CASPIAN POOL : PROPAGANDE BIENFAITRICE


Photos de Pierre Bdn

Les Français Lauren Lopez aka Low Bird (voix) et Jérémy Rassat aka Jimmy Q (guitares, synthés, production) sont Caspian Pool. Un duo loufoque et délirant imaginé sur les bords de la mer Caspienne à Bakou (Azerbaïdjan). Sa mission ? Investir dans un club de gym musical et recruter le plus de fidèles possibles pour sauver l’industrie pétrolière de leur pays d’adoption. Leurs mélodies pop synthétiques terriblement addictives ont vocation à vous faire danser et tout oublier ! Rencontre.

Paulette : Vous utilisez des pseudonymes, Low Bird et Jimmy Q. Qui sont-ils ?
Lauren : Ce sont des athlètes azéris, originaires de Bakou en Azerbaïdjan, qui souhaitent, pour soutenir l’industrie pétrolière de leur pays, gagner de l’argent avec l’industrie musicale française car ça marche très fort ici !

Quelle vocation ont ces personnages, tous droits sortis de votre imagination ?
L : Ils ont surtout vocation à faire transpirer ! On veut soutenir notre nation à travers le sport musical. Ça me rappelle un peu l’Allemagne nazie, si on peut dire (rires).

Avancer masqués, c’est un moyen de vous cacher ou de vous dévoiler ?
L : C’est un moyen de se révéler. J’ai toujours voulu faire partie du club de GRS, mais comme j’étais nulle en grand écart, je me suis fait jeter.
Jérémy : Moi j’étais la risée de la classe en sport ! Je voulais être footballeur mais on me mettait tout le temps aux cages ou sur le banc des remplaçants (rires). Du coup, on s’est dit qu’on allait créer notre propre club et inventer notre propre sport.
L : De la gym électro-pop !

D’où vous vient cette fascination pour les survêtements ?
L : Avec, on a un sentiment d’appartenance. Dans mon club de GRS, ils avaient exactement le même genre de vestes, avec des bandes. Ça donne un style un peu roumain.
J : On porte l’écusson Caspian Pool et c’est aussi écrit au dos de la veste.
L : On n’est pas sadiques, c’est-à-dire qu’on renverse le karma : on invite les gens à rejoindre notre club, alors qu’on s’est fait jeter.
J : Et c’est gratuit !

Lauren, tu as fait beaucoup de patinage artistique. Est-ce que tu aurais aimé faire carrière?

L : Oui j’aurais adoré… Si aujourd’hui, on me donnait le choix, j’aimerais être danseuse étoile à l’Opéra. C’était mon rêve ! Mais je n’avais pas le niveau, faut dire ce qui est. On est bien meilleurs en musique et c’est tant mieux !
J : Le clip Hot a été réalisé sans doublure ! Même si le patinage est peu orthodoxe.

Comme les sportifs de haut niveau, est-ce que vous suivez un régime draconien ?
J : En se lançant dans le projet Caspian Pool, on a oublié qu’on n’était pas des sportifs. Quand on a commencé à faire des dates, on a terminé quelque fois chez le kiné en étant tout bloqués. On brûlait les étapes, on montait sur scène à froid et on s’est fait deux-trois claquages : une entorse de cheville à la Flèche d’or (Paris) et un décrochement de coup à Clermont-Ferrand. Donc aujourd’hui, on fait des échauffements ! C’est indispensable, comme dans tout sport de haut niveau !

Il y a une certaine rigidité dans les personnages que vous incarnez. Pourquoi ?
L : Parce que c’est une discipline ! Quand les gens nous voient monter sur scène, ils croient d’abord à une blague et au bout de dix minutes, ils découvrent qu’on ne rigole pas. On est complètement premier degré et c’est pour ça qu’il y a cette rigidité parce qu’on est à fond dans notre rôle.
J : Lauren est plus souple que moi. Moi, naturellement, j’ai toujours dansé raide. Tout le monde se foutait de ma gueule et me trouvait new wave. Finalement c’est devenu un style de danse universelle dans notre région. On ne sait danser que comme ça sur cette musique très rythmique, très saccadée, et c’est ce qui rend le projet drôle à regarder. C’est sûr qu’on ne fait pas du groove… Il y a ce morceau, The Girls from Manchester, sur lequel on a essayé de zouker. Mais bon c’est épisodique ! On fait aller nos corps là où ils vont naturellement. Mais faut qu’on fasse gaffe. On a travaillé récemment avec une chorégraphe qui nous a conseillé de plier les genoux de temps en temps. (Rires)

Quel est votre message de propagande ?
L : Il faut prêcher la pêche ! Rien à voir avec la religion. Au départ, ça voulait dire : tu sais quoi, prêche ma pêche (elle montre ses fesses, ndlr) ! Puis c’est devenu une chanson Preach my Peach et avec la traduction française, ça a donné : prêche l’énergie ! Intellectualiser les choses ne sert à rien, il faut les ressentir dans son corps, avec son cerveau reptilien. C’est ça notre message !

C’est quoi le cerveau reptilien ?
L : C’est l’instinct de survie, qui fait qu’on court vite quand il faut courir vite, qu’on a les pupilles qui se dilatent et le champ de vision qui s’élargit, qu’on tape beaucoup plus fort sans sentir la douleur.

Qu’est-ce qui vous a séduit l’un et l’autre quand vous vous êtes rencontrés ?
L : On aimait les mêmes choses et on était très complémentaires.
J : On s’est connus quand on avait 18-20 ans. Aujourd’hui, on en a 35, aïe ! La première fois que je l’ai vue, elle reprenait des standards de jazz avec un ami pianiste et ça m’a tout de suite séduit ! On avait la même éducation musicale, classique et jazz. C’est improbable qu’on parte de là pour arriver au projet Caspian Pool. Toute notre enfance, sans se connaitre, on écoutait les mêmes choses, notamment de la brit-pop des nineties : Pulp, Oasis, Blur, Divine Comedy, Stone Roses…

Autour de quelle envie avez-vous commencé à faire de la musique ensemble ?
J : On a voulu monter un groupe juste tous les deux pour simplifier les choses. On a choisi de travailler avec des machines parce que c’était plus simple à transporter. Mais dans la manière de composer, on fait la même chose depuis quinze ans, c’est-à-dire des chansons pop. On écrit tous nos titres en guitare-voix ou piano-voix.
L : Si tu veux qu’on te joue un titre en bossa nova, on le fera parce que dans la construction des titres, on reste dans le format chanson.
J : Certaines personnes nous disent qu’on sonne très années 80, mais ce n’est pas notre culture. Nous,  on est plus 60-70-90. 

Quels sont les éléments qui vous fascinent et qu’on peut retrouver aujourd’hui dans votre musique ?
J : Tu parlais de la raideur : quand tu vois un groupe de Manchester devant toi, il te fait flipper ! Et ce qui est chouette dans le show à l’anglaise, c’est qu’on ne sait jamais si le mec surjoue, si c’est un gros beauf ou s’il a trop la classe. C’est très théâtral !
L : C’est aussi quelque chose qu’on retrouve dans la pop ou la dance des nineties. Quand tu écoutes Pump Up The Jam de Technotronic, c’est hyper raide ! Y a un côté bas du front, super direct !

Lauren, tu es seule à écrire les textes. Qu’est-ce qui t’inspire ?
L : On se donne des idées mutuellement. Il peut aussi enregistrer des choses en yaourt et y a un mot qui va ressortir, complètement improbable mais qui va tellement bien avec la musique que je peux partir de ça et broder autour. J’écris toujours à partir de la musique, c’est l’atmosphère qui me guide. J’aime bien avoir un ton ironique. Je ne prétends pas écrire comme Jarvis Cocker mais c’est quelqu’un qui m’influence énormément dans le ton et sur les sujets abordés, des sujets de société souvent même s’il y a aussi beaucoup de chansons d’amour.

Qu’est-ce que vous recherchez systématiquement quand vous composez un morceau ?
J : Dans l’impulsion, j’essaie toujours de caler un rôle pour qu’on identifie  chaque chanson. Quand on écoute l’EP, on a une cohérence entre les morceaux, mais chaque titre a déjà un rôle, c’est-à-dire qu’il est identifiable soit par la rythmique, soit par le gimmick. J’ai horreur des albums où tu as l’impression d’écouter plusieurs fois la même chanson !
L : Je crois qu’on ne se pose pas trop de questions au moment de composer, il faut simplement que ça nous plaise. Là aussi intervient le cerveau reptilien. On essaie d’avoir un truc très physique.
J : Et de garder une certaine fluidité au moment de la conception. Si ça doit se faire en force, on laisse de côté et on va se baigner !

Lauren, tu ne te destinais pas à devenir chanteuse. Où as-tu appris à chanter ?
L : Je chante depuis que je suis petite. Entre 16 et 18 ans, j’ai habité aux Etats-Unis, et là on m’a poussé à faire les comédies musicales, donc j’ai pris des cours de chant. Quand je suis revenue en France, je suis entrée au Conservatoire, puis j’ai fait une école de jazz à Paris. J’ai travaillé la technique, mais ça prend du temps de développer son propre style et arrêter de chanter à la manière de. A part Michael Jackson, y a très peu de gamins qui naissent tout de suite avec LE truc. Il faut dépasser ça et ensuite on devient complètement ascète, on oublie tout ce qu’on a appris !
J : Elle est passée  par tous les stades. Au début, elle chantait en voix pleine pour finir par chantonner à la Carla Bruni (rires). Et avec Caspian Pool, elle a tout libéré ! Aujourd’hui, elle a ce flow saccadé vraiment unique, reconnaissable instantanément !

Vous avez imaginé ce groupe sur les bords de la mer Caspienne, en Azerbaïdjan, à Bakou, la capitale. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
L : C’est très étrange, il y a un  mélange d’architecture : des immeubles haussmanniens, qui ont été construits dans les années 50-60 parce que De Gaulle est souvent venu au bord de la mer Caspienne – ils ont une fascination pour Alexandre Dumas et pour la France en général ; et des bâtiments communistes parce qu’ils faisaient partie de l’URSS jusqu’en 1991.
J : Et puis il y a aussi des choses très modernes, des pyramides en verre, en mode Dubaï. Tout se mélange et ça donne un goût étrange comme dirait… Sinclair (rires). Quand tu viens en avion, tu vois des puits de pétrole à perte de vue, la mer est noire, tout est gris. Dans l’aéroport, il y a encore des vieux avions russes.
L : C’est très dépaysant, tu ne sais pas très bien où tu es, à quelle époque, et c’est là qu’on voulait situer notre projet. C’est une sorte d’ovni qu’on n’arrive pas bien à définir, il y a des influences du passé et des choses plus futuristes, mais c’est ce qui fait qu’on est dans l’ère du temps.

Musicalement, qu’est-ce que ça a provoqué ?
L : Jérémy est fan de synthétiseurs, c’est un collectionneur ! Musicalement, on a des vieux synthés  et des vieilles boîtes à rythmes des années 60-70 mais les rythmiques sont de maintenant !

Comment se porte la scène musicale d’Annecy ? Vous avez fait travaillé vos amis sur plusieurs remixes, extraits de votre premier EP, Hot (2014).
J : Je suis le seul à avoir un studio dans le bassin annécien, la Song Factory, tout part de là ! C’est des amitiés de longue date avec toute la bande Coming Soon, les Pirouettes (que j’ai produit), Island Kizhi, Mount Analogue, David Grumel, mon associé. Tous montent en qualité et en notoriété. On a sorti notre premier EP sur Kidderminster, le label des Coming Soon, qui est une réunion de potes pour faire des choses ensemble et s’entraider. Y a aussi Neeskens, plus folk, avec qui on a écrit plusieurs titres. On est tous très soudés !
L : Tous les deux, on s’est rencontrés chez Howard Hughes, le chanteur des Coming Soon, et c’est lui qui vient de réaliser le clip de Miracle.

Vos clips racontent des histoires complètement délirantes. Et pour le live, quelle serait votre  scénographie rêvée ?
L : Pour l’instant, on essaie de proposer un spectacle musical et visuel. Mais plus le projet grandira, plus on pourra se lâcher. On adorerait créer une sorte de happening !

CASPIAN POOL :: MIRACLE (EP)
Synthetic Fabric
Sortie le 6 novembre 2015

Site officiel:http://caspianpool.com/
Facebook:https://www.facebook.com/caspianpool
Twitter:https://twitter.com/caspianpool

Concerts :
12 novembre : Le Fil, Saint-Etienne
20 novembre : Théâtre de Villefranche, Villefranche
5 décembre : Le Kenland, Rennes (Bars en Trans)
12 décembre : La Cordonnerie, Romans sur Isère

 
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