CHARLIE CUNNINGHAM : BIJOU FOLK

 
Photos d’Hellena Burchard pour Paulette 

Profondeur du chant, mélodies teintées d’une douce mélancolie, guitare percussive empruntée à la culture flamenco lors d’un voyage à Séville. Après Outside Things (2014) et Breather (2015), le Britannique Charlie Cunningham élargit peu à peu ses horizons avec son troisième EP, Heights, convoque un piano sur la chanson-titre et rêve de nouveaux arrangements sur ses prochains enregistrements. Ses chansons sont souvent conçues comme des conversations, sans que l’on sache précisément de qui il parle ou à qui il s’adresse. Par pudeur ou pour conserver l’universalité du message ? Qui sait ! Intellectualiser les choses, ce n’est pas son truc. De passage à Paris pour un concert (finalement annulé), il nous retrouve sous une pluie battante dans le bar éphémère Le Riviera. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur cet artiste discret.

Paulette : Dans quel environnement as-tu grandi ? Quel petit garçon étais-tu ?

Charlie Cunningham : Je suis originaire du Bedforshire. J’ai grandi dans un petit village entre Londres et Milton Keynes, à la campagne mais j’étais attiré par les lumières de la ville au loin. Il y avait des grands espaces et des champs à perte de vue. J’ai eu une enfance assez normale. Je m’amusais avec mes amis et je crois que j’étais un gentil garçon. En grandissant, j’étais plus espiègle et curieux de tout.

Etais-tu déterminé à faire de la musique ?

Oui vraiment ! Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai été attiré très tôt par la musique. On avait un piano à la maison, c’est comme ça que tout a commencé. Mes parents écoutaient beaucoup de musique. Le plus souvent, en voiture, quand on partait en vacances dans le sud de la France. C’était un long voyage. Il y avait entre 12 et 13 heures de route. On écoutait de tout.

Ton premier souvenir à la guitare ? Pourquoi as-tu choisi cet instrument ?

Je savais que notre ancien voisin, qui était aussi un ami de mon père, avait une guitare qui dormait dans son garage. Un jour, alors qu’il était venu dîner à la maison, chez mes parents, je lui ai demandé si je pouvais en jouer. Il est allé chez lui et il est revenu avec. Il n’a jamais demandé à la récupérer. Les cordes étaient vraiment très usées et je me souviens qu’elle était plus grande que moi. Je devais avoir 11 ans à l’époque mais j’étais petit pour mon âge. Je me suis bien rattrapé depuis (rires).

Quand as-tu écrit ta première chanson ? A quel sujet ?

Je ne me souviens pas exactement de ma première chanson. L’écriture est venue tardivement, il y a quelques années seulement. Avant ça, je composais quelques riffs, des petits bouts de chansons, mais c’était seulement des ébauches. La première que j’ai réellement terminée, paroles et musique, c’est Lights Off (extrait de son premier EP, Outside Things, 2014, ndlr).

Tu as passé deux ans à Séville. Pourquoi avoir choisi de partir là-bas ?

Je suis parti pour apprendre les techniques de jeu des grands guitaristes flamenco. C’était la raison principale. J’avais aussi envie de m’échapper et trouver un endroit où je pourrais m’entraîner de façon intensive. Avec mon job dans un bar-restaurant en Angleterre, j’ai économisé de quoi partir à Séville et tenir sept mois sans travailler. J’ai quand même fini par manquer d’argent et j’ai dû trouver un boulot. J’ai fait des petits travaux dans la maison que j’occupais pour payer mon loyer. Et puis, j’ai travaillé dans un hôtel… Je suis parti pour apprendre à jouer de la guitare dans un environnement différent, sans risque de distraction.

Pourquoi étais-tu attiré par la culture flamenco ?

La musique occupe une grande place dans leur vie. C’est une constante et un dialogue permanent qui se retrouve dans tous les aspects de la vie quotidienne, notamment dans la culture latino gipsy. C’est un art de vivre et j’étais curieux d’en apprendre plus.


Comment as-tu développé ce fameux de jeu de guitare ? Qui t’a formé ?

J’ai travaillé, travaillé, travaillé. J’ai eu un professeur, Manuel, pendant deux mois, qui m’a appris toutes les techniques et les rythmes. Il y a quatre ou cinq techniques fondamentales qu’il faut maîtriser et ensuite c’est de l’entraînement ! Ce n’est pas difficile à comprendre mais c’est plus compliqué de savoir jouer correctement, soit deux mois de cours pour deux ans d’entraînement.

Qu’as-tu appris sur toi-même ?

J’ai appris que je pouvais faire du bon travail quand il s’agit de musique, réellement m’impliquer pendant des heures. L’important c’est de persévérer pour aller au fond des choses.

Quelles sont les choses qui t’ont marqué au point de provoquer l’inspiration ?

La culture andalouse, le mode de vie et le rythme de la vie. La crise financière, qui a particulièrement touché l’Andalousie, n’a pas réussi à entamer leur style de vie. Tout est une question de perspectives et de priorités, qu’est-ce qui est important et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Ca fait réfléchir. Quand je suis revenu en Angleterre, je me suis produit en guitare-voix dans plusieurs bars. Exister par moi-même et faire mes propres expériences m’a mis dans de bonnes dispositions pour écrire des chansons.

Comment décrierais-tu tes deux premiers EPs, Outside Things et Breather ?

La guitare au centre, enregistrés en acoustique, légèrement mélancoliques, atmosphériques aussi, et des textes assez flous pour laisser libre interprétation à l’auditeur.

Qu’est-ce qu’ils représentent pour toi ?

C’est une photographie de moi à un moment donné.

Concernant la réalisation de ce troisième EP, qu’avais-tu en tête ?

Ouvrir mes perspectives. Les deux premiers EPs étaient censés représenter ma manière de jouer live, donc j’ai voulu quelque chose d’assez dépouillé pour ne pas que la guitare ou la voix se perdent derrière la production. Avec le troisième EP, je me suis imposé légèrement moins de contraintes et j’ai laissé les choses venir.

A quoi faut-il s’attendre pour tes prochains enregistrements ?

Je suis justement en train d’enregistrer mon premier album. Il est dessiné à 70% donc ça se présente bien. Ça devrait être le prolongement de ce que j’ai fait jusque-là mais plus proche de l’esprit du troisième EP. Ouvrir encore plus, introduire d’autres instruments, au service de la mélodie et du rythme. Je ne sais pas si je vais travailler avec un vrai groupe, ce sera plus par petites touches. J’ai envie d’ajouter des synthés ou des pads pour avoir des nappes ambient, de la basse ici ou là, et de légères percussions, quelque chose de doux pour relever l’ensemble.


Qu’est-ce que tu cherches à exprimer dans tes chansons ?

Une humeur ou un état d’esprit, que j’essaie de traduire par une atmosphère tout au long du titre. Je n’ai pas envie d’être trop direct. J’aime parler de choses auxquelles tout le monde peut s’identifier sans entrer dans des détails précis. Il y a deux chansons qui parlent d’événements précis, c’est Outside Things, écrite du point de vue d’un nouveau-né et Plans sur un ami à moi. Faire de la musique, et pas nécessairement écrire des chansons, c’est ce que j’ai toujours fait. Mais le plus dur pour moi c’est de réussir à terminer une chanson. Ça peut être assez pesant de ne pas trouver la manière d’organiser toutes ces bribes d’idées que vous avez en tête. Dans ces cas-là, je dois essayer de faire le vide dans ma tête pour essayer d’organiser tout ça (rires). Je tiens à écrire les paroles de mes chansons, même si c’est certainement ce qu’il y a de plus difficile pour moi. Mais l’essentiel, c’est de rester honnête alors j’y travaille !

En t’écoutant, j’ai pensé au groupe Kings Of Convenience. Est-ce que c’est une influence ? Est-ce que tu écoutes beaucoup de musique ou tu préfères ne pas risquer d’être influencé par d’autres ?

Je les ai découvert récemment, justement parce qu’un ami de ma copine m’a fait la même remarque. C’est de la très très bonne musique. Ça n’a pas été une influence mais j’adore. Il m’arrive d’écouter beaucoup de musique, des choses très différentes, et je suppose que tout ça m’influence d’une manière ou d’une autre. Mais pour le moment, comme j’enregistre mon album, je préfère rester concentrer sur ce que je fais. J’aime bien les musiques atmosphériques et ambient comme Sigur Rós, Mogwaï, ce genre de groupes, le heavy metal (Botch), les groupes comme Aphex Twin, des choses très acoustiques comme John Martin, Nick Drake.

Une dédicace aux Paulette ?

Ecoutez ma musique et venez me voir en concert. Si vous aimez, merci et si vous n’aimez pas, n’abandonnez pas parce que  je ne doute pas qu’un jour je réussisse à vous séduire !

CHARLIE CUNNINGHAM :: Heights EP

Dumont Dumont

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