CALYPSO VALOIS, CLASSE A


Photos de Julien Bourgeois

Voilà un nom qui ne s’oublie pas ! Aînée d’une fratrie de quatre, Calypso Valois est la fille du duo romantique Elli & Jacno, idoles des années 80. Comédienne de formation, elle a tourné notamment pour Michel Gondry et Olivier Assayas, et fait ses premières armes dans la musique au sein du duo pop synthétique Cinéma. Pour son projet solo, entre pop et chanson, la jeune femme s’affranchit du patrimoine familial avec élégance, audace et une pointe d’insolence. Fan de musique classique – elle rêvait de demander Chopin en mariage, elle reconnaît utiliser la langue française avant tout pour ses sonorités âpres et frontales, à l’image du single « Le Jour », comme une gifle qui vous marque pour longtemps. Son premier 45T n’est qu’une mise en bouche mais laisse déjà entrevoir une personnalité toute singulière et entière. Rencontre.

Paulette : Quelle éducation as-tu reçue ?

Calypso Valois : C’était un gros bordel ! J’ai été élevée par ma grand-mère maternelle, en partie. Elle était à l’ancienne, mais c’était une grand-mère donc plus permissive que des parents. Elle a beaucoup compté. Elle m’a apporté un cadre, une stabilité, c’est une personne très aimante. Elle m’a toujours soutenu, même si elle aurait voulu que je trouve un vrai travail (rires). Mon père, lui, était beaucoup dans les extrêmes. Sur certaines choses, il était extrêmement strict et sur d’autres, très laxiste. Pour te donner un exemple, je n’avais pas le droit de dire des gros mots, mais par contre je pouvais manger plein de bonbons !  

Quelle idée te faisais-tu de leurs univers, le cinéma et la musique, quand tu étais jeune ?

Je ne réalisais pas trop l’anormalité de la situation. Mes parents n’étaient pas non plus très connus. Quand on se baladait dans la rue, on ne se faisait pas harceler à chaque coin de rue. Pour moi, c’était un travail comme un autre. Les rares fois où des gens sont venus les accoster, j’étais extrêmement choquée. Je me demandais : Mais qui sont ces gens ?! Je trouvais ça hyper désagréable, cette impression que des inconnus puissent savoir des choses sur eux. 

En tant que « fille de », on est forcément tentée de reproduire le schéma familial ?

Mes parents ne me parlaient pas beaucoup de leur travail. Ils ne m’emmenaient jamais avec eux sur les tournages ou en studio. Mon père ne voulait pas que je fasse la même chose que lui. Moi non plus d’ailleurs. Et finalement ça m’a rattrapé. J’ai essayé de faire autre chose mais je ne me sentais pas à ma place. 

Quels détours as-tu emprunté ?

A 18 ans, j’ai décidé que je voulais faire du théâtre. C’était mon truc ! Ma grand-mère maternelle était une grande comédienne en Amérique du Sud, mais je la connaissais très peu donc ça restait mon univers à moi. Un jour, j’ai lu Racine et je suis vraiment tombée amoureuse du texte. Pour moi, c’est un musicien des mots, comme quoi tout est lié. Là encore, mon père a essayé de me décourager. Il voulait sans doute me protéger. Ce n’est pas des métiers faciles dans le sens où il faut beaucoup travailler et ça peut être parfois violent. On propose quelque chose et il se peut que les gens n’aiment pas. Et c’est tellement intime qu’on peut le prendre comme une attaque personnelle. Mon père a connu des moments difficiles. Il a été très connu très jeune. A 20 ans, c’était déjà une star. Et quelques années plus tard, il n’y avait plus le même engouement. Il ne voulait pas que je souffre moi aussi. 

Il avait peur que tu t’en prennes plein la gueule. C’est le cas ?

C’était son expression favorite (rires). Je crois qu’on s’en prend plein la gueule quand on atteint un certain niveau de notoriété et je n’en suis pas encore là. Pour l’instant, je n’ai pas la masse de haters (rires). Après, des obstacles, il y en a toujours. Ce qui est vrai et ce dont j’ai conscience, c’est qu’en tant que « fille de », il y a un intérêt plus fort. Les gens sont curieux de voir ce que je propose, surtout par rapport au travail de mes parents. Du coup, les critiques sont presque plus dures, comme s’il y avait plus d’attentes ou d’aprioris. On pense que c’est du tout cuit pour moi et je me dois de faire les choses du mieux possible pour ne pas trahir mon héritage et usurper ma place. C’est aussi valable dans l’absolu. J’ai des goûts très marqués et je supporte difficilement le compromis. 

Quand est-ce que c’est devenu une évidence de faire carrière dans la musique ?

Il y avait certes une envie, mais c’était surtout un besoin. Je ne voulais pas devenir frustrée. J’avais besoin de m’exprimer d’une manière ou d’une autre artistiquement mais ce qui me gênait dans le théâtre, c’est qu’on ne peut pas créer seule. On est dépendant d’une troupe, d’un metteur en scène, d’un réalisateur. Et comme je suis de nature impatiente, je ne supportais pas cette attente. Dans la musique, il y a un potentiel de créativité qui est plus régulier. En parallèle de mes études de théâtre, j’ai commencé à jouer dans un groupe (le duo Cinéma avec Alexandre Chatelard, ndlr). C’était d’abord une blague et puis je me suis sentie tellement libre que j’ai voulu continué.

On peut s’imaginer qu’il t’a fallu du temps pour assumer cet héritage et trouver ta place. Tes premières chansons, tu les écrivais en cachette ?

Avant d’être adulte, je ne composais pas. Pour moi, c’était l’apanage des génies. J’ai toujours aimé la musique classique, j’en écoutais avec mon père, mais il y a quelque chose de très écrasant. On se sent un peu ridicules avec nos pauvres accords de pop (rires). J’admirais aussi beaucoup les talents de compositeur de mon père donc je m’interdisais d’en faire autant. Je notais quelques idées sur des petits bouts de papier que je perdais le plus souvent. Je trouvais que ça ne valait rien. J’en avais honte… Quand j’ai eu mon premier synthé, ça m’a un peu décomplexée. C’est moins sérieux que le piano, plus amusant aussi. Cinéma, c’est parti d’une blague, j’ai vraiment des souvenirs de jeu. On se prenait pas du tout au sérieux, et puis certaines personnes qui ont écouté notre musique ont trouvé ça chouette alors on s’est dit pourquoi pas.  

Quelles sont les qualités qu’il faut avoir pour faire ce métier ?

Il faut être travailleur évidemment. Il faut avoir une résilience assez forte parce qu’il y a des moments où ça se passe mal et dans ces cas-là, il faut savoir rebondir et ne pas se laisser abattre, sinon ça peut vous bouffer. C’est très rare les carrières qui vont crescendo. Il faut être solide et ne jamais rien prendre pour acquis. Surtout aujourd’hui, quand on voit à quelle vitesse les gens zappent. Il faut être en phase avec ce qu’on fait. Si on se sent en compromission, ça ne peut pas marcher. Il faut être motivé et surtout il faut y croire ! 

Tu fais partie d’une nouvelle scène pop française totalement décomplexée. Tes parents aussi en leur temps ont fait leur petite révolution. Comment pourrais-tu comparer ces deux générations ?

Je vais sembler un peu passéiste, mais je trouve ma génération un peu blasée. Un exemple tout bête avec les synthés, leur génération voulait toujours être à la pointe de la technologie, tandis que nous, on se tourne vers les vieilleries. C’était la génération du « tout est possible », c’était des vraies têtes brûlées. Ils étaient plus insouciants. Notre génération a peur, elle est beaucoup plus frileuse et manque un peu de romantisme je trouve. 

Yan Wagner réalise ton premier album qui sortira à la rentrée. Comment l’as-tu rencontré et que voulais-tu capturer de ses précédentes productions ?

A vrai dire, on s’est rencontrés sur un shooting Paulette pour la promo de l’album « Jacno Future » (article ici, ndlr). C’était très rapide mais je l’avais trouvé très sympa. Puis on s’est recroisés régulièrement, je connaissais son travail et quand j’ai commencé à travailler sur mon projet, je lui ai proposé qu’on essaie de bosser sur un morceau ensemble. On a fait « Le Jour » et j’ai trouvé ça super. Ça fait partie de ces heureux accidents. On ne pouvait pas s’attendre à ce que ça fonctionne aussi bien. C’est comme une évidence, on est d’accord sur tout (sourire).

 

Sur le refrain, tu chantes : « Tu dis vouloir mourir pour la vie, cette salope est belle comme le jour ». C’est une humeur ou le reflet de ta personnalité ?

Je ne sais pas, je crois que je suis un petit peu schizophrène (rires). Et je devais être très énervée ce jour-là quand j’ai écrit ce morceau ! 

Tu as connu quelques revers ?

Oui comme tout le monde. « Le Jour », c’est ça. Il y avait cette phrase que je n’arrêtais pas de ressasser : « La vie, c’est vraiment une salope ». J’ai eu besoin de l’écrire et de la figer. La vie est dure pour tout le monde. Je pense notamment au deuil. On a beau être fort ou se sentir fort, on est plus rien face au deuil. Ça nous remet quelque part tous au même niveau. Et quand ça arrive plusieurs fois, c’est encore plus difficile à gérer.

Le clip a été réalisé par Christophe Honoré. Il avait carte blanche ?

Mon label lui a fait écouter le morceau et il a beaucoup aimé. Ça aurait pu s’arrêter là ! Mais il a proposé, en plus, un scénario pour le clip. Je n’en revenais pas ! C’est un de mes réalisateurs préférés mais je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Je crois qu’il n’a fait qu’un seul clip avant celui-là. J’ai adoré son synopsis. Comme je suis quelqu’un d’assez obsessionnel, je me suis reconnue dans cette idée de boucle, de répétition. Ça représente bien ce qui se passe dans ma tête (rires). Et j’ai aussi cette violence en moi. C’est une belle métaphore de la vie. On se prend des baffes et parfois on en donne ! 

Tu as composé un morceau pour le dernier défilé de JCDC. Es-tu sensible à la mode, aux tendances ?

J’adore les beaux vêtements mais je ne suis jamais au courant des dernières tendances. Je suis un peu déconnectée et je déteste faire du shopping ! C’est ma hantise (rires).

Une dédicace aux Paulette ?

Il faut faire les choses avec passion ! 

 

CALYPSO VALOIS :: « LE JOUR » EP VINYLE 45T

Le Label/Pias

Disponible en édition limitée

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