COMMENT COMBATTRE LE BIRTHDAY BLUES

Déprimé·e à l'idée de souffler une bougie de plus ? Vous n'êtes pas seul·e. La preuve — et quelques façons de mieux vivre ce jour clé.

Bridget Jones souffle une bougie
Bridget Jones aussi, a le blues d'anniv © Universal Pictures

Chaque année, les mêmes sentiments nous rattrapent à l’approche de la même date. Angoisse, tristesse, malaise, mélancolie. Désir profond d’ignorer toute allusion de nos proches ou moins proches à ce jour particulier. On frémit à l’idée d´un rassemblement nous célébrant, on tressaille en pensant à l’hypothétique bilan de nos accomplissements sur les douze derniers mois qu’on peinera à réaliser. 

Bref, pendant plusieurs semaines avant de devoir (une fois encore) affronter la preuve irréfutable qu’on vieillit comme tout le monde, on a le cafard. Mais pas n’importe lequel : le cafard de notre anniversaire. En anglais, ça se dit Birthday Blues, et le phénomène a même été théorisé par des psys – c’est dire si notre hantise de souffler une bougie de plus est commune. 

Enfin, pour être tout à fait précise, ce n’est pas tant le fait de s’enfoncer dans l’âge adulte qui nous effraie ou provoque une déprime passagère, que les injonctions sociales et sociétales qui pèsent sur cette réalité inévitable. Comprendre : on a davantage le bourdon à cause de ce que le monde semble attendre de nous à certains âges, et de ce que nous attendons aussi des autres lorsqu’il est l’heure de fêter notre naissance, que parce qu’on entrerait dans une nouvelle décennie. 

Réalisation pro et réseaux sociaux

Rachel de Friends boude
Quand la reine du jour a le bourdon © Warner Bros. Television

« Ça fait quelques années que je redoute le mois de mai précisément parce que c’est mon anniversaire », nous confirme Jeanne lorsqu’on aborde le sujet entre deux verres de multifruit et un brownie à celui de sa fille de 4 ans. « J’ai l’impression de subir une pression beaucoup plus forte que d’habitude le jour-j : celle de devoir être absolument épanouie et ‘là où je suis censée être' ». Alors qu’en fait, poursuit-elle, elle ne sait même pas elle-même si elle l’est vraiment, épanouie, et encore moins comment arriver à cet « état de bonheur perso dont Instagram raffole tant ». 

Un sentiment pas franchement réjouissant renforcé par les réseaux sociaux ? « Oui », lance Jeanne, et c’est aussi ce qu’estime Caroline. « Même sans être accro à ces plateformes, la comparaison permanente avec la vie enjolivée que les autres y partagent fait effet miroir », analyse-t-elle par téléphone, quelques jours plus tard. « On va forcément se demander si notre quotidien, notre parcours, nos soirées sont aussi bien que les leurs, et croire que notre valeur en tant que personne dépend de la réponse ». Un réflexe qui, nous dit-elle, la touche particulièrement autour de son anniversaire, et va même jusqu’à affecter la célébration en elle-même. « Je stresse que personne ne vienne à ce que j’organiserais et en même temps, je panique à l’idée d’être le centre de l’attention s’il y a du monde ». Un paradoxe qui ne fait pas exception. 

« Les événements marquants de la vie suscitent des souvenirs, des attentes et des déceptions », décrypte ainsi auprès de Vice Myrna Weissman, cheffe de la division d’épidémiologie du New York State Psychiatric Institute. « Un anniversaire s’accompagne d’attentes, car vous envisagez une journée parfaite à fêter avec vos proches. Le poids de ces attentes, et les retombées si elles ne sont pas satisfaites, peut être bouleversant », ajoute-t-elle. « On s’attend à ce que les autres nous [contactent], se souviennent de la date, nous offrent un cadeau. Si ce n’est pas le cas, c’est très décevant », explique Myrna Weissman. Et comment. 

Auprès du magazine américain, Stewart insiste à son tour sur la notion de réalisation personnelle par le pro et le privé largement glorifiée dans notre société, et la manière dont elle affecte notre moral autour du moment clé qu’est notre anniv (ou annif, c’est selon). « Quand j’avais 29 ans, j’ai redouté [mes 30 ans] pendant toute l’année », se souvient-il. Il raconte ne pas avoir cessé de s’interroger : « Ai-je fait tout ce que j’aurais dû faire ? Ai-je atteint mon potentiel maximum ? Ai-je vécu toutes les expériences que je voulais vivre ? Il y a un reflet de votre vie qui a tendance à se produire, à mon avis ». Et par conséquent, un coup dur quand on n’est pas entièrement satisfait·e du chemin qu’on est en train d’emprunter, et de ce qu’on est sur le point – ou non – d’accomplir. 

Alors, que faire pour atténuer cette sensation, qu’on se le dise, assez moisie ?

"Le temps passe, les émotions aussi"

Chat déprimé qui souffle une bougie
Si le Birthday Blues était un animal.

Ça commence par un impératif : accepter les émotions que le Birthday Blues génère. « L’un des principaux moyens de le combattre est l’acceptation », explique tout simplement à Stylist la psychologue Dre Jeanina. Elle insiste sur une déculpabilisation salutaire : « Il est important de reconnaître qu’il n’y a pas de règle écrite sur ce qu’il est bon ou mauvais de ressentir le jour de son anniversaire et qu’il n’y a pas de mal à faire la fête en grand ou à rester seul·e. »

L’experte continue, incitant à innover dans notre rituel annuel pour « briser un schéma » : « Le temps passe, les émotions aussi et de nouvelles expériences sont créées. Et juste comme ça, de nouvelles traditions et façons de voir votre anniversaire peuvent commencer. »

Traduction ? On reprend le contrôle de ces 24 heures et on mise sur ce qui a toutes les chances de nous combler.

En organisant un moment exactement comme on le souhaite, en planifiant des vacances loin de notre routine. En décidant de se concentrer uniquement sur les jolis souvenirs de l’année, et de les écrire pour s’en rappeler. En s’entourant de personnes qui nous font du bien, en mettant nos peurs sur le papier. En ne faisant absolument rien du matin au soir, un repos bien mérité quand on en fait tellement les 364 autres jours par an.

La liste a de quoi vite devenir interminable mais quelles que soient les solutions qu’on pourra trouver, le but restera le même : se demander ce qui nous réjouit a l’instant t, et s’y raccrocher. 

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