COUP DE COEUR : CAMÉLIA JORDANA

Artiste audacieuse, ambitieuse et insatiable, Camélia Jordana n’est plus seulement chanteuse et interprète, comédienne et actrice. Elle écrit et compose la majorité des titres de son nouvel album, “Dans la peau”, et sera bientôt la vedette d’un opéra. Les projets les plus pointus s’offrent à elle mais l’aventure est toujours différente, hors du commun.

Rencontre avec une jeune femme sûre d’elle, indépendante, toujours prête à relever de nouveaux défis.
 
Paulette : Dans la peau est encore plus gonflé, original et inattendu que le précédent. Pas facile d’accès mais tu restes fidèle à ce répertoire exigeant… à seulement 22 ans. Cette maturité, tu l’expliques comment ?
Camélia Jordana : Depuis mes 16 ans, je ne suis entourée que de gens qui ont entre 30 et 50 ans, ça aide un peu ! Les gens de mon âge ont généralement l’équivalent de la vie que je mène dans 4 ans. Mais depuis que j’ai 16 ans, j’ai des responsabilités, je suis autonome, je suis indépendante, j’ai des équipes derrière moi à driver et ça représente beaucoup de boulot. Forcément ça fait mûrir et grandir beaucoup plus rapidement !
 
Pour le premier album, la presse était unanime. Pour le deuxième, ça semble bien parti : “chanteuse majeure”, “vraiment star”… Le succès, c’est flippant ou c’est grisant ?
Non, je trouve ça génial ! Enfin ce n’est pas le succès mais les retours que j’ai sur ma musique. Les premiers sont ceux de la presse puisque c’est eux qui ont reçu l’album en premier. Au-delà de la presse, je le passe à des gens qui me donnent leur point de vue et généralement ils ont écouté le premier. Ils n’ont pas travaillé sur l’album et ce ne sont pas des copains du premier cercle. Pour l’instant, je n’ai que des retours positifs donc c’est super !
 
Tu t’impliques davantage dans ce nouvel album. Tu as tenu à travailler avec un seul réalisateur. Pourquoi ?
Parce que c’était important pour moi qu’il y ait une cohérence absolue sur tous les morceaux, déjà qu’on avait plusieurs auteurs. Je ne voulais pas tomber dans le travers du premier avec plusieurs auteurs donc plusieurs réalisateurs donc plusieurs sons différents, plusieurs mixeurs… bref c’était trop compliqué pour moi. Et puis, c’était évident que Babx réaliserait l’album puisque je fais de la musique avec lui depuis bientôt cinq ans : il a fait une grosse partie du premier album, on est parti en tournée ensemble, son groupe m’a accompagné sur scène donc quand je dis Babx, c’est aussi toute la petite clique qu’il y a autour. Et ça fait aussi cinq ans qu’on parle de cet album-là ! On sait ce qu’on a envie d’y mettre et d’y raconter donc c’était très logique finalement.
 
Un album sans Babx, c’est mission impossible ?
Non pas pour la suite ! Parce que j’ai un nouveau groupe pour la scène qui n’est plus celui de Babx. C’est un groupe que j’ai monté toute seule et j’arrange mes morceaux pour le live. Je suis très contente du résultat. Mêmes les musiciens que j’ai choisi et que j’estime énormément sont eux aussi très contents et très fiers de la musique qu’on fait. Donc, je me dis que je réaliserai, au moins, le prochain album (sourire).


 
Tu signes aussi plusieurs titres, sept pour être exact. Un seul sur le premier. Pourquoi maintenant ?
A la fin de la tournée, j’ai commencé à écrire donc ça fait deux ans et demi voire trois que j’ai commencé cet exercice-là. J’ai été très soutenue  et encouragée par Babx et L, à qui j’ai fait écouter mes premières ébauches. Ils m’ont dit : Mais c’est génial, faut absolument que tu écrives des chansons, c’est super ! Comme j’ai une confiance aveugle en ces deux artistes, j’ai continué à écrire des chansons, encore plus et toujours pour affiner tout ça, jusqu’au jour  où je les ai imaginées dans l’album. Il fallait que ce soit au moins aussi bien que sur le premier. La différence c’est que ceux qui m’ont écrit des textes font ça depuis 15 ans. Y avait du boulot ! Mais comme ce sont mes chansons, qu’elles sortaient de moi, il fallait absolument que ce soit le squelette de l’album. Et finalement, ça s’est fait assez naturellement.
 
Tu dis “sans ça, je ne me sentais pas une artiste complète”…
Oui j’adore être interprète mais quand je vois qu’autour de moi, il n’y a que des artistes qui écrivent, qui composent, qui interprètent, qui arrangent, qui réalisent, j’avais moi-même envie de prendre au moins l’une de ces casquettes pour pouvoir aller vers les autres ensuite. C’est important aussi de s’affirmer en chantant ses propres mots. Et ça n’a rien à voir. Au début, je trouvais que ça ne sonnait pas, ça n’avait aucun sens, aucun goût, ça n’allait nulle part, ça ne voulait rien dire. Et puis, il y a eu un déclic ! Je trouvais ça plus difficile de chanter mes mots et surtout de les juger assez bons pour les partager devant les autres.
 
Pourquoi est-ce plus difficile ?
Parce que ça vient de sa tête ! Ça ne vient pas de l’autre mais de nous. On a vu toute la construction, on sait que finalement on a choisi ça. Donc, même si on est content à la fin, ça sonne bizarre…
 
C’est de la pudeur ?
Je pense… Je pense que c’est de la pudeur.
 
Tu penses écrire pour d’autres. As-tu déjà une cible en vue ?
Oui j’adorerais ! Je ne sais pas pour qui… peut-être pour Vanessa Paradis. Ça m’amuserait de faire chanter une femme comme elle. Je trouve qu’elle a une voix très particulière. Au début, j’étais un peu anti “Vanessa Paradis, chanteuse” parce que je n’y croyais pas. Et puis un jour, je l’ai vu en live et j’ai pris une énorme tartasse. Elle chante comme une déesse, elle est hyper belle et elle a une voix magnifique. Et puis, elle a une grâce, c’est une vraie artiste. Sa voix m’avait beaucoup touché donc ça me plairait de l’entendre chanter mes mots un jour (rires).
 
Tu parlais de la galaxie Babx. Appartenir à cette famille d’artistes exigeante, c’était un choix ou un joli hasard ?
Un peu des deux ! C’est Jan Ghazi, mon premier directeur artistique sur le premier album qui m’a fait découvrir Babx, qui m’a fait écouter Lettera… là je lui ai dit : Ok arrête, je veux travailler avec ce mec-là, je veux qu’il réalise l’album, je veux qu’il m’écrive des chansons. Et si je continue d’écouter son œuvre, on va avoir un rapport d’artiste-fan et pas réalisateur-chanteuse. Finalement, ça s’est fait après plusieurs appels auxquels Babx répondait NON ! (rires) Tous ses copains lui parlaient de moi, lui parlaient de la Nouvelle Star. Lui, leur répondait : Je n’écris pas pour les gens de Nouvelle Star, foutez moi la paix ! Jusqu’au moment où on lui a proposé de réaliser l’album, il a accepté de me rencontrer et ça a fait ça ! J’y suis allé au culot, je lui ai demandé : Et au fait, mes chansons, ça en est où ? Comme on s’est super bien entendus, il a menti : Oui, j’en ai une ou deux qui sont en cours mais c’est pas fini, faut que je te fasse écouter ! Et trois jours après, il avait trois sublimes chansons qui sont sur le premier album. Donc c’est un mélange de joli hasard et de choix parce que je savais que c’était avec lui que j’avais envie de travailler et personne d’autre.


 
Au sortir de Nouvelle Star, avais-tu déjà une idée très précise de ce que tu voulais ?
Non, j’avais une idée très précise de ce que je ne voulais pas, plus ou moins une idée de ce que je voulais, mais pas tant que ça. A l’inverse d’aujourd’hui. J’ai été très patronne sur cet album-là. Je savais ce que je voulais, j’ai écrit beaucoup de chansons, j’étais seule décisionnaire des choses, avec évidemment l’avis de Babx et de Thierry Planelle, mon DA, qui étaient très importants. Mais je ne lâchais rien, tant artistiquement que musicalement. Je sens que je suis même beaucoup plus exigeante pour les promos en terme de visuels, sans pour autant que ce soit des trucs de “morue”, de méchante meuf qui se la raconte… mais je me retrouve à faire des choses en terme d’exigence parce que j’ai justement un peu d’expérience. Même sur le son. En promo, je vais demander à réécouter les prises.
 
Tu te risques à chanter des sujets plus graves comme la prostitution ou le racisme…
Quand Donia Berriri, l’auteure d’Illégale, m’a envoyé la chanson, j’étais sur le tournage du film de Baya Kasmi, Je suis à vous tout de suite, sur le féminisme. Donc, c’était une évidence, il fallait que je parle de ça aussi ! Pour Ma gueule, je venais de voir un documentaire sur Kateb Yacine, un écrivain algérien, qui m’a complètement bouleversé. Suite à ça, dans la même semaine, j’ai assisté à une scène de racisme terrible dans le métro. Je suis rentrée chez moi et c’est la seule fois où j’ai fait de l’écriture automatique. Ça a fait Ma gueule. J’avais les accords, j’ai posé le texte dessus et ça sonnait ! C’est jamais arrivé, je n’ai jamais travaillé comme ça. C’était vraiment étonnant !
 
Tu multiplies les casquettes et les projets : des duos, des concerts, du cinéma, du théâtre, des livres-CD pour enfants… restez inactive, ça t’effraie ?
Ça ne m’effraie pas mais je m’ennuie rapidement ! Ça m’amuse deux jours de ne rien faire, regarder des films, aller au cinéma, lire beaucoup, rester pénarde en amoureux. Mais au bout de deux jours, y a un moment où il faut que je fasse quelque chose qui me fait marrer. Et puis surtout, à mon âge, je me dis que c’est plutôt maintenant que je dois accepter tous les projets qui me bottent. Je me dis que je dormirai quand je serai morte ou peut-être un peu avant ça, mais en attendant j’ai plein de choses à faire !
 
Bientôt tu incarneras Mimi dans l’adaptation d’un opéra de Giacomo Puccini, La bohème. C’est un moyen de rendre hommage à celle qui t’a donné l’envie de chanter ?
Oui aussi, parce que c’est ma mère qui m’a sensibilisée à la musique. Et puis, le projet m’intéresse beaucoup. C’est mis en scène par Guillaume Vincent, qui est mon metteur en scène préféré dans la vie. J’avais vu le premier spectacle qu’il avait fait avec Frédéric Verrières, The Second Woman avec Jeanne Cherhal et j’avais beaucoup aimé. Et c’était amusant de reprendre La bohème, que j’avais déjà entendu chanter par ma mère.
 
Vas-tu te frotter au chant lyrique ?
Je le fais déjà mais pas publiquement.
 
Guillaume Vincent va aussi s’occuper de la scénographie de ta tournée…
Je voudrais faire ça sous forme d’opéra, j’aimerais qu’il n’y ait pas d’applauses entre les morceaux, qu’il y ait des textes, des décors importants et évolutifs, des costumes. Je ne veux pas une chanteuse, des musiciens, un morceau, des applaudissements et on passe au suivant. C’est un format que j’adore aussi mais j’ai envie d’autre chose.
 
Une dédicace aux Paulette ?
Salut à toutes les lectrices et tous les lecteurs de Paulette, je vous embrasse et vous invite à venir me voir sur scène le 15 décembre au Bataclan.  

CAMELIA JORDANA :: DANS LA PEAU

Jive Epic / Sony Music
 
 
Concerts :
5 décembre et 15 décembre au Bataclan.
Mimi au Théâtre des Bouffes du Nord, du 18 au 26 novembre.
Tournée de janvier à mi-février 2015 puis sur la saison 2015/2016.
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