BERTRAND BELIN, DE LA POÉSIE ET DES MOTS


Une maîtrise des mots, un style envoûtant, le troubadour français avait bercé nos longues nuits d’hiver avec son précédent opus Hypernuit. Bertrand Belin revient aujourd’hui avec un quatrième album, Parcs. Rencontre.
 
Paulette : Petit, tu imaginais rester vivre à Quiberon et devenir pêcheur. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
Bertrand Belin : Je n’ai pas vraiment changé d’avis j’étais transporté dans cet objectif, et puis je me suis engagé dans autre chose. J’ai pensé à être marin aussi. Pour être honnête, j’étais attiré par l’héroïsme des marins et des pêcheurs desquels j’étais entouré mais j’étais aussi conscient des difficultés de devenir l’un des leurs. Si j’étais resté à Quiberon, les choses auraient changé, mais je suis parti d’un coup sec à 18 ans. J’ai été éloigné de l’environnement marin à 18 ans pour ne jamais y retourner.
 
Tu as donc quitté la Bretagne à 18 ans pour Paris…
On dirait des paroles d’Aznavour. J’avais des rapports familiaux compliqués et donc une impossibilité de rester chez moi. Ce n’est pas un choix, c’est quelque chose que la vie m’a imposé.  Mon arrivée à Paris a été merveilleuse comme une seconde naissance avec l’usage de la parole et une certaine autonomie physique que l’on n’a pas quand on est bébé.
J’avais déjà commencé à faire de la musique, à 13 ans, je m’étais emparé de ma guitare d’un de mes grands frères. Ça m’a permis de sortir de l’eau et du lot.


 

Comment les choses se sont accélérées ?
Elles se sont accélérées drôlement vite. Dès que j’ai pu jouer quelques accords, j’ai fait des concerts avec des groupes dans les cafés du coin. On avait même joué au Printemps de Bourges en 1986, j’avais 15 ans. Cette année j’y retourne pour la seconde fois presque 30 ans après. On avait eu un article dans Ouest France, c’était une vraie aventure humaine, de traverser la France avec nos propres moyens. Ça a été une aventure marquante. Quand je suis arrivé à Paris à 18 ans, j’ai fait des bonnes rencontres, je n’ai plus fait que de la musique vers 23 /24 ans.
 
Tu as collaboré avec beaucoup de musiciens (JP Nataf, Albin de la Simone…). Pourquoi avoir fait de la musique un tel partage ?
La musique, c’est une discipline de partage. Mais c’est vrai pour tous les musiciens. On a passé beaucoup de temps à se rendre disponible les uns pour les autres. On est prêts à tout pour faire un concert. Pendant longtemps, on est payé en amitié et en aventure. C’est ce qui galvanise les vocations.
 
A l’écoute de ce nouvel album on sent que les mots et leur poésie sont indissociables de la musique…
Tant mieux si c’est l’impression que l’on a. C’est vrai ils n’ont pas de vocation à être dissociés. Autant je comprends très bien que l’on puisse mettre un poème de Jacques Prévert ou d’Aragon en musique. J’essaye de faire en sorte que la musique soit la condition d’apparition des mots, du sens des mots. Je ne vais pas écrire des paroles indépendamment sur une feuille en ayant la volonté de transmettre un message clair. Au contact de la musique, les mots prennent une signification différente que celle de la page blanche. Les mots chantés et les mots dits ne signifient pas la même chose.
 

Ton précédent album Hypernuit avait bien marché. Appréhendais-tu de composer un nouvel opus ?
Non pas plus que les autres. Ce que je peux appréhender, c’est une fois que tout est terminé, l’accueil qui va être fait à ce nouvel album. L’album précédent a eu un certain succès mais ça reste dans des proportions humaines, on n’est pas Lady Gaga. Je me sens donc très libre artistiquement, je ne sens pas obligé de répondre à une attente particulière du public qui est bien plus curieux que l’on veut bien le dire.
 
Comment s’est passée la réalisation de ce quatrième album ?
Comme d’habitude : avec une implication quotidienne. J’y pense tous les jours, je marmonne et je fais de la musique tous les jours. Petit à petit, il y  a un édifice qui se met en place. Je ne vais pas tous les soirs en studio, mais j’y suis sans cesse en train d’y penser. 90 \% des chansons que j’écris sont dans l’album.
 
Le passage d’un album à un autre est pour toi "une route accidentée". Quel a été le chemin entre Hypernuit et Bacs ?
Ce qui me tient à cœur, c’est de ne pas me répéter. Ce qui est quasiment impossible à faire, rien qu’à cause de ce qu’on appelle le "style" qui est quelque chose qui se répète à travers les formes. Même si je n’ai pas conscience de ce style. Mais il faut faire attention que le style ne devienne pas le pilote automatique. J’ai plaisir à m’interroger sur la forme du texte, j’aime creuser mon propre sillon.
 

 
Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
C’est gentil de me souhaiter quelque chose. De faire le maximum de concerts, de voyages avec les musiciens avec qui je joue depuis longtemps. C’est finalement ce qui me rend le plus heureux. Je passe mon temps à essayer de comprendre le monde dans lequel je vis, un peu de déplacements géographiques ne peut pas nuire à cette quête.
 
Une dédicace aux Paulette ?
Paulette, si toutefois, vous avez le bras assez long pour influencer le choix des interventions culturelles ou des animations proposées dans votre maison de repos, laissez-nous venir jouer chez vous après déjeuner.

 

 
BERTRAND BELIN ::  PARCS
Sortie le 27 mai 2013
Cinq 7
 

Concerts :
27 avril : Printemps de Bourges

29 mai : La Gaité Lyrique, Paris

 
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