Liverpool. 1955. Un petit rebel se morfond : "Why hasn’t God made me Elvis ?". "Because He was saving you for John Lennon" lui répond sa mère.

Ce biopic sur les années d’adolescence du célèbre chanteur aux lunettes rondes permet de découvrir le jeune homme derrière la légende.
 
Élevé par sa tante Mimi depuis l’âge de cinq ans, John retrouve sa mère à l’âge de 15 ans. C’est donc à travers sa relation à la figure maternelle – déchirée entre deux femmes opposées – que l’on appréhende comment John Lennon est devenu le personnage que l’on connaît.
D’une part, sa tante : the upright British woman from the 50’s, digne, à la limite de l’austérité, mais persuadée d’agir pour le mieux. D’autre part, sa mère : rock’n’roll, un peu fofolle, qui lui apprend la guitare. Trop libre pour une femme de son époque, elle lui insuffle la créativité qu’elle n’a pas pu exprimer. Le contraste entre les deux sœurs permet de dégager les influences que l’environnement de ce génie a pu exercer sur son développement, ainsi que les forces et faiblesses de sa construction. La rencontre avec Paul McCartney, qui souffre également de l’absence de sa mère, morte d’un cancer, est forcément piquante mais également émouvante.
 
La justesse des personnages est admirablement servie par un casting de haute voltige. Aaron Johnson, l’égérie UK montante que l’on a pu voir dans Kick-Ass ou Chatroom…, a su, sans ressembler à Lennon de manière évidente, en capter l’esprit. Anne-Marie Duff est extraordinaire en mère perdue, dont la gaîté n’a d’égale que sa dépression. Et Kristin Scott-Thomas donne une profondeur touchante à une tante antipathique de prime abord, mais avec laquelle John Lennon a correspondu toute sa vie.
 
Le premier long-métrage de Sam Taylor-Wood, artiste primée à la Biennale de Venise en 1997, retranscrit sans mélo les premiers pas de l’icône et fait la lumière sur une période peu connue mais pourtant charnière de la vie du héros. Fidèle au rockabilly de l’époque, l’atmosphère "péchue" des Trentes Glorieuses l’emporte sur le misérabilisme qu’aurait pu susciter cette success story commencée dans le Liverpool d’après-guerre. Jerry Lee Lewis, Wanda Jackson, les chansons cultes M. Sandman et Be Bop-A–Lula… composent une BO enlevée. Dommage que le film se perde un peu dans le factuel. Les conventions du biopic sont lourdes à porter, mais Sam Taylor-Wood arrive à rendre l’exercice léger.
 
Nowhere Boy, en écho à la célèbre chanson des Beatles Nowhere Man, sort le 8 décembre 2010, jour anniversaire de la mort de John Lennon le 8 décembre 1980.
 
 
NOWHERE BOY :: Sam Taylor-Wood

avec Aaron Johnson

Sortie le 8 décembre 2010

Piet Mondrian, "composition en rouge, bleu et blanc II", 1937. Mondrian/Holtzman Trust, coll. Centre Pompidou, RMN.

L’exposition Mondrian/De Stijl qui vient d’ouvrir au Centre Pompidou est une première en France. Jamais auparavant une institution n’avait présenté en ses murs une exposition sur l’une des avant-gardes fondatrices de la modernité.

De Stijl est une revue, un mouvement, une pensée manifeste de la peinture, une vision du monde. Le Centre Pompidou a choisi de traiter le sujet via une exposition 2 en 1 assez réussie. Une exposition thématique et théorique entrecoupée d’une exposition monographique de l’artiste Piet Mondrian, l’un des théoriciens du mouvement.


Ce que l’on apprend c’est que Piet Mondrian est un hippie.
Comme pour beaucoup d’artistes, un certain Cézanne fit grande impression chez le jeune Mondrian. En 1911, le Stedelijk Museum d’Amsterdam organise la première exposition du Cercle d’art moderne, c’est là que Mondrian découvre la peinture de Cézanne et le cubisme de Braque et de Picasso. C’est cette découverte qui va faire basculer sa peinture vers l’abstraction. Mondrian s’installe à Paris et commence sa quête d’universalité. Il abandonne la représentation et neutralise le rapport figure/fond. Il embrasse ainsi le néoplasticisme. Le néoplasticisme c’est l’absence totale de figure, de sujet, de thème, c’est la part belle au rythme, aux lignes, aux angles droits et aux couleurs réduits a minima, le cyan, le magenta et le jaune. Mondrian déconstruit aussi le tableau, il le fait pivoter à 45° degrés et le pose sur la pointe.
 
Et pourtant, devant une toile de Mondrian l’expérience sensible originelle de la peinture reste intacte. Une toile de Mondrian n’est ni bavarde ni tape-à-l’oeil, elle flirte avec l’essentiel. Elle propose une nouvelle perception sensorielle et ordination du monde. Et même si la tâche est ambitieuse, elle réussit. On constate que l’orthogonalité reste la forme simple et minimale permettant la meilleure réciprocité entre la couleur, le rythme et la forme. C’est simple. C’est essentiel.
 
Dès 1917, la revue De Stijl se donne pour but de synthétiser ces théories. Theo Van Doesburg son directeur s’y emploie et propose de rendre compte de cette nouvelle vision. Le monde est signe, symbole, géométrie et il est aussi la projection d’une vision intérieure. Les peintres projettent leur vision intérieure du monde. Les architectes la construisent. Naturellement, l’architecture privée et l’espace public sont explorés. Une nouvelle ordination du monde demande de nouvelles façons de l’habiter. Et c’est là aussi la force du mouvement qui devient fondateur pour la modernité, sa vision universelle s’accompagne d’une vision communautaire. Socialistes, les architectes de De Stijl vont être à l’origine de l’architecture moderne, des mégastructures et de l’urbanisme.
 
Ce que l’on expérimente, c’est l’autonomie.
L’exposition, renouant avec l’expérience fondamentale, montre que la peinture n’est pas chose aisée. Peut-on encore se poser devant une toile et observer l’essentiel en ces temps de saturation visuelle? Cette exposition offre au visiteur l’autonomie, celle du regard. Débarrassé de toute référence visuelle ou historique, libre d’association géométrique et colorée, en rupture totale avec une quelconque narration, l’art abstrait apparaît alors dans toute son essence : universelle. Oubliez les cartels, les dates clés et la chronologie scénographique, commencez l’exposition les yeux fermés et avancez jusqu’à Mondrian. Arrivé là, observez un peu et laissez-vous aller, surtout ne cherchez pas. C’est simple. Ça s’appelle l’autonomie du regard. Après, si pour quelques raisons certains pensent ne pas avoir "fait" toute l’exposition, qu’ils la refassent en sens inverse. 
 
  MONDRIAN/DE STIJL

CENTRE POMPIDOU

Jusqu’au 21 mars 2011

  
    Ça a commencé par un coup de foudre (aucun ballon de volley n’a été impliqué cette fois) et depuis, c’est jamais l’un sans l’autre. Mais qui se cache derrière ce bellâtre au doux parfum d’amour ? Suivez "L’Enquette" pour découvrir les nombreuses facettes de ce bipède si intriguant !
 
Cette semaine, on s’attaque à un gros morceau : le virtuel. Non non pas celui que vous avez créé sur Second Life mais bien celui-là, oui, lui assis en face de vous avec son café et son ordinateur, le Georges "online". Mais qu’est ce qu’il fait sur Internet ? "Ah bah fastoche, Youpor* et résultats de foot. Y’a que ça qui les intéressent." Ouh la la ma petite, on arrête tout de suite parce que oui, comme nous, Georges procrastine sur la toile (enfin nous pas autant et puis c’est essentiel les tweets #TopshopKate) mais il ne fait pas que ça. Il blogue ! Sur quoi ? Pourquoi ? Comment ? Le Georges–Blogueur (le GB pour les intimes) est passé sous la loupe grossissante de Paulette, and here we go.

Entre le GB geek qui vit nuit et jour au rythme de WOW (World of Warcraft pour les novices) et le GB Guevara romançant ses carnets de voyages, Paulette a choisi de s’intéresser à une espèce différente : le GB dandy 2.0.

Jouant des apparences, il revêt son pseudo gangsta pour sublimer les clichés du dur à cuire. Âmes sensibles s’abstenir. Et oui, ce sont des mots de mecs pour les mecs. Sur ces blogs on parle de fesses, de fêtes et de fringues.

Monsieur D. raconte ici ses soirées improbables au bord de l’océan, au café Rosa ou sur le parking d’un supermarché en Belgique. Big B. nous fait découvrir de nouveaux beats et rêve d’high five avec les grands noms de la East Coast pendant que Mister H. dégaine les références arty et fait se pâmer les Paulette avec sa cravate Doherty et sa moustache parfaitement taillée.

On retrouve ainsi toute la fougue d’un jeune Kérouac mêlant l’obsession esthétique d’un Bret Easton Ellis au whisky d’un Bukowski aguerri (ça c’est pour les références). Cru et franc, il parle de filles comme de bières ; détaillant ses ébats au coin d’une ruelle avec force de détails comme Maïté le ferait pour la recette de l’Aligot. Snob et hautain, ses rimes reflètent sa hype qui n’est pas destinée à plaire mais bien à instaurer sa supériorité virtuelle dans des domaines obscurs. Parfois, on retrouve cette petite obsession du kitsch et du surréaliste que nous les Paulette avons embrassé depuis bien longtemps.

Bouh ! ça donne pas très envie tout ça. Mais pourquoi Paulette continue t-elle de lire alors ? Parce qu’au-delà des mots, on perçoit l’homme en quête d’un paradis terrestre. On ressent le Robinson Crusoé hypra-connecté mais qui, en marge du crew, seul dans sa recherche d’un idéal. Sa brutalité nous surprend autant que sa complexité nous fascine. Et puis pourquoi fermer les yeux devant cette porte ouverte sur le monde de Georges ? Ah là vous reprenez le fil n’est ce pas?

Et oui, un petit conseil les Paulette, grimpez sur la toile pour mieux comprendre les arachnéens de l’autre sexe ! Vous ferez d’étonnantes découvertes.

Retrouvez Émilie sur son blog : http://bksellcoy.wordpress.com/
 

Photos, Zulma Gonzales

Paulette a eu la primeur de rencontrer Salem à New York, en octobre dernier lors du festival CMJ. Il faut dire qu’elle les avait à l’oeil depuis un bout de temps (lire). Rencontre avec un groupe controversé et apathique.

Les gens se posent pas mal de questions à propos de Salem. Les journalistes tentent des interviews, Last.fm les adule, Pitchfork les décrit comme des pionniers d’un nouveau genre appelé drag ou witch house. Il faut dire que leur musique est très difficile à définir ; le groupe admet autant qu’il laisse faire. Depuis la sortie de leur album en septembre dernier (aux USA), tous les regards sont braqués sur eux, ce qui explique l’hystérie lors de leur montée sur scène, augmentée depuis l’infâme incident à SXSW.

Au final, leur performance a largement dépassé les autres, y compris celle de Marnie Stern le lendemain, et ce malgré les critiques – voire la haine – qu’il peuvent susciter chez certains. Vous pourrez en juger par vous-mêmes lors de leur concert aux Transmusicales de Rennes le 10 décembre prochain.

Paulette : Salut.
John : Salut, je m’appelle John Holland, je viens de Traverse City.
Heather : Et moi Heather Marlott, de Traverse City aussi.
Jack : Jack Donaghue, de Chicago.
 
Depuis quand votre son a-t-il commencé à exister ?
John : Depuis que l’on fait de la musique ça a toujours été comme ça, ça s’est développé pas mal, mais…
Jack : J’pense qu’aucune musique, enfin, qu’aucun d’entre nous a fait… J’veux dire, n’importe qui écoute notre son, il dira "D’où ça vient ?". Notre musique vient du même endroit, tous nos centres d’intérêts y sont regroupés maintenant.
 
On vous a décrit comme des rape gaze (musique/regard de violeur, ndlr) ?
Jack : Rape gaze ?
Heather : Si, c’était ce truc que Lauren a dit et après tout le monde lui en voulait à mort…
Jack : C’est qui Lauren ?
John : Elle était dans le groupe, Creep ?!!
Jack : Oh, j’sais pas…
  
Quelles sont les pires choses qu’on a pu dire sur votre musique ?
John : J’sais pas, j’fais pas trop attention à ça, donc j’sais pas…
Heather : Je pense que witch house était vraiment une expression stupide…
Jack : Wow, tu peux pas dire ça !
Heather : Si j’peux ! Tu sais, la meilleure description que j’ai entendue c’était "goga" (Girl on girl action, ndlr). J’ai pensé, "Ouais, c’est cool".
 

Est-ce que le terme witch house a une signification pour vous ?
John : Non. Enfin j’veux dire, on n’a rien contre ça, c’est juste que ça n’a pas de signification pour nous. Enfin pour moi.
Heather : Witch house, witches’ house ?
 
Voulez-vous décrire votre musique pour nous du coup ?
Heather : J’pense que c’est inutile ! C’est pareil avec les arts visuels – quand j’allais à l’école, c’était "Décrivez le parti pris esthétique de l’artiste", mais je n’essaie pas de créer à travers l’écriture, ce n’est pas mon medium. Pourquoi ne t’intéresses-tu pas à mon travail et après tu viens me voir pour me dire ce que tu en penses ? C’est la même chose pour la musique.
Jack : Ouais, c’est exactement ça. Quand quelqu’un nous demande "Qu’est-ce que c’est comme musique ?" j’ sais pas.. J’vais te graver un CD, j’sais pas comment décrire…
John : J’veux dire, qu’est-ce que les gens auraient à gagner de mettre des mots dessus ? On ne ressemble à personne, si tu aimes, tu aimes… Ce n’est pas si important – faire du rock, ça veut dire quoi ?
 
Vous avez travaillé longtemps sur votre album, King Night ?
Jack : Pas autant que pour composer tous les morceaux qui devaient être sur l’album.
 
Vous travailliez dans quel but alors ?
Jack : Des chansons on a tellement, ouais, on a choisi les morceaux qui figureraient sur l’album trois ans après les avoir écrits.
John : Pendant la préparation de l’album, on les choisissait et on les organisait mais… on ne travaillait pas vraiment dans cet objectif.
Jack : On fait de la musique tout le temps, c’est tout.
 
Vous êtes surpris de  votre popularité ?
Jack : Je n’ai jamais pensé à l’album en me disant que qu’il serait populaire, non.
Heather : Et je ne saurais même pas dire ce que c’est, un morceau populaire. Je ne sais pas.
 
Alors, dites-nous quel morceau est le plus réussi selon vous ?
John : Les morceaux que j’écoute, quoi… Je pense que j’écoute des chansons différentes de John parce qu’on a tous des morceaux, vous savez, qu’on écoutere en boucle… Je ne sais pas vraiment comment je pourrais évaluer ça, quel morceau est le pluq populaire… Non, j’sais pas.
 
Quand vous réalisez un morceau, vous y revenez souvent pour le retravailler, le modifier ?
Heather : Parfois ouais, c’est le cas.
Jack : Parfois on travaille sur un truc et peut-être un an après, on revient dessus et on le modifie.
John : Ou on prend un bout d’un morceau et on le réinjecte dans un autre morceau.
Heather : En fait, ça dépend de la façon dont ça sort.
 
Et les paroles, vous y réfléchissez beaucoup avant de les écrire ?
Heather : Je ne réfléchis jamais à ce que je vais écrire, je m’asseois juste et puis j’écris.
Jack : Pour un morceau de rap, ça depend à quoi je pense sur le moment, mais ouais, je crois que c’est un peu la même chose.
 
Si vous deviez inviter un rappeur sur l’un de vos morceaux ?
Jack : Je crois que j’aimerais plutôt produire des chansons – pour Waka Flocka Flame, Soulja boy, Tell’Em par exemple…
 
Quels sont les rappeurs que vous écoutez en ce moment ?
Jack : Lil’ B, The Joker…
John : J’aime beaucoup Twista, Heather aussi l’aime bien, c’est pas un petit nouveau, mais bon !
Jack : J’aime beaucoup ce qui se fait à Chicago, comme Crucial Conflict, Psychodrama.
 
Est-ce que vous faites le point sur vous-mêmes avant de choisir le sujet que vous allez aborder dans vos chansons ?
Jack : Avant qu’on se mette à l’envers? (rires)
 
(Rotant sa bière) Quand vous composez et écrivez les paroles d’une chanson, est-ce qu’il vous arrive de vous dire "Nan, on ne va pas dire ça quand même" ?
John : Non, on ne revient pas sur ce qu’on écrit.
Heather : On ne pense jamais à ça. Les gens n’arrêtent pas de nous le demander, mais on ne pense pas à la façon dont notre musique va être perçue, on compose les uns pour les autres.
Jack : Quand on a commencé à faire des live, on n’a même pas pensé ou essayé de mentir ou de changer les paroles parce que, en fait, on ne pense pas nos morceaux comme des trucs à présenter. Tout ce qu’on écrit, c’est juste des trucs auxquels on pensait quand on composait.
Heather : Quand on a besoin de faire une chanson, ça vient comme ça. Tu vois ?

Traduit de l’anglais par Emmanuel Cohen

SALEM :: King Night 
IAMSOUND Records 
Sortie française – 3 janvier 2011

Concert Transmusicales de Rennes
Vendredi 10 décembre
 
Site 


Oubliez les doudounes et les bottes le temps de Pieds nus sur des limaces, nouveau film de Fabienne Berthaud, adapté de son roman éponyme. 

Touchant, brûlant et émouvant, le scénario bien construit met à l’honneur Lily et Clara, respectivement Ludivine Sagnier et Diane Kruger.
 
Qui n’a pas rêvé de marier des escargots ou de jeter son chewing-gum dans les cheveux d’un passant ? C’est un peu l’esprit de Lily, la rigolote du film. Tout ce qu’il faut pour énerver sa grande sœur, Clara, belle plante froide et citadine. À la mort de leur mère, elles se retrouvent pour mieux s’aimer, mieux se confronter l’une à l’autre, mieux se retrouver, voire s’influencer.
 
Fabienne Berthaud est à l’origine une écrivaine particulière. Son cinquième roman, Un jardin sur le ventre qui sort le 13 janvier, oscille entre cynisme et réalité. L’histoire tranchante d’un passé vécu à nouveau par une fille, lors de la mort de sa mère et la description très crue et très originale des événements de leur quotidien reflète bien le talent de Fabienne Berthaud, récemment passée derrière la caméra.
 
Passer du rire aux larmes, évoquer une tragédie avec douceur, humour et fantaisie, aussi à son aise à l’écrit que sur un plateau de tournage, la réalisatrice signe avec ce long-métrage un film poignant. Dans Frankie, sa première réalisation, Fabienne Berthaud donnait le premier rôle à Diane Kruger pour un rôle de mannequin abandonnée, délaissée et vieillie. Touchante de simplicité, enivrante et personnelle, la vision de la vie proposée tantôt aux lecteurs, tantôt aux spectateurs est similaire du livre à l’œuvre filmée : une tendresse pour les mots, les sentiments et les blessures.
 
Quant à Ludivine Sagnier, femme-enfant, rigolote et énervante, Pieds nus sur des limaces lui donne un rôle touchant, celui de cette petite sœur dont on doit prendre soin, qui fait des bêtises, qui oublie son corps au près d’adolescents en pleine découverte des sens et qu’il faut à tout prix protéger. Avec des plans séquences intimes, une musique parfaitement choisie – Michael Stevens a réalisé l’ensemble de la bande-son du film – une adaptation du roman au film sagement orchestrée, Fabienne Berthaud réalise avec ce deuxième film un long-métrage poignant et émouvant.
 
Alors si vous avez envie de rire tout en étant touchée, n’hésitez plus, direction la salle de cinéma la plus proche de chez vous !

             

Le Film
 
Pieds nus sur des limaces :: Fabienne Berthaud

avec Diane Kruger, Ludivine Sagnier…

Actuellement en salles


Le Livre
 
Un jardin sur le ventre :: Fabienne Berthaud

éditions JBZ & Cie – 19 €
 
Sortie le 13 janvier 2011 

 

Untitled, 1972 – Courtesy of the artist, Luhring Augustine, New York and Simon Lee Gallery, London
Larry Clark au Musée d’art moderne. Point de vue secret d’une critique d’art.
 
On ne devient pas journaliste par hasard. On n’écrit pas sur l’art par accident ou par chance. C’est la voie difficile. C’est la forêt obscure. C’est égoïste. C’est épuisant. Il y a peu d’amateurs et peu de lecteurs. On est vite détesté. On est vite aimé. Donner son opinion sur les choses, c’est risquer le frisson de la révélation. Il n’y a aucune garantie au bon goût, aux bonnes choses. L’art échappe aux lois morales. Il n’y a rien de plus intime que de défendre ardemment une oeuvre. Porter à la lumière ceux que l’on estime, et oublier les autres. Transmettre avec élégance ou au contraire, en déformant son écriture. Trier à l’instinct, aimer viscéralement, puis cérébralement. Entrer dans un lieu dit "d’art", être happé par quelque chose, avoir envie que personne ne sache, ou tout le monde à la fois. Parfois rédiger un article est aussi personnel que de faire de la fiction. Pourquoi continuer à le faire. Je ne sais pas. Je ne doute pas.
 
Il y a des artistes qui font des choses grandioses et qui n’ont rien à dire. Il y a des artistes à l’oeuvre plate qui ont un discours extrêmement construit. Il y a des gens comme toi que j’aime mais que je n’ai jamais rencontré. Il y a des artistes qui rendent l’humanité meilleure et plus proche. Il y a des artistes qui rendent les corps plus humains et l’âme superbe dans sa fragilité morbide. Il y a des expositions qui font battre le coeur plus fort.
 
Larry Clark je me trouve devant toi, ce n’est pas vraiment toi en chair, je ne vois pas tes yeux je n’entends pas ta voix, ce que je veux dire c’est que je me retrouve devant des morceaux de toi, tes meilleures photos prises au fil des ans avec ces gens, tous ces gens que tu as photographiés et que tu as donc aimés aussi, ça fait quoi, quarante ans déjà depuis, peut-être plus, on te voit dans un film en noir et blanc à vingt ans aussi beau que James Dean te piquer avec des trucs louches, ce n’est pas de l’héroïne il paraît.
 
J’ai devant les yeux une liste des trucs que tu as pris dans ta vie. À l’âge de 58 ans tu entres en clinique de désintox, tu mens, tu as pris beaucoup plus que les quantités que tu indiques. La liste est longue et étrange comme un poème dada.
 
Untitled, 1968 – Courtesy of the artist, Luhring Augustine, New York and Simon Lee Gallery, London
 
Alcohol, as much as I could, everyday. When did you start using it? 15 years old. When did you stop using it? 11/12/90.
Bien sûr.

Amphetamine 150 mg or more, 3 times a week, 16 years old, 33 years ago.
LSD, a hit, 20 times, 1966, 1970.
Heroin, not much, 300 times, 1967, 1980.
 
Il y a cette caméra que tu glisses sur les corps. Tu n’as pas peur du corps. Tu n’as jamais eu peur de la jeunesse même quand tu n’as plus été jeune. Tu n’as jamais été jaloux non plus de cette énergie qui ne s’est jamais tarie chez toi. Larry Clark. La peau et les photos et les lumières et les fluides et la salive et la jeunesse qui transpire à même le papier magique où s’imprègnent les noirs et les blancs. On entend les langues qui claquent et le choc des corps qui se cherchent. Je ne parle pas de Kids je parle de Tulsa, je parle de Teenage Lust. Je parle de ce garçon qui se suicide mille fois pour rigoler. Je parle de Jonathan Velasquez qui se déhanche comme une chienne. Je parle de ces sexes et je parle de ces bouches, je parle de ces amours et je parle de ces mots échangés que l’on entend quand on approche l’oreille des tirages.
 
Demerol, a shot, 200 times, 60’s, 80’s.
Qualudes, a lot, 50 times, 60’s, 80’s.
Cocaine, a lot, hundreds, 60’s, 90’s.
 
Pourquoi on se dope pourquoi on fait du sexe avec les gens.
 
Crack, a lot, once, 1990.
Opium, a lot, 100 times, 1966, 1982.
THC, a hit, 10 times, 1968, 1969.
 
Pourquoi le skateboard. Pourquoi les rites de passage.
 
Peyotl, few buttons, 5 times, 1965, 1968.
Mescalin, a hit, 10 times, 1967, 1969.
Amilnitrate, 1 popper, 10 times, 1962, 1964.
 
Pourquoi on fait scandale. Pourquoi on passe sa vie à écrire des papiers sur les choses. Pourquoi on choisit plutôt de photographier les gens. Pourquoi on fait de l’art. Pourquoi il y a ceux qui créent et ceux qui écrivent.
 
Je ne sais pas, Larry. Mais je ne doute pas.

Jack et Lynn Johnson, 1973 – Courtesy of the artist, Luhring Augustine, New York and Simon Lee Gallery, London

 

Larry Clark :: Kiss The Past Hello
 
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Toutes les infos ici
 
Jusqu’au 2 janvier 2011
 

  


Paulette a rencontré Pee Thugg (à droite sur la photo) du duo québecquois Chromeo, juste avant leur concert à la Machine du Moulin rouge.


Paulette : Comment ça va depuis Fancy Footwork ?
Pee Thugg : Ça va bien ! Ça nous a pris deux à trois ans pour revenir avec Business Casual. On a écrit pendant environ un an et le reste du temps, c’était les tournées, les spectacles, les vidéos. On a été très occupés.
 
Parle-nous du titre en français présent sur l’album, J’ai claqué la porte ?
C’est notre morceau préféré. Nous sommes tous les deux francophones : on est de Montréal, on a de la famille en France et on y a passé beaucoup de temps, des vacances d’été ou des Noël. C’était très important pour nous de faire un vrai truc de variété française, avec nos influences françaises. Du genre guitares sèches à la Francis Cabrel. On est très fiers d’avoir réussi à faire entrer la ballade qu’on imaginait dans le moule Chromeo sans que ce soit un truc à 90 bpm. Je ne vais pas te le cacher, on est tous les deux des gros fans de Cabrel. C’est quelque chose qu’on a vraiment appris à assumer.
 
Il a bercé notre enfance malgré nous…
Ouais ! Mais c’est en grandissant que tu te rends compte à quel point la musique de maman t’a influencé. Même si tu détestais quand tu étais jeune et que tu voulais changer la fréquence, maintenant tu réécoutes et ça te rappelles toutes sortes de trucs et puis en fait, tu te rends compte que Francis c’est un génie.
 
Ça te rappelle quoi Francis ?
Ça me rappelle les voyages en voiture avec mes parents et les matins avec la radio qui tourne. Toutes les trois chansons c’était Petite Marie ou L’Encre de tes Yeux. Ça me rappelle l’enfance et quand tu passes ta vie en tournée, c’est vraiment rassurant d’entendre quelque chose qui est si proche de toi. T’es loin de tes parents, de ta maison, de ta ville et quand tu mets Francis Cabrel, non seulement ça te ramène à ton enfance, mais en plus, ça te rappelle que tu parles français.
 
Une nouvelle version de Hot Mess sort en janvier 2011, peux-tu nous parler de cette collaboration avec La Roux ?
C’est arrivé naturellement. Tout ce qu’on fait avec les gens, collaborations ou remixes, doit arriver naturellement. On n’est pas du genre à calculer des featurings six mois à l’avance. Il est aussi très peu souvent question d’argent. La plupart du temps c’est avec des potes ou des gens avec qui il y a un respect mutuel de la musique de chacun. On se rencontre, on discute : "Ouais, moi aussi j’aime bien ça. On se voit la prochaine fois qu’on est à Londres". Quand c’est forcé, ça s’entend tout de suite. La moitié du charme de Chromeo, c’est la sincérité et c’est quelque chose sur laquelle on ne va pas transiger.
 
Vous faites peu de remixes…
Pee Thugg : Ouais, c’est pas notre fort. On préfère faire une collaboration ou un featuring. Je vais faire un truc à la Talkbox ou poser des synthés sur une chanson, ou bien Dave va chanter. Tous les remixes qu’on a fait, c’était pour des potes. Feist ou Vampire Weekend, ce sont des gens que nous connaissons et avec qui on partage plusieurs trucs.
 
Si le Business Casual était un look, ça ressemblerait à quoi ?
Pee Thugg : Ça existe, c’est un look ! Dave avait appelé un restaurant new-yorkais pour faire une réservation et sur le répondeur, ça disait : "Dress code is business casual". Ça nous a fait marrer. On s’est dit que le business casual ça pouvait aussi marcher pour de la musique, c’était trop ce qu’on fait. Et le vrai look business casual c’est mi-80’s, Miami Vice, veston avec tee-shirt en dessous, pantalon un peu large, souliers sans chaussettes…
 
Est-ce que tu es fan de science-fiction et de comics comme George Clinton ?
Je ne lis pas trop de BD, mais George Clinton c’est une grande influence depuis que j’ai découvert la Funk à 15 ans. Bootsy Collins était l’un de mes premiers concerts. J’avais attendu cinq heures pour qu’il signe ma basse, et j’étais même allé jusqu’à son hôtel. J’étais rentré à 6h00 du matin, mes parents étaient furieux mais je m’en foutais parce que j’avais ma basse signée par Bootsy Collins ! Pour te montrer à quel point on est proches de la France et de Paris en particulier, on est tous les deux allés au lycée français de Montréal et c’est un Parisien qui nous a fait découvrir la Funk. Il débarquait de Paris avec ses cassettes Radio Nova. Dans le temps, j’écoutais des groupes de Funk français. La Funk, c’est tout pour nous. C’est le début et c’est la base de tout ce qu’on fait.
 
Les clips et les visuels sont très importants pour Chromeo… Qu’as tu pensé des films de Prince ?
Bien sûr, j’ai vu Purple Rain…
 
Et il y a Graffiti Bridge aussi, mais il est un peu raté…
Un peu plus raté mais en même temps tellement plus réussi selon l’angle sous lequel tu te places. On est imprégnés à fond des clips et visuels des années 80. La première raison c’est qu’entre nos 8 ans et nos 12 ans, c’est tout ce qu’on voyait à la télé. Et puis on s’inspire beaucoup des images un peu sales, un peu granuleuses de ces années là. C’est important que ça reste dans nos clips. Notre image fait partie de ce qu’on est donc on essaie de garder une esthétique constante et de qualité. C’est Surface to Air, encore des français, qui ont conçu les couvertures de Fancy Footwork et de Business Casual, et qui ont fait les clips de Tenderoni, de Night by Night, ou de Hot Mess.


 

Il est vraiment bien ce clip !
Deux jours de tournage dans une espèce de bains russes à Brooklyn, c’était un peu surréel et puis j’ai enlevé mon tee-shirt. Surface to Air font beaucoup partie de notre image. Les jambes sur les synthés c’était leur idée qu’on a gardée pour le live.
 
Est ce que tu as déjà eu envie de produire un groupe de filles comme Prince produisait les Vanity 6 par exemple ?
Oui, justement pour rappeler un peu tous les groupes de filles dont Prince s’entourait. Mais il faut trouver le bon. Si il y a un groupe de trois, quatre meufs qui défoncent, pourquoi pas. En commençant le live en 2005, on ne voulait que des filles dans Chromeo, mais l’idée même du groupe n’était pas la meilleure parce que la musique se transmettait mal en live. On s’en est rendu compte "the hard way". Quand on est cinq sur scène, je dois contrôler tout ce qui se passe. Les musiciens qui se trompent ou qui font le mauvais son. Je regarde partout, je suis stressé. Mais quand on est seulement deux, chacun sait exactement ce que l’autre fait. On met les batteries en background et on peut s’amuser et donner tout ce qu’on a pour les gens qui sont devant nous.
 
Il y a plein de morceaux de Chromeo dans la playlist Afternoon Delight de mon copain… Faire une musique sur laquelle les gens font l’amour, c’est volontaire ?
Ce n’est pas réfléchi mais c’est instinctif. C’est présent d’une manière ou d’une autre dans notre tête. Faire une musique à la fois douce, un peu agressive, un peu dansante, smooth. Il faut que ce soit sexy. Tout ce qu’on fait passe par le filtre funky et sexy.
 
Comment les Canadiens font-ils pour être plus détendus, plus sympa, et plus doués que les Français ?
Les Français on les aime, mais c’est vrai qu’ils sont chiants. Le Québec, c’est le mélange parfait entre l’attitude américaine un peu baba cool et la culture européenne. Au Québec, il y a ce désir de rendre hommage à l’héritage français, à la francophonie. En plus, je suis né au Liban où nous avons aussi une culture française.
 
J’ai lu quelque part que vous aviez commencé par produire du rap…
Non, on a vraiment commencé avec la funk. C’était au lycée, j’avais 15 ans et nous formions un groupe avec cet ami français dont j’ai parlé tout à l’heure. C’était le batteur et j’étais le bassiste. On cherchait un troisième musicien et on a trouvé Dave. Ce groupe, c’était de la funk pure. Pas d’électronique, de machines, de boite à rythme, de synthés. C’était basse, batterie, guitare, voix. C’est à l’université qu’on s’est mis à la production du hip hop.
 
Quel rappeur aimerais-tu produire ?
Ce serait Dizzee Rascal ! Hum… ou Kanye West. Ou alors Booba.
 
Est-ce que tu as des nouvelles du Roi Heenok ?
Ha ha ! Jean-Marie ! J’habitais pas très loin de chez lui, sur la rive gauche et je connais son frère. Il est skateur et il est complètement différent de lui. En fait, à Montréal, on a tous croisé le Roi Heenok. Vous les français, vous l’avez complètement adopté. Il y a Hugo Boss aussi ! En France, vous en avez des pas mal. Matthieu de Disque Primeur m’avait montré la vidéo d’un mec avec tous ses potes, un type handicapé, et un clochard. Il disait : "Tu vois lui ? Je lui donne 5 € et il vient te niquer ta mère…", "Prends les 5 €. Qu’est ce que tu vas lui faire à sa mère ?", "Je vais la niquer !", "Bon rends-moi mes 5 € maintenant." Un truc comme ça… C’était énorme !
 
Un conseil beauté pour Paulette ?
Pee Thugg : Le maquillage simple. 
 
  CHROMEO  :: BUSINESS CASUAL                        
K7/2010

Myspace
www.myspace.com/chromeo

 

Adapté du roman pour la jeunesse de Allan Stratton, Le Secret de Chanda est aujourd’hui porté sur les écrans par Olivier Schmitz. Le résultat ? Une œuvre digne et poignante sur le tabou du sida en Afrique du Sud.
 
Loin du film-dossier plombé par son sujet, Le secret de Chanda s’attache à une description réaliste du fléau qui ravage les townships de Johannesburg : le sida en prise avec le poids des traditions. Les malades, réputés possédés par le démon, sont condamnés à la relégation sociale et il s’avère que le combat contre les superstitions est le premier à mener pour endiguer la pandémie.

C’est ce parcours qu’entreprend Chanda, une fillette de 12 ans qui ne va pas ménager sa peine pour ébranler les apriorismes. Le film s’ouvre sur les funérailles de sa petite sœur, que compliquent des parents démissionnaires. Anéantie par le chagrin, la mère a du mal à faire face. Quant au père, ivrogne et dévoyé, il rejette la responsabilité du drame sur son épouse. Peu de temps après, il décède à son tour. La famille de Chanda est ostracisée et sa mère, poussée à quitter le village. La détermination de Chanda finira par l’emporter sur tous les préjugés de sa communauté.


Très dur, le film ne cède néanmoins pas au chantage des sentiments mais décrit de manière juste la difficile lutte contre le silence. Il y a les médecins charlatans, aux diplômes factices, qui exercent en toute impunité. Et de l’autre côté l’hôpital, qui a bien du mal à convaincre les populations de se faire dépister. De sorte qu’un sentiment d’impuissance accompagne la quête de vérité de Chanda. De tous les plans, sa magnifique jeune interprète (Khomotso Manyaka) insuffle à son personnage la gravité et l’intensité des survivants. Du point de vue de la mise en scène, le film n’est pas en reste et allie à la simplicité de ses cadres, une intelligence de la composition.

À noter que les recettes du premier jour d’exploitation du film seront entièrement reversées à la Fondation Desmond Tutu pour soutenir les Tutu Tester, cliniques ambulantes qui vont dans les villages pour proposer aux habitants de se faire dépister gratuitement. Une raison de plus pour aller voir ce film aussi bouleversant que remarquable.



Le Secret de Chanda :: un film d’Oliver Schmitz
avec Khomotso Manyaka, Lerato Mvelase

Sortie le 1er décembre

Aujourd’hui, c’est également la Journée Mondiale
contre le Sida


 




Photo, Julien Cauvin

Nouvel ovni de la scène humoristique française, Cédric Ben Abdallah alias Ben est le comique à ne pas manquer en cette fin d’année 2010. Attention, fous rires garantis.
À peine fait-il son entrée sur scène que déjà le ton est donné. Amateur de blague à la Bigard s’abstenir. Au théâtre du Temple, Ben ne donne pas dans le potache, le graveleux ou le scato. Esthète du non sens, amoureux de la contrepèterie, adepte du sans-queue-ni-tête, en quelques années Ben s’est imposé comme l’héritier de Desproges. Déjà surnommé le Prince de l’absurde, ce jeune homme de 31 ans à la voix claire et au regard franc ne laisse personne indifférent. Un tantinet incohérent, magistralement loufoque et délicieusement borderline, dans son spectacle, il multiplie des sketchs à faire pâlir Ionesco.

Entre dissection d’une cuisse de poisson et réflexions philosophiques sur la difficulté de prononcer le mot macarena sans a, Ben crée facilement l’hilarité dans la salle. Pourtant, être comique n’était pas sa vocation première : "Je dis souvent que je fais ce métier parce que j’ai perdu un pari avec un pote mais en réalité c’était juste la meilleure option pour ne pas trop s’ennuyer dans la vie et quand même réussir à payer le loyer", explique-t-il avec un sourire malicieux.

Très jeune, il monte à Paris, enchaîne les petits boulots et prend des cours de comédie au Théâtre Trévise. C’est là qu’il rencontre Tomer Sisley qui l’introduit au Jamel Comédy Club. Il est rapidement remarqué et devient chroniqueur pour l’émission Les Agités du Bocal sur France 4 et pour Le Fou du Roi aux côtés de Stéphane Bern. Depuis la rentrée, Ben remplace Stéphane Guillon tous les matins sur France Inter "C’est une sacrée pression, car se planter devant une salle de 40 personnes ce n’est déjà pas facile mais alors devant la France entière…".

Mais sa vraie passion reste la scène : "C’est le seul endroit où je me sens vraiment moi-même" avoue-t-il sans complexe. Pour l’heure, entre la radio et les représentations quotidiennes, difficile de trouver un moment pour écrire de nouveaux sketchs : "J’écris quand je suis seul et en ce moment j’ai beaucoup de mal à me retrouver seul. Mais j’ai dix mille projets, je veux continuer la radio et essayer de m’améliorer car je ne suis pas très content de moi. Et puis je suis partagé entre l’idée de faire évoluer ce spectacle ou d’en écrire un autre, je ne sais pas encore".

En attendant un prochain spectacle, on court voir celui-ci. Une heure de détente et d’éclats de rire pendant laquelle la logique est mise à rude épreuve.

Questionnaire de Proust
– Trait principal de caractère ? Je suis indécis et je doute beaucoup.
– Défaut principal ? La lâcheté.
– Dernier fou rire ? L’été dernier au Canada avec ma copine, ça commence à dater, c’est inquiétant.
– Film culte ? La Grande Vadrouille.
– Livre de chevet ? La Carte et le Territoire de Houellebecq.
– En boucle dans ton Ipod ? Niagara, je suis dans une période un peu nostalgique.
– Boisson préférée ? La bière.
– Devise ? Vivre pleinement l’instant présent. 
 
 
BEN
Du mardi au samedi à 21h30

Théâtre du Temple – Paris

Réservations – 08 92 35 00 15


 

S’il y a un film qui m’a enthousiasmée récemment et je dois avouer que cela a été une vraie surprise, c’est bien "The social network" de David Fincher. 


Oui, vous savez, le film sur le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg. Je sais, vous non plus vous ne connaissiez pas son nom avant de voir ce film. Jamais je n’aurais pensé payer une place de cinéma pour aller voir ça et encore moins sortir de la salle emballée, fascinée et passionnée. Prendre comme sujet internet : du virtuel, de l’impalpable et par la fiction, lui redonner une dimension humaine et s’inscrire dans l’histoire contemporaine.
 
Découvrir la genèse de la création de ce site qui a révolutionné le mode de vie de millions de gens à travers le monde m’a soudain paru vertigineux ! C’est se souvenir qu’il y a encore cinq ans, nous vivions sans.
Tout au long de la projection, j’entendais une petite voix dans ma tête me dire : "Brillant, c’est brillant !". Un film remarquablement écrit, aux dialogues en v.o. débités à la vitesse de mille mégaoctets. On assiste à l’incroyable ascension d’un étudiant surdoué et la réussite de son projet, une plateforme virtuelle où chacun peut exposer sa vie privée sans plus de limite. Et pourtant jusqu’au bout, le personnage principal reste ambigu et inaccessible, les rapports humains troubles, inachevés, inexpliqués. Du vrai cinéma, des caractères, des travellings, des plans-séquences, une photographie nappée de lumière et d’ombre et surtout, du mystère. Du drame.
 
Et quelle mise en abyme ! Chacun de nous utilise Facebook. C’est devenu une page constamment ouverte sur notre ordinateur, à laquelle on accède tout au long de la journée. Il faudrait essayer de compter le nombre de fois qu’on dit par jour "facebook" ou même qu’on l’entend dans la rue, autour de nous, dans toutes les conversations. On y apprend des bonnes nouvelles, des anecdotes, du prosaïque, du basique, du fun, des ruptures, des coups de cœur ! On peut suivre l’actualité simultanée de centaines de personnes que nous connaissons de près ou de loin.
 
Le réseau. Au-delà même de Facebook, voilà le nouveau mot. Le film d’ailleurs est intitulé The social network, le réseau social. Ceux que nous connaissons, ceux qui partagent nos vies, ceux qui vivent loin de nous, les amis d’amis, les contacts persos, pros, potentiels et rêvés. Et derrière des noms et des profils, il faut se rappeler qu’il y a de vraies personnes, qui vivent et pianotent sur leur clavier en même temps. Qui peuvent échanger, transmettre des émotions, des idées, des images. Le réseau, c’est donc devenu un élément essentiel de nos existences. On a le réseau qui nous ressemble.
 
Alors je suis vraiment ravie de contribuer par ce petit billet à un nouveau réseau social qui deviendra grand. Celui de Paulette magazine, fraîchement né de l’imagination d’une bande de Paulette généreuses et motivées. Ici c’est une communauté de la débrouille, du système D, où créativité et drôlerie rhabillent notre mode et nos modes de vie avec enthousiasme. Un réseau pour nous toutes et tous, où l’on peut venir s’inspirer, participer, partager et se divertir.
 
Paulette magazine, c’est nous. C’est se souvenir qu’avec une bonne idée et bien entouré, on peut changer le monde. Bientôt, vous verrez, on oubliera quand et comment Paulette mag a été créé tant il fera partie de nos vies et de notre quotidien !
 
Longue vie au Paulette network !
 
("The Social Network" de David Fincher avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake. Actuellement en salles.) 

Retrouvez Magali sur son blog : http://magalianb.com/

Photo, Jean-Baptiste Mondino

Paulette a rencontré Sylvie Vartan, notre adorable moue boudeuse de la chanson française pour parler de son nouvel album, Soleil bleu, qui sort aujourd’hui.

Pour l’occasion, Sylvie s’est entourée de grands noms de la variette, comme Daho, Arthur H, la Grande Sophie, Benjamin Biolay et notre chouchou Julien Doré (en duo sur Soleil bleu). Composé de douze chansons très cinématographiques, Soleil bleu dépeint tour à tour la Vartan comme une femme fatale (Pas si facile à oublier, l’excellent Je me détacherai), espiègle (J’Fais la moue, Tous ces garçons), désinvolte (Soit dit en passant) ou icônique (La femme coupée en deux, le très rock Personne). Un bel opus réalisé par le duo Keren Ann-Doriand qui nous donne envie de réécouter ses tubes avant de la voir à l’oeuvre, sur scène. Rencontre.

Paulette : Je crois savoir que la date de sortie de votre nouvel album, Soleil bleu, a été avancée de quelques mois. Pourquoi ? 

Sylvie : On a avancé la date de sortie en raison des disponibilités de Keren Ann qui était en plein enregistrement de son album aussi. Elle a fait une pause pour enregistrer le mien, ça a été fait rapidement, on a eu la chance de trouver tout ce matériel en très peu de temps, c’est arrivé pile poil. Puis un jour, mon directeur artistique et moi étions en train de réécouter des titres que l’on venait d’enregistrer, et le PDG de Sony est passé dans le couloir, il a écouté, demandé quand le disque sortait (sortie initialement prévue en février 2011, ndlr) et il a dit : "Non, non il faut sortir ça tout de suite !". Ça nous a donné un petit coup de fouet supplémentaire au début de cette aventure, ça s’est vraiment très bien organisé, on a eu beaucoup de chance.

Vous vous êtes très bien entourée sur cet album : un duo avec Arthur H, un autre avec Étienne Daho sans oublier Julien Doré, et une chanson offerte par Benjamin Biolay…
Étienne et moi nous voyons le plus souvent possible, nous parlons de nos projets, nous avons vraiment beaucoup de points communs et de similitudes sur nos voies artistiques. Un jour, on en est venu à parler des gens que nous aimions bien, et donc de Keren Ann. Il a donc organisé un rendez-vous avec elle et Doriand (le coréalisateur de l’album, ndlr) chez lui. Ils sont arrivés avec des chansons, dont une qui s’appelait J’Fais la moue qu’ils avaient composée pour moi, en pensant à moi. Paraît-il que je fais la moue ! C’est vrai, ils ont mis l’accent là-dessus et ça m’a beaucoup amusée, je trouve que c’est une chanson assez drôle, avec un côté autodérision, un peu léger. C’est très difficile de trouver une chanson qui a cette couleur-là. Et comme notre rencontre s’est passée le mieux du monde, il y avait vraiment une affinité au départ et on a décidé qu’ils allaient m’écrire plusieurs chansons. On s’est lancé très très vite et en l’espace deux-trois mois on a réalisé l’album. Les chances de réussite étaient de notre côté dès le début. L’idée de refaire un album si vite me plaisait parce qu’il y avait cette équipe.

Dans cet album, on vous retrouve à la fois sensuelle, enjôleuse, espiègle…
C’est très cinématographique. Le choix de ces chansons me revient au fond, car c’est moi qui dois les chanter et les interpréter. Au finish, ces chansons ont dû être composées d’une certaine manière car je les chante différemment. C’est vrai qu’il y a un côté très varié dans ce disque qui n’est pas simplement mélancolique, il est joyeux et léger aussi, et puis il y a une unité en même temps.

Parlez-moi de Soleil bleu, ce duo avec Julien Doré qui donne son titre à l’album.
Julien m’avait proposé cette chanson en solo. Quand je l’ai retrouvé en studio, il avait déjà posé une voix pour me la montrer et j’ai donc posé une voix aussi. Et puis je lui ai dit qu’on allait la faire en duo. Je l’ai présentée à Keren et Doriand, et ils l’ont aimée. Il n’y a jamais eu de problèmes avec les chansons que je leur ai amené et réciproquement. Il n’ya pas eu de heurts, je n’ai pas changé de mots par exemple, rien ! D’habitude je change un ou deux mots qui ne sont pas trop dans mon langage, mais là rien ! L’ordonnance des étoiles comme on dit !

Dans la chanson Tous ces garçons, vous abordez de manière originale le thème de l’homosexualité…
Oui, l’homosexualité est toujours traitée d’une manière assez grave et mélancolique, on pense aux chansons d’Aznavour ou de Berger… Et le faire avec ce trait d’humour, c’est formidable ! Je pense déjà au duo que je suis en train de préparer de cette chanson avec ma choriste sur scène ! Ça va être très très drôle… La chanson fait "Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ces garçons à s’aimer entre eux/Au lieu de regarder plus loin les filles qui ont les yeux bleus"… (Elle rit.)

La dernière chanson est La vanité, écrite et composée par Benjamin Biolay. Que vous inspire ce défaut ?
La vanité c’est épouvantable, ça ouvre la porte à tellement d’autres choses… C’est un défaut qui n’est vraiment pas louable ! Benjamin l’avait déjà faite et je l’ai reprise car je la trouve magnifique. Elle est vraiment très forte, le texte m’inspirait. Depuis quelques années, je m’applique à vraiment mettre la lumière sur les textes et l’interprétation. C’est important pour moi d’avoir quelque chose à dire soit de profond, soit de léger, mais qui me ressemble dans tous les cas. Que ce soit en accord avec ce que je pense. Quand on chante, on se met à nu, on se montre tel qu’on est, il n’y a pas de trucs.
 

Vous chantiez une chanson magnifique en 1969, Ballade pour fugue. Pourriez-vous nous raconter l’histoire de cette chanson ?
Oui, je m’en souviens, je pense que c’était pour une émission télé. C’est drôle que cette chanson vous touche plus particulièrement que d’autres, je ne sais pas… Pourquoi ?
Parce que vous racontez l’histoire d’une fille amoureuse d’un musicien qui visiblement la fait souffrir, et qui fait exprès de partir uniquement dans le but qu’il la rattrape. On voit Jean-Claude Brialy sauter dans son cabriolet à votre poursuite pour vous reconquérir. Le refrain c’est : "Toi qui est musicien, fais-en donc un refrain, une ballade ! Pour une fu-u-u-gue…" (Sylvie entonne avec moi le refrain, rires complices).

Pour finir une petite dédicace pour Paulette ?
J’ai toujours eu des filles dans mon public. C’est difficile pour une femme d’avoir un public féminin. Pour avoir de la longévité, il faut que les filles t’aiment bien. Car c’est les filles qui emmènent les garçons aux concerts. J’ai toujours eu des copines. J’ai commencé par la collégienne du twist, maintenant que ça continue, j’aime bien Paulette. Donc Paulette, belle idée : Paulette elle est chouette !
 
– JEU CONCOURS –

Paulette vous offre 2 places pour le concert du 5/12 
Théâtre du Châtelet, 16h

Les 2 Paulette les + rapides raflent la mise !




Soleil bleu (Columbia)
Sortie le 29 novembre 2010

   
Photo, Phil Knott

Lors du concert parisien de Sleigh Bells, nous avons pu constater la puissance de leur noise pop en live.

Un show fait de sueur, de cris, de stroboscopes, où les riffs de guitare contrastent à merveille avec la voix suave d’Alexis Krauss, la chanteuse. Aussi douce à la ville que sauvage sur scène, cette dernière a accepté nous rencontrer, quelques heures avant d’enflammer le Point Éphémère.

Paulette : Comment un serveur, ex-membre d’un groupe hardcore (Poison The Well) rencontre une ex-membre d’un groupe de pop adolescente (Rubyblue) devenu enseignante ?

Alexis : On s’est rencontré à Brooklyn, Derek venait d’arriver de Floride afin de travailler sur sa musique et de trouver la voix qui collaborerait à son projet. À l’époque, j’enseignais à plein temps, je continuais à chanter professionnellement pour les fans, à faire des sessions avec des paroliers, faire des démos mais rien de plus. Un jour, avec ma mère, nous sommes allées dîner dans le restaurant où Derek travaillait. Il était notre serveur, ma mère étant très bavarde, elle lui a posé plein de questions. Il s’est trouvé qu’il venait de Floride, tout comme elle. Elle a donc voulu savoir ce qui l’avait amené ici. Il lui a expliqué qu’il travaillait dans la musique, aussitôt elle lui a dit que j’étais chanteuse, j’étais tellement gênée, je priais pour qu’elle se taise en levant les yeux au ciel mais cela a intéressé Derek. Je lui ai donc expliqué que je chantais depuis toujours aussi il m’a proposé de lui donner mon email pour qu’on se revoit et qu’il me fasse écouter ce qu’il composait. Comme je sentais qu’il ne me draguait pas et qu’on allait réellement parler musique, je lui ai donné. On ne vivait qu’à trois blocs d’écarts, du coup on s’est revu rapidement, il m’a fait écouté ses compositions sur sa guitare et j’ai adoré. J’étais très enthousiasmée par son projet, je n’avais jamais rien entendu de pareil auparavant. On a commencé à enregistrer et on aimait vraiment ce qu’on faisait, cela sonnait juste, donc on a persévéré dans cette voie. Ensuite, je suis retournée enseigner, j’ai fini l’année scolaire et j’ai décidé de travailler à plein temps avec lui. On a commencé à faire des concerts en septembre 2009. On a eu beaucoup de chance, on a joué sur plein de lines-up géniaux et les gens on eu l’air d’apprécier très rapidement ce qui nous a permis de continuer et nous voilà aujourd’hui !
Vous venez d’horizons musicaux complètement opposés, comment avez-vous réussi à les concilier ?
C’est amusant, tout le monde catalogue Derek dans la case hardcore à cause de son groupe, alors qu’en réalité il écoutait beaucoup de pop. À l’inverse de moi qui préférais écouter des trucs plus forts. Donc même si on jouait de la musique dans des genres tout à fait opposés, nous avions les mêmes influences. Nous sommes des gros fans de la Motown, de la soul, des groupes féminins des années 60 comme The Supremes, après on est aussi fan de punk rock classique que ce soit les Ramones ou les Clash. En réalité, on est des fans de pop mais également de sons plus lourds, ce qui a fait que ça a marché entre nous, on savait d’où on venait et où on voulait aller. Au final, Derek et moi ne parlons pas tant que ça de musique, on en parle mais de manière abstraite des sensations qu’elle nous procure. Par exemple, quand on enregistre, si on veut parler de ce qu’on veut vocalement on va dire "ça a besoin de pétiller ou de briller davantage, que ce soit plus doux ou plus rêche", c’est assez vague finalement. On ne dira jamais "je veux que ça ressemble à tel ou tel groupe" mais "je veux que l’on ressente ça". En tant que chanteuse, je le vois comme un jeu d’actrice, je mets vocalement dans la peau de ses divers personnages afin d’avoir un état d’esprit différent à chaque chanson. Une chanson comme Rill Rill est complètement différente d’Infinity Guitars et c’est ça que j’adore : devenir une personne différente sur chaque chanson.
Comment avez-vous enregistré l’album ?
On a commencé à enregistrer des démos en septembre 2009. Les enregistrements se faisaient sur des choses que Derek avait travaillées depuis des années et comme je travaillais encore à plein temps, c’est également lui qui faisait une grande partie de l’écriture. Puis nous avons passé deux mois au Treefort Studio avec Shane Stoneback pour ingé son. C’est réellement un travail d’amour, qui n’appartient qu’à nous trois. C’est Derek qui a écrit et composé l’essentiel de la musique, ensemble on a davantage travaillé sur les mélodies et les harmonies, sur des chansons comme Riot Rhythm, Tell Them ou encore Run the Heart. Mais c’est sûr que notre prochain album sera beaucoup plus collaboratif. C’est amusant, parce qu’auparavant, je n’avais jamais travaillé dans la musique. Je veux dire j’étais chanteuse mais je n’écrivais aucun de mes textes donc quand on a commencé à travailler ensemble (avec Derek) ça m’a paru normal de ne pas participer à l’écriture. Maintenant c’est différent, je me sens beaucoup plus investie, il s’agit de ma musique à présent.
L’histoire veut que ce soit Spike Jonze qui vous ait découvert et introduit auprès de M.I.A, racontez-nous un peu.
Une amie à nous écrivait pour le blog de Spike Jonze pour le film Where The Wild Things Are, et elle est la première à avoir écrit sur nous. On n’avait que quelques chansons sur Myspace à l’époque. Ensuite, Spike a lu son blog (rires) et il a apprécié notre musique et l’a fait écouter à M.I.A, qui nous a aimé également et avec la spontanéité qu’on lui connaît elle nous a immédiatement contacté, a pris un vol pour New-York, Derek a travaillé sur la production de son dernier album et on a signé sur son label (N.E.E.T. Recordings, ndlr) en partenariat avec notre autre label, Mom + Pop Records, ce fut un enchaînement d’événements surréalistes !
En France, on vous décrit souvent comme un mélange des Ting Tings et Crystal Castles, qu’en pensez-vous ? Comment prenez-vous cette comparaison ?
Derek et moi sommes de grands fans de Crystal Castles, si on nous compare à eux c’est sûrement par rapport à une certaine forme de brutalité qui nous est commune, bien que la voix d’Alice Glass et la mienne soient complètement différentes. D’ailleurs, leur travail de production est magnifique. Pour ce qui est des Ting Tings, c’est sans doute pour le côté plus pop et doux que revêtent certaines chansons, donc oui cela fait sens. Même si c’est toujours étrange pour nous de se voir comparer à d’autres groupes.
Pouvez-vous nous parler un peu de l’artwork de Treats, où l’on peut voir des pompoms girls aux visages déformés, fondus pour ainsi dire ?
Les photos de la pochette d’album viennent du yearbook de lycée de la mère de Derek qui datent des années 60. C’est une imagerie américaine on ne peut plus classique, mais à la douceur des pompoms girls se mêle le côté dérangeant de leur absence de visages. Cela reflète bien notre musique, on fait de la pop comme je l’ai dit précédemment mais avec quelque chose de très noir dedans. On aime jouer entre le léger et le lourd, le dur et le doux. Notre album essaie simplement d’illustrer cette alchimie.
 
 
Vous semblez très douce, presque timide, alors que sur scène vous êtes limite bestiale, quel est le secret de ce dédoublement de personnalité ?
J’ai toujours pensé que si la musique te prend vraiment aux tripes, qu’elle est puissante et entraînante, j’aurais l’air vraiment ridicule si j’étais là à chantonner calmement dans mon coin, je serais d’un ennui ! Si j’étais vraiment moi, je baisserais sûrement les yeux aussi, mais ça n’aurait aucun sens, donc j’ai dû me forcer à perdre mes inhibitions et me laisser transporter par la musique. Cela te permet de ne plus penser à ce que les gens vont penser de toi et d’être sans doute plus intéressante que si tu avais vraiment conscience de ce que tu fais. Quand je vais à un concert, je veux voir autre chose que l’album que j’ai chez moi, je veux expérimenter quelque chose, je veux danser, m’amuser et c’est ce que nous voulons que les gens ressentent à nos concerts. On veut qu’ils aient chaud, qu’ils transpirent, qu’ils ressentent vraiment quelque chose, pas qu’ils soient juste contemplatifs, on veut qu’ils soient actifs.
 
Vous sentez une réelle différence entre le public français et américain ?
Notre dernier concert en France a été extraordinaire, très drôle, les jeunes étaient tous torses nus en train de danser. On a un avantage aux États-Unis, c’est que les gens nous connaissent davantage alors qu’ici ils viennent plus pour nous tester, ils ne sont pas forcément fans à l’avance. Donc nos concerts aux US sont peut-être plus dynamiques même si on n’a pas à se plaindre des deux côtés de l’Atlantique. On a pas encore fait beaucoup de shows en Europe, on doit encore gagner notre crédibilité, on croise les doigts !
Vous vous êtes rencontrés à Brooklyn avec Derek, le quartier de la hype musicale par excellence, est-ce que vous êtes d’accord ? 
Brooklyn est devenu l’un de ses endroits où il y a une multitude de gens créatifs et talentueux dans un espace très concentré, donc c’est très simple de rencontrer des musiciens, ce qui facilite la création de groupes. En ce qui nous concerne, on n’est pas vraiment un groupe de Brooklyn, ça a été notre point de rencontre mais ça n’a jamais eu une influence majeure sur notre musique. De même façon on a très peu joué à Brooklyn, mais il est vrai que beaucoup de personnes nous associent à Brooklyn. Pour ce qui est de la hype, on a eu beaucoup d’attention très vite ce qui fait que beaucoup de personnes sont très sceptiques quant à notre capacité à durer, ils nous voient comme un "one hit band", ceux qui font le buzz maintenant mais dont on ne parlera plus dans six mois. Je crois qu’on est en train de leur prouver qu’ils ont tort. Avant la sortie de l’album, les gens n’arrêtaient pas dire "leur album va être mauvais" alors qu’au final on n’a eu que de bons échos. Ce n’est pas parce qu’on nous a présenté ou connu comme un buzz band qu’on n’est pas là pour durer et faire de nombreux albums qui plairont aux gens, ou du moins c’est ce que je souhaite !
Quels sont vos projets à venir ?
Nous sommes en tournée jusqu’à la fin de l’été prochain, il nous reste encore plein d’endroits à découvrir. Nous allons en Australie, au Japon puis à nouveau en Europe avant d’aller à la conquête de nombreuses villes aux États-Unis au printemps. Donc finalement, il s’agira de présenter notre album au plus de monde possible avant de retourner et d’en enregistrer un nouveau. On a l’impression que cela fait depuis toujours que l’on joue, notre album étant court, 32 minutes, on s’en lasse rapidement, donc on a hâte d’entrer à nouveau en studio pour enregistrer de nouvelles choses.
 
SLEIGH BELLS :: Treats

Live in Paris/Point FMR