CHIRINE EL MESSIRI : « CE QUE J’AIME BEAUCOUP AVEC CES FORUMS, C’EST QU’IL Y A UN VRAI ESPRIT D’ADELPHITÉ »

Du 5 au 30 juin se tient le festival Arabofolies à l’Institut du Monde Arabe. Le 13, une journée complète est dédiée à des débats et rencontres autour du féminisme et de la communauté LGBTQIA+. Et comme on trouve ça génial, on a interviéwé Chirine El Messiri, programmatrice culturelle à l’IMA.

Nous sommes le 3 juin, à J-2 du lancement de l’édition 2021 du festival Arabofolies. Avec Chirine El Messiri, on se rencontre sur le toit, avec une vue panoramique sur tout Paris, pour faire des photos. Ensuite, direction le café du parvis de l’IMA [ndlr, l’Institut du Monde Arabe], afin de se rafraîchir et de discuter, tout en profitant de l’architecture du lieu. Interview.

Bonjour Chirine. Comment allez-vous ? Pouvez-vous vous présenter pour celleux qui ne vous connaissent pas ?

Bonjour ! Je suis Chirine El Messiri, programmatrice culturelle à l’Institut du Monde Arabe. Programmatrice culturelle, ça veut dire que j’organise des événements culturels, de leur réflexion à leur conception, jusqu’à leur réalisation à l’IMA. Je suis notamment programmatrice des Forums. Les forums de l’IMA, ce sont ces journées de rencontres où l’idée est d’inviter les sociétés civiles du monde arabe à échanger autour de problématiques et de thématiques de société. En fait, on y invite des militant·e·s et des activistes qui travaillent dans tous les pays du monde arabe pour venir partager leurs expériences. Et cette année, c’est le 13 juin.

Le festival Arabofolies se tient du 5 au 30 juin à l’Institut du Monde Arabe. Depuis quand existe-t-il et qu’est-ce que c’est, exactement ?

Il existe depuis mars 2019 et c’est un festival pluridisciplinaire. L’IMA est un lieu connu pour son architecture, évidemment, son musée, donc sa collection permanente et pour ses expositions temporaires. Mais on a aussi des programmations de concerts, de spectacles de danse, de projections cinématographiques et aussi beaucoup de rencontres et débats. Les Arabofolies, c’est trois fois par ans : en mars, en juin et en octobre. Et c’est un festival musical des arts et des idées, dans lequel on a voulu, justement, mettre en avant cette programmation.

Cette année, c’est l’édition « Obstiné·e·s ». Pourquoi avoir choisi ce nom ? Qu’est-ce qu’il a de différent des autres années ?

On s’est dit que, comme tous·tes les artistes qu’on invite et qui nous font l’amitié d’être engagé·e·s auprès de nous malgré les annulations et les reports dûes à la crise sanitaire, nous aussi, on était « Obstiné·e·s ». Parce que nous le sommes, tout comme les spéctateurs·rices qui viennent nous voir. Ce qui est différent cette année, c’est sa taille. C’est la première fois qu’on fait un Arabofolie aussi long. En général, ça dure une dizaine de jours alors que là ça dure quasiment tout le mois de juin. Il a aussi une plus grande pluridisciplinarité, ainsi que trois concerts hors-les-murs…

Le dimanche 13 juin, les thématiques sont autour du féminisme et de la lutte LGBTQIA+. Pouvez-vous nous en parler ? Que va-t-il se passer ?

Le 13 juin, ça va être assez particulier ! On va avoir deux forums de l’IMA en un. L’idée, c’est de se demander ce qui se passe de l’autre côté de la méditerranée. Comment est-ce qu’iels font pour lutter et exister ? Cette année, on fait une matinée féministe avec Citoyennes ! et une après-midi autour des LGBTQIA+ dans le monde arabe, avec Exister ! Être LGBTQ+ dans le monde arabe. La matinée, on va accueillir trois militantes féministes, une du Liban, une du Yemen et une de Syrie et l’après-midi six militant·e·s LGBTQIA+ et deux drag-queens. C’est vraiment important pour nous, d’autant plus en ce mois des fiertés. Et encore davantage quand on connaît les situations des personnes de la communauté à travers le monde. C’est important pour nous d’accueillir ces activistes-là et de leur donner la parole. Et surtout, de pouvoir entendre ce qu’iels ont à nous dire.

Quel est le but de cette journée ?

D’abord, de rencontrer ces activistes qui sont extrêmement courageux·ses, de comprendre leur combat et leur situation. De s’en inspirer, aussi, car iels viennent toujours avec énormément de solutions et d’idées alors qu’iels font face à des problématiques extrêmement graves. Ce qui est aussi assez intéressant à voir, c’est qu’il y a une vraie solidarité, une vraie communauté qui s’est construite… Et de voir aussi comment iels travaillent au jour le jour pour exister, en fait, tout simplement, dans leurs pays.

Pourquoi c’est important, à votre sens, d’aborder ces sujets ?

Ça fait longtemps que je ne me suis pas posé cette question ! C’est important parce qu’on vit dans une société de plus en plus fragmentée, ce qui est assez paradoxal avec les réseaux sociaux et la facilité d’accès à l’information. Et ces forums-là, ce sont des moments où on peut s’écouter, entendre les autres et ce qu’iels ont à dire, réfléchir ensemble, débattre en toute liberté de ton et de parole. Et c’est important de voir ce qu’il se fait ailleurs. Ce que je trouve aussi particulièrement touchant avec ces forums, c’est que c’est le seul moment où ces activistes se retrouvent dans un seul et même endroit alors que la plupart se connaissent. C’est l’occasion pour elleux d’échanger, en vrai.

Pour vous, c’est aussi un moyen de combattre les clichés, de montrer que le monde arabe peut être tolérant voire engagé ?

Tout à fait. Il y a évidemment beaucoup d’idées préconçues sur les sociétés des pays du monde arabe, qui peuvent avoir une base véridique ou pas du tout. Et donc oui, à la base, l’idée c’était de lutter contre tous ces clichés qu’on peut avoir, des femmes soumises, sans droit, etc. Ce qui n’est pas vrai ! Vraiment, quand on creuse un petit peu, quand on parle et qu’on écoute des féministes du monde arabe, on se rend compte que nos combats sont très similaires et qu’elles apportent des solutions qui peuvent nous inspirer.

Comment s’est imaginé ce forum ? Pouvez-vous nous raconter sa création ?

Quand j’ai été embauchée à l’Institut, c’était déjà dans un coin de ma tête. Je voulais faire un forum féministe et LGBTQIA+ et c’est beau de voir qu’il continue d’éclore. J’ai tout de suite eu le soutien de la direction, dans cette initiative. Je voulais créer un temps dédié aux sociétés civiles du monde arabe, parce que ces pays bougent énormément et qu’on n’entend pas assez leur voix en France. Une des thématiques qui me tient à cœur, c’est celle des existences, en fait, et notamment chez les LGBTQIA+.

Qui va intervenir le 13 juin ? Comment les avez-vous choisi·e·s?

Je ne voulais pas faire de faux pas ou d’impairs alors je me suis énormément renseignée. J’ai demandé à des ami·e·s, qui elleux même m’ont conseillé de regarder certains profils, etc. En rebondissant de comptes Instagram à compte Instagram, de site à site, j’ai pu essayer de faire une petite cartographie de l’environnement et des figures LGBTQIA+ du monde arabe. Et je les ai contactés par coup de cœur, ou parce que je me disais : « tiens, si ces deux personnes parlent ensemble, cela pourrait faire quelque chose de chouette ». Il y aura autant de créateurs·rices d’association que de militant·e·s ou de journalistes, comme par exemple Hayat Mirshad, cofondatrice de Fe-Male ou Maria Al Abdeh, directrice de l’ONG Women Now for Development dans le forum Citoyennes ! Ou encore Hind Al Eryani, journaliste activiste et Maha Mohamed, cofondatrice de Transat pour Exister ! Être LGBTQ+ dans le monde arabe.

Pour en savoir plus sur le programme et les noms des intervenant·e·s, cliquez ici.

Quels messages voudriez-vous faire passer aux jeunes LGBTQIA+ ou aux femmes à travers cette journée ? Et le festival en général ?

De ne pas avoir peur. Cela peut sembler un peu naïf, mais ce que j’aime beaucoup avec ces forums, c’est qu’il y a un vrai esprit d’adelphité qui ressort, entre les intervenant·e·s mais aussi avec le public. Et je pense que ce partage est très beau. C’est nécessaire, aussi, dans cette idée de faire communauté, d’être ensemble et de s’ouvrir, pour voir qu’il existe différentes expériences à travers le monde, similaires à la nôtre ou non. Mais dans tous les cas, ça ne peut que nous enrichir de le savoir.

Et à part la journée du 13 juin, est-ce qu’il y a des évènements à ne surtout pas louper ?

Il y en a beaucoup ! Et notamment Mix Ta Race au Soudan, au Trianon le 14 juin, qui rend hommage et commémore le massacre des révolutionnaires soudanais le 3 juin 2019. L’occasion de rassembler des musicien·ne·s réfugié·e·s soudanais·e·s, mais aussi de montrer la solidarité des artistes français·e·s.

Merci, Chirine !

 

Si vous ne saviez pas quoi faire ce week-end, vous avez maintenant une idée !

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