COMMENT GÉRER LA PRESSION SOCIALE IMPOSÉE (ENTRE AUTRES) PAR NOS PROCHES QUAND ON EST SOLO À NOËL

La saison festive est souvent appréhendée par celles et ceux qui ne sont pas en couple. La faute aux commentaires intrusifs et culpabilisants de notre famille sur notre vie sentimentale. On vous donne quelques façons d’y faire face, pour (encore) mieux se célébrer.

Un·e célibataire sur deux affirme ressentir une pression sociale au moment des fêtes de fin d’année. Cette étude réalisée par l’appli de rencontres Happn révèle ce qu’on savait déjà : quand on n’est pas en couple à Noël, on prend (souvent) cher. Résultat, chaque année, alors qu’on s’apprête à se réunir avec toute notre famille autour d’un repas généralement copieux où l’alcool et le gras coulent à flot, et qui devrait nous réjouir, on appréhende aussi les questions qui fâchent. 

En 2020 en plus, si la liste des convives est réduite, il y a quand même matière à se prendre la tête. Les théories du complot autour du Covid, les sorties sexistes de notre oncle par alliance, les positions de chacun·e sur le sujet des violences policières… Les débats houleux guettent. Une conversation semble toutefois mettre tout le monde d’accord (sauf la principale concernée) : notre vie sentimentale. 

A table, on devient vite la source d’intérêt numéro un de la tripotée d’invité·e·s présent·e·s, qui n’ont vraisemblablement aucun scrupule à nous demander d’étaler notre intimité deux minutes à peine après le début de l’apéro. La preuve que le champagne désinhibe s’il en fallait. Et que leur quotidien doit être drôlement chiant pour que le nôtre, pas franchement passionnant non plus surtout en ce moment, les fascine autant. Dans l’ordre, ça donne plus ou moins ça : « Alors, les amours ? », « toujours pas trouvé l’âme sœur ? », « tu les fais fuir ou quoi ? », et notre préférée by far (non) : « attention à l’horloge biologique, tu ne vas pas en rajeunissant ! ». Terrible, et particulièrement normatif. Qui a dit qu’on voulait des enfants, en plus ? 

« Le regard insistant sur les célibataires et leur situation amoureuse peut très vite devenir un sujet agaçant lors des réunions familiales », confirme Marine Ravinet, Head of Trends chez Happn. « Alors que le modèle traditionnel du couple évolue et continue de se réinventer, il reste tout de même difficile d’échapper à l’attitude culpabilisante de la famille, pour qui ‘être en couple’ reste un objectif à atteindre ». Autant de micro-agressions qui nous filent de l’urticaire, et l’envie de passer le réveillon solo pour le restant de notre existence. 

Sauf que non, en fait. Avant que notre célibat n’attire une telle attention, on adorait Noël. Décembre était même notre période de l’année préférée, avec Halloween et le 14 juillet (bal des pompiers oblige). Alors pas question d’y renoncer. Au lieu de ça, on veut plutôt se blinder pour répliquer, esquiver, voire opter pour une honnêteté désarmante. Voici comment faire.

Se protéger, s’entourer et répliquer

Crédit : The Holidate, Netflix

Cette saison, Netflix a sorti le film The Holidate et la deuxième saison attendue de Home for Christmas. Si en termes de style, la différence entre le long-métrage américain et la série norvégienne est flagrante, le synopsis aborde cependant le même thème : le poids de se pointer au réveillon quand la seule personne à ne pas être accompagnée (ni là, ni dans la vie), c’est nous. L’une comme l’autre, les deux héroïnes (Emma Roberts et Ida Elise Broche) tentent alors de remédier à ce que la société associe à un problème, en rencontrant quelqu’un rapidement. Chose que, si l’on en croit l’étude Happn, 40 % des sondé·e·s ont déjà envisagé, comme le fait de mentir sur leurs amours pour 35 % d’entre elles et eux. C’est dire si affronter les attentes de nos proches fait flipper. 

Pour le docteur en sociologie et auteur de Happy Singlehood: The Rising Acceptance and Celebration of Solo Living Elyakim Kislev, c’est justement à notre entourage qu’il revient d’évoluer. « Bien que de nombreuses personnes choisissent la vie en solo – et sont beaucoup plus heureuses et se sentent plus épanouies dans leur propre vie – les stéréotypes restent un problème », déplore-t-il dans un article pour Psychology Today. « Tant que la société n’embrassera pas la solitude comme elle embrasse le mariage, nous devrons encore faire face aux idées fausses de nos familles à Noël. »

Mais puisqu’il est difficile d’y échapper, mieux vaut se protéger, et reprendre le contrôle. Selon l’expert, ça passe par se préparer en amont en sachant ce qui risque d’arriver (cf. les questions pourries et intrusives), et aussi par s’entourer de ses semblables et penser à quelques réponses qui feront – subtilement ou non – comprendre à l’assemblée qu’on préférerait clairement bouffer le reste des huîtres au petit-dej’ que de subir cette inquisition une minute de plus. Typiquement, en retournant chaque interrogation. Notre tante au bord du divorce comprendra certainement beaucoup plus vite son caractère déplacé quand on lui demandera à elle, si elle les fait fuir. Ou à notre cousin volage où en sont ses amours. Simple et efficace.

Se rappeler qu’on s’est choisi·e, soi

Crédit : Home for Christmas, Netflix

L’autrice Maria Del Russo confie à Refinery29 miser sur la sincérité. « Quand toute ma famille se réunira le 25 décembre, j’ai l’intention de répondre sincèrement à la redoutable question. ‘Je ne vois personne sérieusement, ce qui est parfois difficile, mais je fais beaucoup d’autres choses étonnantes dans ma vie qui rendent cela moins important’, dirai-je. ‘Je t’ai parlé du voyage à Paris que je m’apprête à faire ?’ C’est honnête, c’est authentique, et je n’ai pas besoin de descendre un verre de vin pour le formuler. Et me réveiller sans une gueule de bois d’après Noël ni un mensonge gênant sur lequel me reposer est le meilleur cadeau que je puisse m’offrir. » 

Ça, et se rappeler de l’essentiel : qu’il s’agisse d’une étape qui nous chagrine ou d’une situation qui nous comble, être célibataire ne regarde que nous. Être accompagné·e ou solo ne détermine en rien notre valeur, peu importent les réflexions (in)volontairement stigmatisantes ce soir-là. C’est tout aussi valide que d’être marié·e, pacsé·e, parent, en union libre. Et, à ce moment précis de notre vie, c’est peut-être exactement ce dont on a besoin. Se concentrer sur nos propres envies, prendre soin de notre coeur, de notre corps, de notre esprit. Guérir et s’épanouir.

D’ailleurs, en y réfléchissant, on se rend compte qu’on en est particulièrement fier·e, de notre non-relationship status. Plutôt que de signifier une absence, un manque sur lesquels croit bon d’insister notre famille, il indique surtout qu’on s’est choisi·e, soi. Qu’on s’offre davantage de temps pour chérir nos amitiés, essentielles à notre bien-être, aussi. Qu’on apprend à s’aimer, à se connaître. Des étapes nécessaires à notre équilibre personnel, que l’on souhaite par la suite rencontrer quelqu’un·e ou non. Il paraît même que de plus en plus de monde a rejoint notre camp : celui d’un mode de vie qui s’écarte d’une norme (op)pressante où le couple est érigé en accomplissement ultime. C’est dire l’attrait légitime qu’il suscite. 

Alors oui, mamie, on est « toujours » célibataire. Et ça nous va très bien. Maintenant, passe-moi une autre part de bûche trois chocolats. 

Chronique de Pauline Machado

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