CINÉMIX DU 12 SEPTEMBRE


Cette semaine dans les salles obscures on va voir The We and The I et Des Hommes sans loi. Pour le reste, on s’abstient, Emilie nous explique pourquoi.

> Le coup de cœur de la semaine
THE WE AND THE I, de Michel Gondry  ♥ ♥ ♥ ♥
 
Signé des mains joueuses et câlines du réalisateur Michel Gondry, The We And The I délie les langues et s’introduit avec beaucoup de réalisme dans un bus scolaire du Bronx où les lois parfois absurdes et violentes d’une jeunesse soumise à l’effet de groupe rythment le film. Entre observation et réflexion, cette fiction s’immisce sans pudeur, empruntant à sa guise aux codes du genre documentaire. Une spirale relationnelle mise en avant avec une désarmante simplicité propre à ce réalisateur, souvent farfelu mais toujours riche d’histoires à la beauté tendre et naturelle. Ce regard particulier, alliant une pointe de nostalgie et une vive curiosité, nous pose comme témoin de ce dernier trajet avant les grandes vacances dont seuls ces jeunes lycéens détiennent la véritable fin. The We And The I, présenté en trois parties, sème sur la route certains de ces protagonistes, s’entichant à briser la masse pour mieux découvrir au fil du temps les derniers grains du sablier. Beaucoup d’humour pour entourer les dialogues de ce film et contrer les coups durs de ces adolescents assurément paumés.

Des personnalités qui s’efforcent à s’effacer, à s’imiter pour mieux se socialiser, une bande qui vient inévitablement dissoudre l’individu, le constat est sévère et peu encourageant. Pourtant Michel Gondry parvient à rendre ces gamins attachants et la brutalité du groupe, l’agacement de leur transformation ne fait qu’amplifier le voile, la salvatrice retombée des masques. La mise à nu, non sans peine, relèvera l’incapacité voire le malaise de ces jeunes face à l’exercice de l’acceptation de soi. Se livrer sans méfiance, sans craindre les moqueries, une virée initiatique rude à assumer pour des adolescents bercés d’une superficialité anonyme.
 

Pour qui? Les Paulette et les Georges, usagers des transports en commun.
Voir la bande-annonce
> Les autres sorties de la semaine

DES HOMMES SANS LOI, de John Hillcoat  ♥ ♥ ♥
John Hillcoat nous invite à prendre un petit verre, accoudé dans une campagne américaine des années 30 en pleine prohibition. Oscillant avec modestie et classicisme entre film de gangster et western, Des hommes sans loi (adaptation du livre Pour quelques gouttes d’alcool) retrace le mythe de trois frères, les Bondurant. Un trio de gueules (Tom Hardy, Shia LaBeouf et Jason Clarke) à la réputation invincible et trafiquants notoires. John Hillcoat se sert volontiers du contexte pour s’attarder sur ce triangle d’or, ces hommes qui affrontent et écrivent l’histoire. La production familiale d’alcool frelaté va ainsi entrer en conflit direct avec un agent spécial des douanes (Guy Pearce), une police corrompue et de nombreux rivaux. La force de ce trio légendaire réside dans la personnalité de chacun, à travers des quêtes et des visions divergentes de ce nouveau monde qui s’ouvre à eux. La somme des trois conforte leurs liens indéfectibles, leur route est toute tracée, leur honneur sera sauf ou ne sera pas. Loin d’être de simples hors la loi, John Hillcoat s’attache à révéler certains aspects plus doux de ces gros bras. Des hommes aux coeurs amoureux, des amants protecteurs devant ces rôles annexes de femmes à la beauté rare et mystérieuse (Jessica Chastain et Mia Wasikowska). Des hommes sans loi reste parfaitement orchestré, jouissant d’une brillante direction d’acteur, une chronique familiale touchante qui a su s’extraire de son époque pour mieux l’empreindre.  
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges, sans foi ni loi.
VOISINS DU TROISIÈME TYPE, de Akiva Schaffer

Puisant ses inspirations dans les comédies fantastiques, sous genre des années 80, Voisins du troisième type tente l’invasion de nos salles de cinéma. Un résultat sans grande finesse, un humour ciblé qui amusera toutefois les amateurs de gags à l’influence Judd Apatow. Un décor résidentiel typique américain, une bande de presque quadragénaires un peu barge et des nouveaux voisins extra-terrestres colonisateurs, autant d’éléments aussi loufoques qu’aspirants prometteurs. Pourtant la machine peine à démarrer et certaines pièces restent manquantes. L’alliance d’un casting de choc (Ben Stiller et Vince Vaughn entre autres) et de scénaristes chevronnés (Saturday Night Live) ne parvient pas à extraire le film d’un gloubi-boulga pour adultes en phase régressive. L’histoire perd rapidement de sa fraicheur en se noyant dans une suite d’incohérences et de vieux clichés. Voisins du troisième type reste gentillet voire moralisateur, n’échappant guère à des conclusions parfois étriquées et bien pensantes pour complaire un public made in USA. Une brigade de bric et de broc qui tente de venir à bout d’une menace alien, des héros du quotidien à la fois maladroits et inquisiteurs, des exemples types d’une société où rien n’est impossible. L’ambition est certaine, le mélange des genres l’est beaucoup moins, le tir aurait pu être gagnant si pour une fois une comédie américaine envoyait valser sa bienséance.        

Pour qui? Les Paulette et les Georges, nostalgiques de The Faculty.

LOL USA, de Lisa Azuelos
La réalisatrice française Lisa Azuelos s’essaye avec ce long métrage, simple remake de son précédent film à succès LOL, à la séduction version outre atlantique. Mais si la magie a fonctionné en France dans un élan de nostalgie d’une Boum, aujourd’hui bien trop datée pour une nouvelle génération de teenagers, la machine s’essouffle de sa recette et peine à doubler la mise. LOL USA sonne comme une invitation à la mièvrerie et à la stigmatisation. À trop vouloir coller avec son sujet, Lisa Azuelos en oublie presque la possibilité qu’un jeune puisse être pris au sérieux. C’est donc avec une avalanche de stéréotypes plongeant le monde de l’adolescence dans le ridicule et le caricatural que LOL USA creuse son trou. Une chute béante dans cette histoire où le duo Miley Cyrus et Demi Moore se partagent l’affiche sans complicité ni grande conviction dans leurs rôles respectifs.

La relation mère-fille ainsi peu convaincante, le film puise ses dernières ressources d’une carte à la maigre originalité, le premier amour véritable de l’adolescente. Tiraillée entre son esprit de rébellion et son désir de devenir femme, le film retrace les joies et les peines de cette gamine, bien plus absorbée par son microcosme emplie d’égocentrisme que par ses manuels scolaires. La mue échoue, l’ensemble se révèle bien plus lisse que lol, à peine relevée par une bande sonore à tendance rock où même les chanteurs n’ont semble-t-il pas passé la puberté.

Pour qui? Vos petites sœurs, souvent absorbées par un épisode d’Hannah Montana.
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