© Chauncey Hare Photograph Archive. Extrait de la série Interior America, 1978 ; Courtesy of The Bancroft Library, University of California Berkeley.

"C’est pénible, hein, ce que c’est anonyme… On dit cent quinze maquisards, et ça n’évoque rien, alors que pourtant, chacun, c’étaient des hommes, et on ne sait pas qui c’est : s’ils aiment une femme, s’ils ont des enfants, s’ils aiment mieux aller au cinéma ou au théâtre. On ne sait rien. On dit juste cent quinze tués. C’est comme la photographie, ça m’a toujours fascinée…"

Ainsi parlait Anna Karina dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, à l’annonce à la radio de la mort de 115 maquisards tués au Vietnam.

Le 18 septembre dernier a ouvert, dans une ancienne salle de bal à deux pas de la place de Clichy, LE BAL, un espace indépendant dédié à l’image-document : photographie, cinéma, vidéo et nouveaux médias. La première exposition s’intitule "Anonymes, l’Amérique sans nom : photographie et cinéma" et s’accompagne d’un programme de conférences et de performances mais aussi d’une programmation cinématographique au Cinéma des cinéastes.
 
L’irruption de l’autre, de l’étrange dans son quotidien c’est ouvrir les yeux (de gré ou de force) sur des territoires jusque-là ignorés, mis de côté, loin et lointains. L’anonyme c’est l’autre, c’est vous, c’est nous, c’est vous pour moi, moi pour vous, et eux, cet immense eux dans lequel chacun entre pour les autres.

Je ne suis pas bonne en maths, mais il me semble que les équations sont infinies, nous sommes tous l’anonyme pour quelqu’un et aujourd’hui, les technologies numériques de captation et de diffusion ne font qu’amplifier cette situation car le local est partout, chacun s’expose, montre qu’il existe par des intermédiaires qu’on nomme médias et qui nous font parler un peu plus fort, un peu plus loin que notre périmètre quotidien.

Mais le fait même de permettre à un grand nombre de s’exprimer sur des espaces publics renforce l’anonymat : à tous parler on ne s’entend plus et on redevient un amas dont il est difficile de se détacher. Les technologies actuelles ne font finalement que ressortir ce sentiment d’anonymat. Alors comment rendre visible l’anonymat ? Parce que toute captation, tout enregistrement casse le flux, la masse, le nombre qui le caractérise, comment rendre compte, comment exposer, dévoiler, partager cet anonymat ? Comment mais aussi pourquoi ? Pourquoi donner à voir un quotidien ? Pourquoi transmettre un moment, une situation localisée, précaire et autonome ?

C’est un peu toutes ces questions qui nourrissent la première programmation "hors les murs" du BAL, orchestrée par Nicole Brenez et Pascale Cassagnau. Jusqu’au 18 décembre, tous les samedis à 11h au Cinéma des cinéastes se tient un cycle intitulé "Anonymes USA" qui revient en images sur "l’ordinaire, le quelconque, la masse, la foule, le peuple/ figures contemporaines du paria." 
Penser et donner à voir l’anonymat c’est proposer de mettre en partage des histoires, des histoires multiples qui se rencontrent dans ce que l’on nomme "champ" mais qui se construisent surtout en fonction de ce que l’on pourra en faire "hors-champ", dans notre propre imaginaire. Ces films nous donne ainsi le temps de chercher l’homme derrière le quotidien et réinvestir les conditions de représentation de notre territoire quotidien, notre univers étrangement familier.  

  EXPOSITION

"ANONYMES"
L’Amérique sans nom : photographie et cinéma

Du 18 septembre au 19 décembre 2010

BAL : www.le-bal.fr

 



Biutiful de Alejandro González Inárritu, 2010 
 
Inárritu ne nous épargne pas. Pour son premier film écrit sans son scénariste Guillermo Arriaga, le réalisateur de 21 grammes et Babel abandonne le concept de destins croisés et de narration en puzzle. Il relate le déclin de Uxbal – Javier Bardem – père de famille sans le sou qui apprend qu’il va mourir d’un cancer de la prostate.

Dans un Barcelone trash, Uxbal magouille : il trouve des emplois clandestins aux immigrés et essaie de secourir ceux qui n’ont rien. Pour arrondir ses fins de mois, il dialogue aussi avec les fantômes et tente d’apaiser les familles en deuil.

Mais la fin est dans tout ce qu’il entreprend, la mort rôde et aucun espoir ne se profile pour ceux qui lui survivront. Chaque scène, servie par une photo magnifique, est un coup de poing dont on ne se relève pas. On sort du film en état de choc, paralysé devant ce constat d’infinie tristesse. La précision parfaite de la mise en scène et l’interprétation magistrale de Javier Bardem évitent de peu le mélo répugnant.

On embarque sans billet de retour pour cette descente aux enfers, teintée comme toujours chez Inárritu, d’un mysticisme à peine salvateur.
Le film renvoie aux pires angoisses de la condition humaine, sans détour ni chichi. 

À voir absolument donc, mais en choisissant le bon moment, si tant est qu’il y en ait pour tomber en dépression.

BIUTIFUL :: González Inárritu

Sortie en salles : 20 octobre                                               



  J’ai l’impression d’assister depuis quelques mois à un phénomène étrange : mes copines se mettent à acheter du Louboutin.

Le 23 janvier dernier, après 5 ans de frustration et de réflexion, j’ai fais une folie que je ne regrette toujours pas : franchir la porte de la boutique Christian Louboutin située rue du Faubourg Saint-Honoré, demander telle paire en telle pointure, essayer, changer de pointure, m’admirer et m’offrir une paire de Simple Pump (aka Décolleté). 395 € plus tard, je venais de me délester de l’une des sommes les plus élevées jamais dépensée pour une paire de chaussures.

Alors comment peut-on expliquer qu’en à peine quelques mois, mes copines ont elles aussi franchi le pas ?

Pour moi, le Saint-Graal est de posséder un 2.55 ou une J12. Deux dénominations, deux codes pour indiquer respectivement un sac et une montre, tous les deux de chez Chanel. Deux emblèmes mythiques que toute modeuse rêverait de posséder. Alors à moins d’hériter d’une tante lointaine, il va falloir économiser… une grosse somme !

Quant aux modèles de Christian Louboutin, rendus célèbres à travers le monde entier par Dita Von Teese (qui a été une bonne ambassadrice sans l’avoir réellement été), ils sont plus ou moins « accessibles ». Le premier modèle coûte 395 € (celui que j’ai acheté) et les prix peuvent s’envoler jusqu’à 1 000 et quelques euros. Si vous avez des copines adeptes des bons plans, vous aurez peut-être le privilège d’assister à une vente presse Louboutin (j’avoue, je n’ai pas encore eu ce privilège, à mon grand désespoir… !)

Qu’est-ce qui fait donc craquer les filles ? Serait-ce à cause de cette désormais célèbre semelle rouge incandescente si sexy ? Ou  grâce à la parfaite cambrure du talon qui ne fait même pas mal ? Pour le savoir, n’hésitez pas à pousser les portes de leurs boutiques, ne serait-ce que pour essayer. Parce qu’une paire de Louboutin, ça se découvre, ça se touche, ça s’essaye et surtout, ça ne fonctionne qu’au coup de cœur. Et puis quel bonheur de sortir de là, sac siglé à la main, en observant le regard des filles que l’on croise… vertes de jalousie !

Oui, Christian Louboutin est bel et bien devenu le Saint-Graal. Je suis devenue une pro-Louboutin, celle qui accompagne ses copines acheter leur première paire. Quant à moi, même si je l’ai déjà trouvé, je ne compte surtout pas m’arrêter…

Retrouvez Émilie sur son blog http://www.thebrunette.fr

 

La Vénus noire, Adellatif Kechiche, 2010 © mk2

"Aucun des visiteurs du musée de l’Homme n’a pu rester insensible à la vision de la Vénus Hottentote"
, ainsi Gérard Badou entreprend de raconter l’histoire de Saartjie Baartman, une jeune Sud-africaine aux formes hallucinantes qui fut arrachée de sa terre natale en 1810 pour être exhibée comme une bête de foire en Europe.

Cette esclave présente en effet un physique pour le moins plantureux : une hypertrophie des hanches et du fessier, organes génitaux protubérants, tout un attirail caractéristique des membres de son ethnie, les Khoisan.

Montrée dans les salons et foires de Londres, de Hollande puis de Paris, sa vie fut une succession d’humiliations. Vendue à tous les regards (abrutis, pervers, curieux, maquereaux, médecins, peintres, etc.), humiliée, violée et examinée sous toutes les coutures, un scientifique établit même un rapport comparant son visage à celui d’un orang-outang et son fessier, à celui d’un singe mandrill. Un autre y vit la preuve de son infériorité raciale. Et de conclure : Les races à crâne déprimé et comprimé son condamné à une éternelle infériorité." 

Et comme si l’adage "Il y a quand même une justice dans ce bas-monde" n’existait pas, sa fin fut également assez pathétique. Elle mourut à 27 ans d’une pneumonie. Son cadavre fut ensuite disséqué et moulé par un professeur (barbare ?) en anatomie qui eut la présence d’esprit de préserver son cerveau et ses organes génitaux dans des bocaux de formol.

Son exposition se prolongea post-mortem au musée de l’Homme à Paris où l’on pouvait admirer, jusqu’à la fin des années 70, le fameux moulage de son squelette. Son histoire ne trouva finalement son épilogue qu’en 1994, à la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud, lorsque Nelson Mandela demanda à rapatrier sa dépouille pour lui offrir une sépulture décente. La France ne s’exécutera qu’en 2002, contre l’avis du monde scientifique qui la considérait comme un patrimoine inaliénable du museum de la science.

Le livre L’énigme de la Vénus Hottentote, réédité chez Payot et Rivages en 2002, l’année même de la restitution des restes de la Vénus à l’ethnie Khoisan, c’est aussi l’histoire du regard des colons sur les peuples autochtones. Il ne s’agit pas d’un ouvrage ethnographique mais d’un roman archéologique, dans lequel l’imagination peut – comme disait Flaubert – "rebâtir des mondes avec des brins de sureau et des débris de pots de chambre." Documenté, Gérard Badou reconstitue l’histoire la Vénus à l’aide d’indices, de détails, qui donnent vie au récit. 
 

Des explorateurs hollandais qui ont ravi la jeune africaine, aux spectateurs de Piccadilly, en passant par les anthropologues du musée de l’Homme à Paris, Gérard Badou parcourt, au travers du personnage emblématique de la Vénus Hottentote, 150 ans d’ethnocentrisme et de misogynie.

 

     LIVRE

   Gérard BADOU :: L’énigme de la Vénus Hottentote 
   La Petite Bibliothèque Payot, 208 pages

   2002


Belle de jour, Luis Buñuel, 1966 © StudioCanal 
 
La chevelure au cinéma c’est d’abord pour Alain Bergala, commissaire de l’exposition qui a lieu en ce moment à la Cinémathèque, la panoplie d’un mythe : celui de la femme, évidemment, le femme fatale, la femme objet, la femme dominante et dominée.

Derrière le cheveux, et qu’importe la couleur, se cache ainsi des enjeux sociaux et politiques, mais aussi esthétiques. Que laisse voir une chevelure féminine, que dissimule-t-elle ? Et pourquoi la dissimuler ? En quoi symbolise-t-elle la féminité, la sensualité, l’érotisme ? Comment la représenter ? À travers cet ensemble de questions, Bergala nous invite à déambuler dans une exposition construite comme un scénario qui se développerait en cinq séquences et une salle de cinéma où sont projetés six courts métrages commandés spécialement sur le thème de l’exposition à six réalisateurs de six pays différents.
La première séquence est celle du mythe, entre les couvertures de Elle, le portrait de Lana Turner d’Andy Warhol et les extraits des films représentant les icônes – de Louise Brook aux demoiselles de Rochefort en passant par l’incontournable Marilyn – qui ont bâti la profondeur de notre croyance en cette beauté platine.

La deuxième séquence décline, autour de trois salons de coiffures (l’africain, l’oriental et le japonais) et de séquences d’archives, la force politique, sociale et historique
de cet atout majeur d’une sensualité trop souvent brimée, formatée ou cachée. Ten d’Abbas Kiarostami, les portraits photographiques des Femmes algériennes de Marc Garanger ou les documents de l’INA sur l’émancipation des femmes françaises ou américaines ouvrent ainsi ce mythe à la réalité très concrète d’une histoire en formation.
La troisième séquence porte sur le motif et la gestuelle rattachés à la chevelure et montre comment se mythe ne naît pas avec le cinéma mais qu’il est, au contraire, une question latente dans l’histoire de l’art. Dans cette salle nous passons ainsi des tableaux d’Edgar Degas, ceux de Puvi de Chavannes ou de La Danaïde d’Auguste Rodin à une performance filmée de Marina Abramovic, ou aux clichés de Man Ray.

La quatrième séquence s’arrête sur la chevelure au cœur de la fiction avec des nombreuses séquences de films (8 femmes de François Ozon ou Alphaville de Jean-Luc Godard), des extraits d’un documentaire d’Alain Bergala tiré de l’exposition (diffusé sur Arte le 25 novembre prochain) et des œuvres contemporaines sur trois thèmes majeurs qu’ouvre la chevelure dans la fiction : la rivalité brune/blonde, la métamorphose et le sacrifice.

La cinquième et dernière séquence enfin, nous pousse vers l’abstraction avec un cheveu regardé comme pure matière. Le cheveu devient paysage, fétiche, rappelant l’installation gigantesque d’Alice Anderson qui fait descendre, influencée par le conte des frères Grimm. Réponse, une immense chevelure rousse lâchée du haut du donjon de la Cinémathèque. Entre mythe et document, magie et sacrifice, peinture et cinéma, la chevelure devient à la cinémathèque un objet de fantasme, de réflexion politique et de délire esthétique.

 
« Ni brune, ni blonde, bien au contraire »
Exposition Brune/Blonde à la Cinémathèque française

Du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011

 
 
 
Illustration, Lucie Birant 

21 heures. Vous enfilez votre costume de zombie sur le beat frénétique de Twisted Charm en grommelant. Votre robe en forme de meringue vous donne plus l’air d’aller à un bal de promo qu’à une fête d’Halloween.

Les assauts complètement déstructurés de ce morceau incendiaire vont font rater l’étape maquillage. Vous sursautez quand le synthé imite un saxophone possédé, et renversez votre vernis à ongles rouge sang sur la dite-robe. La touche finale est assurée. Votre transformation en morte-vivante désarticulée aura été plus rapide que prévu.

Tic tac, tic tac, vous attendez vos convives avec un ennui non dissimulé… Screamin Jay Hawkins vous susurre "I put a spell on you", entre deux hurlements hystériques. Avachie sur le canapé du salon, vous vous dites qu’il n’y avait bien qu’un génie possédé comme lui pour faire de cette chanson d’amour larmoyante un hymne à la folie.

L’ambiance inquiétante de la soirée commence à s’emparer de vous quand les premiers accords de Stupid Band, du premier album des Britanniques de Neils Children, vous réveillent de votre torpeur.

On sonne à la porte. Les petits cris stridents du chanteur font joliment écho à ceux poussés par les convives masquées qui pénètrent dans votre appartement. Sur votre canapé trône alors une belle brochette de freaks. José n’est pas très rassurant dans son costume de vieux fou édenté. Quant à Jeanine, vous vous demandez quels projets macabres parcourent sa tête peinturlurée.

Les riffs salvateurs de Human Fly, des Cramps, achèvent de semer dans votre esprit des pensées sinistres. Vous soulevez l’idée d’étriper quelqu’un, histoire de donner tout son sens à votre costume. Le hasard fait bien les choses, c’est l’heure de la récolte de bonbons.

Votre stéréo entonne le psychédélique "She put the baby in the microwave", de quoi faire déguerpir les mioches venus réclamer des bonbons. Mais ils ne démordent pas, les mal-élevés ! Le groupe s’appelle The Mutilators, c’est un signe, il valait mieux ne pas insister.

Ni une ni deux, vous vous lancez dans une course poursuite, entraînée par le surexcité Lifestyle Problems des Dicks. "Et le respect des aînés, alors !" Ils courent vite, ces mouflets, et votre robe-meringue n’arrange rien.

Flip your face de Contortion, signe votre retour au bercail sur fond de guitares dézinguées. Éméchée et troublée de vous être laissée emporter par votre rôle de méchante d’un soir, vous vous dites qu’après tout, il n’est pas trop tard pour endosser votre costume d’adulte civilisée.
 

 
 
 
Ding dong !

Hayyyyy-loooooo ! Comment ça va ? Non, j’ai pas eu de mal à trouver… Woohoo, il est super ton chez toi ! Ça sent la peinture toute fraîche et ta petite déco, c’est chouette tout ça, bravo t’as assuré ! Rappelle-moi de ne jamais louper une rubrique déco Paulette, t’as l’air d’avoir plus d’un tour dans ta pochette ! Quoi, je suis la première arrivée ? Cool on va pouvoir papoter…

Ça tombe bien, je voulais te parler de ce qu’on appelle le fashion faux-pas. Tu y crois toi ? Ça veut dire quoi en fait, un faux pas fashion (et on le récupère où le code pénal de la fashion) ? J’imagine que c’est le mauvais goût qui est pointé du doigt, mais en même temps c’est connu, tout le monde n’a pas les mêmes goûts et on n’est pas censé en discuter ! Donc ça reste très subjectif tout ça.

Je te parle de ça parce que l’autre jour je suis tombée sur le blog d’Anna Dello Russo (http://www.annadellorusso.com), grande chouchou des photographes de street style pour son style hautement fashion-décalé qui, saison après saison, a presque fait d’elle une icône fashion. Elle ose à peu près tout, du serre-tête orné de géantes cerises aux épaulettes façon ailes d’oiseau. C’est un genre de Carrie Bradshaw en plus décalée et surtout bien réelle. Bon d’accord, elle évolue dans les hautes sphères fashion ce qui lui permet d’assumer plus facilement son style décalé (difficile d’aller voir son boss pour une augmentation de salaire et être crédible avec un serre-tête pastèque sur la tête) mais bon, quand même, elle n’y va pas à moitié côté style et accessoires et potentiellement fashion faux-pas. D’ailleurs, en parlant de Carrie Bradshaw, en voilà une autre icône fashion qui a plus d’une fois frôlé la garde à vue pour cause de looks originaux. Et pourtant, c’est son style quasi unique qui a rendu des tonnes de fashionistas accros à la série dont elle est la star (moi la première) ! Si on en croit les do’s et don’ts de la fashion, Anna ou Carrie battraient tous les records de faux-pas.
Même si j’ai un style vestimentaire assez simple, j’aime les looks hors du commun, je trouve que ça fonctionne, on ne s’ennuie jamais, ça fait rêver, ça réveille et ça booste. C’est un peu comme exhiber des petits bouts de bonne humeur et d’espièglerie. S’habiller, ça devrait être un moyen de s’amuser, de jouer avec les formes, les matières, de superposer ou pas, d’expérimenter, de rester sage ou non, de découper, de customiser, de réinventer, bref d’être spontanée et ce serait dommage de brider sa créativité sur la base de règles virtuelles.

Pour toi Paulette, finalement, la mode c’est un peu comme ça que tu la vois : décomplexée, sans frontière, haute en couleurs et dans toutes les tailles ! Il était grand temps que tu arrives, je sens qu’on va prendre un grand bol d’air fashion avec toi.

Ah tiens, ça sonne : voilà les autres qui arrivent !

 

Retrouvez Sakina sur son blog http://saksinthecity.blogspot.com/

 


Photo : Yann Stofer, retravaillée par Paulette.




Il n’y a pas si longtemps, Paulette a bu un demi citron à Strasbourg Saint-Denis avec Seb le chanteur et Thibaut le synthé de Shit Browne, le groupe pop à suivre de près. 

Il faut dire qu’elle les avait à l’œil les Shit Browne, depuis que Mondkopf les lui avait recommandés lors de son 5 à 7 sur le blog de l’Atelier. Rencontre.

Paulette : Shit Browne ? C’est quoi ce nom de m***e ?
Seb : On a décidé de ne plus trop en parler… C’est un nom de famille, avec effectivement une fratrie au milieu, mon frère et moi (Denis Browne, ndlr), mais on a tous adopté le même patronyme, Browne.
 
Thibaut : C’est un peu comme Rémi sans famille, ma famille à moi, c’est celle que j’ai choisie !

En tout cas vous ne faites pas du tout de la m***e, on dit même que vous avez réactivé le courant Madchester, pouvez-vous nous décrire vos influences ?
Thibaut : Nos influences ne sont pas directement celles de la scène de Manchester. En fait, on a les mêmes influences que cette musique-là. Par exemple, je suis plus marqué par la scène de Sheffield, plus expérimentale… Malgré tout, il y a des racines communes, ça va de la soul à de la house de Chicago, en passant par une indie pop la plus pure des 80’s et 90’s qu’on écoutait quand on était ados et qu’on continue d’aimer aujourd’hui. Mais il y a aussi du rock steady qu’on écoutait juste avant l’interview. Donc on est plus variés que ce que l’on dit souvent de nous : on ne fait pas du Madchester une Église, simplement on retrouve les mêmes influences que les groupes qu’on a admirés quand on était ados.

Quels sont ces groupes ?
Thibaut : Par exemple, les Happy Mondays. J’aime aussi le côté plus expérimental mais aussi blues très classique de M.O.S Cream, c’est un son très riche, un groupe qui allait dans tous les sens et qui nous interpelle à chaque fois. Aussi bien dans des choses purement électroniques et synthétiques que dans des sons plus roots, plus terreux.

Lorsque l’on écoute votre album (Every Single Penny Will be Reinvested in The Party), chaque morceau semble avoir une vie et des influences propres. Comment travaillez-vous, peut-on attribuer chaque sonorité à un membre du groupe en particulier ?
Thibaut : Les morceaux n’ont pas d’origine précise, chacun arrive avec deux-trois accords, des idées, parfois simplement un concept, et au fur et à mesure le morceau se compose. Finalement, ça reste assez cohérent. Jamais personne n’impose un morceau aux autres. On se laisse toujours plein de chances et de portes ouvertes.
 
Seb : Il y a des morceaux que j’aime beaucoup, d’autres que j’aime moins, mais il faut garder en tête que c’est un premier disque et que chacun est arrivé avec des morceaux composés qui existaient déjà, donc on peut voir ça comme une sorte de compilation. Ça n’a pas été conçu comme un ensemble.

Seul le morceau Eternal Love est sans paroles, pourquoi ?
Thibaut : C’est un interlude, un peu comme si l’on écoutait un vinyle, c’est le joint entre les deux parties de l’album. C’est le moment lounge de l’album, le moment chill out. (…) Le silence est un moyen de s’exprimer comme un autre. C’est vraiment un moment extatique et extasié, un peu comme lorsqu’on se réveille à 10h du mat’ sous un soleil de plomb et que l’on s’aime tous parce qu’on est sous X. Teilhard de Chardin disait la même chose dans sa théorie du Noos. C’était un philosophe jésuite et antropologue. Il voyait les hommes reliés par un inconscient collectif, mais aussi par l’amour. Pour lui, tous les humains raisonnent par l’amour.

Seb : Ce n’est pas une vision romantique de l’amour, mais quelque chose d’universel.

La drogue fait-elle partie de votre processus créatif ?
Seb : On en prenait comme tout le monde à l’adolescence car c’est quelque chose d’important à ce moment-là. Maintenant, on est vieux alors on est plus tranquilles. On fait de la pop de trentenaires (rires).
 
Thibaut : Ça fait partie des expériences qui nous inspirent, qui font notre musique. Mais ça n’est pas un élément déclencheur seul, c’est un ensemble de choses qui accompagne ce processus.
 
Seb : C’est un peu une catharsis. Ce n’est pas un filtre en soi mais un filtre parmi d’autres, comme à peu près tout !
 
Thibaut : C’est vraiment quelque chose de festif, de toute façon je pense qu’il y a peu d’artistes qui peuvent vraiment composer en étant drogué. Notre musique est destinée à accompagner le trip. La drogue est considérée comme quelque chose de dangereux pour un individu lambda alors que je pense que c’est davantage une expérience en soi. On en fait tout un patacaisse pour rien ! Ça devrait être appréhendé comme prendre des verres. On ferait mieux de mettre en place une éducation aux drogues, comme on le fait pour l’éducation sexuelle au collège et on éviterait beaucoup de dérives.

Et en politique, quelle est votre sensibilité ?
Seb : On est cinq dans le groupe et on représente un éventail assez large à gauche, des anarchistes à l’extrême-gauche…
 
Thibaut : C’est un peu Pif Gadget, y’a des Pif et y’a des Hercule (rires) ! Pour moi, le vote n’est pas représentatif d’une conviction personnelle. Il incarne le paroxysme du moment politique chez une personne. Ça a toujours eu peu de poids en République et ça en a de moins en moins. Par ce geste, on se décharge de ses obligations civiques. Ça ne reflète pas un positionnement, on peut avoir un quotidien plus ancré dans des habitudes de gauche et voter à droite, et réciproquement.

Quand est-ce qu’on va pouvoir vous voir en concert ?
Thibaut : On a une tournée en Angleterre en décembre, ça s’annonce plutôt rigolo avec pleins de potes qui nous accompagne en minibus !
 
Seb : Ils prévoient notamment de se déguiser (rires).
 
Un deuxième album en route ?
Seb : Pas dans l’immédiat. On est dans une phase de recherche, on va vers quelque chose de plus cohérent, de plus personnel. Contrairement au premier album, on va faire émerger la vraie personnalité au groupe. Faire quelque chose de plus ramassé.

Bon, et elle a lieu quand cette party ?
Thibaut : En anglais, "Party" c’est aussi le parti politique. Faire la fête c’est aussi être en réaction au consumérisme. C’est un gâchis utile ! Si on avait 1 million d’euros, on ferait une grosse fête qui en consommerait l’intégralité !

Seb : Jusqu’à 45 ans ! 45 ans, je trouve que ça sonne bien.

Découvrez-les en live – Electronics (à l’International)

 
 



SHIT BROWNE :: Every Single Penny Will Be Reinvested in The Party

Asphalt Duchess

2010

ÉCOUTER L’ALBUM

Photos : Alexandra de Lapierre (du blog Adelap)


Notre Paulette reporter Adelap s’est rendue cette semaine à la rétrospective dédiée à Jean-Michel Basquiat au Musée d’Art Moderne. Visite guidée.
 
Vous n’y aurez sans doute pas échappé, en ce moment,  il n’y en a que pour Jean-Michel. Jean-Michel le Film (de Davis), Jean-Michel le Docufiction (d’Edo Bertoglio), Jean-Michel le Livre (d’Anaïd Demir), Jean-Michel les Baskets (Reebok) et, bien sûr, Jean-Michel la Rétrospective. Et pas des moindres. Il s’agit en effet de la première rétrospective consacrée à cet artiste mort bien trop jeune : 27 ans. D’une overdose, histoire de parfaire la légende.

Mais pour cet événement, le MAM a décidé de se la jouer low profile : cette expo, majeure donc, présente de manière finalement assez sobre les peintures et dessins du pin-up boy de Brooklyn qui débuta sa carrière en signant ses graffitis SAMO (pour "Same Old Shit") accompagné d’une couronne et du sigle du copyright.

Son ascension, fulgurante, le mena à entrer dans les galeries, à travers la peinture. Sa marque de fabrique ? Le mélange des mythologies vaudou et de la Bible, en même temps que la BD, la pub, la street et ses héros musiciens ou sportifs (noirs, obligé !)… Résultat, en 1983, il est le premier artiste noir à exposer à la Biennale du Whitney Museum of American Art (NYC). 

La suite ? Que du bon, des collaborations avec Andy Warhol (jusqu’à la mort de ce dernier en 1987), des expos à foison… Son "expressionnisme primitiviste" conquiert le monde. Jusqu’à sa mort, prématurée, en 1988. Sa vie inspirera les cinéastes avec un film dédié en 1996 de Julian Schnabel. 

Alors, cette rétrospective, un cadeau empoisonné pour Jean-Michel ? Préparée avec la Fondation Beyeler à Bâle, elle est la première rétrospective consacrée à l’artiste. Mais y retrouve t-on véritablement la fougue et le côté sulfureux de l’artiste ? 

Verdict : nous avons eu beau le chercher, Jean-Michel n’est plus là, il manque quelque chose, quelqu’un, malgré les artifices bien pensé de l’expo qui présente ses oeuvres, souvent gigantesques, colorées et composées de couches infinies… ÉNERGIE, COLÈRE, PASSION, MORT, AFRIQUE, MATIÈRE, SARCASME, TYPOGRAPHIE, NEW-YORK, MYTHE…

Difficile de trancher. Seul reste à la bouche un goût immodéré pour l’artiste…
 

 
 
DOCUMENTAIRE

JEAN-MICHEL BASQUIAT : The Radiant Child de Tamra Davis

En salles depuis le 13 octobre

 

Photo : Vincent Courtois

Un pur concentré d’énergie : tel est La Vie au ranch de Sophie Letourneur qui, dans un premier film stimulant, observe un groupe de filles de 20 ans à un moment charnière de leur vie, celui où l’insouciance cède face à la gravité des premiers choix d’adultes. Largement autobiographique, ce récit nous a donné envie de mieux connaître son auteur, une belle nostalgique de 32 ans.
 
Longue silhouette vêtue de noir, Sophie nous reçoit chez elle, santiags aux pieds, un détail qui fait mouche, au regard du titre de son film, La Vie au ranch. Pour un peu, on se croirait dans le décor de son long métrage qui compte parmi les plus belles réussites cinématographiques de l’année. Le « ranch », c’est cet appartement cocon, au centre de la vie d’un groupe de filles, à l’âge des premiers renoncements.

Avec un sens consommé du détail, cette plasticienne de formation (elle a fait l’école d’arts appliqués Duperré à Paris) décrit la dislocation progressive et inéluctable d’une amitié, vécue sur le mode collectif. La justesse inouïe des dialogues et des situations doit beaucoup aux archives vidéo et aux enregistrements de conversations que la réalisatrice a accumulés pendant ces années d’études : « À cette époque, j’ai fait pas mal de films un peu documentaires, sur le mode de vie des gens et j’ai glissé du portrait en peinture au portrait en super 8. J’ai commencé à toucher à l’image en mouvement comme ça. Après, j’ai fait les Arts déco en vidéo. J’ai commencé à être plus technique, notamment sur le son. » Lequel revêt une importance cruciale dans le film puisque Sophie Letourneur donne à entendre sinon des voix, mais surtout la voix du groupe : « Depuis les Arts déco, je m’intéresse au rythme des conversations, à la mélodie du langage. Je n’écris pas des dialogues, je les compose plutôt, en fonctionnant beaucoup à l’oreille et de manière intuitive. »

Après avoir essuyé quelques échecs dans des projets plus ou moins tirés par les cheveux, elle rencontre son futur producteur, qui produira son premier court-métrage, La Tête dans le vide, réalisé sans budget et avec ses copines. Le film connaît une belle carrière dans les festivals et la belle enchaîne avec deux moyen-métrages, Manue Bolonaise et Roc et Canyon, également remarqués. Elle écrit La vie au ranch peu après la naissance de sa fille. C’est, pour elle, une manière de solder une époque révolue : « J’avais besoin de ce film, c’était une forme de deuil. C’est la petite boîte où se trouve un certain moment de mon existence. Je l’ai ouverte une dernière fois et j’ai tout ressorti. Ça m’a aidée à la fermer complètement. » Elle s’avoue volontiers nostalgique – « ça se voit dans mon film » – et se dit aujourd’hui sur le chemin de l’autonomie : « J’apprends enfin à être indépendante mais c’est long et compliqué. Ce sera sans doute l’objet d’un prochain film. » Son nouveau projet ? Un conte moderne qui parlera précisément, tout en s’écartant de la veine autobiographique de La Vie au ranch, de cet état intermédiaire de la féminité.

Une princesse avec des santiags aux pieds ? Voilà comment on pourrait définir cette réalisatrice au regard affûté et sur qui le cinéma français devra dorénavant compter.  

Interview filmée de Sophie Letourneur



LE FILM

La Vie au ranch :: Sophie Letourneur

avec Sarah Jane-Sauvegrain, Eulalie Juster, Mahault
Mollaret…

En salles depuis le 13 octobre

LE FACEBOOK DU FILM (ici)

BONUS PAULETTE 
La belle bouille de Benjamin Siksou, notre chouchou !