CHROMEO : FUNKY & SEXY


Paulette a rencontré Pee Thugg (à droite sur la photo) du duo québecquois Chromeo, juste avant leur concert à la Machine du Moulin rouge.


Paulette : Comment ça va depuis Fancy Footwork ?
Pee Thugg : Ça va bien ! Ça nous a pris deux à trois ans pour revenir avec Business Casual. On a écrit pendant environ un an et le reste du temps, c’était les tournées, les spectacles, les vidéos. On a été très occupés.
 
Parle-nous du titre en français présent sur l’album, J’ai claqué la porte ?
C’est notre morceau préféré. Nous sommes tous les deux francophones : on est de Montréal, on a de la famille en France et on y a passé beaucoup de temps, des vacances d’été ou des Noël. C’était très important pour nous de faire un vrai truc de variété française, avec nos influences françaises. Du genre guitares sèches à la Francis Cabrel. On est très fiers d’avoir réussi à faire entrer la ballade qu’on imaginait dans le moule Chromeo sans que ce soit un truc à 90 bpm. Je ne vais pas te le cacher, on est tous les deux des gros fans de Cabrel. C’est quelque chose qu’on a vraiment appris à assumer.
 
Il a bercé notre enfance malgré nous…
Ouais ! Mais c’est en grandissant que tu te rends compte à quel point la musique de maman t’a influencé. Même si tu détestais quand tu étais jeune et que tu voulais changer la fréquence, maintenant tu réécoutes et ça te rappelles toutes sortes de trucs et puis en fait, tu te rends compte que Francis c’est un génie.
 
Ça te rappelle quoi Francis ?
Ça me rappelle les voyages en voiture avec mes parents et les matins avec la radio qui tourne. Toutes les trois chansons c’était Petite Marie ou L’Encre de tes Yeux. Ça me rappelle l’enfance et quand tu passes ta vie en tournée, c’est vraiment rassurant d’entendre quelque chose qui est si proche de toi. T’es loin de tes parents, de ta maison, de ta ville et quand tu mets Francis Cabrel, non seulement ça te ramène à ton enfance, mais en plus, ça te rappelle que tu parles français.
 
Une nouvelle version de Hot Mess sort en janvier 2011, peux-tu nous parler de cette collaboration avec La Roux ?
C’est arrivé naturellement. Tout ce qu’on fait avec les gens, collaborations ou remixes, doit arriver naturellement. On n’est pas du genre à calculer des featurings six mois à l’avance. Il est aussi très peu souvent question d’argent. La plupart du temps c’est avec des potes ou des gens avec qui il y a un respect mutuel de la musique de chacun. On se rencontre, on discute : "Ouais, moi aussi j’aime bien ça. On se voit la prochaine fois qu’on est à Londres". Quand c’est forcé, ça s’entend tout de suite. La moitié du charme de Chromeo, c’est la sincérité et c’est quelque chose sur laquelle on ne va pas transiger.
 
Vous faites peu de remixes…
Pee Thugg : Ouais, c’est pas notre fort. On préfère faire une collaboration ou un featuring. Je vais faire un truc à la Talkbox ou poser des synthés sur une chanson, ou bien Dave va chanter. Tous les remixes qu’on a fait, c’était pour des potes. Feist ou Vampire Weekend, ce sont des gens que nous connaissons et avec qui on partage plusieurs trucs.
 
Si le Business Casual était un look, ça ressemblerait à quoi ?
Pee Thugg : Ça existe, c’est un look ! Dave avait appelé un restaurant new-yorkais pour faire une réservation et sur le répondeur, ça disait : "Dress code is business casual". Ça nous a fait marrer. On s’est dit que le business casual ça pouvait aussi marcher pour de la musique, c’était trop ce qu’on fait. Et le vrai look business casual c’est mi-80’s, Miami Vice, veston avec tee-shirt en dessous, pantalon un peu large, souliers sans chaussettes…
 
Est-ce que tu es fan de science-fiction et de comics comme George Clinton ?
Je ne lis pas trop de BD, mais George Clinton c’est une grande influence depuis que j’ai découvert la Funk à 15 ans. Bootsy Collins était l’un de mes premiers concerts. J’avais attendu cinq heures pour qu’il signe ma basse, et j’étais même allé jusqu’à son hôtel. J’étais rentré à 6h00 du matin, mes parents étaient furieux mais je m’en foutais parce que j’avais ma basse signée par Bootsy Collins ! Pour te montrer à quel point on est proches de la France et de Paris en particulier, on est tous les deux allés au lycée français de Montréal et c’est un Parisien qui nous a fait découvrir la Funk. Il débarquait de Paris avec ses cassettes Radio Nova. Dans le temps, j’écoutais des groupes de Funk français. La Funk, c’est tout pour nous. C’est le début et c’est la base de tout ce qu’on fait.
 
Les clips et les visuels sont très importants pour Chromeo… Qu’as tu pensé des films de Prince ?
Bien sûr, j’ai vu Purple Rain…
 
Et il y a Graffiti Bridge aussi, mais il est un peu raté…
Un peu plus raté mais en même temps tellement plus réussi selon l’angle sous lequel tu te places. On est imprégnés à fond des clips et visuels des années 80. La première raison c’est qu’entre nos 8 ans et nos 12 ans, c’est tout ce qu’on voyait à la télé. Et puis on s’inspire beaucoup des images un peu sales, un peu granuleuses de ces années là. C’est important que ça reste dans nos clips. Notre image fait partie de ce qu’on est donc on essaie de garder une esthétique constante et de qualité. C’est Surface to Air, encore des français, qui ont conçu les couvertures de Fancy Footwork et de Business Casual, et qui ont fait les clips de Tenderoni, de Night by Night, ou de Hot Mess.


 

Il est vraiment bien ce clip !
Deux jours de tournage dans une espèce de bains russes à Brooklyn, c’était un peu surréel et puis j’ai enlevé mon tee-shirt. Surface to Air font beaucoup partie de notre image. Les jambes sur les synthés c’était leur idée qu’on a gardée pour le live.
 
Est ce que tu as déjà eu envie de produire un groupe de filles comme Prince produisait les Vanity 6 par exemple ?
Oui, justement pour rappeler un peu tous les groupes de filles dont Prince s’entourait. Mais il faut trouver le bon. Si il y a un groupe de trois, quatre meufs qui défoncent, pourquoi pas. En commençant le live en 2005, on ne voulait que des filles dans Chromeo, mais l’idée même du groupe n’était pas la meilleure parce que la musique se transmettait mal en live. On s’en est rendu compte "the hard way". Quand on est cinq sur scène, je dois contrôler tout ce qui se passe. Les musiciens qui se trompent ou qui font le mauvais son. Je regarde partout, je suis stressé. Mais quand on est seulement deux, chacun sait exactement ce que l’autre fait. On met les batteries en background et on peut s’amuser et donner tout ce qu’on a pour les gens qui sont devant nous.
 
Il y a plein de morceaux de Chromeo dans la playlist Afternoon Delight de mon copain… Faire une musique sur laquelle les gens font l’amour, c’est volontaire ?
Ce n’est pas réfléchi mais c’est instinctif. C’est présent d’une manière ou d’une autre dans notre tête. Faire une musique à la fois douce, un peu agressive, un peu dansante, smooth. Il faut que ce soit sexy. Tout ce qu’on fait passe par le filtre funky et sexy.
 
Comment les Canadiens font-ils pour être plus détendus, plus sympa, et plus doués que les Français ?
Les Français on les aime, mais c’est vrai qu’ils sont chiants. Le Québec, c’est le mélange parfait entre l’attitude américaine un peu baba cool et la culture européenne. Au Québec, il y a ce désir de rendre hommage à l’héritage français, à la francophonie. En plus, je suis né au Liban où nous avons aussi une culture française.
 
J’ai lu quelque part que vous aviez commencé par produire du rap…
Non, on a vraiment commencé avec la funk. C’était au lycée, j’avais 15 ans et nous formions un groupe avec cet ami français dont j’ai parlé tout à l’heure. C’était le batteur et j’étais le bassiste. On cherchait un troisième musicien et on a trouvé Dave. Ce groupe, c’était de la funk pure. Pas d’électronique, de machines, de boite à rythme, de synthés. C’était basse, batterie, guitare, voix. C’est à l’université qu’on s’est mis à la production du hip hop.
 
Quel rappeur aimerais-tu produire ?
Ce serait Dizzee Rascal ! Hum… ou Kanye West. Ou alors Booba.
 
Est-ce que tu as des nouvelles du Roi Heenok ?
Ha ha ! Jean-Marie ! J’habitais pas très loin de chez lui, sur la rive gauche et je connais son frère. Il est skateur et il est complètement différent de lui. En fait, à Montréal, on a tous croisé le Roi Heenok. Vous les français, vous l’avez complètement adopté. Il y a Hugo Boss aussi ! En France, vous en avez des pas mal. Matthieu de Disque Primeur m’avait montré la vidéo d’un mec avec tous ses potes, un type handicapé, et un clochard. Il disait : "Tu vois lui ? Je lui donne 5 € et il vient te niquer ta mère…", "Prends les 5 €. Qu’est ce que tu vas lui faire à sa mère ?", "Je vais la niquer !", "Bon rends-moi mes 5 € maintenant." Un truc comme ça… C’était énorme !
 
Un conseil beauté pour Paulette ?
Pee Thugg : Le maquillage simple. 
 
  CHROMEO  :: BUSINESS CASUAL                        
K7/2010

Myspace
www.myspace.com/chromeo

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