C’EST GRAVE DOCTEUR ?

  Avant, quand Georges avait mal à la tête, on mettait ça sur le compte de l’apéro de la veille. Aujourd’hui, quand Georges a mal à la tête, c’est qu’il a un cancer spontané ! La faute à qui? La faute au net, pardi !

Car au moindre pet de travers, comme dirait ma grand-mère, le prétendu malade se rue sur
la toile et se trouve tous les maux possibles, aggravant ainsi son cas et oubliant d’appeler le
docteur au passage. Entre nous, que la Paulette qui ne s’est pas jetée sur le web pour vérifier son cas après un symptôme inhabituel me jette le premier clavier…
 
Les savants qui nous observent appellent ce phénomène la cybercondrie, c’est vrai qu’avec
ses quelques milliards d’informations instantanées, le net est la plus grande encyclopédie de la
planète, alors pourquoi payer une consultation quand on a tout sous la souris ?

Parce que c’est dangereux, tout simplement, et que de l’auto diagnostic à l’auto médication
il n’y a qu’un tout petit pas, sans compter que toutes ces informations à double-checker font
reculer la prise du vrai rendez-vous chez le docteur. Et ça ne va pas en s’arrangeant : en plus des forums sur la santé qui semblent confondre sciemment “télé conseil” et “téléconsultation”, Google est entrain de lancer une nouvelle fonction de proposition de diagnostic qui ne réjouit pas, mais alors pas du tout le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM).
 

Sans compter qu’il existe déjà des logiciels aux algorithmes douteux qui vous condamnent sans
appel à la lecture de quelques symptômes. Exemple vécu : toux sèche + sudation nocturne + grande fatigue = cancer de la lymphe ou VIH, au choix ma bonne dame, et avec ça vous reprendrez bien un soupçon de tuberculose pour la route ? Au final, il s’agissait d’un stress dû à un surmenage…
 
Le discernement reste donc le grand allié de la recherche sur internet : s’ils peuvent aiguiller
vers des pistes de compréhension, tous les sites proposés par les moteurs de recherche ne
sont pas forcément validés par la fondation suisse HON (Health On the Net), loin s’en faut, et
on y trouve parfois du grand n’importe quoi. Les plateformes pseudo médicales précisent bien qu’elles n’ont pas pour vocation de se substituer à un médecin mais elles sont libres d’accès et souvent interactives, permettant aux internautes de se prendre pour des toubibs le temps d’une conversation virtuelle. Je vous passe les perles de Doctissimo qui rassemble 8 millions de visiteurs par mois, et qu’on peut trouver ICI (âmes sensibles, s’abstenir pour de vrai).

Ailleurs, certains “patients” ont carrément des bouffées délirantes quand ils décrivent leurs maux, comme cette question trouvée sur Vulgaris-médical: “Est-ce que ces crampes peuvent être liées à un problème d’une légère ostéosclérose de l’os sous chondral du plateau tibial interne ?“ Euh…

Alors certes, avant internet, on n’allait peut-être pas à chaque coup chez le docteur, mais
au moins les encyclopédies qu’on pouvait consulter étaient contrôlées par des médecins.

Aujourd’hui, il y a franchement de quoi douter de la déontologie médicale de certains sites à but
franchement lucratif, qui vous encouragent à acheter des potions magiques ou à joindre à prix
fort un “conseiller médical”… Sans compter que tout ça est un peu vexant pour les médecins qui se tapent 10 ans d’études pour se faire déloger en un clic sur Wikipédia (peut-être bien le pire des sites interactifs, au passage). Je vous parlerais volontiers aussi de "nomophobie", la dépendance aux smartphones, ou encore des troubles de la personnalité liés à l’abus d’internet mais j’ai peur qu’entre toutes ces cyberpathologies, vous n’éteigniez votre ordinateur sans faire un tour sur mon blog…

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