît ! Je n’ai pas l’impression d’être bizarre. C’est juste que j’adore faire de la musique, je ne suis jamais rassasié ! Je n’aime pas moins la scène. Pour moi, c’est deux choses différentes, mais je me sens mieux en studio, c’est vrai. C’est plus naturel. Sans doute parce que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre du live, à me tenir sur une scène, dans l’interprétation aussi, pour mieux interagir avec le public.
 
 
Ermite ou fou de boulot ?
Ça dépend (rires) ! Je suis surtout un fou de boulot, mais il ne faut jamais forcer les choses, car ça peut avoir un effet négatif sur la création. Vous pouvez très vite déprimé si les choses ne se passent pas comme vous voulez !
 
Selon toi, Fyfe est plus direct que David’s Lyre. Pour ne plus rester dans l’ombre ?
Non ce n’est pas la seule raison. Avec David’s Lyre, c’était assez complexe musicalement, il y avait beaucoup d’instruments. L’album m’a demandé beaucoup beaucoup de temps. C’était difficile. Quand j’ai commencé Fyfe, je ne pensais pas au public. J’ai monté ce projet en réaction à David’Lyre. J’avais besoin de plus de simplicité, donc j’ai fait quelque chose de radicalement différent de moi. C’est arrivé comme ça, et ça plaît donc c’est super !
 
Qu’est-ce qui t’a encouragé dans cette voie ?
J’avais besoin de changement, de me renouveler ! La plupart des albums que j’écoute sont très simples. Pas dans le sens paresseux ou qui ne véhicule aucune émotion, mais plus immédiat, plus accessible. Cette fois, je vais droit au but. Tout est là pour une raison, pour servir la chanson. J’ai grandi je crois ! J’ai gagné en maturité et je suis devenu un meilleur auteur-compositeur. J’ai franchi une étape de plus dans mon parcours !
 
David’s Lyre était signé sur une major, c’est sans doute ce qu’on t’encourageait à faire…
Certaines personnes ont essayé, mais dans l’ensemble, j’étais bien traité. Je n’ai que des bons souvenirs de cette période. Après, signer sur une major implique forcément plus de pression, plus d’attentes, plus de résultats, plus de ventes parce qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. Mais ces exigences sont toujours présentes, quel que soit le label, même si c’est un label indépendant. Elles s’imposent à vous dès l’instant que vous faites carrière.
 
Ils t’ont permis de sortir un EP mais ils ont rompu le contrat avant la sortie de ton premier album. Que retiens-tu de cette expérience ?
Tellement de choses ! C’est comme obtenir son diplôme universitaire, dans la spécialité industrie musicale ! On est tout de suite plongé dans le grand bain. Je n’aurais pas pu faire tout ça sans cette expérience-là. Ça m’a aidé à comprendre où je voulais aller avec Fyfe, comment m’y prendre, par quel biais, comment m’entourer, manager une équipe, me familiariser au monde des affaires, en termes d’images aussi, travailler tous ensemble, avec des personnes qui ont envie de défendre le projet. Je pourrais écrire un essai avec tout ce que j’ai appris. Y a tellement de choses à dire !
 

Qu’est-ce qui a changé dans ta manière d’écrire ?
J’ai appris à faire les choses plus simplement. Plus jeune, j’imaginais que plus ce serait tordu, plus les gens se passionneraient pour ma musique, et plus ils essaieraient d’y trouver du sens. Mais en écoutant tous ces artistes que j’adore, Jeff Buckley, Marvin Gaye ou Lauryn Hill, je me suis rendu compte que ce qu’ils écrivent n’est pas si compliqué, du moins en apparence. Ce n’est pas premier degré, leurs chansons sont sujettes à l’interprétation de chacun. Ça m’a frappé ! Aujourd’hui, je préfère que les gens s’approprient mes chansons, plutôt que de leur donner toutes les clefs pour comprendre ce que MOI j’ai voulu dire.
 
Est-ce que ce n’est pas davantage pour éviter de parler de toi, pour te protéger ?
Oui peut-être ! Je pense que c’est très dangereux d’être sans cesse en quête de soi-même. Tu risques de devenir vraiment très égoïste, et je n’ai pas envie d’être comme ça. Il y a beaucoup de moi dans ces chansons. Même lorsque j’écris sur d’autres personnes, que j’exagère les choses, c’est ma vision ! Je pourrai écrire une chanson sur cette interview, mais je ne connais quasiment rien de toi, hormis les questions que tu me poses (sourire). Alors même s’il s’agit de toi, ce sera ma perception, ma vision des choses ! Donc quelque part, mes chansons sont très personnelles parce que j’en suis l’auteur (rires) !
 
Et en termes de son, qu’est-ce qui a changé ?
C’est plus électro, il y a aussi des influences hip-hop, r’n’b avec des rythmes massifs, parce que c’est que j’aime travailler. David’s Lyre sonnait plus indie rock-folk, plus acoustique. Fyfe est aussi plus pop et plus alternatif. Enfin  à toi de me dire ce qui convient le mieux pour décrire ma musique !
 
En t’écoutant, j’ai pensé à Thom Yorke, Just Jack, des choses très électro. Tu dis que tu as été influencé par le hip-hop, mais je trouve qu’il y a du jazz et de la soul dans ta musique. Comment l’expliques-tu ?
J’ai aussi été beaucoup influencé par la musique soul. Parmi mes albums préférés, il y a Miseducation de Lauryn Hill, qui est très soul, et Marvin Gaye, avec ce son très Motown. Et le jazz, bien sûr. L’explication, c’est que je ne chante pas comme un chanteur de r’n’b. Donc ces influences se trouvent davantage dans ma voix, mais aussi dans la construction des mélodies.
 

On a évoqué pas mal de différences avec ton ancien projet David’s Lyre. Qu’est-ce que tu n’as surtout pas voulu reproduire avec Fyfe ?
La manière de jouer sur scène. Avec David’s Lyre, beaucoup de musiciens m’accompagnaient. C’était pas mauvais, mais ça ne marchait pas bien ! Pour Fyfe, il n’y a que mon batteur et moi. On ajoutera peut-être un troisième musicien, mais je ne veux pas d’un big band. Ainsi ce sera plus précis. Souvent le public peut-être plus facilement distrait par le nombre de musiciens sur scène. Ce n’est pas comme si on jouait dans un stade, là ce serait plus logique d’avoir six musiciens autour de moi. Mais pour l’instant, je ne joue que devant 300 à 400 personnes, c’est très intime ! Et pour servir au mieux la musique, je n’ai pas besoin de beaucoup de musiciens.
 
Tu écris, composes et produis ta musique. Est-ce pour cette raison que l’album s’appelle Control ?
C’est l’une des raisons en effet (rires). J’essaie de tout contrôler parce que c’est ce que je suis. Mais en réalité, c’est impossible, même si tu y croies dur comme fer. Tout ce qui se passe dans le monde, en dehors de cette pièce, nous dépasse. Tout est hors de contrôle, ça ne dépend pas de moi. Voilà de quoi il est question dans cet album : le pouvoir de tout contrôler n’existe pas et tu ne trouveras pas la paix en résonnant ainsi. Il faut apprendre à faire confiance aux autres !
 
Mais conserver ton indépendance artistique, c’est primordial ?
Oui bien sûr ! Si je n’avais pas pu agir de la sorte, j’aurai certainement fait autre chose. Je n’ai pas envie d’être une marionnette, la vie est trop courte pour ça. C’est le seul élément de contrôle auquel je tiens. Si je perdais cette indépendance artistique, je pense que j’arrêterai de faire ce métier. Je continuerai la musique, parce que ça fait partie de moi, mais je n’en ferais plus une carrière.
 
Personne n’a encore découvert cet album que tu penses déjà au suivant. Des idées ?
Je suis en pleine exploration. Ce n’est que le début du processus. Mais comme tu l’as dit tout à l’heure, je suis insatiable, je ne m’arrête jamais de travailler. J’aimerai aller encore plus loin en termes de sons, sans pour autant m’égarer ou perdre le public de Fyfe en route.
 
Trois mots pour définir ta musique ?
Des montagnes russes émotionnelles exaltantes.
 
Une dédicace aux Paulette ?
J’espère que vous aimerez mon album. N’hésitez pas à m’envoyer vos commentaires !
 

FYFE :: CONTROL
Believe
Disponible sur itunes.com/fyfe
 
 
Concerts :
8 avril: Point Ephémère, Paris, France
15 avril: Atheneum, Dijon, France
23 avril: La Péniche, Lille, France
24 avril: Le 22 d’Auron, Bourges, France
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