CINOCHE : HA HA HA

© Les Acacias

Alcool, soupes de poisson et relations hommes-femmes. Le Ha Ha Ha, ironique ou moqueur, du réalisateur coréen Hong Sangsoo nous entraîne dans un tourbillon amoureux, empli de pudeur et de poésie.  

 
Ils sont là, devant nos yeux de spectateurs attentifs, à s’observer en train de manger un bon plat coréen appétissant, amoureux ou presque, timides ou presque. Ils s’épient, se nourrissent l’un de l’autre. Quelques minutes plus tard, un autre couple se fait face, une pastèque juteuse à leur portée. Un homme, une femme, de la nourriture. Et quelques verres de vodka. Enfin quelques, c’est être gentil. Le film du réalisateur coréen Hong Sangsoo, chouchou des festivals et de la critique française, prend le temps d’observer, de comprendre, de laisser les mots se prononcer, se dire, parfois se déglutir.


Santé !
Deux amis se retrouvent et ils parlent, toujours accompagnés d’un bon verre d’alcool, de leurs amours, leurs tendresses, leurs hontes. Petit détail important, ils s’étalent dans des discours alternés, à propos des mêmes personnes. L’un est amoureux au premier regard d’une jeune femme coquette et souriante, cheveux courts, corps léger, à la démarche digne et raffinée. La belle, éprise d’un autre qui la fait souffrir et la trompe, finit par céder à son amour, plus ou moins sur l’oreiller. L’autre est infidèle, mais amoureusement infidèle, comédien devant son oncle au point de se saouler pour tout avouer, respectueux des traditions et attendrissant par sa gêne mesurable au nombre de fois où il passe la main dans ses cheveux – une bonne centaine de fois dans le film…
La force de Ha Ha Ha est de prendre son temps. Hong Sangsoo, très inspiré par les œuvres de Robert Bresson, marqué sans doute par la littérature de Proust et les films de la Nouvelle Vague, poète et attentif, donne à ses personnages une dimension délicate, sensuelle, tendre. Ce laboratoire amoureux témoigne d’une philosophie de vie bien lointaine de celle que nous connaissons en tant qu’européens. Et quand l’un des protagonistes imagine des scènes légèrement perverses, il se voit puni en chutant dans l’escalier… Ha ha ha ! 

Continuité
Certes, le film invite au voyage – les paysages verts de la Corée du Sud, les balades en ferry d’une île à l’autre -, donne terriblement faim – amateurs de nourriture coréenne et gourmands s’abstenir -, donne soif, donne envie d’aimer et de s’amuser. Certes, regarder deux heures d’histoires amoureuses version asiatiques peut assoupir. Pourtant, ce côté aérien et poétique voulu par Hong Sangsoo libère des clichés occidentaux de l’amour, aimer et être fidèle, oublier de dire que l’on aime, avoir peur de l’engagement. Plus marqué que dans ses précédents films, on pense notamment à Les Femmes de mes amis (2010) ou Night and Day (2008), Ha Ha Ha laisse libre cours à la discussion, aux retrouvailles, à la compréhension. Avec ces deux histoires parallèles, on se laisse entraîner dans les tourmentes de l’amour, partageant ou non le point de vue des personnages.
Nominé pour la Palme d’Or en 2005 à Cannes pour son Conte de cinéma, Prix Un certain regard l’année dernière pour Ha Ha Ha, Hong Sangsoo est définitivement un réalisateur à suivre, sans modération. 긴 인생 (Longue vie) ! 

 

  HA HA HA :: HONG SANGSOO
Avec Kim Sang-kyung, Moon So-ri, Jun-Sang Yu…          

Actuellement en salles

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