BONS KISSES DE L.A

Visuel retravaillé par Jessica Trouy pour Paulette

Alors que la neige a envahi le pays, quel meilleur moyen de se réchauffer que d’écouter la disco suave et mélancolique des Américains de Kisses ?

On a voulu vérifier en se rendant à leur concert, au Point Éphémère et même si les basses étaient un peu trop fortes, on n’a pas pu s’empêcher de se revoir cet été en train de se prélasser sur la plage. Pari gagné.

Paulette : La question bateau pour commencer, pourquoi avoir choisi le nom Kisses ?
Jesse : Au tout début, je m’amusais avec de la musique dance en utilisant le nom Gold Room, qui est le nom d’un bar à Los Angeles. J’avais pensé à une mise en scène grotesque où je porterais une veste en métal doré mais la musique était naze. Je faisais vraiment de la mauvaise musique donc quand j’en ai eu fini avec ces chansons, j’en ai composé de nouvelles, toujours dance, et je me suis dit qu’il me fallait un nouveau nom. Je ne sais plus exactement comment j’ai trouvé Kisses, je crois que je pensais à un ami de ma famille, Alec R. Costandinos, qui avait un projet disco dans les 70’s appelé Love & Kisses, et je me suis dit que si je lui enlevais le "love" ça serait plus moderne et facile à retenir. Ce que j’aime particulièrement avec ce nom c’est la double signification qu’il y a derrière. Il peut tout à la fois être très tendre ou avoir une connotation sexuelle. Par exemple, notre site web s’appelle blowkisses, cela peut être très vulgaire (blowjob, tailler une pipe en anglais, ndlr) ou comme la chose la plus mignonne et innocente qui soit (souffler des baisers, ndlr). J’aime jouer là-dessus, selon les personnes on va penser qu’on est bizarres ou juste naïfs. 

Cette tension est aussi très palpable dans votre musique, oscillant sans cesse entre naïveté et sensualité.
En fait, la plupart des chansons de l’album sont inspirées d’Arthur Russell, c’est une sorte d’album hommage. Il était gay ou bisexuel et à l’époque le disco c’était très gay. Toutes ces chansons sont très niaises et je pensais que ça serait cool, non pas de les resexualiser, mais de reprendre l’enthousiasme et l’éclat du disco. Certains textes sont plus mélancoliques, plus introvertis, parlant de sentiments et d’émotions. Ils ne sont pas tous comme Midnight Lover qui parle du fait de vouloir sortir dîner avec une fille. Certaines parlent également du sentiment d’insécurité qui peut nous habiter, des interrogations concernant la signification des choses de la vie, ce genre de choses. Ce que je n’aime pas c’est que certaines personnes présument que si tes chansons paraissent légères c’est que tu n’es pas sincère, que tu te moques de la musique alors qu’osciller entre quelque chose de sérieux et de marrant c’est vraiment ce qui me plaît. Je suis le genre de mec qui rit au mauvais moment, on m’annonce une mauvaise nouvelle et j’en souris, cela fait partie de ma personnalité, une manière de me protéger de mes émotions. Ma musique est souvent comparée à celle des Suédois et nombreux sont les gens qui ne supportent pas que l’on touche à ce genre de musique, seuls les groupes suédois on le droit d’écrire des chansons pop sincères. Mais pour moi, mes textes parlent des États-Unis, de mes insécurités, de mon affiliation avec la langue anglaise, ce n’est pas suédois. Je n’essaie pas d’écrire sur des choses que je ne connais pas. 
 
Comme vous l’avez souligné votre musique peut sembler légère alors que certains textes sont plutôt sombres…
Oui, Zinzi (l’autre membre de Kisses et girlfriend, ndlr) déteste ça ! J’aime écrire des choses tristes, comme la perte d’un amour par exemple et parfois ça la blesse vraiment, elle croit que j’écris cela contre elle, que je ne l’aime plus alors que c’est juste que j’aime écrire des chansons tristes. J’ai essayé de faire des trucs plus joyeux, j’ai écrit des textes très pop mais il leur manque toujours quelque chose, ils ne sonnent pas assez "vrai". J’ai l’impression que tout dans la vie est mélangé à une certaine tristesse, au moins dans ma vie, pas que je sois dépressif chronique, mais c’est vrai ! Je me sens honnête et meilleur parolier quand j’écris sur la mélancolie, la perte, la crainte de perdre ses proches, de ne pas être accepté, des sentiments que l’on peut tous ressentir.

  

Est-ce également un moyen de gérer vos émotions ?
Complètement ! Pas pendant l’écriture, ce n’est pas une catharsis, mais c’est sans doute inconscient. Je vais tout simplement me mettre à écrire jusqu’à ce que le texte soit bon. Je ne me dis pas "Oh cela a tellement de significations", mais simplement que j’aime la direction que ce texte est en train de prendre, je ne pense pas trop au sens profond. C’est quand je l’écoute des mois plus tard qu’il me parle vraiment, qu’il prend tout son sens. C’est pendant la tournée, que je me suis rendu compte à quel point ces chansons reflétaient ma vie. Peut-être qu’en les écrivant je me suis distancié, en me disant "Je ne ressens pas ça, mais ça serait un message cool à faire passer" alors qu’au final c’est effectivement ce que je ressentais.
 
Comment avez-vous enregistré l’album ?
Cela a mis à peu près trois semaines, je l’ai enregistré tout seul, Zinzi a chanté un peu dessus, mais j’ai fait toute la partie technique et l’enregistrement. Je fais également partie d’un autre groupe, qui s’appelle Princetown, on venait de terminer notre premier album, nous avions encore tout notre matos dans le garage, donc j’ai donc tout enregistré : d’abord l’acoustique, puis le chant et après j’ai mélangé avec le reste des instruments. Je prenais la basse jusqu’à temps que je trouve un accord qui me plaise et je l’enregistrais, de même pour le clavier. Chaque chanson prenait environ un ou deux jours, les plus complexes trois ou quatre mais au final ça m’a pris trois semaines. Sans oublier un mois ou deux pour que je le mixe convenablement avec des amis.
 
Après l’effervescence autour de New-York, la nouvelle scène musicale semble aujourd’hui venir de Los Angeles, vous qui en venez, qu’en pensez vous ?
J’aime ça parce que j’étais à L.A avec mon autre groupe durant quatre ans et à l’époque la ville n’avait aucun crédit. À part si tu jouais au Smell (une salle de concert de L.A, ndlr), tu n’étais pas cool. Il fallait être à New-York ou Portland mais pas à L.A. Donc c’est sympa de voir que les groupes locaux gagnent en crédibilité, même si ce n’est pas forcément de la musique que j’écoute, je suis heureux que l’on respecte enfin ma ville. Il y a toujours eu beaucoup de concerts car L.A reste un marché majeur mais le problème, c’est que la musique qui a pu en sortir était assez mauvaise parce que les gens l’associait avec des séries télé donc c’est cool que Los Angeles redevienne à la mode. 
 
Vous êtes très présents sur internet, Tumblr, Twitter, Facebook, et avez été en partie découverts par des blogs, que pensez-vous de cette nouvelle relation qui s’instaure entre l’artiste et son public ?
Le bon côté c’est que tu peux avoir une relation privilégiée avec ton public, tu es apprécié plus rapidement… Après, faire en sorte que ces mêmes personnes achètent ton album et viennent à tes concerts c’est plus compliqué. Ce n’est pas parce qu’ils n’apprécient pas ta musique ou qu’ils n’ont jamais entendu parler de toi, c’est parce qu’il y a trop de groupes. Le problème avec internet c’est de savoir quels sont tes vrais fans. Je ne suis pas très bon sur Twitter, je n’arrive pas à être drôle dessus, c’est surtout Zinzi qui s’en charge, moi je m’occupe que de faire la promo, genre on est en concert à tel endroit alors qu’elle, elle poste des photos, des vidéos, des trucs exclusifs. C’est juste difficile de savoir si ces même fans qui nous suivent vont se suffire du contenu gratuit ou s’ils vont décider de soutenir le groupe en venant aux concerts, en achetant l’album ou un tee-shirt. Mais finalement, j’ai l’impression que les gens sont réactifs sur Twitter, viennent aux concerts, je le vois. Tu espères que ta musique va perdurer mais tu as quand même l’impression d’avoir une durée de vie limitée. Il y a tellement de nouveaux artistes, de nouveaux albums qui sortent tout le temps, que l’on zappe sans cesse…

Enfin, quels sont tes projets à venir ?
Kisses va faire une nouvelle tournée en février, mon autre groupe Princeton a un concert en décembre à Los Angeles, on a terminé notre premier album mais on est encore en train de réfléchir à quand le sortir. Sinon, Kisses revient en France en février mais après c’est encore flou, peut-être l’été prochain, mais on ne fera pas beaucoup de concerts. J’ai déjà écrit toutes les chansons du prochain album, mais je ne pense pas les enregistrer avant un an, ça va demander du temps, parce que je n’en ai tout simplement pas ! J’ai failli enregistrer le second album avant même que The Heart Of The Nightlife ne sorte. Je m’ennuyais et je croyais que personne n’accepterait de le sortir, puis tout s’est enchaîné… donc il est déjà écrit !
 
KISSES :: THE HEART OF THE NIGHTLIFE              
Maman Records/Republic of Music

www.myspace.com/blowkissess

 

 
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