CINOCHE : QUARTIER LOINTAIN

 
© Patrick Muller
Écrit par Jirô Taniguchi et publié en France en 2002, Quartier Lointain raconte l’histoire d’Hiroshi Nakahara, père de famille de 48 ans qui se retrouve par hasard dans un train le conduisant vers son village natal. Alors qu’il se recueille sur la tombe de sa mère, il est soudainement projeté dans le passé pour revivre la période qui a précédé le départ de son père.
 
Beau, étrange, tendre et nostalgique, Quartier Lointain fut un énorme succès en Europe. Œuvre ultra consensuelle, Télérama en offrait même un exemplaire pour tout abonnement. La rédaction du magazine (qui n’a toujours pas compris que le manga n’est pas une sous-culture) posait ainsi une nouvelle fois, après la consécration des studios Ghibli, une sorte de ligne de démarcation foireuse entre une production japonaise digne d’être lue et une animation à entrailles et petites culottes (\_!\_) conchiée par ses journalistes et Ségolène Royal dans les années 1990.
 
Lorsque j’ai appris que Quartier Lointain allait être adapté au cinéma et qu’il s’agirait d’une production française, belge, allemande et luxembourgeoise tournée dans la région Rhône-Alpes, j’étais un peu perplexe : ça sonnait beaucoup trop comme un documentaire d’Arte qui rend souvent ennuyeux des sujets pourtant très sexy comme les OVNI (alors que M6 parvient généralement à passionner avec des reportages sur la folie de la plancha ou des salades en sachet). Mais finalement, après que Thomas, le double cinématographique d’Hiroshi, se soit évanoui pour se réveiller dans son corps d’adolescent, je me suis rendu compte que j’avais eu tord.
 
Dans la bande-dessinée, l’histoire se déroulait dans un village japonnais d’après-guerre. Le réalisateur belge Sam Garbarski (Le Tango des Rashevski, Irina Palm) a choisi de la situer en France dans les années 1960, et a tourné son film dans la petite commune de Nantua, connue pour son lac et ses quenelles nappées de "sauce Nantua". Sans sa spécificité japonaise, Quartier Lointain perd la moitié de son intérêt et de son charme. Il n’en demeure pas moins que cette transposition est la première réussite du film : une sorte de mix entre Big et Le petit Nicolas, aux décors et à la bande-originale (composée par Air) irréprochables et qui parvient à restituer l’ambiance poétique et légèrement étrange de l’œuvre originale. La seconde réussite est un casting intelligent : Pascal Greggory et son spleen sont parfaits, l’interprétation de Jonathan Zaccaï et d’Alexandra Maria Lara est subtile, et le jeune Léo Legrand assume plutôt bien le rôle d’un quinquagénaire mélancolique coincé dans un corps d’enfant.
 
L’adaptation de Garbarski est donc honnête, c’est à dire à la fois extrêmement fidèle (mais il est dommage que le réalisateur n’est pas trouvé un équivalent occidental du salaryman japonais) et suffisamment divertissante pour justifier le prix d’une place de cinéma. 

 

 
 
LE FILM

Quartier Lointain :: Sam Garbarski

avec Pascal Greggory, Jonathan Zaccai, Alexandra
Maria Lara, Léo Legrand

musique originale, AIR

Sortie le 24 novembre

  LA BD ORIGINALE

Quartier Lointain :: Jirô Taniguchi

© Jirô Taniguchi/Shogakukan Inc.

édité par Shogakukan, Inc. Tokyo – édition française
Casterman, 2010

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