Dans le monde entier, de nombreuses femmes subissent la précarité menstruelle. Cette année, le gouvernement français compte mettre à disposition des protections hygiéniques gratuites. 

La précarité menstruelle touche un nombre considérable de femmes aujourd’hui. 1,7 million de Françaises, exactement. Pour s’y attaquer, le gouvernement a décidé de mettre en place des distributeurs de protections hygiéniques dans six collèges de Loire-Atlantique. Elles seront donc gratuites et en libre-accès dans les toilettes des établissements.

Le département lutte contre la précarité menstruelle

Le conseil départemental de la Loire-Atlantique va fournir des protections de qualité en coton bio, respectueuses du corps des jeunes filles et de l’environnement. De plus, des kits seront distribués aux élèves de 6ème pour leurs premières règles.

L’idée ? Que tous les établissements publics et privés de Loire-Atlantique puissent bénéficier de cette évolution par la suite. 

Une campagne de sensibilisation sera organisée du 27 au 29 avril prochain dans tout le département. Une collecte de protections hygiéniques aura également lieu pendant une semaine entière. Une place achetée au Grand T – Théâtre de Nantes subventionnera un paquet de serviettes hygiéniques !

Des protections hygiéniques pour les femmes précaires 

Les cabinets de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité femmes-hommes, et de Christelle Dubos, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, ont annoncé mercredi 12 février qu’une mesure sera bientôt testée contre la lutte de la précarité menstruelle. En effet, des protections périodiques seront distribuées gratuitement pour les femmes en situation de précarité. 

Un dispositif de cartes prépayées sera installé pour les femmes sans domicile fixe qui leur permettront de retirer des protections hygiéniques dans des distributeurs en libre-accès. Par ailleurs, dans certains collèges, le gouvernement apportera des solutions afin de lutter contre le manque d’information sur la menstruation. Une bonne nouvelle !

Où en est-on dans le monde ? 

Mardi 25 février, l’Écosse a été le premier pays à voter une loi qui standardise la menstruation. Désormais, les serviettes hygiéniques et les tampons sont gratuits dans divers emplacements dédiés, comme des centres de jeunesse ou des pharmacies. 

Au Royaume-Uni, les femmes les plus démunies ont également accès à une carte prépayée qui leur donne le droit de retirer trois articles par jour, dont des protections hygiéniques, de l’eau et de la nourriture. En Allemagne, certains cafés et musées laissent en libre-service des protections périodiques. Depuis 2017, la Corée du Sud, elle, mène de nombreuses interventions pour les mineurs précaires, avec toujours ce système de cartes. Quant aux États-Unis, certains États fournissent des protections menstruelles aux collégiennes. Parmi eux ; la Californie, le Wisconsin, l’Illinois et l’État de New York.

Une belle avancée qui, on l’espère, se démocratisera de plus en plus !

Article d’Alicia Desrivieres

Par Clément Arbrun

« Boys don’t cry », déplorait Robert Smith il y a quarante ans de cela. Il faut dire que les larmes et les mâles forment un drôle de couple. Une liaison contre-nature, diraient les plus réacs. Un tabou millénaire, indéniablement. Car l’homme exprime ses émotions en secret – comme s’il s’agissait d’une honte – et souffre en solitaire. Heureusement, tout aujourd’hui tend à casser ce complexe ô combien ridicule. Il suffit de prêter l’oreille aux affects pour comprendre qu’à travers ces larmes qui ruissellent se racontent bien des histoires, à la fois universelles et individuelles. Petit récap’ rien que pour vos yeux.

Qu’est-ce qu’un homme qui pleure ? Un héros, à en croire Homère. Lui et les aèdes qui lui succèdent glorifient les larmes que le vaillant Achille fait couler à la mémoire de son ami Patrocle, mais aussi celles d’Ulysse pleurant la perte d’Ithaque. Comme le sang, les larmes se versent afin de sublimer l’honneur et l’idéal guerrier. La société romaine ne se les interdit pas non plus. Hormis celles, prestigieuses, de l’empereur Jules César qui les laisse couler devant ses troupes après sa traversée du Rubicon, le peuple a pour coutume de pleurer au nom des dieux qui veillent sur la cité. Spirituelles, ces larmes sont supérieures à celui qui les offre au monde. Cette dévotion s’exacerbe avec l’apogée du christianisme – les larmes pieuses – puis s’anoblit dans la France du XVIIe siècle. Les bourgeois pleurnichent lorsqu’ils assistent aux représentations des pièces de Corneille et leur sensibilité est calquée sur celle des grands succès littéraires d’alors, comme La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau. L’émotion forte est à la mode. 

Mais comment est-on passé d’une habitude culturelle à une injonction de sexe ? Dans son opus Le Mythe de la virilité, la philosophe Olivia Gazalé voit là l’influence considérable de la morale stoïcienne, laquelle recommande la pudeur masculine et la supériorité de « la raison » sur « l’émotion ». Au XIXe siècle, les préceptes freudiens font de la moindre crise la démonstration d’une hystérie (et donc attribuée à la femme). Les larmes ne sont plus romantiques, mais pathologiques. De « nobles », trait de caractère de la bonne société (le spectacle lacrymal était d’usage à la cour du Roi Soleil), elles renvoient dès lors aux excès d’un peuple qui ignore les règles de bienséance. Il ne fait plus bon se chagriner. Cette violence sociale s’est transformée en violence de genres. L’éducation – parentale et culturelle – dicte aux garçons quand ils doivent avoir la gorge nouée. Un mec n’a pas à « craquer », « éclater en sanglots » ou « fondre en larmes », sauf « événements exceptionnels » : un enterrement, une naissance, un mariage. C’est comme si le pater familias tel qu’on le fantasme était un simili-Clint Eastwood, prompt à plisser les yeux, économiser ses mots et serrer le poing. Pleurer serait signe d’impuissance, car si mon père dévoile ses failles, comment peut-il protéger sa famille ? Le cliché est gros, pourtant il est réel. Mais en vérité, tout cela, c’est du bidon.

Larmes fatales

Non, je n’ai jamais vu mon père pleurer. Pourtant, les larmes des mâles n’ont cessé de ruisseler durant mon enfance. Il y a eu les pleurs patriotiques des joueurs / supporters célébrant la victoire de la France lors du Mondial de football en 1998 – la seconde étoile vingt ans plus tard en est le revival. Mais je me souviens surtout de John Rambo, fondant en larmes à la fin du premier opus de la saga éponyme. De Bruce Willis morflant, les pieds nus et ensanglantés, dans Piège de Cristal. Tom Cruise, lui aussi, a chamboulé la masculinité. Quand il n’enchaîne pas lose sur lose dans Mission : Impossible (pauvre agent Ethan Hunt, intrépide, mais infoutu de sauver un seul de ses potes), l’acteur craquèle dans Magnolia. Il y joue un gourou masculiniste assénant ses mantras aux machos venus crier leur haine des femmes. En fin de parcours, ce célibataire volontaire sanglote de rage au pied du lit de mort de son paternel. Une virilité aussi fragile que celle du Matt Damon de Will Hunting. Ou des nerfs de l’électrisant Leonardo DiCaprio qui lâchent dans The Basketball Diaries, comme ceux de Brad Pitt, clôturant Seven par des larmes tragiques. Tout aussi désespérées sont celles de Kurt Cobain qui, au cours du fameux concert MT V Unplugged, interprète Where you did you sleep (last night) : sa voix s’y déchire jusqu’au sanglot. Une image forte, car la plupart du temps, ce sont les « babies » qui pleurent dans les charts : Baby don’t you cry (Ray Charles), Cry Baby (Janis Joplin), Cry Like A Baby (Cher)…

Entre Stallone et Kurt, un empire – celui d’une Amérique iconisée par l’un et exécrée par l’autre –, mais la même fissure masculine. Les yeux de cocker de Stallone sont ceux d’une nouvelle virilité qui laisse deviner un abandon de soi dans un écrin de testostérone, d’action et de canons de beauté. Dans Nuits Blanches à Seattle (1987), la scénariste féministe Nora Ephron imagine les mecs pleurnicher à la simple évocation des Sept Mercenaires. Un gag évident. Mais qui suggère que l’imaginaire viril ne peut s’écrire sans larmes. Aujourd’hui, un acteur (et ex-catcheur) aussi mastoc que Dwayne Johnson – alias The Rock – inclut volontiers les larmes à son acting musclé. Et tord ainsi le bras à ceux qui se moquent des « pleureuses ». Car la faiblesse aussi est badass.

Non, je n’ai jamais vu mon père pleurer. Pourtant, les larmes des mâles n’ont cessé de ruisseler durant mon enfance. Il y a eu les pleurs patriotiques des joueurs / supporters célébrant la victoire de la France lors du Mondial de football en 1998 – la seconde étoile vingt ans plus tard en est le revival. Mais je me souviens surtout de John Rambo, fondant en larmes à la fin du premier opus de la saga éponyme. De Bruce Willis morflant, les pieds nus et ensanglantés, dans Piège de Cristal. Tom Cruise, lui aussi, a chamboulé la masculinité. Quand il n’enchaîne pas lose sur lose dans Mission : Impossible (pauvre agent Ethan Hunt, intrépide, mais infoutu de sauver un seul de ses potes), l’acteur craquèle dans Magnolia. Il y joue un gourou masculiniste assénant ses mantras aux machos venus crier leur haine des femmes. En fin de parcours, ce célibataire volontaire sanglote de rage au pied du lit de mort de son paternel. Une virilité aussi fragile que celle du Matt Damon de Will Hunting. Ou des nerfs de l’électrisant Leonardo DiCaprio qui lâchent dans The Basketball Diaries, comme ceux de Brad Pitt, clôturant Seven par des larmes tragiques. Tout aussi désespérées sont celles de Kurt Cobain qui, au cours du fameux concert MT V Unplugged, interprète Where you did you sleep (last night) : sa voix s’y déchire jusqu’au sanglot. Une image forte, car la plupart du temps, ce sont les « babies » qui pleurent dans les charts : Baby don’t you cry (Ray Charles), Cry Baby (Janis Joplin), Cry Like A Baby (Cher)… Entre Stallone et Kurt, un empire – celui d’une Amérique iconisée par l’un et exécrée par l’autre –, mais la même fissure masculine. Les yeux de cocker de Stallone sont ceux d’une nouvelle virilité qui laisse deviner un abandon de soi dans un écrin de testostérone, d’action et de canons de beauté. Dans Nuits Blanches à Seattle (1987), la scénariste féministe Nora Ephron imagine les mecs pleurnicher à la simple évocation des Sept Mercenaires. Un gag évident. Mais qui suggère que l’imaginaire viril ne peut s’écrire sans larmes. Aujourd’hui, un acteur (et ex-catcheur) aussi mastoc que Dwayne Johnson – alias The Rock – inclut volontiers les larmes à son acting musclé. Et tord ainsi le bras à ceux qui se moquent des « pleureuses ». Car la faiblesse aussi est badass.

© ARI

Full sentimental

« Quand on regarde nos pères et grandspères, on ne les a pas souvent vu pleurer, hormis dans des moments où c’est socialement admis […] Quand on pleure, on n’est pas seulement vu comme “un être humain qui pleure” mais comme “un homme qui pleure”. Ce n’est pas habituel », entend-t-on dans Pleure, si t’es un homme, une émission de la RTS consacrée au Réseau Hommes Suisse Romande, un groupe de parole pour « pleureurs anonymes ». Les larmes « expriment beaucoup de choses refoulées qui resurgissent », note l’un d’eux, si bien que « toutes les saletés, les miasmes s’en vont ». Notre société tend vers cette purification. Il suffit de penser au Kid d’Eddy de Pretto. « Moi je joue avec les filles / Je ne prône pas mon chibre », narre celui-ci, las de supporter « l’héritage iconique d’Apollon ». Son décalque du poème de Rudyard Kipling (« Si… ») est le cri de révolte d’une génération qui rejette la « virilité abusive » des « glorieux gaillards» et du « sexe triomphant » – ce que l’on nomme la « masculinité toxique ». Contrairement à Jacques Brel qui chante Ne me quitte pas, la face humide, De Pretto ne joue pas au cocu pathétique pour qui pleurer est aveu de faiblesse. Il en fait un pouvoir : celui de rejeter les ordres du père trop despote (« Tu seras viril mon kid / Je ne veux voir aucune larme glisser sur cette gueule héroïque »).

« Qu’est-ce qui fait pleurer les hommes ? », se demandaient à leur tour, en août 2018, Aude de Galard, Leslie Gogois et Amandine Lebrat dans leur article « 28 hommes racontent ce qui les a fait pleurer » du Cosmopolitan. Une dernière séance chez le psy pour Jonas, 34 ans. Une épilation à la cire pour Jacques, 29 ans. Paul, 30 ans, a pleuré quand il est allé faire piquer son chien Pilou. Pour Benoît, 33 ans, ce fut à la naissance de sa fille Félicie. Pour Jérémy, 31 ans, le jour où il a frôlé la mort. Maxence, 27 ans, a mal supporté son voyage à Toronto, car il « [pleurait] de froid » – les larmes gelaient sur sa joue. Xavier, 31 ans, pleure quand son gros orteil tape le rebord de la piscine. Et Jean, 36 ans, face aux images du séisme à Haïti en 2010. Bref, les larmes sont l’encre dont sont faites les histoires à la fois immenses et minimes des hommes. Des podcasts comme Les Couilles sur la table de Victoire Tuaillon ou Mansplaining de Thomas Messias auscultent ces stories triviales et tragiques, tout comme le compte Instagram @tubandes, carnet de bord d’un mec au mantra choc : « Libérons la parole sur nous / J’ai un coeur érectile et des sentiments ». Normal à une époque où même Gillette repense la masculinité l’espace d’une pub, invitant les pères à sensibiliser leur progéniture au harcèlement, au sexisme et aux intimidations. « Les garçons d’aujourd’hui sont les hommes de demain », décoche ce spot qui adapte le mouvement #MeToo aux lames de rasoir. Si le web s’amuse gentiment des chialades de Dawson (l’ado de la série du même nom) ou du footballeur Lionel Messi via quelques mèmes cultes, cela n’empêche pas l’empathie. Barack Obama l’a suscitée en pleurant de nombreuses fois en public lors de sa présidence. Le mâle le plus puissant du monde a droit aux larmes, car c’est toujours l’humanité qui se narre à travers elles. Le peintre chinois Yan Pei-Ming l’a récemment démontré en réunissant plusieurs de ses travaux, évoquant aussi bien la tragédie du 11 septembre ou de Fukushima que la souffrance de sa propre mère. Le nom de son expo ? « L’homme qui pleure ».

Laissons pleurer les garçons

« Pleurer, c’est apprendre à exprimer ses émotions ; peine, douleur, frustration », expliquait déjà en 2014 l’écrivain Cédric Charbonnel sur son blog. L’auteur y confesse pleurer en bâillant dans le métro le matin ou face aux chiots trop mignons. Enfant, ses parents lui disaient qu’un grand garçon a toujours les yeux secs. Mais pour l’artiste, les affects se transforment en actes nocifs lorsqu’ils sont trop longtemps retenus. « Apprendre à son enfant à ravaler ses larmes, c’est tisser avec amour la camisole qui enfermera des torrents d’émotions derrière le masque d’un enfant sage dont on ne saura jamais vraiment pourquoi il se bat à l’école, pourquoi il frappe sa sœur, puis sa femme » écrit-il. Lui aussi est persuadé que c’est en pleurant que les garçons d’aujourd’hui deviennent les hommes de demain. Il l’assène : « Laissez pleurer les garçons pour en faire des hommes forts. Des vrais ». Bref, la ritournelle doit changer : « Boys do cry » !

Article du numéro 44 « Émotions »

La Fondation des Femmes lance une collecte de fonds pour venir en aide aux femmes en danger. Ces dons permettront de pallier les situations d’urgences.

Imposé par le gouvernement depuis la semaine dernière, le confinement fait craindre une augmentation des violences conjugales. C’est une conséquence collatérale des mesures prises dans la lutte contre la pandémie. Enfermées avec leur agresseur, les femmes auront du mal à se défendre. Pour contrer cela, la Fondation des Femmes a lancé une collecte de fonds destinée à pallier les situations d’urgence.

Urgence à agir !

La Fondation des Femmes appelle, entre autres, les entreprises et les citoyen.ne.s à faire des dons : matériels et financiers pour les premières, financiers ou de chèques déjeuner pour les second.e.s. Les donations permettront de financer « des nuitées supplémentaires pour les associations ; des produits de première nécessité, notamment d’alimentation, pour approvisionner les centres d’hébergement ; du matériel informatique et téléphonique pour équiper les associations et leur permettre de continuer leur mission depuis leur domicile. » La collecte est dispatchée vers trois pôles : le relogement en urgence des femmes, l’écoute et l’orientation des femmes qui ont besoin d’aide, et la subvention des besoins de première nécessité.

Pour participer à la collecte, il suffit de vous rendre sur ce lien. Tous les dons sont les bienvenus !

https://www.instagram.com/p/B-Jf9Mig9Vl/
@FondationdesFemmes

Article de Sofia Rogozarski

Par Jill Cousin 

© STINA PERSSON

La gastronomie a le vent en poupe, et pourtant, difficile de nier les violences à l’oeuvre au sein de certaines brigades. Dans ce milieu fermé et replié sur lui-même, rares sont les victimes qui portent plainte et osent s’exprimer sur le sujet. Il est temps que l’omerta cesse.

Le 13 avril 2014, enfin, la loi du silence est brisée. Le site d’information Atabula, média pure player spécialisé dans la gastronomie, révèle que, dans les cuisines du Pré Catelan, le restaurant trois étoiles du chef Frédéric Anton à Paris, un apprenti a été volontairement brûlé sur les bras avec une petite cuillère chauffée à blanc. C’est la première fois que la presse spécialisée s’empare d’un problème pourtant connu de tous. « Chefs, journalistes, nous étions tous au courant des violences physiques, verbales, misogynes ou racistes qui avaient lieu dans les cuisines », confie Franck Pinay-Rabaroust, auteur de l’article et rédacteur en chef d’Atabula. Quelques jours après l’incident, le chef Frédéric Anton revient sur ce qu’il s’est passé dans son établissement et se livre, au cours d’un entretien, à Franck Pinay-Rabaroust. « J’ai découvert les faits le lendemain de leur survenance. Un chef de partie est venu me voir dans mon bureau et m’a expliqué que la veille au soir, en fin de service, certains se sont amusés à se brûler les avant-bras avec des cuillères chaudes. Sur le coup, je me dis que cela est d’une bêtise sans nom. Puis quelques minutes après, mon second de cuisine vient me voir et me rapporte qu’il vient d’avoir le père d’un apprenti au téléphone. Il lui a signalé que son fils a été brûlé à trois reprises sur les bras. Contre sa volonté. » Le chef étoilé, en accord avec la direction, décide de licencier l’auteur du crime, un chef de partie en mal de supériorité. « L’acte était gratuit, je l’ai jugé inacceptable », confiera Frédéric Anton. En revanche, aucune plainte n’est déposée à l’encontre du chef de partie violent, lequel est toujours, cinq ans plus tard, en poste dans des brigades prestigieuses.

L’information fait l’effet d’un raz de marée, la presse généraliste s’emballe. L’actualité est relayée par tous les canards, Franck Pinay-Rabaroust court alors les plateaux de télévision. À part Atabula, la presse spécialisée reste muette, fermant les yeux sur ce véritable fléau, le niant parfois. Quelques mois plus tard, en novembre 2014, le site Atabula et le guide gastronomique Le Fooding organisent conjointement une conférence dans les amphithéâtres de Sciences Po Paris. Sont invités à témoigner les chefs Adeline Grattard, Grégory Marchand, Cyril Lignac et Ludo Lefebvre, Français expatrié aux États-Unis. Aucun d’entre eux, bien sûr, ne nie l’existence de violences en cuisine, mais tous tendent plus ou moins à les minimiser, parlant plutôt de bizutage ou d’un passage obligé permettant de s’endurcir pour la suite. « Les chefs invités ce jour-là ne pouvaient pas contester le système, car c’est justement grâce à ce dit système qu’ils en sont là aujourd’hui, explique Franck Pinay-Rabaroust. À l’époque, le seul chef à m’avoir soutenu face caméra, c’est Éric Guérin, lui-même victime durant sa carrière de faits de violence », poursuit le journaliste. Il existe bel et bien dans le milieu une forme d’acceptation tacite, une omerta. Tous les cuisinier.ères savent ce qu’il se trame dans bon nombre de brigades.

Un milieu confiné propice aux débordements

Ce silence, c’est la faute à un microcosme très fermé et replié sur lui-même, où tout le monde se connaît. « S’il y a si peu de plaintes déposées, c’est tout simplement par peur des représailles. Quand on décide de témoigner, on peut rapidement être blacklisté et se griller dans le milieu. Le système est fait de telle sorte que le bourreau va pouvoir continuer à exercer son métier en toute impunité tandis que la victime, elle, aura très peu de chance de retrouver un poste dans une autre brigade. Si tant est qu’elle n’ait pas été dégoûtée du métier et de l’immobilisme latent de la profession face à ces actes intolérables. » Et lorsque des plaintes sont déposées, rares sont celles qui aboutissent in fine à des condamnations. La plupart se soldent en effet par de petits arrangements entre avocats. 

Mais pourquoi tant de violences, de quelque nature qu’elles soient, dans les cuisines plus qu’ailleurs ? Des lustres pourtant que le milieu de la gastronomie est connu pour sa rigidité et son militarisme. Il n’y a qu’à s’attarder un instant sur tout le vocabulaire belliqueux employé en cuisine pour en prendre conscience. « Coup de feu », « fouet », « fusil »… 

Des conditions de travail éprouvantes 

Dans la plupart des « brigades », rappelons aussi que les horaires à rallonge sont monnaie courante : un quotidien usant pour les cuisinier.ères et le personnel de la restauration. Compte tenu des particularités du secteur, la durée de travail dans l’hôtellerie-restauration fait l’objet de règles propres. En 2007, elle a été fixée à 39 heures hebdomadaires, mais tout le monde sait que la moyenne réelle est bien plus haute. « Avant chaque passage de l’inspection du travail, on nous faisait signer un document comme quoi nous ne travaillions que de 9 h 30 à 13 h 30, puis de 18 h 30 à 22 h. Mais en réalité, j’arrivais chaque matin avant 8 h pour repartir vers minuit, avec seulement une heure de pause en milieu de journée », confie une jeune cuisinière après son passage dans un restaurant trois étoiles.

Sans oublier que ces longues journées se déroulent souvent dans des conditions extrêmes : un milieu très masculin, des cuisines confinées, sans ouverture sur l’extérieur, où les corps se frôlent et où une chaleur insupportable règne lorsque les fourneaux tournent à plein régime. L’apothéose restant le « coup de feu », qui désigne le moment de grande activité dans les cuisines d’un restaurant. Durant quelques heures, toutes les forces en présence dépendent l’une de l’autre. Un caillou dans l’engrenage, une viande brûlée, une sauce ratée, et c’est tout le système qui en pâtit et se retrouve immobilisé.

Quelques mois après que le scandale du Pré Catelan est révélé au grand jour, Thierry Marx, le chef du restaurant Le Mandarin Oriental à Paris, interviewé sur le sujet, confiait : « Le problème des violences en cuisine est lié à l’absence de savoir-faire managérial des chefs ». Franck Pinay-Rabaroust confirme. « Nombreux sont les cuisiniers qui accèdent au poste de chef ou de sous-chef très jeunes. Ils doivent alors gérer des brigades boostées à la testostérone dont les membres ont souvent le même âge qu’eux. C’est là que certains partent en vrille et ne trouvent pas mieux, pour asseoir leur légitimité, que d’avoir recours à la violence ou au harcèlement moral. » 

© STINA PERSSON

La place difficile des femmes

Problématique également, le comportement à l’égard des femmes, qui sont de plus en plus nombreuses à intégrer des cuisines de restaurants étoilés et des palaces. Une fois en poste, ces dernières doivent s’armer de courage pour survivre dans cet univers impitoyable. Au quotidien, il leur faut souvent supporter des paroles déplacées et tendancieuses, quand ce ne sont pas les gestes qui deviennent pervers. Une pâtissière travaillant aujourd’hui à son compte nous confiait que, lors d’un stage chez un pâtissier parisien très en vogue, les remarques déplacées étaient monnaie courante. Comme ce jour où ledit chef pâtissier lui demande d’équeuter des fraises pour la préparation d’un dessert, avant d’ajouter, quelques minutes plus tard : « C’est comme ça que vous tirez des queues ? Bah putain, j’aimerais pas être votre mec… » Avec le recul, la pâtissière, qui a préféré garder l’anonymat, s’en veut d’être restée bouche bée et de n’avoir su quoi répondre à cet homme. D’autres cuisinières décident, elles, d’imposer leurs limites. « Un jour, mon chef m’a envoyé très vulgairement pendant le coup de feu un “Bouge ta chatte !” À la fin du service, je suis allée le voir et je lui ai fait comprendre qu’il avait dépassé les bornes. Et plus jamais un tel incident ne s’est reproduit », confie une autre cuisinière, alors en poste dans un restaurant parisien de renom. Face à des situations de violence, qu’elles soient physiques ou verbales, beaucoup de cuisinier.ères confient ne plus savoir ce qui relève de l’acceptable ou de l’inacceptable. Où poser les limites entre la petite boutade lourde, mais simplement familière, et l’intolérable, le harcèlement quotidien ou le coup de pied dans le tibia ? 

Heureusement, même si les violences en cuisine ont la peau dure, le paysage culinaire évolue et tend vers plus de calme et de mesure. « Il est difficile de nier que le sujet a fait l’objet de nombreuses discussions dans toutes les brigades de France, que les langues se sont déliées. L’omerta s’est largement fissurée », nous assure Franck Pinay-Rabaroust. Des mesures ont été prises, comme chez le chef Yannick Alléno, où les cuisines sont désormais placées sous vidéosurveillance. Il est bon de préciser aussi que le milieu souffre d’un problème de taille : l’emploi. Tous les restaurants ou presque cherchent du personnel, et ils ont donc intérêt à préserver leur réputation. « Dans le milieu, nous sommes tous au courant des brigades qu’il faut éviter, où la violence règne en maître. La réputation de certains établissements n’est plus à faire », explique Caroline, une jeune cuisinière. « Après de nombreux échanges avec les étudiants de l’Institut Paul Bocuse où je donne des cours, la vérité est évidente : si les élèves acceptent de faire des stages dans de grands restaurants étoilés, ce n’est certainement plus pour y faire carrière. Trop dur, trop exigeant, pas assez rapide pour l’ascension sociale, ces jeunes aspirent à ouvrir leur propre établissement », précise le rédacteur en chef d’Atabula.

La nouvelle génération de chefs se rebiffe

Les profils des cuisinier.ères changent. On compte de plus en plus de reconverti.es, issu.es d’un tout autre milieu professionnel, ou des jeunes ayant commencé des études dans un autre secteur avant de rejoindre la restauration. La maturité et l’expérience rendent ces violences intolérables, car ces personnes ont connu d’autres hiérarchies et savent que de tels actes sont inacceptables, et ne sont en aucun cas, un passage obligé. Les cuisinier.ères qui font leurs premiers pas en cuisine très jeunes sont un peu moins nombreux qu’avant. « Après une carrière de juriste, j’ai décidé de me reconvertir dans la gastronomie, il y a une dizaine d’années. J’avais 40 ans. Un jour, lorsque j’étais en stage dans un restaurant parisien, le chef, de mauvaise humeur, m’assène trois coups de poing dans l’épaule. C’était intolérable, j’ai quitté l’établissement sur-le-champ », confie Jean-Marc Sinceux, chef du restaurant Le Desnoyez, à Paris. 

La présence de cuisines ouvertes sur la salle limite aussi, dans certains cas, ce genre de débordements. Cependant, pour venir à bout des violences physiques, verbales, misogynes et racistes en cuisine, rien ne sera jamais plus efficace que parole.

Article du numéro 44 « Émotions »

Propos recueillis par Stacie Arena

Fatoumata Ba, scientifique sénégalaise, désemparée face aux troubles du sommeil de sa grande soeur, a mis toute son énergie dans de longs travaux de recherche afin d’identifier les facteurs déterminants de l’apnée du sommeil. Une étude saluée par le prix L’Oréal-Unesco dont elle est lauréate depuis novembre dernier.

PHOTO ABDOULAYE NDAO/LAYEPRO POUR LA FONDATION L’ORÉAL

Pour vous, que représentait cette nomination au prix L’Oréal-Unesco pour vos travaux sur l’apnée du sommeil ? 

J’ai ressenti un immense sentiment de fierté, je me suis sentie gratifiée. Ce prix est une vraie source de motivation pour moi ; mais c’était également la preuve que mon travail intéressait, que je n’avais pas fait tout ça pour rien, qu’il y avait vraiment quelque chose à faire au sujet de l’apnée du sommeil. Avec du recul, je suis arrivée à un moment où le Sénégal était enfin prêt à s’intéresser à cette pathologie. 

Pourquoi avoir lancé des travaux de recherche sur l’apnée du sommeil ? 

Aussi loin que je m’en souvienne, il n’y avait pas de travaux publiés sur l’apnée du sommeil dans les revues scientifiques au Sénégal. Et c’est quelque chose que je ne comprenais pas. Comment était-il possible que personne ne se soit intéressé.e aux mystères du sommeil ? Pourtant, lors de consultations avec mes patient.es, les problèmes de sommeil et toutes les conséquences qui en découlent étaient très souvent abordés. 

Concrètement, qu’est-ce que l’apnée du sommeil ? 

Elle se traduit par des pauses, plusieurs arrêts respiratoires. Au cours de son sommeil, le sujet dort et soudainement, ne pouvant plus respirer, se réveille avec cette sensation d’étouffement. Ces pauses et arrêts fragmentent le sommeil et le rendent entrecoupé et non réparateur. Au petit matin, le sujet se réveille avec des migraines et une sensation de fatigue extrême, une vulnérabilité et l’impression de n’avoir pas dormi. La journée, le sujet a également tendance à beaucoup somnoler. Très souvent, l’apnée du sommeil est accompagnée de forts ronflements. Il peut y avoir aussi des troubles liés à l’envie d’uriner de manière répétitive. 

Quel est le problème majeur que vous rencontrez avec des patient.es victimes d’apnée du sommeil ? 

La plupart du temps, ces patient.es en sont déjà au stade d’hypertension artérielle avec complications morbides pouvant entraîner leur mort. Pour le cas du Sénégal, certain.es patient.es ont pu être diagnostiqué.es, mais de façon très aléatoire, dans de mauvaises conditions. On leur parlait d’asthme, mais jamais d’apnée du sommeil. C’est une pathologie sous-évaluée, y compris par les professionnel.les. Tout cela retarde considérablement le diagnostic, c’est aussi ça qui a motivé mes études. 

Quelles sont les causes et conséquences reconnues de l’apnée du sommeil ? 

Jusqu’à présent, aucune cause principale n’a été identifiée pour cette pathologie, mais il existe des facteurs de risques fréquemment liés à la génétique. De la même manière, les études récentes ont prouvé que des facteurs anatomiques, tels le surpoids ou l’obésité, pouvaient entrer en ligne de compte. Concrètement, la qualité de vie du sujet est altérée, il y a une réduction considérable des performances intellectuelles ou professionnelles. Lors de diagnostics plus avancés, il existe de nombreux cas de complications métaboliques comme le diabète, des troubles de coagulation, la glycémie, et des complications cardio-vasculaires. 

Quel genre de traitement peut être proposé ? 

Il existe des traitements corrects, mais des recherches sont encore en cours. Le plus utilisé reste tout de même la « pression positive continue », qui permet de maintenir les voies aériennes ouvertes durant le sommeil. Lorsque l’on met ce remède en place, l’apnée se réduit de façon considérable. De nos jours, il existe de nouvelles perspectives thérapeutiques, mais elles ne peuvent pas faire office de bilan pour l’instant.

Pourquoi avoir refusé de travailler à l’étranger malgré de meilleurs moyens mis à disposition ? 

C’était une volonté de coeur. J’ai voulu faire évoluer mon pays sur ce sujet, parce que le Sénégal m’a tout donné : j’ai grandi ici, j’ai fait mes études ici et j’ai obtenu mes diplômes ici. Je considère que j’ai eu de la chance de pouvoir évoluer dans la recherche dans un pays qui n’en faisait pas sa priorité. Pour moi, c’est comme si c’était désormais à mon tour de rendre la monnaie de sa pièce à ce pays qui m’a vue grandir, après tout ce qu’il m’a donné…

Article du numéro 46 « Dimensions »

En l’honneur de la Journée Internationale des Droits des Femmes, Tagaday a dévoilé les derniers chiffres de son baromètre sur la condition des femmes dans la presse française. 

https://www.instagram.com/p/BzLXMRtoxju/

Le 8 mars est une date pour faire le bilan des droits acquis, des combats menés et ceux qui sont évidemment toujours en cours. En ce sens, Tagaday (ex-Press’edd) a mené une enquête sur une période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019, en prenant en compte l’occurrence de mots-clés et expressions associés à la condition des femmes. Cinq années qui permettent d’évaluer la place des femmes dans les médias et la perception qu’on a d’elles. 

La progression du terme « féminicide »

Prononcé en 1976 pour la première fois par la sociologue américaine Diana E. H. Russel, le féminicide est au cœur des débats aujourd’hui. Emmanuel Macron avait même employé le terme dans un discours aux Nations unies, en septembre 2019, pour « donner un statut juridique à ce sujet ». Récemment, la question était de savoir si le terme « féminicide » pouvait être introduit dans le Code pénal. Or, cette démarche a été jugée « inutile » du fait d’une définition trop floue. Rappelons que l’an dernier 150 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint.

Dans son baromètre, Tagaday relaye le nombre de citations de termes spécifiques dans la presse française :  féminicide, violences faites aux femmes, droits des femmes, place des femmes au travail, etc. Alors que l’usage du terme « violences faîtes aux femmes » est légèrement en baisse (-3%), celui de « féminicide » est en très forte progression. Ainsi, on est passé de 1 652 citations en 2018 à 14 514 en 2019, avec une progression de 779%. En cause, la révélation de l’affaire Weinstein en 2017 et le mouvement #Metoo, un an après.

La forte mobilisation des femmes l’an dernier a permis à ces dernières une plus grande visibilité dans les médias. Mais ce n’est que le début.

Baromètre réalisé par Tagaday

Un sexisme bien marqué

D’après la loi du 22 décembre 1972, « Tout employeur est tenu d’assurer, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes ». Pourtant, l’égalité parait si loin quand on sait que les femmes n’occupent qu’environ 16% du total des occurrences – soit 8% de plus par rapport à 2018.

Si les femmes sont toujours au cœur de l’actualité aujourd’hui, c’est surtout à cause des violences faites à leur encontre. Près de 49 % d’entre elles sont abordées sous le prisme des violences sexuelles ou sexistes. L’actualité de ces dernières semaines en est la preuve : la nomination de Roman Polanski pour le César de la Meilleure Réalisation, le discours poignant d’Aïssa Maïga dénonçant les vices du cinéma français, les témoignages de victimes de violences avec les hashtags #JeSuisVictime et #JAiPasDitOui, etc.

Le 8 mars est une date dédiée aux droits des femmes, mais celles-ci se battent toutes l’année pour les faire valoir.

Article de Sofia Rogozarski

Du 6 au 8 mars 2020, un espace de réflexions et d’activités est mis à l’honneur pour la Journée Internationale des Droits des Femmes.

GIRLZPOP X CLAP

Une nouvelle collaboration 100% féminine et engagée a vu le jour entre GIRLZPOP et CLAP PARIS. Vous êtes invité.e.s à les rejoindre au 2ème étage des Galeries Lafayette Haussman où un programme 100% women power a été prévu ! « Êtes-vous prêtes à prendre le pouvoir ? »

Une collaboration engagée !

« La production de vêtements n’a jamais été aussi intense, et pourtant nous n’avons jamais eu autant besoin de nous démarquer », c’est de cette manière qu’est né CLAP. Cette entreprise crée des bijoux que l’on peut clipper à des vêtements pour les customiser. Et Girlzpop ? C’est un studio de création, entrepris par un duo de girlboss, qui sont aussi à l’origine du Festival Entrepreneurial.

A eux deux et en l’honneur de la Journée Internationale des Droits des Femmes, tout un programme a spécialement été conçu pour mettre en avant la solidarité, la créativité et la sororité.

GIRLZPOP X CLAP

#FemmeDePouvoir à l’honneur !

GIRLZPOP X CLAP est avant tout un projet collectif. 7 #FEMMEDEPOUVOIR seront présentes aux côtés de Laura, fondatrice de CLAP Paris, et Alice et Anais, les boss de GIRLZPOP. Parmi ces ambassadrices, on retrouve Siam Jibril, Céline Lazorthes, Violette Tannenbaum, Stéphanie Allerme, Sophie Trem, Inès Leonarduzzi et Meryem Benm’Barek.

De plus, un Clap 100% unique sera mis en vente pour l’occasion. Coloré, brillant et unique en son genre, ce petit accessoire saura embellir votre tenue. Et tous les bénéfices de ventes du Clap iront directement à la Fondation des Femmes. D’autres produits seront aussi disponible à la vente : une casquette et un mug.

Article de Sofia Rogozarski

En l’honneur de la Journée Internationale des Droits des Femmes, XOUXOU lance sa nouvelle campagne #FutureIsYou. La marque s’engage aux côtés de CARE pour lutter contre les inégalités envers les femmes dans le monde.

@XOUXOU

Gardez les mains libres ! 

Lancé par Yara Jentzsch Dib, XOUXOU a débuté en tant que projet de macramé créatif en 2015. Le concept de XOUXOU est né quand la fondatrice a dû faire face à ce problème soudain d’avoir littéralement les deux mains constamment occupées avec un nouveau-né. Passionnée par la décoration intérieure, l’artisanat et le design ont poussé la fondatrice à expérimenter différents types de cordes et de techniques de nouage. C’est comme ça que XOUXOU est né.

Faites une bonne affaire ! 

Pour cette nouvelle collaboration, les femmes sont à l’honneur ! Avec une entreprise composée de 70% de femmes, l’ADN féminin est l’essence même de XOUXOU. C’est pourquoi, il était primordial de les honorer le 8 mars prochain. La nouvelle campagne #FutureIsYou met à en avant sa collaboration avec CARE, une organisation mondiale luttant contre la discrimination à l’égard des femmes, les aidant à comprendre leurs droits et à renforcer leur voix. Pour chaque kit Modular acheté́ avec le code CAREYOU, une réduction de 10 euros sera appliquée et 5 euros supplémentaires seront reverses par XOUXOU à CARE. En plus de posséder le must, vous ferrez une bonne action !

XOUXOU poursuit son expansion vers de nouveaux marchés tout en s’améliorant et en développant une nouvelle gamme de produits ! Rejoignez la campagne #FutureIsYou pour soutenir les femmes du monde entier dans leur lutte pour l’égalité́ et la justice sociale. Retrouvez tous les produits sur leur site internet.

Article de Sofia Rogozarski

Par Angelo Foley

Nos émotions nous bouleversent, nous rassurent, nous font vibrer et parfois, nous définissent. Si elles nous accompagnent tout au long de notre vie, elles restent cependant un grand mystère pour beaucoup d’entre nous. On ne sait pas vraiment d’où elles viennent, ni ce qui les déclenche. On les subit, la plupart du temps, qu’elles soient bienveillantes ou non. Nous avons mené l’enquête pour en découvrir davantage sur ces sensations quotidiennes de joie ou de tristesse, pour apprendre comment nos émotions fonctionnent, sur quoi elles influent et surtout, s’il est possible de les maîtriser sans nuire à notre spontanéité.

© Amy Victoria Marsh

Suivie de près par la quête d’amour, la quête du sens de la vie et la quête de soi, la quête du bonheur est probablement la préoccupation la plus ancienne de l’être humain. Et aujourd’hui plus que jamais, il semblerait que cette recherche ait trouvé bon nombre de représentants, d’outils et de publics à travers lesquels se sont développées de multiples branches et approches. Que ce soit la positive attitude, la meilleure version de soi-même, la réussite, l’éveil ou le bien-être, ces nouveaux paradis à atteindre remplacent petit à petit les religions et les lieux de culte dans le rôle qu’ils tenaient majoritairement auparavant, à savoir se relier à soi et au Tout, se recueillir, contacter le divin en soi et mener une existence accomplie selon des valeurs considérées comme positives. Le développement personnel, selon sa définition la plus stricte, serait un ensemble de pratiques fondées sur un mélange d’enseignements spirituels, réadaptés à notre rythme citadin et aux besoins de notre société de consommation. Un peu comme si la foi avait pris un coup de vieux par sa teneur un peu trop religieuse pour laisser place à des démarches plus concrètes, quantifiables, moins rigides et si possible, avec un retour sur investissement.

De notre temps

L’héritage oriental le plus prégnant sur lequel surfe le développement personnel est la recherche d’équilibre entre le corps et l’esprit. Avec l’apparition d’Internet et des nouvelles technologies, l’être humain semble avoir gagné son pari de pouvoir réduire au maximum l’espace et le temps. Son obsession pour la maîtrise des lois physiques et de la nature lui a permis d’atteindre le presque « zéro latence » dans sa vie, comme un génie qui exaucerait instantanément tous ses désirs. Même si ces innovations nous permettent aujourd’hui d’avoir un accès illimité à la connaissance et une communication avec le monde quasi permanente, l’accélération de cet espace-temps ne prend pas en compte une donnée centrale : notre rythme biologique et psycho-émotionnel. Nous sommes des êtres vivants issus de la nature, et malgré ces avancées remarquables, l’essentiel de ce qui nous constitue a toujours les mêmes besoins et fonctionne à peu près de la même façon qu’avant la vie 2.0. Les entreprises n’ont jamais connu autant de burn out, la croissance des ventes d’anxiolytiques grimpe de plus belle et les cabinets de psys sont remplis à craquer. La nature nous le montre bien : un arbre met toujours autant de temps à pousser. Au final, on cherche à rattraper le temps qu’on a gagné.

Mon corps ce héros

Nous rentrons dans une ère où le besoin de prendre soin de soi devient une urgence et où des millions de personnes ont décidé de reprendre leur santé mentale et physique en main. Au-delà de son aspect esthétique, notre corps est notre outil principal d’incarnation, notre moyen de transport privilégié, et le véhicule de tout ce que nous avons en nous, le bon comme le moins bon. La healthy food nous tire vers le régime bio, végétarien, voire parfois végane, et toujours pour plus d’équilibre alimentaire, avec un accent sur les jus frais, les bowls complets et les recettes créatives. L’engagement à pratiquer une activité sportive régulière nous aide aussi à bouger, à évacuer les tensions et à nous mettre en relation, ainsi qu’à nous sortir de notre mental surchargé. De l’application « 7 Minutes Workout » pour des exercices physiques variés à faire à la maison, aux communautés de running ou de crossfit, les propositions sont nombreuses pour répondre à ce besoin très présent de se sentir bien dans son corps. Le yoga est sans conteste la pratique physique qui s’est le plus développée en Occident ces dernières années, avec la particularité de mélanger des postures plus ou moins complexes, des techniques de respiration et de la spiritualité. Vinyasa, Ashtanga, Yin Yoga, Bikram, Kundalini, Hatha : le yoga s’adresse à toutes et à tous et répond à une nécessité d’allier le corps et l’esprit. Le soin du corps par le mouvement s’est inscrit dans le quotidien des citadins, avec le bénéfice de réunir de plus en plus d’adeptes prêts à consacrer du temps et de l’énergie à eux-mêmes, mais avec le piège de tomber à nouveau dans la performance, la comparaison et le culte de l’image.

De la relaxation au divin

Pour pallier les petits stress ponctuels aussi bien que les crises d’angoisses existentielles quotidiennes, de nouveaux outils et services naissent chaque jour pour nous aider à sortir de nos cercles vicieux et améliorer notre qualité de vie. Parmi une offre large en matière d’épanouissement, on retrouve pratiquement autant de spécificités qu’il y a d’intéressé.e.s, avec différents degrés d’engagement et de niveaux. À l’instar du yoga, la méditation, importée directement du bouddhisme et calibrée pour la vie occidentale, est devenue une forte tendance dans la quête de bien-être. En fonction des écoles, zen, bouddhiste, laïque, transcendantale ou de pleine conscience, cette pratique, qui consiste à observer le présent, a conquis des millions d’adeptes, notamment grâce à des sessions guidées et de nombreuses applications comme « Headspace » ou « Petit BamBou ». De trois minutes seul.e pour faire un reset à dix jours en retraite Vipassana en groupe, la méditation permet à beaucoup de créer un espace pour se retrouver, prendre du recul et réguler une certaine instabilité émotionnelle.

Et lorsqu’il s’agit de mal-être permanent et de souffrances quotidiennes, demander de l’aide à un.e professionnel.le est un recours de plus en plus répandu. Avant, on disait : « Je vois quelqu’un » pour dire qu’on consultait un psy. Aujourd’hui, le divan et le vieil homme à barbe assis sans rien dire nous faisant étrangement penser à Freud se voient détrônés en matière d’accompagnement sur le plan de la psyché. Sophrologie, hypnose, EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), EFT (Emotional Freedom Technique), kinésiologie, éthologie… La liste est encore longue et chacune a ses spécificités. Toujours est-il que la limite est parfois ténue entre la thérapie basée sur un processus d’individuation et de résilience en regard de son récit personnel, et l’accompagnement comme le coaching, basé sur l’atteinte d’un objectif précis et sur l’entraînement. 

Calqué sur les techniques de management d’entreprise et les grands principes de la programmation neurolinguistique, le coaching personnel ou coaching de vie connaît une croissance phénoménale auprès des citadin.e.s. Comme pour le sport, le yoga et la méditation, de nombreuses sous-catégories et déclinaisons sont proposées dans cette grande famille qu’est la relation d’aide et le développement personnel. Les livres et les podcasts pour aider à mieux se connaître, mieux s’analyser, mieux vivre ses relations, ou mieux s’aimer, voient le jour toutes les semaines. Et là encore, il y a de tout, de Lise Bourbeau et ses fameuses 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, aux Quatre Accords toltèques de Don Miguel Ruiz, en passant par le Pouvoir illimité de Tony Robbins ou encore Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsch pour les plus téméraires en quête de spiritualité.

Les outils et services proposés pour nous aider à nous rendre la vie plus belle ne manquent pas. Et même si l’intention peut paraître positive sur plein d’aspects, toute tendance sociétale et culturelle révèle tout autant nos peurs, nos failles, nos lacunes, nos obsessions et nos névroses.

Le bonheur, ça tue

Si la quête du bonheur et du bienêtre est désormais au coeur des préoccupations de millions de personnes, elle crée et nourrit néanmoins l’obsession de la réussite, l’angoisse de l’échec, le désir de performance, le besoin de se sentir unique, remarquable, de connaître le succès, de marquer les esprits, de faire la différence, de revendiquer ses différences… En résumé : énormément de stress, d’anxiété et de pression pour devenir quelqu’un. Le revers de la médaille, c’est qu’à force de tout faire pour se sentir bien, on oublie parfois de vivre sa propre existence, avec ses hauts et ses bas. On oublie qu’être normal n’est pas un défaut. Devenir la meilleure version de soi-même, qui est le crédo du développement personnel, est une injonction qui peut nous pousser à tout faire pour éviter d’être simplement soi. Nous nourrissons alors notre masque social, celui que l’on veut bien montrer sur les réseaux sociaux. Et cela peut avoir tendance à renforcer le sentiment d’être insuffisant tel que l’on est, peut augmenter le manque de confiance en soi et durcir encore davantage le jugement envers soi-même et les autres. Il est essentiel de prendre soin de soi, autant que de s’accepter tel que l’on est. Avant le bien-être, il y a l’être. 

Article du numéro 44 « Ensemble »

Par Tram-Anh Tran et Claire Bihoreau

La Corée du Sud, ou le « Pays du matin calme », n’est calme qu’en apparence, surtout à cause de sa capitale ! Séoul est une ville en perpétuel développement où ses airs futuristes côtoient un patrimoine mondial culturel riche et ancestral. Moins populaire que sa voisine Tokyo, Séoul est pourtant l’une des villes les plus peuplées au monde avec 10,5 millions d’habitants hors banlieue. Le pays vit principalement du tourisme et de son pôle électronique et automobile, avec ses leaders mondiaux Samsung, LG ou Hyundai. Il est également reconnu pour s’être reconstruit rapidement après la guerre de Corée (1950-1953) – à la fin de laquelle le territoire sera divisé en deux pays distincts –, grâce à un investissement considérable dans l’éducation. Situé entre le Japon et la Chine, vous y découvrirez un contraste saisissant entre palais royaux, maisons traditionnelles, architecture futuriste, marchés de nuit et rues bouillonnantes. C’est une destination faite pour tous les voyageurs : amoureux de randonnées, gastronomes curieux, pour ceux qui ne dorment pas, mais aussi ceux qui se lèvent tôt. Et malgré les tensions régulières avec le Nord, la Corée du Sud reste un pays très sûr !

© Lucie Bihoreau

INFOS PRATIQUES

COMMENT S’Y RENDRE ? En avion sans escale, avec Air France, prévoir 11 heures depuis Paris. 650 euros en basse saison, 950 euros en haute saison !

QUAND Y ALLER ? D’octobre à novembre pour profiter d’un été indien sans grisaille et admirer les couleurs de l’automne ; de mai à juin pour les cerisiers en fleurs et les températures qui remontent doucement après un hiver rude.

COMMENT SE DÉPLACER ? Avec ses neuf lignes de métro et ses six lignes de train, Séoul est extrêmement bien desservie. En taxi, les tarifs sont abordables (suivez attentivement le compteur qui commence généralement à 3 500 won, environ 3 euros). Pour voyager dans le pays, préférez l’avion pour vous rendre à Jeju et à Busan ; le bus pour les autres petites villes.

OÙ DORMIR ? Séoul est une ville immense : privilégiez des quartiers centraux comme Hongik si vous souhaitez séjourner dans un quartier animé. Pour une expérience authentique, posez vos valises dans une guesthouse traditionnelle (les maisons hanok) dans le quartier de Jongno.

QUE RAPPORTER ? Du ginseng, pour ses vertus médicinales, acheté au Gyeongdeong market (ne pas hésiter à négocier les prix si vous achetez en quantité), des cosmétiques sud-coréens (Tony Moly, Innisfree, Etude House…), de l’Ossuloc Tea, de l’île de Jeju.

DÉCALAGE HORAIRE : + 8 heures en hiver ; + 7 heures en été.

© Lucie Bihoreau

Je m’appelle Tram-Anh, et pour la première fois de mon existence, je choisis de vivre l’expérience d’une vie : partir étudier un an à l’étranger. C’est avec un mélange d’appréhension et d’excitation que je m’aventure sur un continent inconnu, l’Asie. Après onze heures d’avion en solitaire, j’arrive dans l’immense aéroport d’Incheon. La chaleur humide me happe dès la sortie de l’avion. J’ai l’impression d’étouffer. Un peu déboussolée, je reconnais vaguement MJ, ma buddysud-coréenne qui me guide vers un bus pour rejoindre directement la EWHA Womans University – ewha signifie « poiriers en fleurs » en coréen – dont l’incroyable architecture me rappelle la BNF, car dessinée par le français Dominique Perrault. 

La rencontre

Le premier soir, je rejoins en dix minutes à pied depuis mon université le quartier étudiant de Séoul, Hongik, après un bon barbecue coréen – composé de viandes de porc et de bœuf marinées à griller – à Sinchon. Dans le fameux Hongdae Playground, une aire de jeu connue pour ses performances et installations artistiques, ses graffitis ou encore ses free markets, tout le monde tient à la main une bouteille de Soju, l’alcool national qui se mélange avec à peu près tout ce que vous souhaitez. Je goûte aussi pour la première fois une boisson trouble appelée makgeolli, un alcool de riz qui se boit comme du petit lait. L’ambiance est à la fête, et pourtant aucun soir ne se ressemblera. Des groupes de jeunes sud-coréens dansent et maîtrisent à la perfection le hip-hop, chantent dans les rues, et possèdent visiblement de multiples talents. Dans la foule grouillante nocturne, je parviens à rejoindre mon ami Victor qui a fait la connaissance la veille de Claire, une étudiante française de son université de Sogang. C’est le début d’une longue amitié. Nous ne le savons pas encore, mais toutes les deux, nous allons parcourir une grande partie de la Corée du Sud ensemble – et même entreprendre d’autres voyages ailleurs en Asie et en Europe. À travers ce carnet de voyage écrit à quatre mains, nous espérons vous faire partager notre goût commun pour la culture, l’art, les bonnes adresses et les jolies rencontres faites sur la route…

Aux portes de la nature

Les premiers jours, nous prenons un peu de hauteur en allant explorer le parc national de Bukhansan. Nous faisons la rencontre de M. Chang, notre guide local. Sa forme physique nous impressionne pour son âge avancé : il nous explique que la Corée est l’un des pays les plus montagneux au monde, et la randonnée, l’un des passetemps favoris des séniors. Nous commençons alors une aventure en compagnie de plusieurs locaux qui nous guident vers le point culminant du parc, Baegundae, situé à 836 mètres de haut. Arrivées au sommet, la vue immense à 360 degrés de Séoul est à couper le souffle. Si vous avez moins de temps ou si vous n’êtes pas un.e grand.e sportif.ve, préférez la Ansan Mountain, accessible depuis le campus de Yonsei University, en plein coeur de Séoul.

Papilles en éveil

La gastronomie locale ne manque ni de saveurs ni de surprises ! Il serait impossible de visiter la Corée du Sud sans expérimenter tous ses mets et boissons emblématiques. Sachez que tous les plats coréens sont accompagnés de kimchi et de radis jaune. Je n’ai jamais vu un Sud-Coréen commencer son repas sans un peu de side, au même titre que le pain que nous mangeons à chaque repas en France. Pour commencer en douceur votre voyage culinaire, dégustez un Bibimbap – un plat composé de riz, boeuf, légumes sautés et pâte de piment, le tout mélangé dans un bol en pierre – ou partagez un barbecue coréen dans l’un des petits restaurants de Sangsu, un quartier plus calme caché derrière Hongdae. Allez chez Dojuck les yeux fermés pour une expérience conviviale qui vous permettra peut-être de faire connaissance avec des locaux. Ou rendez-vous dans le quartier de Ikseon-dong, encore assez méconnu des touristes, pour dîner dans un restaurant traditionnel hanok. Pour découvrir une variété de street food, partez dans les rues de Myeongdong pour goûter une Gyeran-Bbang, la brioche à la vapeur surmontée d’un œuf, une tornado potato, ou encore les Mandu, des raviolis farcis à la vapeur. Pour les becs sucrés, dégustez les Hotteok, des pancakes chauds à la cannelle. 

En matière de food, nos amis sud-coréens aiment souvent nous laisser la surprise de la destination. L’une des expériences culinaires les plus marquantes reste notre déjeuner au Noryangjin Fish Market – le plus grand marché de fruits de mer de Séoul – où nos amis nous ont annoncé que nous allions goûter du poulpe vivant, le Sannakji. En réalité, le poulpe était bien mort, mais ses petits tentacules gigotaient encore dans l’assiette, à cause des nerfs. Le poissonnier prépare et coupe le poulpe devant nos yeux ahuris. Nous commandons une bouteille de Soju et de la bière pour nous donner du courage et nous surpasser. Nous sentons les petits tentacules s’agiter dans nos bouches, mais nous avalons rapidement sans trop réfléchir. Frissons garantis !

Entre tradition et modernité

La vie à Séoul s’apparente parfois à Retour vers le futur de par sa modernité et son environnement 100 % connecté. Une ville en pleine effervescence où tout va très vite de jour comme de nuit. « Pali pali ! » comme le répètent si souvent les Sud-Coréens pour se dépêcher. Bien que très développée, Séoul réserve des lieux calmes où le temps semble s’être arrêté. Nous aimons nous promener dans le temple paisible Bongeunsa, au cœur du quartier de Gangnam – situé à 45 minutes de métro du centre, devenu incontournable grâce à la chanson Gangnam Style. On y découvre le bouddhisme et l’architecture typique des temples coréens, ornés de couleurs très vives. Vous pouvez d’ailleurs grimper derrière le Grand Bouddha pour mieux comprendre ce contraste. Si vous disposez de plus de temps durant votre voyage, retirez-vous quelques jours dans un temple avec des moines bouddhistes pour vivre une véritable expérience spirituelle : le temple stay.

Le printemps arrive après un hiver glacial à -11 °C et nous en profitons pour effectuer une balade le long de la rivière Cheongyecheon, au départ de la Cheonggye Plaza dans le quartier de Gwanghwamun. Un moment reposant en plein milieu de l’un des quartiers les plus fréquentés de la capitale ! Poursuivez votre escapade le long des cerisiers en fleurs pour atteindre l’un des lieux les plus charmants et emblématiques de Séoul : le Village Mural de Ihwa. Un quartier d’une grande richesse culturelle qui abrite une partie de l’histoire de la Corée du Sud. Rien que ça ! Nous nous perdons à travers les petites ruelles bordées de maisons traditionnelles, largement décorées de street art. Un village dans la ville ; une parenthèse inattendue ; un coup de cœur dans la vie effrénée des Séoulites.

Le Séoul alternatif

Séoul regorge d’un nombre important de musées, présentant à la fois un héritage culturel fort et un pouvoir avant-gardiste. Les expositions ne sont pas toujours traduites en anglais, mais le Leeum Museum of Art est un excellent compromis. Il est constitué de trois bâtiments (art contemporain, art traditionnel et éducation), dont l’un a été conçu par Jean Nouvel et abrite la vertigineuse et intrigante Gravity Stairs d’Olafur Eliasson. 

En fin de journée, nous décidons de bifurquer sur Itaewon, le quartier indépendant, pour y découvrir la scène underground. Après avoir écumé les clubs électro gigantesques, comme l’Octagon ou l’Ellui à Gangnam (s’inscrire à l’avance et arriver avant minuit ou 1 h pour ne pas payer 30 000 won – soit 20 euros – à l’entrée), nous pénétrons dans le Beton Brut, réputé pour ses soirées techno. À quelques mètres, le Cakeshop est un petit club que nous recommandons également. À 5 h du matin, tout est encore ouvert, Séoul ne dort jamais ! Il est donc possible de terminer la soirée dans un karaoké (noraebang), de prendre un bain public dans un jimjilbang, d’éponger sa soirée avec un nouveau barbecue coréen… ou pourquoi ne pas grimper jusqu’à la Seoul Wall Fortress pour admirer le lever du soleil ?

Survivre à son premier concert de K-pop

La Korean pop est un style de musique mêlant rock, dance, hip-hop et R&B. Sa réputation est bel et bien ancrée dans la culture et dépasse les frontières. Dans les cafés, les restaurants et les rues, partout passent les mêmes refrains… Curieuses, nous décidons d’aller vivre l’expérience au plus près et d’écouter BigBang, un groupe de garçons aux allures d’adolescents – les groupes de K-pop travaillent leur apparence avec le plus grand soin, peut-être davantage que leur musique elle-même.

À peine sorties du métro, nous apercevons une foule de fans muni.es de pancartes et autres goodies, venu.es dans l’espoir d’obtenir un autographe de leur idole. Les hurlements annoncent le début du concert et nous voilà embarquées pour quelques heures au cœur de hits énergiques et de chorégraphies millimétrées, entourées de jeunes filles bien moins calmes que lorsque nous les côtoyons en cours… Nous finissons lessivées par tant d’énergie, mais avec le sentiment d’avoir été immergées pleinement dans la culture coréenne. Si vous souhaitez vivre cette folle expérience, préférez les groupes les plus connus du moment : le boys band BTS ou le girls band Blackpink.

Frénésie du shopping

À Séoul, nous sommes inondées par la publicité, et la tentation de consommer est continue. Nous sommes dix fois plus sollicitées visuellement que dans n’importe quelle ville européenne, par les dimensions, les couleurs, les constructions. Dans les petites boutiques de rues indépendantes des quartiers étudiants, vous pouvez négocier les prix des vêtements en soulignant qu’on ne vous laisse pas les essayer alors que les tailles sont uniques. Pour plus de choix et pour toutes les morphologies, filez chez Mixxo (le Zara local) ou Åland. Autre adresse un peu plus excentrée, mais qui vaut le détour pour vous éloigner du tumulte de la ville : le Common ground, un espace à ciel ouvert constitué de conteneurs bleus dans lesquels se trouvent des boutiques de vêtements de designers accessibles à toutes les bourses.

Au pays de la réussite

À Gangnam, notre malaise est grandissant. Dans les escalators, des publicités gigantesques présentant des filles identiques se succèdent. Nous avons du mal à comprendre pourquoi ces filles veulent toutes se ressembler. Nous profitons d’un groupe de travail avec des Sud- Coréennes pour leur demander si la chirurgie esthétique est monnaie courante. Une camarade nous répond : « C’est un cadeau assez commun offert par les parents, être belle est un critère de réussite. Dans mon entourage, une vingtaine de mes copines ont déjà eu recours à la chirurgie. Souvent, elles se débrident les yeux, se font redessiner la mâchoire, élever les pommettes, refaire le nez ou le menton. »

Très vite, notre regard est attiré par des concept stores, comme le Baeker Seoul, qui propose des produits uniques, avec des coins café et librairie. Un peu plus loin, nous nous rendons dans la boutique Queen Mama Market, intéressées par sa jolie sélection d’objets de décoration intérieure, ses marques pointues et son large choix de plantes. Nous poursuivons notre balade direction Garosugil, un quartier prisé avec des pop-up stores et des boutiques de créateurs. Dans les rues, nous avons du mal à circuler : non seulement Séoul est une ville dense, mais les couples sont indissociables ! Les partenaires sont littéralement collés l’un à l’autre et sont habillés de manière identique, des vêtements aux accessoires. Une façon d’exprimer leur affection.

Cette coutume peut paraître drôle, mais elle souligne surtout la pression d’une société très patriarcale. Dès leur plus jeune âge, les Sud-Coréen.nes font face à la compétition : on les envoie dans les hagwons, ces écoles privées onéreuses qui poussent les élèves à la performance afin de réussir l’examen d’entrée à l’université, passage obligé pour une carrière prometteuse. Au même titre que la beauté, une carrière dans une entreprise multinationale est un but que chaque Sud-Coréen.ne tend à atteindre. Pas le choix pour être reconnu.e socialement. Et nous ressentons combien cette pression est pesante sur nos amis, qui compensent alors à coup d’excès nocturnes en tout genre… Au cours de cette année, nous nous sommes rendu compte que les mentalités peinaient encore à évoluer, malgré cette image contemporaine, en avance sur le reste du monde, que la Corée du Sud renvoie.

LES 10 INCONTOURNABLES

  1. S’aventurer dans la zone démilitarisée (DMZ) située à 45 kilomètres au nord de Séoul, à la frontière entre les deux Corées.
  2. Faire la fashion week en sortant du Design lab du Dongdaemun Design Plaza, dessiné par Zaha Hadid.
  3. Admirer les habits traditionnels coréens lors de la cérémonie de la relève de la garde, au Gwanghwamun Gate.
  4. Louer un vélo, voire un tandem, sur l’île de Yeouido pour pédaler le long de la Han river et des cerisiers en fleurs.
  5. Faire un chicken & beer avec des Sud-Coréens dans le district de Ttukseom (85 restaurants) et finir la balade nocturne au niveau de la « fontaine arc-en-ciel ».
  6. S’arrêter au mémorial de la guerre pour comprendre le conflit entre les deux Corées.
  7. Day trip : faire une journée à Nami Island, à 1 heure de Séoul : magnifique – aussi bien à l’automne qu’au printemps. Vous pouvez arriver sur l’île en tyrolienne et même nourrir les écureuils…
  8. Faire une escapade le temps d’un week-end sur l’île de Jeju ou à Busan, la deuxième plus grande ville sud-coréenne en bord de mer.
  9. Déguster un gimbap, la version coréenne du maki japonais, composé de radis jaune, de concombre et de thon et / ou de jambon.
  10. Participer au lancer de lanternes de lotus à l’occasion de l’anniversaire de Bouddha, début mai.

@tramanh.explorer

@c.uaerohib

Article du numéro 44 « Ensemble »

Le cout-métrage En vrai, réalisé par Eya Ayari, aborde le sujet sensible des jeunes qui grandissent en foyer et doivent y évoluer. Paulette vous livre tous les détails.

« Je vais réaliser mes rêves (…) Je veux être acteur de ma vie. » C’est par ces mots que débute En Vrai. Le documentaire aborde deux mondes qui s’opposent : les enfants issu.e.s de foyers et les influenceur.se.s. L’histoire est celle d’un jeune garçon, baladé de famille en famille, qui se retrouve dans la rue et assiste à l’agression de Mia, une influenceuse reconnue dans le domaine de la mode. 

Ce court-métrage d’une vingtaine de minutes a été réalisé par Eya Ayari. Âgée de seulement 18 ans, cette passionnée de cinéma a débuté dans le milieu quand elle en avait 15, avec Les Studios de Paris, à la découpe numérique. Elle a également participé à plusieurs clips et courts-métrages, en tant qu’assistante réalisatrice, et à la production du long-métrage franco-américain Stillwater, réalisé par Tom McCarthy.

Avec le soutien et la collaboration de l’Association 1000 Visages et de la Cité du Cinéma, Eya Ayari a choisi d’aborder le thème des jeunes issu.e.s des foyers qui doivent évoluer dans un environnement souvent néfaste. Vers le passage à l’adolescence, beaucoup d’entre eux et elles se trouvent confronté.e.s à la violence. Les filles sont davantage touchées car elles tombent rapidement soit enceinte, soit dans la prostitution. Grandir en foyer n’est pas facile, s’épanouir encore moins. 

Le court-métrage est toujours en préparation mais la bande-annonce est déjà disponible sur Vimeo. Vous pouvez encore participer à sa réalisation sur Ulule, il vous reste sept jours !

Article de Sofia Rogozarski

Évidemment, dès que j’ai entendu parler de Marvin Bonheur, je n’ai pas pu m’empêcher de croire que son nom était un pseudonyme. Un pseudonyme bien choisi, certes, mais un pseudonyme quand même. Eh non ! Cet enfant du 93, qui a toujours le sourire aux lèvres, s’appelle bel et bien « Bonheur » de naissance. A croire qu’il était prédestiné… Décryptage en mots et en images.

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Dès le début de la conversation, je perçoisqu’il en faut de la force, de la détermination et du courage pour percer dans ce monde de dingues. Déjà que la vie d’artiste n’est pas toujours aisée, alors quand on a grandi en banlieue comme Marvin, on ne va pas se mentir, c’est presque mission impossible. « Ce n’est pas évident, car il y a peu de formations ou d’écoles d’art vraiment accessibles. J’ai dû apprendre en autodidacte. Sans parler du budget – c’est un bon billet le matos photo –, des gens qui te font comprendre que c’est une passion de Parisien ou de mec “ bizarre ” et que c’est hyper dur d’en vivre ! Il faut vraiment être motivé », me confie-t-il à juste titre. Et pourtant, elle en a du fil à retordre et des choses à dire cette banlieue si critiquée, si décriée, si caricaturée, bien souvent à tort. Il n’y a qu’à voir comme elle inspire le monde de la mode et du luxe par sa culture street très affirmée.

Marvin Bonheur, alias Monsieur Bonheur, a converti le décor de son enfance – les barres d’immeubles, les caddies de supermarché, les jeunes assis fièrement sur leurs bolides – en une rêverie à ciel ouvert qui va au-delà des clichés et des idées reçues. Ses photos relatent son histoire, sa vie : celle d’un jeune du 93 qui s’est cherché et retrouvé quand il a compris que ce qu’il prenait pour une faiblesse était en fait sa plus grande force. « Aujourd’hui, je partage ma vision d’un 93 beau et inspirant, car c’est ma relation avec mon territoire. » Un travail « à but social », qui se découpe en trois étapes, telle une trilogie de vie : le passé (Alzheimer), le présent (Thérapie) et le futur (Renaissance), sur lequel il continue d’oeuvrer. Quel que soit l’endroit qu’il photographie, de Berlin à Montréal en passant par New York ou la Martinique, il revendique toujours d’où il vient, car c’est son inspiration première.

En arrivant à Paris en 2014, Marvin ressent un choc immense face aux nouveaux codes culturels qui s’offrent à lui. Il se sent en décalage et se questionne sur son éducation et son enfance. « Je me suis demandé si j’avais une culture. J’avais des référence que mes collègues de province ou de Paris n’avaient pas, et inversement. » De cette crise identitaire, tout est né. C’est à cette même période, alors qu’il vient d’achever ses études de communication graphique, qu’il commence à prendre des photos de ses potes : « C’est venu comme ça, sans but particulier, précise-t-il en riant. La photographie à l’argentique m’a vraiment touché. Notamment le grain et les couleurs pastel qui dégagent cette émotion douce et mélancolique, et connotent exactement ma vision des quartiers. Ça m’a incité à montrer la vie telle que je la vois. »

Adolescent, Marvin reconnaît ne pas être très curieux, pensant que ce qu’il y a au-delà du 93 n’est pas pour lui. En même temps, quand il parle de ses aspirations à la conseillère d’orientation – à savoir, être un artiste en lien avec la mode –, sa réponse le laisse de marbre : « Faut arrêter de rêver, à un moment ! Votre situation et votre classe sociale vont être des poids, donc pour avoir une affectation, il vaut mieux opter pour une formation dans le bâtiment ou l’électricité. » Je me demande comment on peut être aussi catégorique, comment on peut, comme ça, briser les rêves d’un ado, surtout quand ses yeux sont remplis d’étoiles. « Souvent, l’espoir est absent dans les écoles REP, que ce soit dans la tête des enfants ou même des adultes. J’ai eu de la chance, j’ai continué à rêver, ajoute-t-il. Je me suis surtout construit moi-même, avec mes potes. Au lycée, on parlait beaucoup du futur, des problèmes qu’on vivait et de l’injustice sociale. On rêvait d’être des artistes engagés et influents. On avait soif de réussite et de vengeance pour tous les murs qu’on a dû sauter et les barrières qu’on nous a posées, surtout comparé à d’autres qui ont eu papa et maman pour les pistonner ou une meilleure géolocalisation. »

Sa géolocalisation, Marvin en est fier jusqu’à la moelle. Elle trouve tout son éclat dans ses clichés urbains qui, à l’instar de sa photo La Glace, brise l’image stéréotypée des jeunes et de la vie des quartiers. Il capte avec grâce des énergies en se posant au quartier pour parler et rigoler comme à l’époque. Il saisit des scènes et des visages qui lui parlent, qui contrastent avec sa vie de Parisien et vont à l’encontre des préjugés entendus intra-muros. « Les jeunes banlieusard.es ne sont pas des bon.nes à rien. Il y a des personnes fortes et humaines avec de riches valeurs. La cité est plus complexe que ce l’on peut croire. Le 93, c’est aussi la France. »

Pour finir, je n’ai pu résister à la tentation de lui demander sa définition du bonheur, toujours pas remise du fait que la vie, même si elle n’a pas toujours été tendre avec lui à ses débuts, l’a quand même doté d’un fabuleux héritage patronymique… Sa réponse met du baume au coeur : « Atteindre la paix intérieure, être bien dans ses pompes, avoir confiance en soi et n’avoir aucun regret. Ma thérapie photographique m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui, je ne suis pas malheureux. J’ai envie de continuer de grandir, de développer mon art, de rendre fiers les miens et de pousser la culture street au sommet. »

monsieurbonheurartist.com

Article du numéro 45 « Ensemble »