BUST : FÉMINISME ET POP CULTURE



La culture féministe aux États-Unis puise, entre autre, sa visibilité dans la presse alternative, comme le magazine Bust, un bimensuel féminin et féministe, culturel et joyeux. Sans équivalent en France.

Les chanteuses Zooey Deschanel ou Lily Allen, l’actrice Tina Fey et d’autres se succèdent en couverture depuis 1993. Rencontre à New-York avec les ingénieuses fondatrices du magazine, Debbie Stoller et Laurie Henzel, deux anciennes de la multinationale Viacom, qui ont porté seules à bout de bras ce projet.
 
Paulette : Comment avez-vous décidé de lancer un magazine féministe et culturel ? 
Debbie Stoller : J’avais un travail alimentaire, je venais de terminer ma thèse à Yale, en psychologie, sur la façon dont les medias influencent la perception que les femmes ont d’elles-mêmes. Cette idée que la pop culture conditionne l’image des hommes et des femmes a toujours été centrale pour moi. Je voulais produire différemment de la culture pour les femmes, qui aurait un impact plus positif. Il y avait à l’époque deux types de magazines : ceux qui ne parlaient que de mode, et les autres, un peu cucu, qui mettaient en avant des modèles positifs pour les jeunes filles. Un magazine plus atypique pour ados, Sassy, proposait autre chose: se focaliser sur le plaisir, plutôt que sur les difficultés. Il fallait quelque chose d’équivalent pour les filles de notre âge, les 20-30 ans. On a investi chacune 500 dollars dans le premier numéro de Bust, en noir et blanc, photocopié et agrafé à la main. Nous ne pensions pas que cela deviendrait un jour un vrai magazine. Nous avons continué pendant 7 ans à le faire comme un hobby, avant de quitter nos emplois respectifs.
 
Laurie Henzel : Nous avons aussi bénéficié de l’effervescence qui accompagnait le mouvement musical Riot Grrrl : Bust a eu dès le début une iconographie punchy et une vision d’outsider par rapport à la formule habituelle de la presse féminine.
 
Pourquoi ce titre, Bust ? 
Debbie : J’ai choisi le nom d’après un magazine hollandais. C’était peut-être une erreur en fait car “Bust” veut dire “briser” mais aussi “poitrine” et on nous prend souvent pour un journal porno sur les seins !
 
Comment vous différenciez-vous de la presse féminine traditionnelle ? 
Laurie : Nous écrivons pour des filles indépendantes qui n’ont pas forcément envie de lire Cosmopolitain. Nous ne sommes pas du tout contre le maquillage ou les fringues mais on n’utilise pas de mannequins trop maigres, plutôt des filles qui ont un style cool. Le magazine favorise l’expression personnelle et l’accessibilité plutôt que d’encourager à être juste « jolie ». On écrit sur des femmes qu’on aime, qui dépassent les stéréotypes, en choisissant des angles souvent drôles ou surprenants. On célèbre également la culture féminine et l’histoire des femmes. L’objectif de Bust est de proposer une autre perspective, qui renverse le regard essentiellement masculin qui domine la presse en général.
 
On parle beaucoup, à tort, de post-féminisme…
Debbie : En effet, dans les années 90, il y a eu aux États-Unis un courant féministe fort, aujourd’hui sans équivalent. Il y a un malentendu sur ce qu’est le féminisme, qui demande simplement une égalité entre hommes et femmes, celles-ci étant toujours moins considérées. Pour moi ce sont les croyances culturelles qui fondent et disséminent ces idées sur les hommes et les femmes, et donc le sexisme : pour que cela évolue il faut changer notre culture de l’intérieur, c’est ce que nous essayons de faire en proposant une vision alternative.
 
< Site web : www.bust.com 

 

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