COUP DE COEUR : DAPHNÉ

Daphné n’aime pas la tiédeur des sentiments et le prouve dans son nouvel album, La Fauve. Un titre avec lequel elle revendique son côté animal et son tempérament de feu.

Eprise de liberté, elle se révèle plus féline et plus sauvage que jamais, chante l’ivresse des sentiments, la passion physique et les bas instincts. Les arrangements sont délicats et raffinés, à l’image de son autre facette, à fleur de peau. Sur scène, Daphné lance des sortilèges à son public avec un set rock et endiablée. Renversant ! Entretien avec une artiste attachante, mi fée-mi sorcière !

Paulette : On vous avait quitté sur 13 chansons de Barbara (2012). Vous avez d’ailleurs commencé à composer La Fauve avant de vous lancer dans cet album hommage. Avec le recul, que vous a apporté cette expérience ?
Daphné : Des moments merveilleux déjà ! Des moments de scène, le rapport au public, c’est vraiment des moments inoubliables pour moi. Et de la côtoyer, si je puis dire, de côtoyer ses chansons, de les chanter et puis de me renseigner sur elle aussi – j’ai accepté ce projet parce que je la connaissais très peu –ça m’a permis de côtoyer, encore une fois, une femme qui était sans compromis. Je suis éprise de liberté donc ça m’a conforté dans l’idée qu’artistiquement il ne fallait pas faire de concessions. Et c’est très très très dur parce que ça demande de se battre, vraiment ! Se battre pour des choses qui, de l’extérieur, peuvent paraître minimes, mais c’est la musique que j’ai envie de faire donc il faut rester soi-même. De la côtoyer, elle, son énergie, ça m’a vraiment conforté là-dedans, qu’il fallait suivre ce qu’on avait au cœur et dans la tête. En tant que chanteur, il n’y a que nous qui assumons, même si quelqu’un fait un choix à notre place. C’est pareil dans la vie d’ailleurs, c’est quelque chose auquel je crois. Elle m’a conforté sur ce chemin et ça fait du bien !
 
Vous avez le sentiment d’avoir souvent eu à vous battre pour imposer vos idées ?
Qu’il s’agisse du texte ou de la mélodie, toutes les parties où je suis seule, je n’ai pas à me battre. C’est le contraire de ça d’ailleurs ! Mais dès l’instant où l’on travaille avec un arrangeur, même s’il comprend et respecte l’univers, il apporte aussi son imagination et donc il peut ne pas être d’accord avec le fait que je veuille enlever la harpe à tel moment ou quelque chose comme ça. Ça peut engendrer des rapports de force. Moi, je n’aime pas travailler comme ça mais ça peut arriver. Et je pense qu’il ne faut pas hésiter à se faire entendre parce qu’au final, ce sont mes chansons et c’est moi qui vais raconter ces histoires au public.
 

La Fauve est sous-titré par “Dix contes sorciers et quatre chansons réalistes”. On comprend la référence aux contes sorciers, moins celle aux chansons réalistes. Parce qu’on pense instinctivement à cette gouaille qui caractérise ce style de musique, ce qui est loin d’être votre cas. Qu’est-ce que vous entendiez par là ?
Pour moi, c’est un peu un pied de nez parce qu’effectivement, je n’ai pas du tout la sensation de faire des chansons réalistes. Mais c’était aussi pour insister sur le fait qu’une chanson, même si c’est un conte, peut parler d’un sujet réel. C’est plus pour faire le va-et-vient entre la réalité et le monde imaginaire. Je suis persuadée que l’imagination, l’instinct est toujours relié à la réalité, et inversement, comme des vases communicants. Mais c’est aussi un clin d’œil. Il y a une chanson qui s’appelle Strabisme des jours heureux. Je dis que c’est une chanson réaliste après coup car lorsqu’on l’écoute, elle a plus un côté surréaliste…. même si elle parle de la difficulté de voir les choses en face, donc c’est aussi réel. Je n’arrivais pas à dire 14 contes sorciers. Où est la fantaisie ? n’est pas non plus un conte, c’est une véritable question sur le cynisme ambiant ; Ne pardonne pas trop vite sur la maltraitance, pareil, donc je n’avais pas envie de qualifier ces chansons de contes.
 
Chaque chanson, aussi, a son sous-titre. Pourquoi ce choix ?
C’est un lien supplémentaire avec le public, une sorte de double éclairage. Je n’étais évidemment pas obligée de le faire, mais je voulais leur dire comment, moi, je vois ces chansons. J’avais envie de leur suggérer des images, de les emmener en voyage. C’est comme s’il y avait le titre en surface – le titre officiel – et celui qui racontait. Je me suis toujours considérée davantage comme une conteuse que comme une chanteuse, et donc c’est de cette façon-là que j’avais envie de parler aux gens.
 

Pourquoi avez-vous instinctivement pensé à Benjamin Biolay pour interpréter en duo Ballade Criminelle, une fable sur l’atavisme criminel ?
En fait, en composant la chanson, j’ai entendu sa voix. Ce qui n’est pas anodin puisque c’est un chanteur que j’écoute, que j’aime. Et puis, c’est une personne avec qui j’ai une relation particulière depuis que je l’ai rencontré, c’est vraiment mon ange gardien dans ce métier. J’ai fait cette chanson peu après une discussion qu’on avait eue sur les atavismes lourds. Je suis fascinée par les contes noirs d’Edgar Allan Poe, la période victorienne, mais aussi Sherlock Holmes, Conan Doyle. Par les films noirs aussi. J’avais en tête L’honneur des Prizzi de John Huston (1985). Une chanson pour moi, c’est un rendez-vous, un croisement de pleins de choses, des choses extérieurs, des choses qu’on a vécu, des choses qui nous touchent. La voix de Benjamin me touche donc il m’est rapidement apparu avec son côté meurtri. Je trouvais que ce personnage lui allait bien. Je me suis imaginée en train de tourner un petit film. Il y avait ces deux héros, ces deux criminels. Il correspondait, même physiquement, à ce personnage !
 
Sur cet album, vous vous révélez plus féline, plus sauvage, plus libre aussi. Vous revendiquez votre part d’animalité jusque dans le titre du disque. Pourquoi maintenant ?
Je pense qu’on est pluriel. Les femmes, les hommes, n’ont pas qu’une facette. J’ai eu envie de mettre cette facette-là plus en avant, mais je l’ai déjà exprimé dès mon premier album sur le titre L’Insoumise. Dans cette chanson, je disais : oui je suis quelqu’un de sensible, de vulnérable, mais il y a aussi une force dans la sensibilité et dans la vulnérabilité. Il n’y a pas seulement quelque chose de fleur bleue, de fragile, loin de là ! Donc c’était un élément qui étais abordé dès mon premier album, mais effectivement sur cet album-là, j’avais envie que le territoire soit plus défini. Sur La Fauve, il y a vraiment du feu dans toutes les chansons : un feu d’amour, mais aussi avoir l’instinct de fuir quand les choses ne se passent pas bien. Je revendique aussi une solidarité envers les femmes, plus que dans les autres albums. Il y a des chansons d’amour destinées évidemment aux hommes, mais il y a aussi cette volonté d’encourager les femmes à ne pas s’oublier car on est souvent dans le sacrifice quand on aime. C’est une idée qui est fondamentale et que j’ai envie de transmettre.
 
D’ailleurs dans “Ne pardonne pas trop vite”, vous encouragez les femmes battues à s’en aller. C’est un thème qui vous tient à cœur depuis longtemps. Vous avez longtemps tâtonné pour le mettre en musique. Qu’est-ce qui vous manquait ?
L’éclairage !  C’est fondamental pour écrire une chanson ! Par exemple, dans une chanson comme Où est la fantaisie ?, j’aurais pu mettre l’accent sur la déprime ambiante, mais je n’avais pas envie de le raconter de cette façon-là. J’ai choisi de me concentrer sur ce mot, « fantaisie », qui donne envie de se laisser-aller, d’être soi-même. Pour Ne pardonne pas trop vite, il y a effectivement plein de façons de parler de la maltraitance des femmes. On peut en parler directement, par exemple, mais je n’avais pas envie de ça. Et jusqu’à maintenant, je ne savais pas sous quel éclairage j’allais l’aborder. Finalement, ça m’est venu naturellement. Cette chanson est une ouverture, même si le titre est une négation. Ça veut dire : occupe-toi de toi, il y a d’autres choses sur terre, des belles choses, qui t’attendent. C’est une chanson très importante pour moi, car elle encourage à s’éloigner du tragique en soi. On en porte tous, même si on n’a pas forcément subi des maltraitances. C’est : aller vers quelque chose où ça circule, où ça respire davantage. Evidemment c’est une petite goutte d’eau, la mienne, mais ça me tenait à cœur ! C’est très dur de savoir qu’il y a des femmes qui s’enferment, parfois pendant toute une vie, et perdent leur vitalité.  On en parle pas assez je trouve. Si ça peut faire du bien, ne serait-ce qu’à une seule femme ! J’ai fait cette chanson pour ça !
 

Dans le clip de Où est la fantaisie ?, vous mettez en scène une histoire d’amour entre un prêtre et une nonne. On ne vous connaissait pas ce côté provocateur.
Oui (rires), ça fait partie de moi. Je ne sais pas si j’ai un côté provocateur mais je fais ce métier parce que je suis intimement convaincue que les choses peuvent changer. Le fait de monter sur scène, de raconter des choses au public, c’est parce que je crois au potentiel de l’être humain de se transformer. On est fait de mouvement, les choses ne sont pas comme ça et point barre, on ne subit pas les choses, on peut soi-même évoluer si on en a envie, je pense qu’on a tous cette capacité. J’ai fait ce clip parce que c’est un sujet qui me tient à cœur et j’aimerais que ça change ! Dans la religion protestante, la religion juive, les hommes peuvent se marier, les femmes aussi, pas dans la religion catholique. Et je trouve que ça a des incidences sur des frustrations, voire même sur des violences. Du coup, c’est une hypocrisie pour moi ! Ce n’est pas du tout agressif comme provocation, c’est encore une fois ma petite pierre légère. Mais derrière ça, il y a une réelle envie que les choses changent.
 
Je vous ai vue à La Cigale, le 7 avril dernier, pour votre première date parisienne. Vous semblez avoir libéré votre interprétation. Vous aviez une attitude rock, mystique, piquante. Seriez-vous devenue plus sorcière que fée ?
C’est joli (sourire). C’est vrai que certaines chansons de La Fauve sont peut-être plus dans l’énergie. J’ai tourné un an et demi avec Bleu Venise dans une ambiance très feutrée.  Après il y a eu l’hommage à Barbara, là encore dans l’intimité. J’avais tout simplement envie de plus d’énergie. Il y a d’ailleurs certaines chansons que je ne reprends pas pour cette raison, parce qu’elles sont très douces. C’est quelque chose qu’on voit maintenant, mais c’est très familier pour moi. J’ai un tempérament de feu, je suis quelqu’un de passionné, je ne suis pas du tout quelqu’un de retenu. Pour moi, une fée et une sorcière, c’est exactement pareil, c’est la face A et la face B. C’est quelqu’un qui prend un état et le transforme, un peu comme l’envie d’amener les gens à oublier leur montre. Je ne dis pas que je suis une fée ou une sorcière (rires). Mais il y a une puissance dans les concerts et dans la musique qui est indéniable. Ca soigne, vraiment ! Donc, c’est vrai que cette énergie se ressent plus sur cette tournée-là et peut-être sur cet album-là.
 
Une dédicace aux Paulettes ?
J’embrasse toutes les Paulette et pas que ! Et je leur souhaite plein de folie !
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