COMMENT SEX & THE CITY M’A FAIT RELATIVISER UN PAQUET D’HISTOIRES POURRIES

Puisqu’un bonheur n’arrive jamais seul, voici comment la série HBO a œuvré pour mon épanouissement culturel ET sentimental.

La semaine dernière, Paulette débarquait à New York pour le lancement du site en anglais et en profitait pour organiser une soirée chez Short Stories, le bar-resto aussi choisi par Season pour son brunch outre-Atlantique. Un événement qui aura, entre autres, servi à admirer des Américains se déhancher sur Sexion d’Assaut, pensant qu’il s’agissait de la fine fleur de la musique française. En même temps, il y a de quoi se laisser séduire par le vibrato de Maître Gims, surtout quand on n’a aucune idée de ce qu’il raconte.

Depuis mon perchoir parisien (comprendre studio de 18 m² situé au 5e étage), j’ai passé une bonne partie du week-end à observer tout le périple de l’équipe sur Instagram avec un intérêt évident. Il sera tout de même judicieux de préciser qu’en plus de ce sentiment bienveillant, j’étais clairement dans ma jalousie, alors qu’elles étaient plutôt dans leur jacuzzi.

https://www.instagram.com/p/Btp2K-Hn6hZ/

Au fil de leurs étapes dans Soho, Lower East Side et Brooklyn, je me suis demandée ce qui représentait le plus New York pour moi — les réseaux sociaux me rendraient donc nostalgiques (j’y ai vécu), en plus de complètement accroc. Si le Shake Shack de Madison Square Park et les soirées sur les rooftop squattent évidemment le top 3, la première marche du podium est attribuée sans l’ombre d’un doute à Sex & The City.

La série HBO qui passait jadis sur M6, en deuxième partie de soirée le vendredi soir, avait le don d’égayer ma semaine d’adolescente annécienne dont la seule activité sentimentale se résumait à fantasmer sur Martin, le beau gosse du lycée qui ressemblait à Seth Cohen de Newport Beach, autre monument télévisuel de l’époque. Et comme Martin avait autant d’intérêt pour moi que pour la cinquième roue de son skate, je compensais en buvant les histoires de Carrie Bradshaw, Samantha Jones, Miranda Hobes et Charlotte York, rêvant à un futur loin de la province (que je chéris aujourd’hui).

Grand bien m’en a pris, puisque cette observation passive des mécanismes de relations hétéros plus ou moins abouties allait m’aider dans ma propre vie amoureuse. Surtout lorsque celle-ci deviendrait aussi catastrophique que la coupe de cheveux d’Aydan, tome I.

« Maybe our girlfriends are our soulmates and guys are just people to have fun with »

La grande leçon du show, au-delà de prouver qu’on peut porter une ceinture sur sa taille nue, c’est de dire que les amants passent après les amies. Un exemple de sororité qui m’inculquait le prémices du féminisme et surtout de l’indépendance affective. Je pourrais me remettre de tout tant que j’aurais à mes côtés un cercle de potes indéfectible. Ce serait même l’occasion de passer des soirées inoubliables à juger avec pas mal d’autodérision (notamment sur mon propre comportement, parfois à la limite du pathétique) le blaireau qui venait de me larguer pour un voyage qu’il ne ferait jamais. Celui qui avait réussi à me faire croire que, bien sûr que si, la bague de femme trouvée sur la table basse appartenait à une copine. Ou encore celui qui osera formuler cette phrase désormais célèbre dans mon entourage : “J’aimerais avoir la chance de t’aimer”. Dur.

Si Carrie s’était relevée sans trop de difficulté du post-it de Jack Berger “I’m sorry, I can’t. Don’t hate me” — le seul moyen qu’il aura trouvé pour la quitter. Après lui avoir dit qu’il voulait faire en sorte que ça marche. Et avoir passé la nuit avec elle — , je pouvais encaisser en un tour de main les crasses d’un bon nombre de mecs. Pareil pour Charlotte et l’incompréhensif Trey, ou Samantha et l’infidèle Richard. (Je tiens bien sûr à préciser que je suis convaincue que ces personnes rendront une fille heureuse un jour. S’ils finissent par résoudre leur Œdipe.)

Mais ce qui a surtout contribué à rendre ma quête du grand amour moins houleuse, c’est de comprendre qu’il ne devait pas s’agir d’une quête, justement. Dans la série, les quatre femmes ont des profils bien disctincs, ni trop parfaits, ni trop caricaturaux. Même l’héroïne n’échappe pas aux travers de caractère puisque quand on fait le sondage, Carrie n’est jamais celle qui arrive en haut de l’échelle d’appréciation des spectateurs — sauf quand il s’agit de style. Elle est souvent capricieuse et égoïste, elle n’hésite pas à balancer des horreurs à ses amies, et retombe systématiquement dans le même schéma relationnel toxique (cf. Big). Charlotte a peut-être fait de “chercher le prince charmant” son boulot à plein temps, mais Miranda et Samantha n’ont clairement pas besoin d’avoir quelqu’un à leurs côtés pour se sentir exister. Pas que l’un soit meilleur que l’autre, mais dans mon cas, comprendre que trouver “le bon” n’allait pas me sauver, juste être un (gros) plus à ma vie déjà épanouie, m’a permis de lâcher du leste et d’arrêter d’espérer une rencontre au rayon noix en vrac de Franprix.

« Le bon » ne disparaît pas comme ça

Parlons-en, du bon. Quand je regarde autour de moi, je réalise que l’une des grandes peurs qui hante chaque célibataire parisienne/new-yorkaise/londonienne/ardéchoise, c’est d’être déjà passée à côté de cet être tant espéré. Ou de ne pas avoir réussi à le convaincre de sa valeur, d’avoir loupé le coche, d’être bonne à être jetée en pâture à ses chats sans même mériter une once de pitié. On flippe parce qu’on a l’impression de n’avoir qu’une chance infime de trouver le grand amour, et notre confiance en soi proche du néant prend un malin plaisir à nous convaincre qu’on frôle dangereusement le désert amoureux éternel. Les limbes sentimentales.

Foutaises, en résumé, puisque la réponse est dans la question : si c’est « le bon », c’est qu’il y a peu de chance qu’il nous plante avant d’apprendre à nous connaître, et encore moins après. Si c’est « le bon », il ne détalera pas au premier obstacle. Et il aura d’ailleurs tout autant peur que ça foire que nous, puisqu’il aura saisi l’importance de notre présence et de la réciprocité de nos sentiments. Les autres ne sont que les relations-étapes qui nous mèneront à lui ou à elle. Des rencontres qui nous apporterons forcément quelque chose de positif quand on y réfléchit (ça peut prendre du temps), mais qu’il est inutile d’idéaliser. Et cette notion est largement expliquée à travers les 120 amourettes que vivent les protagonistes avant de tomber sur ledit « bon », avec qui les embûches pleuvent parfois, mais les solutions aussi.

Alors bien sûr, s’il y a un point à souligner, c’est le caractère fictionnel de ma source d’inspiration. Sex & The City est certes une série qui m’a fait gagner pas mal d’heures de thérapie, mais cela reste avant tout une série —  dont le scénario a été inventé de toutes pièces. Big n’existe pas (dans la vraie vie, Carrie aurait évidemment épousé Aydan), Charlotte ne pourrait pas habiter un 200 m² sur Park Avenue alors qu’elle est au chômage, et ce n’est pas parce que Miranda finit avec un barman que l’on devrait toutes se mettre à écumer les PMU, en troquant notre Cosmopolitan glacé contre un galopin de Monaco.

Ce qu’on peut suivre sans modération en revanche, ce sont les répliques cinglantes de Samantha, qui mériteraient un prix à elles-seules. “Je suis ‘essaie-xuelle’, j’essaie tout une fois”, “Je ne me laisserai pas jugée par toi, ni par la société. Je porterai ce que je veux et je sucerai qui je veux tant que je pourrai respirer et m’agenouiller”, “Je t’aime, mais je m’aime encore plus”. Sait-on jamais, ça peut faire mouche en bio Tinder.

Article de Pauline Machado

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