CINOCHE : NOSTALGIE DE LA LUMIÈRE



Le 27 octobre dernier est sorti Nostalgie de la lumière de Patricio Guzm
án, le dernier film documentaire d’une fresque résistante, commencée en 1975-77, contre la dictature d’Augusto Pinochet au Chili. Après La Bataille du Chili (1975-1977) Mémoire obstinée (1997) Le Cas Pinochet (2001) et Salvador Allende (2004), Nostalgie de la lumière tente encore et toujours de capter les traces d’une mémoire que la dictature de Pinochet a travaillé à effacer.
Nostalgie s’inscrit comme un poème visuel qui part à la recherche de la lumière laissée par des images mémorielles.
Dans le désert d’Atacama (lieu où se déroule le film : le désert la plus sec du monde situé au nord du Chili) se confondent ainsi une multitude d’images qui accusent la mémoire arrêtée du Chili d’aujourd’hui. Ces images sont celles de la lumière qu’envoient les étoiles et que récoltent les astronomes via de "gigantesque coupoles qui ressemblent à des vaisseaux spatiaux échoués". Ce sont aussi les images d’archéologues qui sondent, quant à eux, la terre afin de collecter les traces des populations précolombiennes qui sont passées par ce désert. Ce sont, enfin, les images de femmes qui foulent sans relâche ce même désert en quête de traces effacées de leurs proches disparus, engloutis par la dictature Pinochet et l’oubli imposé.
Entre un présent en constante disparition et un passé en mal d’inscription, la démarche documentaire de Patricio Guzmán crée une mémoire "actante" : une mémoire proposant de répondre concrètement à une situation concrète en se souvenant des lieux d’oubli, une mémoire critique résistant à un oubli dictatorial, une mémoire politique donc quotidienne. La démarche documentaire de Patricio Guzmán s’immisce comme le grain de sable critique dans la mémoire commune.
L’image devient la condition de possibilité de faire vivre un instant interdit car elle constitue le corps mémoriel d’une nation rendue invisible. Et Guzmán filme le corps des étoiles, celui de gens et des objets en cherchant sa propre place en se montrant en recherche. La construction de la mémoire commune et nationale devient une quête personnelle, un retour sur soi, l’exposition d’un point de vue assumé sur une histoire et une situation contemporaine. Ce que filme alors Guzmán c’est le corps de l’image, c’est son inscription matérielle comme trace d’une histoire en formation. Guzmán construit tout le long de son film des images sensibles, tactiles empreintes d’émotions partagées d’une histoire oubliée.
À travers une image récit, une image constellation, une image corps : images poussières d’étoiles, d’histoires et d’hommes, Guzmán propose avant tout une image qui ouvre une brèche dans la façon de penser l’historiographie. L’image se lit par frottement entre ciel et terre pour qu’un passé s’inscrive "malgré tout". Nostalgie de la lumière de Patricio Guzmán permet de penser l’image comme un acte documentaire en l’envisageant dans sa multitude, dans son épaisseur, dense d’influences diverses et de pensées en mouvement.   
 
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