CINOCHE : MADAME DE MONTPENSIER



Adaptation d’une nouvelle de Madame de La Fayette, La Princesse de Montpensier met en scène les ardeurs de jeunes gens aux cœurs aussi délicats qu’aux mœurs barbares.
 
XVIème siècle, guerres de religions : Marie de Mézières (Mélanie Thierry) se consume de passion pour le Duc de Guise (Gaspard Ulliel), mais se retrouve mariée de force au Prince de Montpensier (Grégoire Leprince-Ringuet). Pour la protéger de la guerre, il l’envoie dans son château le plus reculé, à Champigny, avec le Comte de Chabannes (Lambert Wilson), sage humaniste à qui elle demande de parfaire son éducation. Ses conseils et l’amitié qu’ils nouent, en dépit de l’inclination naissante du Comte, n’éteindront en rien la flamme qui l’anime pour le Duc de Guise. Les hasards de la guerre le mettent à nouveau sur son chemin, accompagné du Duc d’Anjou (Raphaël Personnaz), futur Henri III, qui s’énamourache également de la belle personne. C’est ainsi que, pour ses premiers pas à la Cour, Marie entre dans une danse étourdissante, en espérant ne pas trébucher entre ses prestigieux prétendants. Restée fidèle à ses sentiments d’origine, elle quitte le Prince de Montpensier pour le Duc de Guise, pourtant promis à une autre, et qui ne lui cèdera pas le statut gagné par ce mariage. Seule, elle apprend le renoncement.
 
Film lyrique s’il en est, La Princesse de Montpensier suit les fluctuations de l’âme.
L’âme de la jeune Marie, certes, mais surtout l’âme des premières amours, l’âme des cœurs qui ont tout à apprendre, l’âme des rapports humains… tantôt teintés de passion, d’intérêt parfois, de bienveillance occasionnellement, d’ambiguïté souvent, de cruauté toujours.
Qu’il s’agisse du Comte de Chabannes condamné à la solitude, du Prince de Montpensier qui ne peut être aimé en retour, du Duc d’Anjou plus contraint par sa position que libre, du Duc de Guise assoiffé par ses ambitions ou bien entendu de Marie, livrée à elle-même… Le constat est bien cruel : l’intégrité ne paye pas.

À la croisée du « film d’apprentissage » et du portrait de femme, La Princesse de Montpensier offre une réflexion assez intemporelle sur nos choix, nos sacrifices, nos compromis.
 
La grande réussite du film est de transcender les époques.
Les acteurs, notamment, ont beau être entourés de châteaux, montés sur de beaux étalons, ou engoncés dans de luxuriants costumes, ils n’en perdent pas une once de modernité. Ephèbes, urbains, quasiment métrosexuels pour certains, leurs corps racontent un autre combat que celui des champs de batailles. Décryptage.
 

 
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Marie 
Féministe avant l’heure, insoumise qui s’interroge sur le monde dans lequel elle vit… Mélanie Thierry incarne la fraîcheur de ce personnage, sans minauderie, avec grâce et intelligence. Sa beauté, à la fois classique et moderne, souligne l’intemporalité des sentiments qu’elle suscite et renforce le caractère contemporain du film. 
Petit bémol : Si le désir que provoque Marie est sublimé, l’appétit du réalisateur pour sa comédienne en est presque trop palpable tant la caméra vient lécher ses lèvres charnues et sa gorge déployée en toute   occasion.

 

 

Le Duc de Guise
Incarnation du mâle (mal ?) fougueux, charmeur, certainement sincère sur le moment (damn it, c’est encore pire !), mais finalement plus animé par son intérêt propre que par la beauté d’une communion des sentiments, le séduisant Gaspard Ulliel à bien gagné en maturité et reste l’égérie du charme masculin, mais ne dégage pas l’immédiate  bestialité qu’un tel rôle requiert. Modernité te voilà : la virilité se perd,  ma bonne dame, il n’y a plus que des dandy ! Careful, ce n’est que pour mieux te cacher mon jeu mon enfant…

 
  Le Comte de Chabannes 
Ce serait LA Paulette avec qui Marie peut, si ce n’est noyer son tourment dans les shots de vodka, se confier. Il est son conseiller, sa bonne étoile… et l’abreuve autant que faire se peut de sa sagesse, pourtant mise à rude épreuve par l’effet que Marie lui fait. Ancien guerrier devenu pacifiste, on imagine mieux Lambert Wilson en humaniste des temps modernes, qu’en preux chevalier de la Saint Barthélémy…

 
  Le Duc d’Anjou
Habituellement présenté comme un roi efféminé, la délicatesse du Duc d’Ajou avait quelque chose d’avant-gardiste au XVIème siècle. Personnage dont l’ambiguité sexuelle est profondément ancrée, Raphaël Personnaz en fait un futur Henri III plein d’esprit, livré à ses propres turpitudes… Certainement celui qui aurait le plus de chances aujourd’hui.
  Le Prince de Montpensier
Well, no comment. On ne tire pas sur une ambulance… Le mari malheureux de la Princesse, incarné par Grégoire Leprince-Ringuer, parfait en freluquet repoussé, est un peu moins plausible en héros de guerre. Emblème du métrosexuel, ancré dans le XXIème siècle, l’acteur ne transcende jamais cette dimension. Son jeu, certes "naturel", le rend non seulement inaudible mais surtout insignifiant.


LA PRINCESSE DE MONTPENSIER
:: un film de Bertrand Tavernier ::: sortie le 3 novembre 2010

 

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