BOUQUIN : LA VÉNUS HOTTENTOTE

La Vénus noire, Adellatif Kechiche, 2010 © mk2

"Aucun des visiteurs du musée de l’Homme n’a pu rester insensible à la vision de la Vénus Hottentote"
, ainsi Gérard Badou entreprend de raconter l’histoire de Saartjie Baartman, une jeune Sud-africaine aux formes hallucinantes qui fut arrachée de sa terre natale en 1810 pour être exhibée comme une bête de foire en Europe.

Cette esclave présente en effet un physique pour le moins plantureux : une hypertrophie des hanches et du fessier, organes génitaux protubérants, tout un attirail caractéristique des membres de son ethnie, les Khoisan.

Montrée dans les salons et foires de Londres, de Hollande puis de Paris, sa vie fut une succession d’humiliations. Vendue à tous les regards (abrutis, pervers, curieux, maquereaux, médecins, peintres, etc.), humiliée, violée et examinée sous toutes les coutures, un scientifique établit même un rapport comparant son visage à celui d’un orang-outang et son fessier, à celui d’un singe mandrill. Un autre y vit la preuve de son infériorité raciale. Et de conclure : Les races à crâne déprimé et comprimé son condamné à une éternelle infériorité." 

Et comme si l’adage "Il y a quand même une justice dans ce bas-monde" n’existait pas, sa fin fut également assez pathétique. Elle mourut à 27 ans d’une pneumonie. Son cadavre fut ensuite disséqué et moulé par un professeur (barbare ?) en anatomie qui eut la présence d’esprit de préserver son cerveau et ses organes génitaux dans des bocaux de formol.

Son exposition se prolongea post-mortem au musée de l’Homme à Paris où l’on pouvait admirer, jusqu’à la fin des années 70, le fameux moulage de son squelette. Son histoire ne trouva finalement son épilogue qu’en 1994, à la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud, lorsque Nelson Mandela demanda à rapatrier sa dépouille pour lui offrir une sépulture décente. La France ne s’exécutera qu’en 2002, contre l’avis du monde scientifique qui la considérait comme un patrimoine inaliénable du museum de la science.

Le livre L’énigme de la Vénus Hottentote, réédité chez Payot et Rivages en 2002, l’année même de la restitution des restes de la Vénus à l’ethnie Khoisan, c’est aussi l’histoire du regard des colons sur les peuples autochtones. Il ne s’agit pas d’un ouvrage ethnographique mais d’un roman archéologique, dans lequel l’imagination peut – comme disait Flaubert – "rebâtir des mondes avec des brins de sureau et des débris de pots de chambre." Documenté, Gérard Badou reconstitue l’histoire la Vénus à l’aide d’indices, de détails, qui donnent vie au récit. 
 

Des explorateurs hollandais qui ont ravi la jeune africaine, aux spectateurs de Piccadilly, en passant par les anthropologues du musée de l’Homme à Paris, Gérard Badou parcourt, au travers du personnage emblématique de la Vénus Hottentote, 150 ans d’ethnocentrisme et de misogynie.

 

     LIVRE

   Gérard BADOU :: L’énigme de la Vénus Hottentote 
   La Petite Bibliothèque Payot, 208 pages

   2002


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