CE QU’ON AIMERAIT TROUVER DANS LE « MONDE D’APRÈS »

Puisque l’heure est à l’élaboration d’un nouveau monde, on se lance. Plus d’engagement, de bienveillance, de prise de conscience : voici nos attentes, une liste non-exhaustive, pour cet après qui nous tend les bras.

On entend le terme partout : le “monde d’après”. Une expression abstraite, qu’on croirait tirée d’une fiction apocalyptique dont Jake Gyllenhaal serait le héro. C’est vague, et pourtant prometteur. A mi-chemin entre la crainte d’un chaos ravageur et l’espoir d’un futur forcément meilleur. “Rien ne sera vraiment comme avant”, assure-t-on à qui veut l’entendre. Et on y croit, surtout parce qu’on aimerait que les choses changent. Ne pas remettre les pieds dans nos habitudes pré-pandémie pour éviter de foncer droit dans le mur. C’est un peu la formule qui marque, à l’heure où tout est incertain. Aussi celle qui définit une sorte de seconde chance peut-être trop belle pour être vraie, certes, mais fédératrice. 

Plus concrètement, c’est ce qu’on est en train de vivre depuis le 11 mai. Le post-confinement, ou plutôt le “déconfinement”, et bientôt peut-être : le quotidien moins aseptisé qui suivra le vaccin. Tout ce qui est en train de se passer depuis qu’on a de nouveau le droit de sortir sans attestation sur l’honneur, en somme. Soit pas grand chose jusque-là, si ce n’est la queue devant Zara et des apéros vite dispersés par les autorités sur les berges du canal Saint-Martin. 

Ça fait deux mois qu’on suit les initiatives solidaires des anonymes qui s’entraident à coup de masques en tissu, de chambres mises à disposition des soignant.e.s, de repas préparés avec amour. Alors, aujourd’hui qu’on retrouve quelques libertés, on ose imaginer que demain gardera un peu de ces actions qui rapprochent les inconnus. Et moins de certains mécanismes nocifs.

On a d’ailleurs une liste longue comme le bras de ce qu’on aimerait voir davantage (ou tout court) dans notre société. Et comme l’heure est à l’élaboration d’un monde meilleur, on se lance.

On veut plus d’égalité, de sororité, d’engagement anti-raciste, écologique, féministe. On veut ouvrir les yeux sur notre mode de vie, notre façon de consommer, nos privilèges et leurs conséquences dévastatrices. Déconstruire nos acquis, nos pensées. Ne pas rester à notre place. Ne plus rester à notre place. Voir tomber les injustices, disparaître les discriminations, les violences conjugales, intrafamiliales, sexistes, racistes, LGBT-phobes, grossophobes. Pour que ça bouge, pour que ça cesse enfin. On veut se défaire des carcans, s’accepter tel.le que l’on est, se célébrer tel.le que l’on est. 

En fait, on veut faire mieux. Sur toute la ligne. Utopique ? Sûrement. Mais c’est en le rêvant, cet avenir, qu’on lui donnera vie. En martelant nos droits, en se battant pour d’autres. En devenant allié.e ou mieux : complices. 

Cet après, c’est l’occasion de faire les choses différemment. De demander, d’exiger qu’elles soient plus conscientes de ce et ceux qui nous entourent. On aimerait ne pas repartir dans cette machine infernale qui bouffe la planète et ses habitants sans se soucier des dégâts sur l’une ou les autres.

D’accord, rien de nouveau sous le soleil. Nos attentes ne datent pas d’hier. Et en les lâchant comme ça, on sait que ça semble crédule. Mais laissez-nous juste les formuler. L’imaginer fait du bien, ce “monde d’après”, même si notre naïveté a des chances d’en prendre un coup d’ici quelques mois. C’est d’ailleurs ce que redoutent celles et ceux qui ne veulent pas se déconfiner : une déception flagrante d’un futur idéalisé, de cette nouvelle vie fantasmée qu’ils ont peur de ne jamais voir venir. Et ça se comprend. Parce que bon, ça fait des plombes qu’on sort dans les rues pour protester, marcher, alerter, et il nous reste encore un boulot de dingue difficile à décrire. Après des générations de lutte acharnée. 

Seulement là, on a de l’espoir. Car on est nombreux.ses à vouloir se défaire d’une dépendance assumée à un système qui, souvent, nous dérange. On se dit que c’est le moment de concrétiser, et de persévérer. De mettre en place des solutions qui durent. C’est ça, finalement, qu’on espère dans le monde d’après : bouleverser les codes établis qui nous nuisent. Ecrire l’avenir avec l’optimisme dont se nourrissent les grandes causes. Et en attendant, ne pas cesser de les défendre.

Article de Pauline Machado

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