COMMENT LES RITUELS DE NOËL (ET SES TÉLÉFILMS) METTENT UN PEU DE BAUME SUR NOS PETITS COEURS

Depuis le 1er novembre, on dégaine marathon d’histoires à l’eau de rose sous la neige, bande-son en repeat sur All I Want for Christmas Is You et cookies pour accompagner notre lait (vin ?) chaud. Les ingrédients parfaits pour concocter une atmosphère réconfortante – essentielle en temps de crise.

Il est 16 heures, un après-midi de reconfinement. La deuxième vague nous frappe de plein fouet et la routine des appels en visio et autres séances de sport à distance nous semble clairement moins divertissante qu’au printemps. La saison peut-être, ou une répétition qui fout, qu’on se l’avoue, un sacré coup au moral. C’est ça, le « nouveau normal » ? Une alternance de liberté et de restriction un peu déstabilisante même si nécessaire ? A vrai dire, on n’en sait rien, et on n’a pas l’air d’être les seul·e·s. Sauf que ce n’est pas tout.

Les autres événements qui tournent en boucle dès qu’on allume les infos, dès qu’on va sur Instagram, dès qu’on fait défiler Twitter, pèsent aussi dans la balance pas franchement réjouissante du moment. Dernier en date : le suspense éreintant d’une élection américaine interminable. Joe Biden et Kamala Harris viennent d’être élu·e·s à la présidence des Etats-Unis après quatre jours de dépouillage qui ont retenu nos souffles comme jamais, mais Donald Trump a décidé de refuser toute défaite. Au golf, comme à la Maison Blanche. On craint un bon mois de bataille judiciaire. Et autant de stress qui s’ajoute à un climat déjà nauséabond de ce côté de l’Atlantique.

Heureusement pour notre santé mentale, il y a aussi les téléfilms de Noël. 90 minutes de kitsch quotidien gracieusement mis à notre disposition par M6 et TF1. Comme tous les ans dès le mois de novembre, chaque après-midi et tous les jours de la semaine, les deux chaînes diffusent un ou deux longs-métrages tournant exclusivement autour des fêtes et de l’amour. Un repère infaillible qui, il faut bien l’admettre, rend nos journées plus douce. 

Car voilà, dans ces contrées fictionnelles nichées au fin fond du Connecticut pour la plupart, tout le monde s’embrasse, tout le monde se promène et tout le monde s’étreint comme si le Covid n’existait pas. Le seul vrai problème auquel sont confronté·e·s les protagonistes semble être le manque de pain d’épice pour leur fournée de biscuits, ou une incohérence de couleurs parmi les guirlandes du sapin. Pas vraiment vital, mais assez majeur dans leur vie pour en faire un rebondissement clé. C’est dire.

Romance, évidence et accident de bonhomme de neige

Le bal de Noël, Hallmark Entertainment

Généralement, le scénario ressemble plus ou moins à ça : Stacy ou Jessica ou peut-être Rebecca a un boulot qui prend tout son temps dans une grande ville type New York. Seulement à quelques semaines du 25 décembre, sa chevelure impeccablement wavy et elle-même doivent retourner dans leur bourgade natale, Pleasant Valley, pour régler une affaire de famille. Ses parents ont besoin d’aide pour gérer la pâtisserie locale depuis que le père s’est cassé la main en tentant d’accrocher un bonhomme de neige animé sur le porche du pavillon. Elle ne sait pas vraiment comment elle va pouvoir justifier à son boss autoritaire qu’elle a besoin de prendre des congés, elle qui a toujours privilégié sa carrière depuis qu’elle a commencé il y a à peine deux ans comme stagiaire surexploitée, mais elle promet d’être joignable h24. Ça passe, elle fonce. 

Sur place, elle tombe par hasard sur son amour de jeunesse. Eric ou John ou peut-être Darrell, qui lui n’a jamais quitté la région et l’adore encore en secret ; elle est The One That Got Away. Il n’est pas très loquace mais il aime son chien et rendre service. Il travaille avec ses mains, genre menuisier ou paysagiste spécialisé dans les sapins Nordmann. « Les meilleurs », lui dit-il de sa voix rauque car trop peu utilisée quand, après des semaines à se tourner autour, ils finissent par aller boire un chocolat chaud au troquet du coin. Leurs mains se frôlent pendant qu’en fond on entend une version folk de Jingle Bells. « Oh ! C’est notre chanson… », rougit Rebecca. Il n’en faut pas plus aux tourtereaux pour se retrouver (sans se choper, on garde le meilleur pour la fin), et que leur destin change à jamais.

Alors que la jeune femme était sur le point de décrocher la promotion du siècle, celle pour laquelle elle a trimé toutes ces dures années, un nouvel avenir lui sourit : celui d’une vie simple auprès de ceux qu’elle aime. Sauf qu’elle hésite et finit par s’en aller – ultime plot twist savoureusement prévisible – pour finalement revenir deux jours plus tard avec ses valises et un gros bisou sans la langue sur la bouche de Darrell. Larmichette dans notre thé à la cannelle. 

Ringard et pourtant si réconfortant

A Christmas Prince: The Royal Baby, Netflix

Bon d’accord, c’est nul. C’est très nul. Même les versions un peu plus élaborées qui mettent en scène des soucis de fric ou évoquent le deuil finissent souvent par correspondre au schéma dégoulinant de « l’amour triomphe sur les ambitions professionnelles ». Et parce qu’on ne nous la fera pas à nous, au mécanisme sexiste selon lequel, qu’il soit pauvre ou riche, le mec « sauve » fréquemment la fille. Il la sort d’un pétrin quelconque, puis lui fait réaliser que son quotidien sans lui ne rime à rien, et que tout ce dont elle a toujours rêvé n’était pas vraiment de devenir patronne d’une grosse agence de pub, mais bien de fonder une famille avant ses 30 ans dans un patelin où la neige est aussi fausse que les dents des acteurs. Vous l’avez, je n’en doute pas.

Seulement quand on a une bonne dose de recul sur la question, et juste envie de s’échapper un peu de sa réalité pour retrouver celle de Rebecca, de Darrell et de leur monde enchanté, le plaisir coupable n’en est que plus agréable. 

Devant Noël au palace, Un Noël à croquer, Le bal de Noël, la trilogie A Christmas Prince ou Holidate, la dernière production Netflix avec Emma Roberts, on ne pense à rien sauf à nos proches qui nous manquent, au fait qu’on aimerait, nous aussi, que tout soit si « simple », et à comment ruser pour que nos cheveux mousseux deviennent aussi soyeux que ceux de l’héroïne. Les téléfilms de Noël, c’est facile et ça ne demande pas de réfléchir (sinon, on implose). Ça rappelle ces moments qu’on attend tous les ans avec hâte. Et après douze mois aussi tendus, se concentrer sur une ambiance féérique et qui plus est un univers où rien de problématique n’existe fait du bien. En tout cas personnellement, ça et un litron de Nesquik siroté au coin de (l’appli) feu de cheminée, c’est ma recette du bonheur.

On peut même voir au-delà du genre télévisuel et associer ce sentiment réconfortant à toute la période concernée. Bien qu’on flippe que les fêtes nous passent sous le nez en 2020 – sorte de cerise moisie sur un gâteau à la liqueur de supermarché, on se raccroche aux rituels de fin d’année comme à une petite bouée qui nous empêcherait de broyer du noir. On ressort les décorations qu’on étale dans notre salon, on écoute Mariah Carey en boucle en préparant des cookies. On s’enfile de grands verres de vin chaud passé dix-sept heures en se rappelant le bon temps du marché de Noël et des rassemblements à plus de six. Voire des rassemblements tout court. 

On se rassure surtout en se disant que prochainement, on y croit, c’est même pour ça qu’on fait aussi gaffe, on appréciera de nouveau toutes ces petites joies. On retournera rouler des pelles sous le gui d’un bar glauque sans peur de choper autre chose qu’une sale gueule de bois. On fera la bise à notre grand-mère sur les deux joues au déjeuner du réveillon. On recommencera à faire des projets, à se frotter aux autres, à se terrer chez soi juste parce qu’on en a envie. On ne vivra peut-être pas tout à fait comme avant, mais en tout cas, plus comme maintenant. Et penser à ces jours meilleurs qui ne devraient pas tarder, même si ça veut dire baigner dans une tonne de clichés, ça apaise considérablement nos esprits au bord du craquage.

Alors, dès qu’on peut, pour respirer un peu, on se laisse bercer. Sans culpabiliser.

Article de Pauline Machado

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