BRUNE/BLONDE : ROUSSE ?

Belle de jour, Luis Buñuel, 1966 © StudioCanal 
 
La chevelure au cinéma c’est d’abord pour Alain Bergala, commissaire de l’exposition qui a lieu en ce moment à la Cinémathèque, la panoplie d’un mythe : celui de la femme, évidemment, le femme fatale, la femme objet, la femme dominante et dominée.

Derrière le cheveux, et qu’importe la couleur, se cache ainsi des enjeux sociaux et politiques, mais aussi esthétiques. Que laisse voir une chevelure féminine, que dissimule-t-elle ? Et pourquoi la dissimuler ? En quoi symbolise-t-elle la féminité, la sensualité, l’érotisme ? Comment la représenter ? À travers cet ensemble de questions, Bergala nous invite à déambuler dans une exposition construite comme un scénario qui se développerait en cinq séquences et une salle de cinéma où sont projetés six courts métrages commandés spécialement sur le thème de l’exposition à six réalisateurs de six pays différents.
La première séquence est celle du mythe, entre les couvertures de Elle, le portrait de Lana Turner d’Andy Warhol et les extraits des films représentant les icônes – de Louise Brook aux demoiselles de Rochefort en passant par l’incontournable Marilyn – qui ont bâti la profondeur de notre croyance en cette beauté platine.

La deuxième séquence décline, autour de trois salons de coiffures (l’africain, l’oriental et le japonais) et de séquences d’archives, la force politique, sociale et historique
de cet atout majeur d’une sensualité trop souvent brimée, formatée ou cachée. Ten d’Abbas Kiarostami, les portraits photographiques des Femmes algériennes de Marc Garanger ou les documents de l’INA sur l’émancipation des femmes françaises ou américaines ouvrent ainsi ce mythe à la réalité très concrète d’une histoire en formation.
La troisième séquence porte sur le motif et la gestuelle rattachés à la chevelure et montre comment se mythe ne naît pas avec le cinéma mais qu’il est, au contraire, une question latente dans l’histoire de l’art. Dans cette salle nous passons ainsi des tableaux d’Edgar Degas, ceux de Puvi de Chavannes ou de La Danaïde d’Auguste Rodin à une performance filmée de Marina Abramovic, ou aux clichés de Man Ray.

La quatrième séquence s’arrête sur la chevelure au cœur de la fiction avec des nombreuses séquences de films (8 femmes de François Ozon ou Alphaville de Jean-Luc Godard), des extraits d’un documentaire d’Alain Bergala tiré de l’exposition (diffusé sur Arte le 25 novembre prochain) et des œuvres contemporaines sur trois thèmes majeurs qu’ouvre la chevelure dans la fiction : la rivalité brune/blonde, la métamorphose et le sacrifice.

La cinquième et dernière séquence enfin, nous pousse vers l’abstraction avec un cheveu regardé comme pure matière. Le cheveu devient paysage, fétiche, rappelant l’installation gigantesque d’Alice Anderson qui fait descendre, influencée par le conte des frères Grimm. Réponse, une immense chevelure rousse lâchée du haut du donjon de la Cinémathèque. Entre mythe et document, magie et sacrifice, peinture et cinéma, la chevelure devient à la cinémathèque un objet de fantasme, de réflexion politique et de délire esthétique.

 
« Ni brune, ni blonde, bien au contraire »
Exposition Brune/Blonde à la Cinémathèque française

Du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011

 
 
 
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