CHRISTOPHE CHASSOL MET L’INDE EN MUSIQUE


Il a 37 ans, la tête d’un Basquiat et une carrière riche derrière lui comme compositeur pour le cinéma ou musicien pour Phoenix ou Sébastien Tellier. Passionné de voyages et de musiques, il vient de signer un album directement inspiré de Bénarès. Interview.

J’ai lu quelque part que tu aurais 1500 morceaux stockés dans ton ordinateur. Tu n’arrêtes jamais en fait ?

Je pense que la plupart des musiciens en ont autant, je sais que dès que je fais quelque chose je l’exporte. Dès que je compose quelque chose, je le mets dans mon mp3, sur mon téléphone, même s’il n’est pas fini. Mon brouillon de départ devient plus clair au fur et à mesure que je l’écoute. Moi, je trouve qu’un morceau est fini quand je le décide, c’est comme ça !
 
Comment tu définirais ta patte ?
C’est le résultat de mes influences musicales qui ne sont pas si variées que ça ! Y a des musiques qui peuvent te paraître hyper différentes mais qui pour moi ont beaucoup de points communs. Tu vois par exemple D’Angelo qui fait de la New Soul, je l’écoute au même niveau que Stravinsky. C’est ce truc de synesthésie : avoir des cases dans sa tête que tu fais correspondre. Il y a toutes sortes de sentiments que j’ai envie d’exprimer et je sais où les piocher dans la musique.
 
Est-ce vrai que ta passion pour les bandes originales de films te vient d’un choc que tu as eu en écoutant celle de La tour infernale ?
Oui avec la musique de John Williams. C’est plus qu’un choc, c’est un de mes premiers souvenirs de ce que c’est que de comprendre la musique de film. J’étais ado, il y avait le générique d’ouverture où tu retrouves la musique symphonique américaine. C’est des répétitions de cors, semi irlandaises, des grands accords de cuivres ouverts et puissants. Et ce truc-là je l’ai chopé à la volée avec un magnétophone, et ça, ça m’a donné envie de faire de la musique de film.
 
Tes réalisateurs fétiches ?
Sergio Léone, Brian De Palma. De Palma par exemple c’est un fan d’Hitchcock et il a pris Bernard Herman pour son film Obsession que j’adore. J’adore la musique de Pino Donaggio pour Brian De Palma… Carrie, Blow Out, Furie. Et j’aime beaucoup tous les westerns spaghettis. Il y a aussi un film qui m’a beaucoup marqué de Richard Donner,  La Malédiction, avec ses choeurs hyper flippants sur une musique à la Stravinsky.
 
Tu as une formation très classique ?
Je suis rentré au conservatoire très tôt, je suis parti tard ! J’ai fait une école de jazz en même temps et puis j’avais des groupes au lycée, on jouait plein de reprises. Et je jouais dans les groupes de mon père aussi.


 

Pour Indiamore, ton dernier album, tu t’es rendu à Bénarès et Calcutta. Comment s’est faite cette rencontre entre toi le musicien et ces lieux très chargés religieusement ?
J’ai une passion pour certains documentaires comme ceux de Johan van der Keuken qui a fait L’œil au-dessus du puits. Et les films de Louis Malle qui a fait Calcutta. Ca me paraissait évident d’aller là-bas, mais pas du tout pour le côté Bollywood, limite ça me débecte. 
 
Donc concrètement sur le terrain comment ça s’est passé ?
On était trois. Il y avait mon ingénieur son, Benoit Levasseur, et aussi Marie-France Barrier, une amie. C’est une fille que je connais depuis que je suis ado et d’ailleurs, c’est elle qui m’a donné envie d’aller en Inde. Elle était revenue de son road trip avec des étoiles dans les yeux. Et là 20 ans plus tard c’est moi qui l’emmène faire ça, elle était ravie.
 
Tes plus forts souvenirs ?
Je dirais la dévotion… ils sont tous là à prier un dieu différent. Ils sont assez respectueux des croyances. Ce sont des cultes différents et en même temps il y a un espèce de respect. Moi qui ne suis pas croyant (même si j’ai été élevé dans la religion catholique), j’ai un grand respect pour leur façon de croire. Et puis l’image aussi, Bénarès c’est déguelasse et en même temps sublime… T’as les pires trucs qui cohabitent avec le reste : tu vois un homme avec un moignon qui trempe dans une flaque d’eau avec des mouches, des bouses de vaches. Et puis, la seconde d’après, tu tournes la tête et tu vois un mec qui plane, qui est à fond dans son truc… c’est super fort ! 
 
HARMONISER LE REEL

Et à ton retour à Paris, tu as travaillé à partir des images filmées sur place, tu appelles ça harmoniser les images je crois ?

Harmoniser le réel : les ultra scores… c’est un mot que j’ai trouvé pour imaginer ce processus. Ultra scores parce que c’est de la musique de film au degré 0, je score, je mets en musique les dialogues des personnages.
 
De quelle manière voudrais-tu que les gens reçoivent ton travail ?
Comme moi j’aime le regarder. C’est-à-dire en solo avec le moins de lumière possible pour ne pas avoir trop de distractions.
 
Parlons un peu de ton entourage,quels sont les artistes que tu côtoies, avec qui tu aimes échanger ?
Il y a un mélange. Entre ceux des arts plastiques, les artistes contemporains. Et puis ceux du monde de la musique. Je viens du Jazz et de la musique classique. Il y a dix ans je connaissais tous les gens du jazz, maintenant je connais plus les gens de la musique électronique. Par exemple, Yuksek a fait un remix d’un de mes morceaux. Yuksek que j’aime beaucoup. Il y a une fille qui s’appelle Léonie Pernet, qui commence à monter. Après il y avait toute la bande de Ed Banger avec qui je trainais à une époque. Maintenant j’essaie d’envoyer mes trucs à mes idoles (ceux qui sont encore vivants). J’ai fait une émission avec Steve Reich, j’étais ravi. Y a aussi Laurie Anderson qui a joué à New York et qui est fan. Y a aussi les mecs de Limousine, les mecs de Poni Hoax, Fred Pallem, Alice Lewis… Je pense que j’ai dû oublier pas mal de gens !
 
Et tu as aussi été arrangeur pour Phoenix et Sébastien Tellier ?
C’est des gens bien, que j’aime bien. Ils ont de la chance. Ce sont de bonnes personnes et j’ai appris pas mal de choses en tournée.
 
Et de quelle manière intervenais-tu ?
En live ou en arrangements. J’ai arrangé l’album Politics de Sébastien, j’ai fait de la musique de film avec lui aussi sur Narco. Avec Phoenix, j’étais avec eux durant toute la tournée du deuxième album.
 
Un truc hyper éloigné de toi que tu aimes bien ?
En fait il y a toujours un truc que j’aime bien dans tout. Mais formellement, ça serait le morceau de Busta Rhymes avec Chris Brown Look at me now.
 
Pour terminer : est-ce que t’en as pas marre qu’on te compare à Basquiat ?
(Rire) On ne me compare pas, on me dit que je lui ressemble physiquement. Je trouve qu’il y a pire ! 
 
 
CHASSOL :: INDIAMORE

Disponible depuis le 1er avril (Tricatel) 

Concert
28/11 – Aux Bouffes du Nord
Puis en tournée

Chassol.fr

 
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