COMMENT REPRENDRE LE CONTRÔLE DE SA VIE QUAND TOUT AUTOUR DE NOUS SEMBLE INCERTAIN

Et ne pas sombrer dans cet océan de stress ravageur qu’on connaît malheureusement si bien.

La situation actuelle est un challenge pour les flippé.e.s du futur, et ceux.celles qui passent leur temps à planifier leur vie, surtout à long terme, pour pallier l’angoisse. La crise sanitaire a changé les règles, réduit les possibilités de prévisions et forcément, de contrôle sur notre quotidien. On n’est plus sûr.e.s de ce qui nous attend la semaine prochaine, et encore moins sans un an. Le saut dans le vide auquel s’apparente cette nouvelle façon de faire file le vertige à une partie de la population, d’habitude apaisée par un emploi du temps bien calibré en amont. Moi, par exemple. 

J’aime me projeter sur tout et n’importe quoi. Avoir une idée de ce à quoi va ressembler mon avenir. Connaître, même si je change de lubie fréquemment (on en a déjà parlé), les grandes lignes des années qui arrivent ou en tout cas, où je me verrais bien dans cinq ans. Je suis la candidate idéale à la question la plus naze des entretiens d’embauche : les plans sur la comète ne m’effraient pas, bien au contraire.

Paradoxalement, ou pas du tout, je suis aussi anxieuse. Une anxiété assez arbitraire d’ailleurs, car elle va cibler certains domaines (le boulot ou les relations), et pas du tout d’autres (l’organisation du quotidien ou mon enfant). Tant mieux pour elle, remarquez. Mais voilà, par temps de pandémie et d’incertitude notoire quant aux mois qui se profilent, tout semble m’échapper. Et je panique un peu.

Je me tape des insomnies qui me tiennent éveillée aux pires heures de la nuit (de 3 à 5 heures, pour les non-initié.e.s), ou des rêves d’araignées qui se manifestent seulement quand je stresse. Une expérience que je ne recommande pas. Je vois une araignée qui grimpe sur un mur de ma chambre alors que je suis à moitié endormie, et prend une forme démesurée au fur et à mesure que je me réveille. Il me faut ensuite plusieurs longues secondes une fois sortie de mon sommeil avant de réaliser qu’elle n’existe pas. Généralement, j’ai le temps de crier dans l’oreille de mon mec qui n’a rien demandé et surtout pas de vérifier sous le lit si la mygale (imaginaire) a disparu. Vis ma vie de somnambule. 

Mais bref. L’anxiété.

Avec les chamboulements liés au Covid-19, j’ai donc du mal à me raccrocher à ces échéances qui me rassurent d’habitude. Professionnellement comme personnellement parlant, c’est le flou. Des petits tracas, et des soucis plus embêtants. Je ne sais pas si je pourrai mener à bien mon déménagement hors de Paris et de son loyer de l’enfer vu l’exode urbain qui se prépare, continuer d’accumuler mes piges pour le payer ou rendre visite à ma grand-mère esseulée en Ehpad le mois prochain comme prévu.

Pourtant, j’ai de la chance. Rien à voir avec les couples que le virus a séparés, celles et ceux qui ont perdu leur job, un.e proche, ou qui souffrent d’inégalités que la crise a tragiquement exacerbées. Je ne tente pas de comparer. Seulement de partager un vécu qui nourrit une impuissance ressentie par nombreux.se.s. Les mêmes qui n’osent peut-être pas extérioriser ce qui se passe dans leur tête, tracassé.e.s entre la perte de contrôle elle-même et la culpabilisation de se plaindre quand sur le papier, tout semble aller bien. Voici donc une potentielle solution pour éclairer nos esprits embués.

Se concentrer sur l’instant présent

On dirait une phrase écrite en police manuscrite sur Insta. Ici, c’est le conseil d’un expert dans le domaine. Pour le Dr Peter Olusoga, psychologue, il est d’abord essentiel de savoir que ressentir cette perte de repères est légitime. Que l’on soit touché.e directement ou non par la pandémie. « C’est une situation que nous n’avons jamais rencontrée auparavant – un changement fondamental dans la façon dont nous vivons notre vie », affirme-t-il aux journalistes de Stylist. « Cela signifie que nous n’avons pas de réponses planifiées à l’avance, nous ne savons pas comment nous allons y faire face, et cela provoque beaucoup d’anxiété ». L’acceptation est donc la première étape. Ça, et s’éloigner du syndrome de l’imposteur qui vient plomber un moral déjà plus bas que celui de Kylian Mbappé lundi dernier

Le psy poursuit en expliquant que reprendre le contrôle commence par… contrôler le contrôlable. Eh oui. « Cela semble assez cliché », admet-il, et on lui concède, « mais il y a tellement de choses qui ne le sont pas en ce moment, contrôlables. Et si nous nous concentrons sur ces choses-là, alors c’est ce qui mène au stress, parce qu’il n’y a rien que nous puissions faire. » Traduction : passer son temps à s’inquiéter de ce qui nous échappe ne nous aidera pas à y voir plus clair. C’est même tout l’inverse. Pas vraiment feel good jusque-là, mais ça s’arrange.

La solution selon le spécialiste ? « Vivre dans l’instant présent », donc. « C’est vraiment difficile de demander aux gens de faire ça quand il y a tant d’informations qui circulent et tant d’inquiétude et de préoccupation sur ce qui va se passer à l’avenir, mais si nous le pouvons, essayons de nous concentrer sur ce qui est important maintenant et sur ce qui se passe maintenant. »

Plutôt que de ruminer sur les années qui vont forcément être chamboulées par l’actualité, on se focalise sur les plaisirs et activités du quotidien. On table sur des projets à court terme, réalisables, qui nous mettent du baume au cœur. On se prévoit des trucs qui nous font du bien, qui nous donnent envie. Des balades en plein air avec des ami.e.s, des week-ends en France le mois prochain, des sorties au ciné, au musée. Des temps de repos méritées. On se plonge dans des oeuvres qui nous passionnent, nous font grandir, apprendre, on prévoit des appels avec celles et ceux qui sont loin. On médite. On organise aussi nos journées selon une routine qui nous convient. Et on met de l’ordre dans le brouillard pâteux qui nous sert de cerveau grâce à un réflexe efficace : l’écriture. « Il est souvent utile d’écrire, des études ont montré que l’acte en lui-même renforce la perception du contrôle, de l’auto-efficacité et de l’humeur », appuie en ce sens la Dre Meg Arroll, psychologue, au média britannique.

Plus l’on couchera nos projets et rendez-vous à court terme sur le papier, moins on aura tendance à sombrer dans le vortex de l’angoisse et du doute. Jackpot. Ou en tout cas, enfin une astuce facile qui viendra certainement nous offrir un peu de répit (car de quoi nous concentrer sur autre chose que BFM TV). Et on ne pourrait demander mieux pour cette rentrée qui s’annonce quelque peu altérée. Alors on applique, on avance jour après jour. Avec bienveillance et indulgence. En se rappelant surtout que nos émotions, tant qu’elles sont sincères, sont valides.

Article de Pauline Machado

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