COMMENT LA « CUFFING SEASON » A PRIS UN TOUT NOUVEAU SENS EN 2020

Le rituel saisonnier prend une toute autre ampleur avec le coronavirus. Au lieu de chercher une personne pour réchauffer nos nuits d’hiver, on veut trouver quelqu’un avec qui passer la crise sanitaire.

Chaque année, quand approchent l’automne, le vent glacial et tout ce qui nous fout des frissons jusqu’à la moelle, un comportement singulier a tendance à se manifester : l’envie de se blottir dans une paire de bras, pour éviter de grelotter tout·e seul·e sur son canapé jusqu’en avril. On appelle ce sentiment voué à ne durer qu’un trimestre la « cuffing season », ou la « saison des menottes », littéralement. On vous explique.

Ça commence généralement vers septembre-octobre. Après de douces vacances au soleil, on tente de mettre la main sur le·la premier·e venu·e qui n’émet pas des red flags à nous crever les yeux (et plus tard, le coeur). Le but : convenir d’un arrangement bien défini qui consiste à se soutenir jusqu’au printemps à base de soirées Netflix, de petits plats mijotés et de confessions sur l’oreiller. Dans le respect, la réciprocité, et le consentement – doit-on le préciser. 

Passer les semaines qui viennent ensemble pour trouver un peu de chaleur, de réconfort, et si on est chanceux·se, un plan cul qui tient la route. Certain·e·s préfèrent se contenter d’un plaid et possiblement de leurs mains ou d’un kit de sextoys, et c’est tout à leur honneur : les dictons « on n’est jamais mieux servi·e que par soi-même » et « mieux vaut être seul·e que mal accompagné·e » ne sortent pas de nulle part. 

Crédit : Columbia TriStar Motion Picture Group

Seulement, si on ne cessera jamais de prôner la solitude désirée comme un cocon qui fait du bien à l’âme et permet de mieux se connaître, on reste aussi conscient·e qu’on peut souffrir de solitude tout court. Celle qui ronge, celle qu’on subit. D’où le besoin, pour d’autres, de trouver un·e partenaire temporaire. Quelqu’un qui aura envie de nous faire du bien et de s’occuper de nous pendant ces longues nuits de la meilleure des façons : en remontant la couette sur nos pieds gelés. « En hiver, les jours sont plus courts et plus froids, et les activités extérieures sont moins nombreuses. Des sentiments d’isolement et d’ennui commencent à s’installer », précise la psychologue Dara Bushman, à Cosmopolitan. 

Et en 2020, « isolement », on sait ce que c’est.

Quand « cuffing » devient « Coving »

Avec la pandémie, un nouveau terme dédié a émergé : la « Coving season ». La « cuffing season » sauce Covid-19, en gros. Ou comment, plutôt que de se mettre en couple pour traverser l’hiver, on use du même stratagème pour ne pas (re)vivre cette période anxiogène solo. Parce qu’on a peur et qu’on déprime, nous et nos attestations qu’on exploite au maximum. 

En mars, on avait choisi de tenter l’expérience en restant dans notre appart’ et en résistant aux sirènes parentales qui insistaient lourdement pour qu’on rentre dans le Loiret. Bilan : une fois, pas deux. On a eu le temps de tester quatre recettes (infructueuses, forcément) de pain au levain, de repeindre notre cuisine en bleu puis en vert, de faire le tri dans notre penderie, de se mettre au sport. Productif c’est clair, mais chiant. Et puis, pour la deuxième édition, l’ambiance est plus à l’attente passive et agacée qu’à l’imagination. 

Nan, ce qu’il nous faut, c’est exactement ce que le « Coving » propose : une personne avec qui partager du bon temps. Un peu comme dans la social bubble mise en place au Royaume-Uni, où les célibataires peuvent choisir de se « confiner » avec un autre foyer, aka leurs meilleur·e·s potes ou leur fréquentation du moment. Exclusivité obligée pour questions de sécurité sanitaire, de quoi satisfaire notre monogamie plus ou moins assumée – et surtout éviter la conversation redoutée du « on se voit que nous ou on continue de draguer ? ». 

Crédit : Warner Bros. Pictures

Deux questions se posent alors : comment le·la trouver, cette perle rare qui acceptera de nous rejoindre ? Mais aussi, que faire, logistiquement parlant, pour rester dans la légalité ? 

Préparer le terrain en amont

A la première, la journaliste Amy Grier répondait mi-septembre, évoquant une stratégie directe : celle d’afficher ses motivations franchement. « Les prénoms, les âges, les tailles et le fait que vous aimiez la plage ou la montagne devraient être remplacés sur les applis par la vitesse de votre connexion Internet à domicile, si oui ou non vous avez un abonnement [Netflix ou Prime], et votre proximité avec un supermarché », estimait-elle. Pas si délirant. 

Tinder, Happn ou Bumble semblent en effet les moyens les plus sûrs et efficaces de se rencontrer. Qui plus est quand les déplacements sont très limités, voire quasi impossibles. Alors autant foncer lorsqu’on sent que la discussion va bon train, qu’on parle depuis quelques jours, semaines, et qu’une alchimie se crée petit à petit. 

Par « foncer », on ne veut pas dire demander à l’autre d’emménager au bout de trois messages hein. Déjà parce que personne fait ça. Mais surtout parce que même si on le voulait, les règles de la quarantaine sont claires : on ne peut pas changer notre lieu de confinement en cours de route. C’est Gérald Darmanin qui le dit. Et aussi insupportable soit sa nomination au poste de ministre de l’Intérieur, difficile de couper à ce règlement-là si on veut se débarrasser de l’épidémie fissa – ou juste échapper à l’amende de 135 euros. Comment « Coving », du coup ? En préparant le terrain pour début 2021 qui risque de se dérouler à peu près sur le même mode. Celui d’une prudence sociale qui, si elle ne signifie pas obligatoire re-reconfinement, appellera tout de même à ne pas s’adonner à des échanges de fluides démultipliés. 

Parce que les mois de janvier et février sont de toutes façons les pires de la saison, on saisit l’occasion de ces semaines de novembre à être cloîtré·e chez soi pour échanger intensivement avec une personne qui, aux premiers abords, nous plaît. Et à qui, petit à petit, on glisse des indices quant à notre envie de la voir en vrai. Peut-être au moment d’une potentielle trêve de Noël ? Ou juste après ?

Une fois que le courant passe dans la réalité, et à ce moment-là seulement, on lui fait part de notre irrésistible plan en bonne compagnie (la nôtre, évidemment). Le contexte rend l’engagement plus tentant, les relations moins codifiées. Alors il y a de bonnes chances pour qu’elle aussi, recherche une paire de bras où se blottir le temps que l’orage passe. Ou plus longtemps, si affinités…

Et puis, si ça foire, on a toujours notre plaid et nos mains. Malin.

Chronique de Pauline Machado

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