COUP DE COEUR : CLÉMENCE POÉSY


Photos de Sébastien Vincent pour Paulette Magazine
 
À l’occasion du Festival de Deauville, nous avons rencontré Clémence Poésy. Et c’est une chance, elle n’accorde que peu d’interviews à la presse. Actrice, mannequin, égérie, la belle Clémence est une de ces poésies que l’on découvre, que l’on admire et que l’on a du mal à oublier. Bien plus qu’une artiste multi casquettes, elle aime les tissus, la mode, le cinéma en tant que cinéphile et s’entourer d’amis, de sa famille. Rencontre.
 
Paulette : En tant qu’actrice, qu’est-ce qui vous donne envie de faire un film ?
C’est différent à chaque fois, ça peut être lié à l’histoire, à un personnage, à un metteur en scène avec qui j’ai envie de travailler, l’envie de faire quelque chose de différent par rapport à ce que l’on vient de terminer… Sur un projet comme Tunnel par exemple, j’avais très envie de travailler avec Dominik Moll. C’est lui qui m’a choisie pour incarner mon personnage dans la série. J’ai aussi travaillé avec cinq autres metteurs en scène, sur ce même personnage, dans ces cas-là, il fallait vraiment que ce personnage me plaise ! (Rires).
 
Est-ce que l’on peut raconter comment vous êtes arrivée devant une caméra ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ?
D’en voir ! Mes parents nous ont montré très jeunes avec ma sœur des classiques. On a beaucoup regardé de comédies musicales aussi, on a vu certains films plus d’une vingtaine de fois, je pense au Guépard par exemple (ndlr : Le Guépard, de Luchino Visconti sorti en 1963). On l’a tellement vu ce film ! Adulte, je l’ai redécouvert car à l’époque, je ne regardais que les robes de Claudia Cardinale ! Je trouvais Alain Delon très beau aussi. Mais quand j’ai revu le film à dix-huit ans, je n’ai plus vu que Burt Lancaster ! (Rires). C’est ça qui est beau avec les films, tout est subjectif, tout dépend de la vie que l’on a, du moment où l’on voit les films.
 
Et avez-vous déjà rencontré Claudia Cardinale ? Elle vit à Paris !
Non jamais, j’aurais aimé mais je ne l’ai jamais rencontré malheureusement…
 
Quelles actrices justement vous ont inspiré dans votre carrière ?
Je suis très fan d’Emma Thompson, je suis complètement admirative de Cate Blanchett, Julianne Moore, Kristin Scott Thomas et j’adore Emmanuelle Devos, ça me fascine qu’elle ait cette justesse, ce côté unique, son mystère… J’adore aussi son humour, son étrangeté. Elle m’impressionne ! Tout autant que Nicole Garcia, Céline Sallette, au final, il y a plein de femmes que j’aime.


 
Ce que l’on retrouve souvent dans les articles sur vous, c’est que vous êtes d’une beauté discrète. Qu’en pensez-vous ?
Rien… (Rires). Ça ne m’intéresse pas tellement de m’étaler partout. Je le prends plutôt comme quelque chose à chérir, cette discrétion.
 
Comment passe-t-on de grandes productions américaines comme Harry Potter à des films plus intimes ou historiques comme Jeanne Captive ?
C’est toujours assez bizarre à posteriori car dans la vie, on rencontre des gens, on passe des auditions, et sur le fond, ce sont deux sorcières françaises ! (Rires). Ce n’est pas si différent. Je trouve que c’est important de regarder dans plein de directions, de voir partout et donc, c’est aussi intéressant comme actrice de faire partie de plusieurs choses différentes, pour apprendre où l’on se sent le mieux. Tant que l’on a pas essayé, on ne peut pas savoir.
 
Et Harry Potter, avec le recul, qu’est-ce que vous gardez de cette expérience ?
Dans Harry Potter, j’avais vraiment un petit rôle. Ça a marqué car ça a été vu par beaucoup de gens. Je trouve toute cette histoire complètement émouvante, fascinante et ce que J.K. Rowling a créé qui ensuite est devenu des films, il y a un truc très beau là-dedans ! Je me rappelle de la dernière “Première”, il y avait un tapis rouge qui allait de Trafalgar Square à Leicester Square, c’était énorme, et un auteur est arrivé sur un tapis rouge et la moitié des gens de ce quartier de Londres a hurlé son nom ! Elle a inventé des histoires, c’est beau ! Je pense que ce qui nous rend humain, ce sont les histoires que l’on se raconte. Arriver à toucher autant de gens pendant aussi longtemps, c’est émouvant. Moi j’étais un peu en mode touriste, vacances là-dessus mais c’était agréable d’avoir pu observer tout ça d’aussi près.
 
D’une sorcière à l’autre donc, comme s’est passé le tournage de Jeanne Captive ?
C’était un film très important pour moi. C’est un personnage Jeanne qui, je crois, pour toutes les actrices qui l’ont approché, marque, il vous laisse de la force. J’ai un souvenir puissant de ce tournage, ça a mis la barre haute sur les rôles que j’avais envie de faire après.
 
“Signer une collection de vêtements ? Je ne connais pas une seule fille à qui l’on proposerait ça et qui dirait non”
 
Parlons de mode, comment êtes-vous arrivée à signer une collection de vêtements pour la marque Pablo ?
Je voulais faire des costumes quand j’étais petite. Enfin des fringues, mais comme j’aimais beaucoup regarder des films, je me disais que j’allais faire des costumes. Les choses se sont passées autrement. Pablo, ils sont venus vers moi quand j’étais au théâtre, toute seule sur scène, c’était d’ailleurs une expérience très abstraite d’être seule en scène tous les soirs… Du coup, aller me plonger la journée dans des tissus, des matières, des coupes, des histoires de poches, d’élasticité, de velours, c’était ce dont j’avais besoin à ce moment-là. C’était aussi une autre manière pour moi de raconter des histoires. Je pense que l’on raconte de belles histoires avec les vêtements. Je ne connais pas une seule fille à qui l’on proposerait ça et qui dirait non. C’était un vrai fantasme de petite fille.
 
Le cinéma, la mode et aussi un clip, tourné récemment par Mélanie Laurent pour le parfum Chloé. Vous partagez le fait d’être actrice mais pas que, égérie, réalisatrice, créatrice… Comment ça s’est passé entre vous ?
Mélanie Laurent avait une véritable envie de faire une pub qui échappe à la pose, qui soit pleine d’énergie, avec de vrais moments, de vrais rires, je ne me suis pas souciée d’avoir l’air tout le temps parfaite. Elle a réussi son pari, chapeau quoi !
 
Qu’est-ce que vous n’avez pas encore fait et que vous aimeriez faire prochainement ?
Plein ! Mais j’attends de les faire avant de vous en parler, j’ai tellement d’envies. Plus je vieillis, plus j’en ai. Dans un premier temps, c’est vers l’écriture que j’irai… J’aimerais aussi continuer à apprendre.
 
“Je ne m’ennuie jamais quand je ne travaille pas”
 
Quel est votre quotidien ?
La même chose que tout le monde, je fais à manger, je vois les gens que j’aime, j’essaie d’en profiter au maximum et je tente d’aller voir des films, des expositions, la mer aussi ! C’est le luxe quand on ne travaille pas… Et ce métier, parfois on travaille beaucoup et on met sa vie entre parenthèses – tant que l’on a pas d’enfants car après ça devient compliqué. Et puis, il y a des moments où l’on ne bosse pas. Mais moi, je ne m’ennuie jamais quand je ne travaille pas. J’ai plein de trucs à faire !
 
Qu’est-ce que vous n’oubliez jamais dans votre valise ?
Les jeans ! Toutes mes copines se fichent de moi car je ne porte que des jeans noirs. Tout le temps donc elles sont là : “Ah, ça change, un jean noir !”.
 
Quelle question ne faut-il pas vous poser en interview ?
Il y en a beaucoup plus qu’une ! (Rires). Je ne parle jamais de ma vie amoureuse… On montre suffisamment de choses de soi comme actrice pour avoir à se garder de petites choses…


 
Quels sont vos projets ?
Je pars tourner un film anglais, un huit clos entre deux couples assez noir. Ensuite j’enchaîne sur un film de Nicolas Pariser qui s’appelle Le Grand Jeu avec André Dussollier et Melvil Poupaud. Et je viens d’enregistrer pour France Culture Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, c’était la première fois que je faisais ça, j’ai adoré. C’était chouette à faire, à la fois doux et beau de plonger dans les mots de quelqu’un pendant une semaine. Ça, ça m’emmène jusqu’à janvier et le reste est à déterminer.
 
Quelles scènes vous embarrassent le plus en tant qu’actrice ?
Être actrice, c’est déjà embarrassant. Souvent. (Rires). On ne peut pas avoir peur de l’embarras, ou changer de métier. Moi je trouve qu’il y a toujours une scène par film qui est une montagne à gravir. Dans ces cas-là, on en parle au metteur en scène. Et au moment du tournage on se dit : “Alala, zut, ce n’était pas ça du tout !”. Et finalement, le metteur en scène vient souvent vous retrouver et il vous dit : “Tu sais, c’est cette scène que je préfère”. C’est souvent sur ce genre de scène que l’on se surprend, l’un et l’autre. Ce sont des surprises. Il y en a toujours une, on angoisse pas mal avant dessus.
 
Un petit mot à Paulette pour conclure ?
Les filles choisissez bien les films que vous voyez, les livres que vous lisez, ce que vous mettez dans vos yeux, c’est tellement important de le choisir car après, ça reste en vous… J’ai l’impression de temps en temps que l’on nous impose des choses, ou alors, qu’il y a un flux comme ça qui arrive à nous, c’est si important de toujours choisir !
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *