BIEN-AIMÉES : LES CRÉATRICES DES ROBES DE MARIÉE ÉCORESPONSABLES RACONTENT

À 23 et 24 ans, Alexandra Tzaneva & Séraphine Parisot décident de lancer leur marque écoresponsable de robes de mariée sur mesure. Pour encourager les traditions revisitées et le textile durable, ces amoureuses de l’amour dévoilent la première collection de Bien-aimées. 

Interview.

© Bien-aimées

Vous êtes toutes les deux originaires de cultures et de pays différents. Comment se passe votre rencontre ? 

Alexandra. Je suis bulgare et américaine. J’ai grandi à Pittsburgh aux États-Unis. Après le lycée, pour mes études supérieures, je suis venue étudier en France. Avec Séraphine, on s’est rencontrées dans le bus. Et on était dans la même école d’art. On a beaucoup travaillé ensemble, à faire des nuits blanches pour des projets de cours. On est très différentes mentalement et physiquement, les gens se demandent parfois pourquoi on est amies. Finalement, on se complète, avec des valeurs communes. On est comme des soeurs. On souhaite créer quelque chose de beau, ensemble.

Créer une marque de robes de mariée écoresponsable et l’appeler « bien-aimées », c’est une invitation à l’amour ?

Alexandra et Séraphine. Bien-aimées c’est l’union de nos valeurs communes. Contre la fast fashion et pour le self-love et l’amour envers nos clientes et leurs beautés uniques. Nous leur proposons une belle occasion de se réapproprier leur corps. Nos clientes sont nos bien-aimées. Mais, c’est également une invitation et un hommage à l’amour de nos familles, l’amour de la planète. Bien-aimées vise à créer un cocon d’espoir et de positivité dans un climat incertain.

Alexandra et Séraphine © Bien-aimées

Est-ce que vous piocher dans les trois cultures pour vos collections ?

A et S. Oui et non. Par exemple, on est influencées par la culture française. Ainsi, on pioche beaucoup dans les coupes vintage des années 30 aux années 70, 80 et même 90. On va utiliser les ornements, les éléments de broderie. C’est vraiment un mélange qui s’inspire de plein de courants. Et puis, c’est vrai que l’on pense à peut-être faire une collection avec des broderies traditionnelles bulgares. Des tons sur tons, blanc sur blanc.

Mais on adore également l’Histoire de l’art, les anciens tableaux. Plusieurs courants artistiques comme le préraphaëlisme ou même l’impressionnisme nous inspirent. Au-delà de nos cultures, on pioche aussi notre inspiration dans les vieux films. Comme par exemple Peau d’âne de Jacques Demi, Drôle de frimousse avec Audrey Hepburn ou encore le mythique Gilda avec Rita Hayworth.

Quelles formations avez-vous suivies ? 

A. J’ai fait du design graphique et Séraphine a fait du design textile. Notre travail se complémente bien, on mélange la mode au graphisme.  Ma mère faisait des bijoux avec des perles. Alors depuis l’enfance, je l’aide. Petite déjà, j’aimais ce côté manuel, avec du fil et une aiguille.

S. Et moi, j’ai fait un an à l’école du Louvre. Avant notre école commune. C’est super d’étudier l’art, puisque la mode s’en inspire beaucoup, depuis toujours. Aussi, mon stage en tant qu’assistante styliste m’a vraiment aidée à développer mon côté organisatrice pour les shoots, la création de notre moodboard.

© Bien-aimées

Suite à votre formation en design, vous décidez de lancer votre projet. Pourquoi les robes de mariée ? 

A. et S. On pense que c’est un bon terrain de jeu pour exprimer nos sensibilités, notre fantaisie. Et tout ce qui est à l’intérieur de nous, de manière assez poétique. On trouve ça finalement assez pratique. Nous sommes un duo créatif dont les visions s’allient harmonieusement. La robe de mariée, ça nous permet également de créer du sur-mesure. On travaille en slow fashion, en créant un vêtement durable et de qualité. C’est une production réduite qui nous permet d’exprimer un maximum de poésie sur chaque robe. 

Pensez-vous que la jeune génération a une idée nouvelle du mariage ? En comparaison à une autre époque comme celle de nos grands-parents par exemple.

Oui c’est très différent ! Il y a beaucoup de gens, surtout en France, qui font des mariages civils, ou des PACS. Rien qu’avec les États-Unis, ça n’est pas pareil. Là-bas, il y a encore énormément de personnes qui se marient au sein de grandes cérémonies avec des énormes robes « meringue ». Alors qu’ici, beaucoup se marient pour le côté festif, de manière moins traditionnelle, moins religieuse. 

Du coup, on a décidé de créer des robes qui rendent hommage à ces traditions. Mais également, qui peuvent être portées à nouveau, plus tard. Au niveau de la durabilité du vêtement, nous avons imaginé des robes à porter à plusieurs occasions. Par exemple, parfois c’est un haut et une jupe, qui ensemble, créent l’illusion d’une robe. Portés individuellement, ils peuvent faire office de tenue de soirée. En fait, l’idée que la robe soit portée une seule fois et puis qu’elle reste dans un placard pour toujours, ça ne nous convient pas.

On va également créer des pièces détachables : une traine, des manches. Une fois enlevées, la robe n’est plus une robe de mariée. Elle devient un vêtement de la vie de tous les jours, facile à reporter.

À vos yeux, le mariage, c’est essentiel, important ?

Célébrer l’amour, c’est ce qui nous tient à coeur. L’amour c’est essentiel. Le mariage c’est important si la relation est saine, si on en a envie, si on est amoureux. Tout le monde est libre, on n’est pas du tout obligé de se marier. Symboliquement, imposer de nouvelles traditions en créant des vêtements plus sains, ça peut toucher beaucoup de personnes à propos des questions éthiques et responsables. Qu’est-ce que l’on a envie d’emporter dans notre futur ? Que veut-on garder comme tradition ? Le mariage nous semble être une institution intéressante pour parler d’amour, de durabilité. 

© Bien-aimées

Sur votre compte Instagram, vos descriptions s’attardent sur des sujets qui semblent vous passionner. Vous abordez notamment l’importance de la broderie à vos yeux. Pouvez-vous nous parler de ce qu’elle représente pour vous ?

S. Personnellement, j’ai appris en autodidacte. Je fais souvent de la broderie en expérimentation. Puis, je la retravaille dans ma tête, je fais des dessins et j’y vais comme je le sens. La broderie, c’est la prolongation du dessin, c’est une autre notion du temps. Ça nous permet de nous arrêter. Et de nous concentrer sur une tâche.

A. Tout va hyper vite aujourd’hui et lorsque l’on fait de la broderie, c’est un travail manuel super reposant, sur lequel on prend le temps. C’est agréable, notamment sur une robe de mariée, de pouvoir travailler longtemps dessus, avec la cliente. 

S. La broderie, c’est aussi une manière de raconter une histoire. Il y a quelque chose de satisfaisant dans le fait de construire un ouvrage et de voir ensuite l’objet terminé. On a un peu perdu cette notion-là, à notre époque. Être satisfait d’un travail de longue haleine et apprécier le travail fait à la main. 

Pourquoi le parti pris de produire des robes de mariée écologiques ? Il y avait une demande sur le marché ?

A. et S. Il y a vraiment très peu de concurrents, notamment dans le sur-mesure écoresponsable. Pourtant, il y a beaucoup de personnes – parmi nos amis et au sein de notre génération – qui sont de plus en plus engagées pour un mode de consommation plus propre. Il y a aussi la notion ancienne de bonnes matières, de belles qualités qui importe pour beaucoup.

Porter une robe qui nous va bien et qui est faite sur mesure, c’est un véritable plaisir. L’idée de durabilité est un fil conducteur pour notre marque. On peut se transmettre des vêtements de génération en génération lorsqu’ils sont durables. 

De quoi se constitue une robe de mariée responsable ? 

A. et S. Pour notre première collection, on a sélectionné du satin de soie. C’est de la soie 100 % naturelle, très brillante et fabriquée en Belgique ou en Europe. Également, nous avons créé des pièces en coton 100 % bio, made in France. Comme nous nous situons dans le Nord de la France, on aimerait faire des partenariats locaux. Par exemple, avec des fabricants de dentelle de Calais, des fabricants de lin. 

On aimerait également se mettre à l’upcycling. Nos grands-mères possèdent des anciens linges de coton ou lin 100 %. C’est super puisque ce sont des matières durables que l’on peut teindre. On a déjà fait un peu de teinture naturelle l’année dernière. Donc, on aimerait expérimenter l’upcycling avec de la teinture naturelle pour des robes de soirée, de demoiselles d‘honneur.

Vous prônez une marque qui se veut transparente, pouvez-vous nous en dire plus ?

A. et S. On essaye de travailler avec beaucoup de petits créateurs et des jeunes qui débutent. Notre photographe est encore étudiant et on adore son travail. Également, c’est une jeune typographe qui a fait notre logo.

Cette notion de transparence, on veut la retranscrire à nos client·e·s. Pour ce faire, on souhaite dire avec qui on collabore, pour tout. Par exemple, en ce moment on travaille avec une couturière bulgare qui est une amie de la famille d’Alexandra. Il y aura très prochainement des posts Instagram pour présenter tous ceux et celles qui collaborent et travaillent pour Bien-aimées. On n’aime pas ce côté caché dans la mode, où uniquement le designer est mis en valeur. Il y a toujours beaucoup de monde qui participe à ce genre de projets. Nous souhaitons donner du crédit à tout le monde, en essayant de raccourcir le plus possible nos circuits. 

Quel est le fonctionnement de votre duo ? Qui fait quoi ? 

A. Nous travaillons toujours ensemble et parlons de tout. Mais comme j’ai fait du graphisme avant, je travaille l’identité de la marque. Ensemble, nous faisons les dessins de chaque robe et les broderies. Séraphine s’occupe de la communication, du booking de mannequins, du photographe, du fleuriste. Elle est beaucoup plus en contact avec le monde extérieur ! (rires)

Dans votre moodboard, on repère des allures et des poses parfois nonchalantes et très modernes. Vous souhaitez casser l’image très lisse et parfois peut-être trop clichée du mariage ?

A. et S. Oui, absolument. On voudrait que la marque soit inspirée des traditions ancestrales mais qu’elle devienne également une nouvelle tradition. On pense nos robes pour « la nouvelle mariée ». Elle sera à l’aise dans sa robe et pourra même la reporter plus tard. On veut réussir à trouver un équilibre en n’excluant personne

© Bien-aimées

Zendaya, Lily-Rose Depp, Bella Hadid, Lana Del Rey sont sur votre moodboard. Que vous inspirent ces femmes?

A. et S. Lana Del Rey, c’est le glamour de 2010, les amours de jeunesse. En fait, quand on était au collège, on adorait sa voix mystique, un peu vibrante. Son personnage représentait pour nous une icône hollywoodienne contemporaine. Et Bella Hadid, pour les designers, c’est une muse. Elle réincarne l’esprit des années 90, des super modèles comme Naomi Campbell, qu’on adore! Toutes ces femmes sont incroyablement modernes, extraordinaires et multiples.

Notre spectre d’inspiration de femmes est illimité. De nos mères à SZA, Rosalìa, Princess Nokia en passant également par des anciennes icônes telles que Dalida, Audrey Hepburn. Le glamour n’est pas que superficiel. Ce n’est pas incompatible avec l’humanité, les valeurs écologiques. C’est noble. Ça peut être profond, engagé, le glamour est quelque chose de très fort. Ces femmes fortes excellent dans leurs domaines et sont très avant-gardistes. Elles nous inspirent forcément dans notre travail. On veut fabriquer des robes pour des femmes qui ont envie d’être uniques et qui savent, au fond d’elles-mêmes, qu’elles le sont. 

Est-ce que vos robes s’adapteront à toutes les morphologies ? 

A. et S. C’est vraiment le but de notre marque. On parle de sur-mesure parce que l’on veut vraiment s’imposer contre la fast fashion et se montrer inclusives de manière naturelle. La fast fashion surfe sur cette notion d’inclusivité alors que ça devrait être normal, de créer pour toutes les femmes, toutes les morphos. La taille 0, créer uniquement pour un 36 ou pour un standard de beauté, ça ne nous intéresse pas.

En analysant nos concurrents, on a remarqué que beaucoup de marques se disent insclusives. Pourtant, leurs mannequins sont toutes des femmes blanches, fines, grandes. Nous ne voulons pas entrer dans le greenwashing ou autre. Pour notre premier shooting, on est en Bulgarie. Le prochain se fera en France, avec plus de contacts et plus de personnes. Il sera super inclusif avec des mannequins de toutes tailles, toutes couleurs de peau et même des personnes plus âgées. C’est important pour nous. 

La pandémie a-t-elle altéré ou nourri votre créativité ? 

A. et S. En fait, on a décidé de lancer la marque pendant la pandémie, en janvier. On pensait que ce serait terminé au moment de la sortie de notre première collection. On espère toujours que lorsque la vie reprendra son cours, les gens auront besoin de rêver, de célébrer… et de se marier à nouveau ! La situation sanitaire a nourri notre créativité.

Comme tout était fermé, on est resté enfermées, on a pu se concentrer, réfléchir à notre projet. Le monde a ralenti, on a levé le pied. On a discuté et pensé à nos valeurs. À ce qui était important pour nous. On a pris le temps de rêver à des choses auxquelles on n’aurait peut-être jamais rêvé si on avait été prises dans le tourbillon des études, des stages. On était face à nous-mêmes, ça nous a rendues plus sincères sur ce que l’on avait envie de faire, de créer. 

Quand pourra-t-on commander une robe ?

A. et S. À partir de la rentrée 2021. D’abord, il faut que l’on montre de quoi on est capables, alors, on crée cette première collection. Mais sinon, nous proposons des accompagnements personnalisés avec chaque cliente, comme pour un processus d’achat d’œuvre d’art, sur mesure. Après discussion, nous lui montrons des illustrations et réfléchissons ensemble à ses envies. 

Quel message aimeriez-vous passer aux futurs marié·e·s qui nous lisent ? 

A. et S. Venez à nous ! (rires) Dans le sens où vous serez comprises, entendues. Vous sortirez des envies qui sommeillent au fond de vous, que vous ne soupçonniez même pas ! Vous pourrez vivre une expérience totalement personnalisée. On est ouvertes à tout le monde, on veut que chaque femme se sente belle et aimée, sans jugement. Chacune mérite de porter ce qui la fait rêver !

Article de Margot Hinry

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