BURLESQUE : LOUISE DE VILLE

Originaire des Etats-Unis, la jolie Louise de Ville est actuellement à l’affiche du show burlesque Porte jarretelles et piano à bretelles. Performeuse, effeuilleuse, éducatrice sexuelle et comédienne Louise de Ville est une touche à tout charmante et pétillante pour qui les faux-cils et les talons aiguille sont une arme féministe. Rencontre.

 
Paulette : Louise, quel est ton parcours ?
Louise : Je suis comédienne, artiste et féministe. Je suis originaire des États-Unis, dans le Kentucky, où j’ai commencé à faire du burlesque. Je faisais des performances contemporaines où je manifestais en porte-jarretelle et en culotte contre la guerre, le capitalisme… Quand je suis arrivée à Paris, j’ai continué à faire du burlesque, avec un style plus pailleté, certes, mais j’aime toujours interroger les archétypes féminins, soit les mettre à l’honneur, soit les mettre en humour.
 
A la base tu venais à Paris pour intégrer Sciences Po, n’est ce pas ?
Oui, aux Etats-Unis, j’avais fait des études en diplomatie et négociation et résolution de conflits, et mon ambition était de travailler pour des ONG francophones, alors je suis venue ici pour Sciences Po. Mais en parallèle, j’avais passé des auditions dans des cabarets, pour des petits shows, pour m’amuser, et finalement, le burlesque étant encore très nouveau en 2005-2006 et naissant en France, j’ai été retenue. C’est devenu mon gagne-pain.
 

Quel est le message que tu essaies de faire passer à travers tes spectacles ?

Je veux que les femmes puissent exhiber leur propre sensualité et la force de leur féminité comme elles l’imaginent, tout en niant les constructions que la société leur impose.J’ai longtemps présenté un spectacle où je jouais Betty, une every day woman, plus ou moins typique, qui fait de grandes explorations sur sa sexualité, sa féminité, et ça, pour moi, c’est du féminisme au final.
 
Les femmes se retrouvent dans ce que tu dis ?
Oui, parce que là par exemple j’avais choisi une femme au foyer, qui cuisine comme Bree Van de kamp et qui est fan de Valérie Damidot (rires). Et même si la femme ne se reconnaît pas soit elle reconnaît sa sœur, sa mère… On reconnaît une partie de toutes les femmes, la femme dans son beau cadre mais qui est encadrée, et qui finalement réussit petit à petit à sortir du foyer et à faire sa propre aventure.
 
 
Tu animes des ateliers Drag Kings (que l’on appelle Les soirées garçonnes), où tu mets en avant le côté masculin qu’il y a dans chaque femme. Tu te transformes par exemple en Louis De Ville. Peux-tu nous en parler un peu ?
Le drag king n’est pas tant une expérience transgenre pour libérer l’homme qu’on a en nous mais davantage une manière d’accepter l’idée que les hommes puissent jouer la féminité et même se moquer d’eux. Avec les drag-kings, j’ai essayé de descendre la masculinité de son piédestal et de dire « nous aussi on peut jouer tous les codes masculins, ceux de confiance, de domination ». Tous ces gestes, les femmes peuvent les apprendre, les mimer et se servir de ces codes dominants pour mieux se faire respecter au bureau, au foyer. Il y a un côté très ludique surtout, mais c’est vrai que certaines choses peuvent se traduire en bénéfices pour la femme au quotidien.
 
« L’espace a été plus exploré que le plaisir féminin« 
 
Tu as plein de cordes à ton arc et es également éducatrice sexuelle ?
Oui, j’anime parfois les Ateliers du Cabinet de Curiosité pour toutes les femmes, de toute sexualité et expériences. Parce qu’au final, on a davantage exploré l’espace que le plaisir féminin. (Rires). Il est important pour chaque femme d’être active dans la recherche de son plaisir. On n’est pas née en connaissant tout ni sur notre corps, ni sur la pratique sexuelle. En faisant ces ateliers, on découvre des techniques comme la fessée ou l’amour anal, le tout, de manière ludique. Mais attention, ce n’est pas un atelier du genre « Comment devenir les meilleurs amantes », comme dans la plupart des magazines féminins, mais plutôt « Comment mieux rechercher son plaisir ».
 
Quelle est la plus grande différence entre les Etats-Unis et la France, en matière de libération sexuelle, de féminisme… ? Qu’est-ce que tu retiens comme différences principales ?
Je trouve que c’est un moment très intéressant pour être en France aujourd’hui, parce que c’est un moment d’évolution vers la troisième vague de féminisme, qui est un féminisme très personnel. C’est une libération qui va vers quelque chose de très personnel et de très positif. Vous avez une culture très intellectuelle en France, et c’est le moment de faire un pas vers quelque chose de plus ouvert. Les Françaises vont sortir de leurs débats et de leurs têtes pour mieux assumer leurs plaisirs, leurs corps, tout en s’amusant.

 
Tu as actuellement à l’affiche de Porte jarretelles et piano à bretelles,comment t’es tu retrouvée à passer le casting ?
J’ai répondu à un appel d’Etienne Grandjean, qui est aujourd’hui le directeur artistique du spectacle, et qui avait demandé à Jasmine Vegas de monter un show de burlesque sur le thème de l’accordéon pour son festival Le Grand Soufflet, il y a deux ans. Ça m’a beaucoup plus, surtout ce mélange entre le côté très frenchie de l’accordéon et celui plus américain du show burlesque. C’est un juste milieu entre le cabaret classique français et ses codes, et un cocktail Molotov de paillettes, de puissance et d’impudeur américaine exagérée.
 
Tu incarnes différents personnages dans le show, tu ne portes pas moins de 7 costumes…
Oui ! Je fais le stage kitten, un code des spectacles burlesques. A chaque fois, sur scène, il y a une des performeuses qui ramasse les habits et moi, j’ai réussi à faire toute un tableau en stage kitten. Ce n’était pas gagné d’avance (Rires).J’interprète aussi une jeune femme qui se suicide, qui pourrait s’appeler « Et si Dita Von Teese se suicidait sur scène ? », c’est un tout nouveau numéro. Avec le directeur artistique, on s’est posé la question d’à quoi ça ressemblerait si le burlesque s’appliquait au drame.
 
Qu’est-ce que tu voudrais dire aux lecteurs pour les inciter à venir ces prochains mois ?
N’hésitez pas, parce que c’est surtout dans les moments de crise et de prise de tête familiale – comme c’est souvent le cas durant les fêtes- que l’on a besoin de rire ! (Rires).
 
Une dédicace aux Paulette ?
La prochaine fois que vous vous disputez avec votre chéri, essayez la diplomatie de l’effeuillage, car j’ai remarqué que les hommes font plus attention quand on est en culotte.
 

>Porte-jarretelles et Piano à Bretelles 

Jusqu’au 5 janvier 2014, à l’Alhambra
Lien de l’événement : www.facebook.com/events/642297605822980
 
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