COUP DE CŒUR : BRNS

BRNS, prononcé “Brains”, n’en finit plus de surprendre, et ce bien au-delà des frontières de sa Belgique natale. Notre enthousiasme reste entier à l’écoute de ce premier album, plus mélodique et plus poignant. Les quatre garçons ont pris le temps d’affiner leur style, maniant l’art du contre-pied, et nous reviennent plus assagis, même s’ils n’ont rien perdu de leur franc-parler. Démonstration.

 
Paulette : Ce premier album, c’est la première vraie création du groupe. Composer à quatre, c’est nouveau pour vous ? Qui apporte quoi ?
Tim (chant, batterie) : C’est la première fois que chacun a son mot à dire. Sur cet album, on s’est davantage approprié nos instruments. Je pense par exemple à César qui a pris sa place derrière les claviers.
César (percus, claviers, chant) : Même si les idées de base venaient souvent de Tim et Antoine, chacun a pu apporter sa touche personnelle. Sur certains morceaux, on reconnaît la patte de Diego parce que les guitares sont un peu noise, et on reconnaît les parties de claviers un peu plus pop de mon côté…
Diego (guitare, chant) : Quand j’ai rejoint le groupe, après quelques mois d’existence, il y avait déjà les squelettes de cinq morceaux sur les sept titres présents sur Wounded (EP sorti en 2012, ndlr). J’ai écrit la plupart de mes parties de guitares, mais l’idée générale des morceaux étaient déjà là. Sur cet album, dès que quelqu’un avait une idée, on la partageait et on bossait à quatre, assez tôt dans le processus d’écriture. On a composé collectivement, ce n’était pas qu’une question d’arrangements.
 
En 2010, vous autoproduisez votre premier EP 3 titres. Deux ans plus tard, vous sortez Wounded, un EP 7 titres, sur votre propre label Louis Record. L’année suivante, vous signez un contrat de licence chez Naïve et l’EP sort en France. Aujourd’hui, c’est PIAS qui vous a mis le grappin dessus. Depuis vos débuts, vous êtes courtisés par les labels, pourquoi avoir mis autant de temps avant de sauter le pas ?
Antoine (basse, claviers, chant) : Louis Records c’est juste un nom, il n’y a pas de structure derrière. On travaille déjà sur beaucoup de choses tout seuls, et on estimait pendant un temps qu’on n’avait pas besoin de label pour aller au bout de nos idées. On n’avait pas non plus envie de rentrer dans une grosse promo de label de bourrin avec du matraquage. Aujourd’hui, tu peux faire tellement de choses avec des outils magiques comme Facebook. Et c’est vraiment grâce à la scène qu’on en est là aujourd’hui. A l’époque, Naïve était intéressé et comprenait ce qu’on voulait faire. Mais la crise s’est abattue sur eux, et ceux qui nous soutenaient se sont barrés. PIAS a toujours voulu nous signer, et ils ont fait un travail formidable. Après toute cette expérience foireuse avec Naïve, on n’a pas hésité parce qu’on sait qu’ils sont motivés et qu’ils sont emballés par le projet !
 
Conserver votre indépendance artistique, c’était une condition ?
Diego : Oui.
Antoine : Mais personne ne l’a jamais remise en cause. On ne nous a pas demandé de lâcher du lest.
Diego : Avant, j’ai l’impression que les gens signaient dans des labels parce qu’il y avait de l’argent pour la production, l’enregistrement, etc., maintenant y en a plus. On a financé le disque nous-mêmes. Finalement, les choses sont revenues à une échelle plus humaine avec le développement de plein de technologies, que ce soit du côté du web ou des techniques d’enregistrement. Les studios se sont démocratisés, même si on n’a pas été vers le plus cher. Il n’y a plus ce besoin de signer sur une maison de disques, ni pour faire un chouette album, ni pour faire des tournées.
Tim : Nous on s’y retrouve parce qu’on a toujours fonctionné dans cette logique !
Antoine : Dans les années 90, tu avais des grandes injustices : des artistes très bons qui n’intéressaient pas les labels. Ils jouaient un rôle de leader d’influence qu’ils n’ont plus aujourd’hui. Aujourd’hui, tu peux très bien développer un contact direct avec le public. Notre notoriété, on l’a doit vraiment à nos concerts.
 
Vous avez beaucoup tourné ces quatre dernières années. Passer du live au studio, c’est souvent compliqué. Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
Antoine : Ce n’est pas vraiment un travail qui nous fout les boules. C’est passer du studio au live qui nous fait peur. Ce n’est pas toujours évident, on a souvent des idées saugrenues en studio mais sur scène ça marche moyen. Après, le studio n’est pas une étape qui nous excite particulièrement, parce qu’on fait ce qu’on appelle de la pré-production. Tous les titres sont déjà enregistrés avec du matériel un peu cheapos et quand on est en studio, on ne fait que reproduire ce qu’on a déjà fait, donc ça trace ! Et c’est très chiant !
Diego : Y a assez peu d’expérimentations et de liberté en studio vu qu’on n’a pas le temps et que ça coûte cher. Et donc très peu de place pour l’improvisation, à part sur l’intro d’un morceau, qu’on a fait sur le vif. Et quelques bruitages par ci par là.
Tim : Il y a aussi la fin du dernier morceau, qui est totalement improvisée.  
 
Après Wounded, qu’est-ce vous ne vouliez surtout pas reproduire ?
Diego : Trop de boursouflures !
Antoine : Il n’y avait pas assez d’espace sur ce disque.
Diego : Trop de compression, trop de choses tout le temps, partout, trop fortes.
Antoine : Pas de dynamique.
Tim : Pas de respiration.
Diego : C’était la seule exigence !
Tim : Mais c’était plus une question de mix et de production.
Diego : On ne voulait pas mettre quatre synthés, juste pour en mettre quatre. Un ou deux, ça suffit !
Antoine : En studio pour le premier EP, on devenait fou. On se retrouvait avec 60 000 couches. Alors c’est très excitant parce que tout est permis, vu que tu enregistres tout ça sur un ordi. Mais en fait, il faudrait être 40 dans le groupe pour pouvoir tout reproduire. Quand tu veux mettre tout ça sur disque, y a un moment où ça ne fonctionne pas. Et normalement, on doit passer par une phase d’écrémage où l’on garde que ce qui est essentiel. Mais là, on a vraiment tout laissé, ou presque. Et aujourd’hui, on a du mal à réécouter ces morceaux-là. C’est bruyant ! Sur ce nouvel album, on a vraiment voulu laisser le truc respirer et les morceaux se développer davantage sur les silences.
Diego : La détente, la tension, c’est ce qui fait la dynamique d’un morceau, c’est ce qui est intéressant. Si un disque est tout le temps à fond, ça va être bruyant et on ne sent pas qu’il y a un truc qui se passe.


 
Est-ce que vous avez conservé vos vieux instruments ?
César : Oui, enfin ils commencent tous à rendre l’âme (rires) mais on essaie de les maintenir en vie.
Tim : Faut réparer un synthé, faut racheter un nouveau xylophone, faut accorder les cloches, d’ailleurs on ne sait toujours pas comment faire !
César : C’est notre challenge pour le futur ! (rires)
 
Pour revendiquer votre côté naïf ?
Tim : Oui dès le début. Et je garde un peu cette envie-là. Au lieu de travailler sur un micro-KORG que tous les groupes ont eu à un moment donné, on voulait travailler avec des sons plus simples qui avaient cette authenticité, cette personnalité…
Diego : Bricoler avec des melodica plutôt qu’avec un Mac sur scène. On voulait quelque chose de plus organique, plus vivant, même s’il y a des aspérités et des petits défauts… c’est aussi pour ça qu’il se passe quelque chose !
Tim : On adore les brocantes, parce qu’on y trouve toujours des vieux trucs. Cette année, on n’en a pas fait assez. On attend les pauses au printemps prochain pour faire de nouveaux achats !
  
Vos visuels et vos clips sont souvent lugubres. Le nom du groupe est un hommage aux films de zombies. D’où vous vient cette fascination pour les trucs macabres ?
Tim : Souvent on rapporte ça au cinéma. On a toujours aimé les films un peu lugubres. Dans ma famille, on regardait surtout les comédies romantiques du type Coup de foudre à Notting Hill ou Le mariage de ma meilleure amie. Dans ma découverte du cinéma, il y a l’univers des frères Coen. Avec Antoine, on s’échangeait les films.
Antoine : Pour la musique, le processus est le même. C’est arrivé quand on a commencé à écouter de la “vraie” musique, des trucs qui sortaient des sentiers battus. Après, ça ne s’explique pas, c’est juste une question de sensibilité. Tous les trucs un peu glauques, qui collent, nous plaisaient bien. On venait d’un groupe de pop un peu neuneu et on avait envie de faire un truc un peu plus malsain. C’est un sentiment que j’aime bien. Quand je vois un film qui me colle jusqu’au lendemain, j’adore ça ! J’aime bien quand les choses dérangent et ne laissent pas indifférent. C’est pareil pour la musique. Y a rien de pire que l’indifférence. Au moins, chez nous, y a un vrai parti-pris !
Diego : Y en a beaucoup qui trouve que ce qu’on fait, c’est joyeux et dansant… Pourquoi pas ?
Tim : Ecoute la chanson de Jean-Jacques Goldmann, Pas l’indifférence.
 
Qu’on vous compare à WU LYF et Foals, ça vous agace ?
Tim : Oui ça nous a agacé parce qu’il y a UN journaliste qui nous a comparés à WU LYF et tout le monde l’a repris.
Antoine : On a encore eu le coup dernièrement. On a sorti le clip de My Head Is Into You et y en a un qui a dit qu’il y avait une guitare à la dEUS. Résultat, tout le monde l’a dit. C’est l’effet boule de neige qui est agaçant. On n’a rien contre les journalistes attention…
Tim : Et on n’a rien contre WU LYF non plus.
Antoine : Ni contre dEUS, ni contre Foals… mais juste à un moment, c’est impossible qu’il y ait 100 journalistes différents qui pensent tous à Foals parce que ça ne suggère pas tellement Foals.
Antoine : Essaie de trouver une guitare foalsienne dans cet album.
Diego : Y en a… une !
Tim : Mais ceci dit, on aime bien la démarche de Foals, donc ça me dérange moins d’être comparé à eux. Ils ont d’abord sorti un album assez catchy, tout en venant du math-rock. Et le deuxième album est tout à coup beaucoup plus calme, planant. Le single fait 7 minutes, c’est super classe. On espère juste qu’on ne fera pas un deuxième album comme eux (rires) !
 
Est-ce que vous vous reconnaissez dans la scène belge actuelle ?
Antoine : De plus en plus ! Même si on n’appartient pas à cette scène belge. Il y a plein de groupes qu’on apprécie. Y a vraiment un renouveau, je crois qu’on peut le dire.
Tim : La semaine dernière, on a fait la tournée des copains. Le mercredi, on est allé voir Robbing Millions, le jeudi, The Tellers, le side project de César et le vendredi, Mountain Bike. C’est les groupes du renouveau (sourire). C’est une bonne chose parce qu’en Belgique, francophone notamment, ça a beaucoup tourné en rond avec dEUS, Ghinzu, Girls in Hawaii. Il y a eu des enfants, des enfants et des enfants. Et là depuis 5 ans, j’ai l’impression qu’il y a vraiment une bouffée d’air frais.


 
A votre avis, quelle est la recette pour durer dans ce métier ?
Antoine : L’intégrité artistique.
Tim : Faire du bon son (rires).
Diego : Ça va sembler très cucul mais c’est la sincérité. Je crois qu’il faut juste faire la musique qu’on aime pour les bonnes raisons. Parce que je crois que c’est très difficile de bien faire et défendre efficacement une musique dans laquelle tu ne crois pas. Nous, on se reconnaît tous dans la musique qu’on fait. Donc c’est non seulement le conseil pour durer mais c’est aussi la première et l’unique raison pour laquelle nous, on fait de la musique. Si ça n’avait pas marché, je crois qu’on aurait continué à en faire parce qu’on aime ça !
Antoine : On a vraiment été étonné du succès qu’on a eu depuis le début, mais on a balancé ça en toute naïveté. Et je crois que c’est cette naïveté qu’il faut préserver. Ce n’est pas parce que tu commences à avoir du succès qu’il faut calculer des trucs. Il faut rester fidèle à son identité tout simplement. Aujourd’hui, on est rentré dans une phase où on doit maintenir le cap. Et je pense que c’est la solution !
 
Est-ce que vous aviez la volonté et l’envie de refaire un tube comme Mexico ?
Diego : Non !
Tim : Quand on a sorti les trois premiers morceaux sur notre petit EP, Brains, on n’avait vraiment aucune idée de la manière dont ça allait fonctionner. Après coup, on s’est rendu compte que Mexico avait marché parce que la structure est plus simple, plus répétitive. Mais franchement, on ne l’avait pas prévu.
Antoine : On ne savait pas que ça deviendrait le single, c’était impossible à prévoir à moins de le calculer à l’avance. Mais on n’a aucun recul là-dessus.
Tim : C’était notre premier morceau, on était tout content, tout fou.
Diego : C’était un accident mais on n’a pas essayé de reproduire cet accident pour l’album suivant.
Tim : Un heureux accident ! C’est aussi pour ça qu’on prend toujours autant de plaisir à le jouer. On ne se dit pas : Tiens, on va faire notre morceau pupute (rires).
Antoine : Même si Mexico a déjà sauvé quelques concerts calamiteux, où le public n’écoutait pas. On la jouait hargneusement !
Diego : Généralement, dans ces cas-là, ils partent après et on a encore deux morceaux ! (rires)
 
Une dédicace aux Paulette ?
Diego : C’est un joli nom déjà !
César : Ma copine a quelques magazines à l’appart.
Tim : En ce moment, sur Facebook, il y a toujours plus de mecs que de filles qui likent nos posts, alors on espère que ça va changer !
 

BRNS :: PATINE
Pias
 
Site : www.brns.be
 
Concerts :
4/11 : Lezennes
5/11 : Allonnes
6/11 : Caen
7/11 : Renne
8/11 : Lorient
9/11 : Laval
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