CARNET DE VOYAGE : COSTA RICA, HAPPY PLACE

Le Costa Rica (« la Côte riche », nommée par les colons espagnols, frappés par l’aménité des forêts luxuriantes et les rivières pures) se place régulièrement en tête des classements mondiaux des destinations où trouver le bonheur. Pour le Happy Planet Index, les Ticos, les habitants du Costa Rica, ont la meilleure qualité de vie de la planète. Si le bonheur est difficilement quantifiable, cette petite terre, grande comme la Bretagne et la Normandie réunies, n’usurpe pas sa réputation : ce pays pacifique est le premier à avoir aboli son armée, en réaffectant les fonds militaires à l’éducation ou la santé. Avec ses deux façades littorales à la croisée des deux Amériques, il jouit d’une biodiversité à la densité exceptionnelle. Le Costa Rica est aujourd’hui un leader en matière de protection de l’environnement : les parcs nationaux couvrent un quart du territoire, son énergie est verte, la vente de combustibles fossiles est taxée en faveur des forêts... Les Costaricains vivent au plus près de la nature. Et ils n’ont qu’une seule expression à la bouche : « Pura vida » (« la vie pure », en français) !

Bien que ce petit pays ait lui aussi déforesté des milliers d’hectares pour cultiver du café, des bananes et surtout de l’ananas à partir des années 50, il a décidé de reboiser au début des années 90 avec la conviction que le tourisme durable rapporterait plus de revenus que les exploitations agricoles. Un pari osé à l’époque qui a vite été payant. Alors que la forêt couvrait 20 % du territoire en 1980, elle en couvre plus de 50 % aujourd’hui. Pionnier de l’écotourisme, le Costa Rica attire désormais plus de 2 millions de vacanciers chaque année, essentiellement américains. Quand j’y suis allé pour la première fois, cette influence américaine m’a marqué. Je repars quinze jours dans la « Suisse de l’Amérique centrale », bien décidé à sortir des sentiers battus par l’Oncle Sam !

De San José aux Caraïbes

Si le gouvernement costaricain a énormément investi dans l’écotourisme, il n’en est rien pour le patrimoine. Dès votre arrivée, vous verrez que San José n’est pas (ou plus) une belle ville. L’agglomération abrite un million d’habitant.e.s, soit un tiers de la population costaricienne. Chepe, comme la surnomme affectueusement les Josefinos, est saturée par les embouteillages. Elle grouille de monde. Le PLU (plan local d’urbanisme) doit sommeiller dans un tiroir, les fils électriques forment une toile d’araignée au-dessus de nos têtes… La capitale présente cependant quelques intérêts. Vous pourrez déambuler dans les allées parfumées et colorées du Mercado central ou visiter le Museo nacional du Costa Rica : c’est dans cette ancienne forteresse des forces armées que le président José Figueres a annoncé la dissolution de l’armée en 1949. Les œuvres d’art ont chassé les armes. Tout un symbole. Je quitte cette fourmilière, direction les Caraïbes. Objectif : digérer le jet-lag les pieds en éventail, en sirotant un jus de maracuya, le fruit de la passion local.

Un service de bus relie la capitale à Puerto Viejo de Talamanca, ma future destination, proche de la frontière panaméenne. Mais j’opte pour le covoiturage : je publie un message sur les groupes Facebook de Français qui vivent au Costa Rica (il existe ce type de groupe dans pratiquement tous les pays du monde, c’est très pratique). Solène me répond. Cette jeune femme aux longs cheveux bruns a quitté sa vallée alpine en 2017 pour un voyage d’études au Costa Rica. Elle ne devait rester que quelques mois, mais elle a flashé sur un chouette Nicaraguayen qui partage désormais sa vie. Sur la route, elle m’explique qu’elle ne regrette pas du tout son choix : « Je préfère rester au Costa Rica pour sa simplicité et sa douceur de vivre. Les personnes sont bienveillantes et chaleureuses. Et il est quand même sympa de se lever tous les matins avec le soleil, à proximité de la nature », conclut-elle, le sourire aux lèvres. Après six heures de route, nous arrivons à Puerto Viejo. Ce petit port de pêche, longtemps isolé, s’est développé avec l’arrivée des surfeur.se.s, attiré.e.s par la Salsa Brava, une vague légendaire des Caraïbes. D’après les expert.e.s, elle aurait des similitudes avec les rouleaux hawaiens. Loin d’être un professionnel de la glisse, je pars m’allonger sous un palmier – attention aux chutes de noix de coco, qui peuvent se révéler très dangereuses – sur la plage abritée par une barrière de corail. L’influence de la culture caribéenne, et notamment jamaïcaine, se fait ressentir dans tout le village.

Pour ses besoins « en main-d’œuvre » liés à la culture de la banane, la firme américaine United Fruit company a fait venir au début du XXe siècle de nombreux Jamaïcains sur la côte caribéenne d’Amérique centrale (l’expression « république bananière » est née ici). Ces forçats des champs y ont importé leurs cultures musicales et culinaires – aujourd’hui, à Puerto, des échoppes vendent, entre autres, le fameux Rice and Beans à base de lait de coco. Je m’arrête au Johnny’s place, un bar de plage qui a les pieds dans le sable. J’y déguste enfin mon jus de maracuya avant de plonger dans une eau proche des 30°C. Pour la nuit, j’ai réservé un hostel bon marché proche du centre, baptisé le Roots Family. La chambre, qui coûte 25 dollars, est spartiate, mais fera l’affaire. Mon lit deux places, large comme la habitación (« la chambre »), est entouré de quatre murs en planches de bois. Une grande moustiquaire fait office de baldaquin. Le soir, l’ambiance monte d’un cran dans les rues au rythme du reggaeton. Le Lazy Mon propose des concerts, le Salsa Brava invite des DJ, et des fêtes sont improvisées sur la plage. Sûrement à cause de ma tête de gringo breton, des revendeurs me proposent de l’herbe locale, qui est formellement interdite au Costa Rica… Je préfère me promener sur la plage avec une bière fraîche. Les noctambules festoient jusqu’à l’aube.

Le lendemain, je loue un vélo – comptez dix dollars la journée – avec masque et tuba dans le sac. Je longe la mer vers le sud en direction de Manzanillo, à une heure de route. Les plages sont fabuleuses : en l’espace de dix kilomètres, la couleur du sable passe du jaune presque blanc au noir complet. Sur le trajet, vous pourrez vous arrêter au Jaguar Rescue Center, qui soigne les animaux blessés par l’activité humaine. Vous y verrez des petits singes, des oiseaux, des bébés paresseux, des félins, des crocodiles… Une fois remis.e.s sur pattes, ces pensionnaires sont relâché.e.s dans la Ceiba, une réserve naturelle proche du centre d’accueil. J’hésite à payer les 25 dollars d’entrée : j’espère croiser ces animaux à l’état sauvage. Je reprends donc mon biclou sous un soleil de plomb et j’arrive enfin à Manzanillo, réputée pour sa merveilleuse plage de sable blanc. Ce petit village longtemps resté à l’écart du monde est situé dans une zone protégée. Vous pourrez notamment y faire du kayak et du snorkelling. Mais manque de chance, les courants sont trop dangereux ce jour-là. Je rebrousse chemin sans oublier de piquer une tête dans l’eau turquoise.

Le lendemain, je quitte ma Roots Family, direction le Parc national de Cahuita, situé à dix kilomètres au nord de Puerto Viejo. Une maison rurale accueille des voyageur.se.s en pleine jungle : la Casa Calateas. Elle est membre de l’association Keys to Costa Rica qui promeut le tourisme communautaire et durable. Après avoir pris le bus qui mène à San José, j’arrête un taxi pour gravir les trois kilomètres de pentes de la cordillère de Talamanca. Dans le dernier kilomètre, vous plongerez dans les entrailles de la jungle : l’opulence de cette forêt tropicale humide donne le vertige. Luis, le propriétaire de l’endroit où je vais passer la nuit, m’accueille devant un grand chalet en bois. Et comme j’ai eu la bonne idée d’arriver à 17 heures, une nuée de moustiques se jette sur moi. J’essaye de faire bonne figure. Luis, me voyant gesticuler dans tous les sens, m’invite à visiter ma chambre, ce que j’accepte volontiers ! La habitación est composée de trois lits simples en bois, protégés par une moustiquaire. Elle est parfaite pour accueillir une petite famille. Après un badigeonnage en règle de répulsifs anti-moustiques, je rejoins Luis qui m’emmène sur un mirador, surplombant le parc national. Le spot est idéal pour l’observation ornithologique. Au retour, nous passons à table. Luis est insatiable sur l’histoire du Costa Rica. Ce fils de modeste paysan s’est tourné vers l’écotourisme. À l’heure du coucher, allongé dans mon lit, face à la moustiquaire, je suis bercé par l’ambiance sonore de la jungle. J’ai envie d’enregistrer ce concerto pour le réécouter lors des longues nuits d’hiver parisiennes. À 6 heures, je suis réveillé par de grands rugissements. Tous les singes hurleurs de la vallée braillent d’un seul homme. Leur cri est si puissant qu’il peut être entendu à près de 4 kilomètres à la ronde ! Une heure plus tard, je rejoins Luis. Nous partons faire une randonnée dans le petit village au fond de la vallée. Sur le chemin, nous croisons des colibris, des piverts, un tatou… Luis m’explique comment les habitant.e.s s’appuient sur la biodiversité pour produire leur culture. Dans ce jardin d’Éden partagé, chaque végétal interagit avec son voisin : de grands arbres offrent une protection contre le soleil aux bananiers, qui eux-mêmes rafraîchissent les cacaoyers… Les explications sont complexes et mon espagnol laisse à désirer. Luis me fait goûter tous les fruits. Ces délices creusent l’appétit : nous rentrons manger un pintos, le plat local composé de riz et de haricots rouges. Je reprends le bus pour la capitale.

Les volcans de la cordillère

Après une nuit de repos à San José, direction le Guanacaste, au nord-ouest du pays. Cette province témoigne de l’impressionnante diversité climatique du Costa Rica. Certains climatologues affirment qu’il y a près de 150 microclimats dans le pays ! Si la côte caraïbe dispose d’un climat tropical humide, la côte pacifique est influencée par un climat tropical sec. Ces deux territoires sont séparés au centre du pays par la cordillère de Talamanca au sud, et la chaîne de volcans au nord. En quelques kilomètres, la végétation et ses couleurs changent complètement. Le Guanacaste a aussi une valeur symbolique pour les Ticos. C’est par cette province que le Costa Rica a appris son indépendance en 1821. Le pays était tellement isolé que le courrier est arrivé du royaume du Guatemala à dos de mulet, un mois après la proclamation ! Depuis, lors de chaque fête nationale, une torche, relayée par des coureur.se.s, suit le trajet emprunté par le divin canasson.

Avant de rejoindre la côte pacifique, la plupart des tour-opérateurs proposent de s’arrêter au volcan Arenal, à trois heures de voiture, au nord-ouest de San José. En éruption jusqu’en 2010, il est certes grandiose mais attire une multitude de touristes, notamment américain.e.s, qui se jettent à ses pieds. J’opte donc pour un plan B : le volcan Rincon de la Vieja (littéralement le « coin de la vieille »). Moins connu et moins conique que son prestigieux voisin, ce géant a tout pour plaire. Les plus sportif.ve.s auront même la joie d’atteindre son cratère après une journée de randonnée. Sur la route en terre, je m’arrête entre une usine et une étendue d’eau bleu ciel. Cette centrale utilise les eaux chaudes du volcan pour en faire de l’électricité. Un procédé ingénieux qui permet au Costa Rica de disposer d’une énergie à 99 % verte. J’arrive au Rincon de la Vieja Lodge, un hostel boisé qui propose plusieurs activités : piscine, parcours « aventures » avec tyrolienne au-dessus de la canopée, kayak, vélo… Cet établissement est surtout proche de superbes cascades et des sources d’eaux chaudes du volcan. Je m’y dirige immédiatement. Après une charmante balade en forêt, je franchis un pont de singe avant de descendre vers une petite rivière, le Rio Negro. Dix bassins naturels d’eaux chaudes y sont aménagés, dont la température oscille entre 30 et 53°C. Je trempe un orteil dans le bassin le plus chaud, puis je revois mes ambitions à la baisse. Allongé.e.s dans le bain, entouré.e.s de verdure, vous serez bercé.e.s par le bruit de la rivière. Vous pourrez également vous enduire de boue volcanique avant de sécher au soleil. Le rinçage se fait dans les eaux claires et rafraîchissantes du Rio.

Le Pacifique nord

Si les Européen.ne.s sont charmé.e.s par la côte caraïbe, les Américain.e.s privilégient clairement la côte pacifique. Pour éviter les cohortes de touristes, certaines stations balnéaires sont donc à éviter, comme celle de Tamarindo. Je choisis d’aller à Conchal, à trois heures de route du Rincon de la Vieja. Il y a peu d’hôtels dans cette région, mais je trouve un joli petit logement via Airbnb, baptisé Villas La Paz. L’avantage de Conchal est d’être proche de Playa Real et Playa Minas, deux magnifiques plages fréquentées par les locaux.les. En arrivant à Playa Minas, je me pose à l’ombre des palmiers. Je peux enfin admirer le Pacifique. Seul hic à ce décor paradisiaque : le panneau « Attention aux crocodiles » ! Ne soyez pas étonné.e.s, l’imposant reptile – d’une taille moyenne de 4 mètres – est présent sur toute la côte costaricaine. Mais il préfère les rivières de bord de mer. Pas très rassuré, je demande des précisions. On m’affirme que, dans cette zone, les crocodiles sont petits et se font très rares. Sur la plage, j’aperçois d’étranges traces sur le sable comme si une roue de tracteur avait dévalé jusqu’au rivage, sur une cinquantaine de mètres. Une maman tortue est venue pondre ses œufs dans une petite dune proche des palmiers. Sur Playa Ostional, située plus au sud, elles sont chaque année des milliers à venir pondre. Un spectacle auquel il est possible d’assister. Le soir, je rejoins Playa Real pour profiter du coucher de soleil en toile de fond. Je regarde la valse des pélicans qui plongent en piqué dans l’eau pour se nourrir.

Le lendemain, direction Santa Teresa, tout au sud du Guanacaste, dans la péninsule de Nicoya. En saison sèche, il est plus que conseillé d’avoir un 4X4 ou un SUV pour emprunter cette route rocailleuse, couverte de nids-de-poule. Une fois sur place, vous ne serez pas déçu.e.s : un vrai petit coin de paradis. Playa Santa Teresa et Playa Hermosa (« plage merveilleuse») sont deux plages sublimes où les surfeur.se.s américain.e.s aux physiques avantageux recherchent les plus belles vagues, à cheval sur leur quad. C’est la Californie transposée au Costa Rica. L’ambiance y est donc particulière, elle vaut le détour. Pour mieux apprécier le coucher de soleil, vous pourrez descendre plus au sud dans le village de Malpaïs. C’est un hameau de pêcheurs sans touristes.

À Playa El Cocal, au nord de Santa Teresa, vous pourrez également découvrir au crépuscule un phénomène naturel insolite : la bioluminescence. Elle est générée par des micro-organismes vivants qui émettent de la lumière lorsque la mer est en mouvement. Plusieurs agences proposent de faire du snorkelling ou du kayak pour découvrir ces galaxies d’étoiles bleues fluorescentes. Un conseil : informez-vous sur le cycle de la lune. Moins il y aura de luminosité, plus grand sera le spectacle.

Le Pacifique sud

Direction Uvita. J’embarque dans le ferry qui traverse le golfe de Nicoya avant de prendre la Panaméricaine, la route mythique qui relie l’Alaska à la Terre de feu. Uvita est célèbre pour ses superbes paysages de montagne, qui s’étendent jusqu’aux plages bordées de palmiers. Je pose mes bagages au Manoas, un hostel qui propose des campements de luxe sur les hauteurs. Autre attraction d’Uvita : les baleines à bosse. La région est surnommée la Costa Ballena. Les cétacés y sont visibles deux fois par an, mais il est préférable d’aller les admirer de juillet à octobre. Si elles prennent le large, vous pourrez toujours y apprécier les bonds des grands dauphins. Pour la baignade, rendez-vous au Parc national Marino Ballena : sa plage est en forme de… queue de baleine ! Je vous conseille vivement de longer cette « queue ». Vous serez entouré.e.s de chaque côté par l’océan. Impossible, enfin, de quitter Uvita sans aller se baigner dans ses cascades vertigineuses. À une trentaine de kilomètres du village, vous pourrez plonger dans le vaste bassin des cascades de Nauyaca, considérées comme les plus hautes du Costa Rica, avec leurs 45 mètres de hauteur ! Après un petit bain, direction la péninsule d’Osa.

La péninsule du jaguar

Située à la pointe méridionale du Costa Rica, la péninsule d’Osa abrite le plus incroyable des parcs costaricains : le Corcovado. Cette forêt tropicale est l’une des plus vastes d’Amérique centrale. Le parc possède à lui seul près d’un tiers des essences d’arbres du pays et de nombreuses espèces rares et menacées, comme le tapir de Baird, le fourmilier géant, l’ocelot ou le jaguar. En revanche, l’entrée dans le parc est un casse-tête bureaucratique. Les places sont très limitées, un guide local certifié est exigé et aucune réservation n’est possible sur Internet. Il est donc préférable de passer par une agence. À mon arrivée, il n’y a d’ailleurs plus de places disponibles ! Plan B : la Finca La Tarde. Située au cœur de la péninsule, la ferme est très proche de Los Patos, l’une des seules entrées du parc situées en pleine jungle. Je ne pourrai donc pas entrer dans le Corcovado, mais je m’en approcherai au plus près. Edouardo, le propriétaire de la Finca, est un ancien orpailleur qui s’est lui aussi reconverti dans l’écotourisme. Ses petits cabanons en bois sont rustiques. Désolé, mais ici, pas de connexion Internet !

Après une bonne nuit de sommeil, je pars avec mon guide, Jafet, observer les oiseaux. Dans la péninsule d’Osa, vous pourrez découvrir une centaine d’espèces de volatiles en deux heures de promenade ! Pas besoin de marcher des kilomètres : à cent mètres de la Finca, nous tombons sur un arbre rempli de toucans. Des aras bleu et rouge volent en couple, des colibris viennent butiner les fleurs, je suis aux anges ! Nous revenons prendre un petit-déjeuner, puis direction Los Patos. Il faut compter 14 kilomètres de marche aller-retour à travers la jungle. Le trajet est un peu sinueux, mais ne présente pas de grandes difficultés. Avec sa longue-vue, Jafet repère les oiseaux, les paresseux, les petites grenouilles colorées. Les arbres sont féériques : les écorces sont rouges, les troncs des ficus étrangleurs s’entrelacent… Une pluie tropicale s’abat sur nos têtes, nous rebroussons chemin. Deuxième nuit à Finca La Tarde, puis je repars le lendemain à Puerto Jiménez, un village bâti par des chercheurs d’or dans les années 60.

Je veux en savoir plus sur le jaguar d’Osa. De nombreuses légendes circulent à son sujet. Des femmes enceintes placent des torches autour de leur foyer de peur d’être dévorées par la bête. Le jaguar ne s’approche pas des habitations, mais les vieilles histoires sont tenaces. Aujourd’hui, le plus grand félin d’Amérique est en voie de disparition. Je prends rendez-vous avec Tico Haroutiounian, un photographe français de 30 ans au prénom prédestiné. Son projet artistique est ambitieux : immortaliser les derniers jaguars de la péninsule. Après avoir habité avec un ermite costaricien pendant plusieurs mois dans une cabane en pleine jungle, sans fenêtre ni eau ni électricité, il a appris à identifier et à pister de nombreux animaux. Mais le redoutable prédateur est d’une discrétion absolue. Après d’innombrables explorations, Tico a finalement réussi à repérer des empreintes dans un lieu tenu secret qu’il appelle « l’avenue Jaguar ». Il y a installé des pièges photographiques. Le résultat est grandiose. Il est le seul à avoir capté de véritables images de jaguar à Osa. Sa première photo a fait la fierté des Ticos, qui l’ont utilisée pour une campagne nationale de protection du félin.

Pour développer ses studios photos autonomes et entretenir son matériel, Tico organise des visites d’observation nocturnes, en petit comité. Si vous en avez la possibilité, faites ce genre d’expérience. Avec l’obscurité, tous les sens sont en alerte. De nombreuses espèces profitent de la pénombre pour se sustenter. Et au moment de ma visite, les planètes sont alignées. La pluie est abondamment tombée sur la péninsule les jours précédents. La faune est de sortie. Au bout de dix mètres de marche, première espèce d’intérêt repérée : notre guide attrape un bébé caïman dans un ruisseau ! Tico débusque tout : une rainette gladiator aux grosses pattes arrière, des araignées boliviennes de bananeraie – les plus dangereuses du Costa Rica –, un lézard Jésus-Christ qui a la particularité de courir sur l’eau… Alors que nous photographions une grosse grenouille taureau, un bruit nous fait sursauter. On se retourne : une femelle raton crabier se promène avec son petit. Ravi.e.s, nous poursuivons notre chemin quand nous distinguons au loin des petits yeux éclairés par nos lampes frontales. Une dizaine de ratons crabier gambadent dans un arbre ! Dans l’arbre voisin, un opossum regarde la scène sans sourciller. Après quelques pas, nous discernons un paresseux qui sommeille dans les cimes. Des kinkajous bondissent de branche en branche. Nous ne savons pas où donner de la tête, c’est l’extase ! Je ne verrai sûrement jamais de jaguar à l’état sauvage, mais j’ai découvert un Costa Rica à l’écart des circuits touris- tiques, où de merveilleux animaux nous guident, comme dans un rêve éveillé.

LES 10 INCONTOURNABLES

1.

S’engouffrer dans la péninsule d’Osa et son parc Corcovado. La perle verte du Costa Rica abrite pumas, jaguars, tapir, singes hurleurs, caïmans… Vous pourrez aussi aller plonger à l’Isla Caño : raies manta, tortues de mer, petits requins sont au rendez-vous.

2.

Admirer un coucher de soleil sur les plages du Pacifique. Pour les surfeur.se.s débutant.e.s ou expérimenté.e.s, les rouleaux de Playa San Teresa ou Playa Hermosa sont aussi un passage obligé.

3.

Se baigner dans les eaux chaudes des volcans Rincon de la Viaje ou Arenal. Des cascades coulent sur les pentes du Rincon de la Viaje tandis qu’une immense jungle s’étend autour d’Arenal.

4.

Déguster un Rice and Bean et un jus de fruit frais à Puerto Viejo. Ambiance caribéenne et décontractée garantie, sur fond de reggae ou de reggaetone pour les noctambules.

5.

Admirer les sauts des baleines à bosse dans le Parque nacional Marino Ballena. Les grands cétacés profitent des eaux chaudes du Costa Rica pour venir se reproduire et faire naître leur baleineau.

6.

Plonger dans les cascades de Nauyaca, hautes de 45 mètres. Elles ont l’avantage d’être situées à proximité d’Uvita et du Parque nacional Manuel Antonio.

7.

Découvrir en pirogue les canaux du Parque nacional de Tortuguero. Accessible uniquement par voie aérienne ou maritime, le village abrite une faune et une flore exceptionnelles.

8.

Assister à l’arrivée des tortues luth dans le Parque nacional Marino Los Baulas. L’un des derniers lieux de nidification de la mythique tortue. C’est aussi un spot reconnu pour le surf, et ses kilomètres de mangroves sont à couper le souffle.

9.

Flâner dans la réserve biologique de Monteverde. La « Forêt des nuages » est située à 1500 mètres d’altitude. Avec ses 13 kilomètres de sentiers, c’est l’une des attractions les plus populaires auprès des randonneur.se.s.

10.

Partir à la recherche du Quetzal à San Gerardo de Dota. C’est l’une des destinations montagneuses les plus jolies du pays. Avec de la chance, on peut y observer le légendaire Quetzal, l’oiseau sacré des Mayas.

COMMENT S’Y RENDRE ?

À 10h30 de Paris. Air France dessert San José avec deux vols directs au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle. La compagnie propose également des vols via le Panama. Iberia dessert San José via Madrid. Cette option est généralement plus économique que les vols directs Air France, mais guettez aussi les promotions de la compagnie française.

 

COMMENT SE DÉPLACER ?

Même si le réseau de bus est de qualité, la voiture reste le meilleur moyen de locomotion. Globalement, les grandes voies sont goudron- nées, mais de nombreux hôtels ne sont accessibles que par un chemin de terre et de pierres. Il est donc préférable de louer un véhicule type SUV ou 4X4. Pour le paiement, une carte internationale est exigée. Pour la location de voiture, il est fortement recommandé de prendre une assurance permettant de couvrir tous les risques. Comptez 30 à 50 dollars de location par jour, en fonction du véhicule. Il faut ajouter 20 dollars pour une protection totale. Pour pouvoir conduire, il faut avoir plus de 23 ans, mais les étranger.e.s y sont autorisé.e.s à partir de 21 ans, à condition qu’iels aient un permis d’au moins 2 ans. En cas d’accident, c’est la police de la route (le «Transito») qui réalise le constat et vous en donnera une copie.

 

UN DÉCALAGE HORAIRE ?

Sept heures de moins qu’en France en hiver et huit heures de moins en été !

 

QUAND Y ALLER ?

La meilleure période pour découvrir le Costa Rica s’étend de décembre à avril, pendant la saison sèche, avec une préférence pour les mois de février et mars si vous souhaitez visiter la côte caraïbe. Pendant cette période, les températures grimpent régulièrement au-dessus des 35°C.

 

QUELLE MONNAIE ?

La monnaie nationale est le colón (pluriel : colones), en référence à Christophe Colomb. Il est indexé sur le dollar américain. La plupart des établissements acceptent donc le billet vert, mais la monnaie est rendue en colones. On peut changer les euros sur place, soit à la Banco nacio- nal, soit à la Banco de Costa Rica. Il n’y a pas de commission. Si vous retirez de l’argent dans un distributeur ou préférez payer vos achats sur place par carte, plusieurs banques sur Internet proposent des cartes qui ne sont pas soumises à des frais bancaires à l’étranger.

 

POINT INTERNET ET TÉLÉPHONE

L’accès Internet est très facile. De nombreux cafés et restaurants ont leur réseau WiFi. Le mieux est d’acheter une carte SIM – moins d’un euro – chez l’opérateur Kolbi, puis de la charger en fonction de vos besoins en mégaoctets. Pour deux semaines de séjour, vous pouvez charger votre carte à hauteur de 15 000 colones (environ 20 euros) pour surfer confortablement.

 

Article du numéro 50 « Rêver » par Benjamin Le Grall 

Vous pourriez aimer...