BURN-OUT PARENTAL : QUAND LES PARENT·E·S S’ÉPUISENT

Aujourd’hui, 6% de la population est concernée par le burn-out parental. Et pourtant, ce syndrome est encore trop méconnu au sein de la société. Bien que la santé mentale ai été reconsidérée depuis la pandémie mondiale, (hallelujah), de nombreux syndromes sont encore trop peu considérés, comme c’est le cas de celui-ci.

Le burn-out parental, c’est quoi ? 

Le burn-out parental est un syndrome qui touche les parent·e·s exposé·e·s à un stress parental chronique. Cynthia Suarez, psychologue spécialisée dans la parentalité, le définit comme un épuisement de son rôle de parent·e. « Un·e parent·e en burn-out parental vise souvent la perfection, et l’idée c’est de dire que personne n’est parfait. Car à force de vouloir atteindre cette perfection, on s’épuise ». Tout le monde peut faire un burn-out parental, car il résulte d’un déséquilibre. Personne n’est à l’abri. On est plus ou moins à risque selon notre situation et celle de nos enfants, mais personne n’est pré-destiné à ce syndrome. 

Pour mieux le comprendre, Moïra Mikolakczak et Isabelle Roskam, docteures spécialisées dans le burn-out parental à l’UCLouvain en Belgique, parlent de la parentalité comme d’une balance. « D’un côté, on a tous·tes les facteurs qui augmentent le stress parental, l’aspect négatif, et de l’autre côté on a tous les aspects positifs qui diminuent ce même stress parental. » Chacun·e a sa propre balance, les facteurs diffèrent selon les personnes et c’est tout à fait normal. Le problème du burn-out parental, c’est qu’il vient déséquilibrer la balance du ou de la parent·e en faveur des éléments stressants pendant un certain temps. « On peut tous·tes être un·e super parent·e et devenir demain un·e moins bon parent·e parce qu’on s’est épuisé·e. Mais, la bonne nouvelle, c’est qu’on s’en sort ! », ajoute Moïra Mikolakczak.

Les recherches le définissent par quatre symptômes principaux : l’épuisement, la distanciation émotionnelle, la saturation du rôle de parent·e et le contraste entre le·a parent·e tel·le qu’iel est et le·a parent·e qu’iel voudrait être.

L’épuisement 

 

L’épuisement est le premier symptôme qui apparaît. Les parent·e·s peuvent être épuisé·e·s, tant mentalement que physiquement. Ce n’est pas forcément à cause de leurs enfants, qu’ils soient difficiles ou non, mais plutôt à cause de la pression d’être un·e bon·ne parent·e. « On peut être épuisé·e par un rôle de parent·e parce qu’on se met la pression, parce qu’on veut cuisiner bio tous les soirs, parce que chacun·e de nos enfants fait une activité extra scolaire et qu’on passe notre temps à courir, etc. On parle alors d’épuisement, pas de fatigue, car la fatigue s’atténue avec le sommeil alors que l’épuisement persiste », explique Moïra Mikolakczak. « C’est l’impression qu’une chape de plomb tombe sur soi, on se sent tenu·e on ne peut plus rien faire. On est dans l’apathie totale, on n’arrive plus à parler, à bouger, à respirer », raconte Louise*, 41 ans, mère de trois enfants. C’est lors de sa seconde grossesse qu’elle va tomber en burn-out parental, lorsque le père de sa fille part alors qu’elle est enceinte de quatre mois. C’est l’élément déclencheur.

 

« C’est très important de repérer l’épuisement et d’agir le plus tôt possible, parce que c’est à partir du moment où la distanciation émotionnelle s’installe qu’on va voir apparaître des conséquences délétères pour l’enfant. Quand le·a parent·e est juste épuisé·e, iel va parfois être irritable, impatient·e mais iel va arriver à se contenir et à fonctionner correctement. Mais quand iel devient détaché·e émotionnellement, c’est là qu’on peut avoir des comportements de négligence où le·a parent·e n’a plus le courage de faire à manger, de faire ce qu’iel doit faire parce qu’iel est trop épuisé·e. Iel peut avoir des comportements de violence verbale ou physique. C’est vraiment la phase d’épuisement qui détermine le moment de faire quelque chose. »

– Moïra Mokilakczak 

La distanciation émotionnelle

Lorsqu’un·e parent·e est en burn-out parental, iel n’est plus investi·e et connecté·e émotionnellement à ses enfants. Ce n’est pas qu’iel n’aime plus ses enfants, c’est qu’iel sature de son rôle de parent·e et qu’iel perd le plaisir d’être parent·e. Iel peut donc avoir des difficultés à montrer son affection, que ce soit à travers la parole ou les gestes. « Je pleurais beaucoup, je ne voulais plus rien faire avec ma fille. Petit à petit, je me rendais compte que je m’éloignais d’elle. Et à un moment donné, j’avais vraiment l’impression que je ne l’aimais plus », témoigne Alice*, 39 ans. « Quand je suis tombée enceinte de ma deuxième fille, Léa* (la première) a commencé à faire des terreurs nocturnes. Comme si elle ressentait qu’elle n’allait plus être seule. C’était très impressionnant, elle se tapait parfois la tête contre les murs et faisait des crises de colères. La fatigue accumulée plus les hormones de femme enceinte, j’ai commencé à beaucoup pleurer je ne voulais plus rien faire avec ma fille, j’étais très fatiguée et je ne pouvais pas me reposer ». 

La saturation du rôle de parent·e 

« On ne peut pas démissionner, parce que c’est une fusion telle qu’on ne peut pas sortir de ça. On est fatigué·e, on n’en peut plus, mais on ne peut pas couper, car les enfants vivent à travers nous, grâce à nous », explique Louise. Selon Moïra Mikolakczak, les parent·e·s perdent ce plaisir d’être parent·e, iels n’ont plus seulement envie d’être considéré·e·s que pour ce rôle, iels ont besoin de se recentrer sur elleux-mêmes. Les sentiments d’épuisement et d’irritation vont alors prendre le dessus sur l’amour et la tendresse. « On a envie de tout contrôler, que tout se passe bien et en fait c’est trop. Parce qu’à un moment, on vit trop pour son enfant et on s’oublie. Aujourd’hui, quand je suis trop fatiguée, je sais très bien que je n’arrive plus à avoir une constance dans la gestion de mes enfants, et donc je lève le pied. Ce n’est pas parce que je n’aime pas mes enfants, loin de là, c’est juste que je sens mes limites et que j’ai besoin de souffler », raconte Alice.

La différence entre le·a parent·e tel·le qu’iel est et le·a parent·e qu’iel aimerait être

 

Le·a parent·a en burn-out se met souvent la pression, iel veut être le·a meilleur·e possible pour son enfant. Iel vise bien souvent la perfection et comme iel a du mal à l’atteindre, car c’est tout bonnement impossible, iel culpabilise. C’est ce qui est arrivé à Louise. « En fait, on est des parent·e·s comme les autres, c’est juste qu’on se donne une exigence telle qu’on est jamais satisfait·e·s. Ce n’est pas une exigence envers mes enfants, c’est une exigence envers moi, ce que je peux leur apprendre, ce que je peux leur transmettre. Mais je me suis posé la question : « Qu’est ce qui est essentiel pour mon enfant ? Qu’il ait pris sa douche à 19h et qu’il ait mangé ou je l’ai engueulé ? Qu’il soit à l’heure à l’école, habillé, coiffé, brossé ou que je l’ai engueulé parce que  j’étais stressée ? Et est-ce-que c’est grave s’il mange un peu plus tard, s’il ne se lave pas une fois, s’il va à l’école sans s’être brossé les dents, mais tout ça en allant à l’école de bonne humeur, avec de la musique et en rigolant ? » Ça change tout au quotidien. Car l’enfant, à la fin, c’est l’émotion qu’il va retenir ». 

Des solutions existent ! 

La première chose à faire et comme souvent, c’est d’en parler, de demander de l’aide. Que ce soit à son entourage, à un·e professionnel·le de santé ou encore à des cercles de parent·e·s qui vivent la même chose. « Il ne faut pas avoir peur des préjugés ou du jugement et accepter qu’on peut être mal car cela arrive et c’est tout à fait normal », raconte Alice. « Aller consulter dès le début de l’épuisement. Plus tôt c’est pris en charge, plus vite c’est réglé », affirme Moïra Mikolakczak. Et pour aider encore plus les parent·e·s en burn-out, la docteure a crée une application : Dr Mood. Axée sur la santé mentale, elle vous permet de faire le point et de déterminer à quel point vous êtes proche du burn-out parental, ce qui vous fragilise et ce qui vous protège, mais aussi et surtout comment vous en sortir. 

 

« J’ai vu des documentaires, je me suis inscrite sur des groupes de parent·e·s sur les réseaux sociaux et j’ai compris ce que j’avais. Ça m’a permis de déculpabiliser. Parce que quand on voit tous·tes ces parent·e·s qui vivent la même chose, on comprend que ça ne veut pas dire qu’on n’aime pas nos enfants et ça redonne de l’espoir pour s’en sortir.»

Louise

Formée par les docteures belges Moïra Mikolakczak et Isabelle Roskam, Aurélie Fourmond est une ancienne informaticienne qui s’est reconvertie dans le milieu de la santé mentale. Elle a lancé récemment un programme d’accompagnement pour les parent·e·s victimes de burn-out parental. Le but étant de récupérer physiquement, mentalement et émotionnellement afin de retrouver ce fameux équilibre dans la balance de la parentalité. Son programme, Sortir du burn-out parental, vise à libérer la parole sur le sujet grâce à des séances avec une thérapeute et des cercles de parent·e·s. Il est disponible en ligne et donc plus facilement accessible à tous·tes.

Quelles conséquences sur les enfants ?

Un enfant dont les parent·e·s sont en burn-out parental peut avoir du mal à gérer ses émotions. Iel va alors réagir de différentes façons possibles : crises de colère, comportement difficile, régression, difficultés scolaires, repli sur lui-même ou encore crises d’agressivité. Le plus important, c’est de réussir à expliquer à son enfant qu’un·e parent·e aussi peut être fatigué, qu’iel s’épuise et qu’iel a parfois besoin de repos. « C’est primordial de pouvoir imposer à ses enfants des moments ou chacun·e se retrouve un peu seul·e, qu’ils comprennent que le·a parent·e a aussi besoin de temps pour lui », s’exclame Louise. Les enfants souffrent tout autant que les parent·e·s dans cette situation. Et le fait de leur en parler peut les rassurer et les aider à comprendre. 

Comment l’expliquer à son enfant ? 

 

C’est parfois difficile de trouver les mots pour aborder le sujet avec son enfant. C’est pourquoi Cynthia Suarez a décidé d’écrire le premier livre qui explique ce syndrome de façon simple et adaptée aux enfants. L’histoire est racontée à travers les yeux d’un petit garçon de sept ans qui explique comment son papa ou sa maman (il y a deux versions), tombent en burn-out et quel impact ça a sur lui et sa petite soeur. Le but étant de rassurer les enfants et qu’ils mettent des mots sur la situation, notamment grâce à des illustrations et des dialogues.

« J’utilise une image : papa et maman sont des super héros avec des capes mais iels ont des trous dans leurs capes, qui font diminuer leur super pouvoir. Ce n’est pas forcément de leur faute, c’est parce qu’iels sont de super papa et super maman qui font tout pour leurs enfants. Mais ils peuvent s’épuiser. Et l’idée de venir voir un psychologue, ce n’est pas de recoudre les capes mais plutôt d’accepter ces trous et d’apprendre à vivre avec », explique la psychologue. Ce premier livre pour expliquer le burn-out parental aux enfants devrait sortir aux éditions Fleurus cette année. « Le but, aussi, c’est de désacraliser la parentalité parfaite. Parce que le problème est souvent là. C’est souvent difficile pour un·e parent·e quand sa parentalité ne se passe pas comme il l’aurait voulu », ajoute Cynthia Suarez. 

Le normaliser 

Depuis la pandémie mondiale et les confinements, notre santé mentale à été mise à rude épreuve, mais aussi et surtout reconsidérée. Et il était temps ! Tous ces témoignages montrent qu’après s’en être sorti·e, ou une fois leur situation améliorée, iels se sont souvent engagé·e·s à aider les autres. Ce besoin d’être utile et de faire avancer les choses dans la société actuelle peut aider à le normaliser. « Quand on vit des choses difficiles, soit on en veut au monde entier, soit on a envie d’aider les autres », explique Louise, qui depuis a décidé de suivre une formation de psychopraticienne. Moïra Mikolakczak, docteure en psychologie à l’UCLouvain en Belgique, s’est intéressée au burn-out parce qu’elle s’intéressait à la parentalité certes, mais aussi parce qu’elle a elle-même fait un burn-out parental. Ce syndrome peut toucher n’importe qui, à n’importe quel moment et c’est d’autant plus important d’en parler, de le normaliser afin d’aider les parent·e·s à déculpabiliser. En 2021, on doit considérer la santé mentale plus que jamais, c’est urgent !

Pour plus d’informations sur le burn-out parental, rendez-vous sur le site de Moïra Mikolakczak et Isabelle Roskam. 

* Les prénoms ont été modifié dans un souci d’anonymat. 

Article de Clara Schnebel 

Vous pourriez aimer...